LXXVIII. — Concile de Jonquières
La plupart des évêques de la province se trouvèrent, le 3 de mai de Tannée An 909 suivante, à un nouveau concile qu'Arnuste, archevêque de Narbonne, leur métropolitain, assembla dans l'église de Saint- Vincent de Jonquières, située dans le diocèse de Maguelonne &• le royaume de Septimanie , & c'est sans doute le même concile que quelques auteurs * prétendent, sans fondement, avoir été assemblé la même année à Béziers. Huit^ évêques de la province sy trouvèrent avec leur métropolitain , savoir : Amélius d'Uzès, Gimera de Carcassonne, Réginald de Béziers, Autgarius de Lodève, Gérard d'Agde, Gontarius de Maguelonne, Cunibert de Nimes & Nantigise d'Urgel. Benoît de Fréjus Se Réginald de Cavaillon s'y trouvèrent aussi, & comme nous voyons qu'ils assistèrent à divers autres conciles tenus dans la Septimanie, nous inférons de là qu'ils étoient originaires de cette province. Il est assez vraisemblable que le dernier étoit parent de Réginald ou Rainald, vicomte de Béziers, qui possédoit des terres du côté d'Avignon. Quant à Cunibert de Nimes, il n'est pas différent^ d'Hugbert, qui fut évêque de cette ville depuis l'an 909 jusques en 927.
Le concile de Jonquières leva l'excommunication ^ que le comte Suniarius, les autres comtes, ses fils y leurs femmes &• leurs vassaux avoient encourue. Nous ignorons également le sujet de cette censure & celui de cette absolution ; il paroît seulement que Suniarius & ses fils avoient été excommuniés depuis quelque temps par les évêques de la province de Narbonne. On conjecture^ que Suniarius est le comte d'Urgel de ce nom qui, plus de vingt ans auparavant, avoit favorisé l'intrusion de Selva dans le siège épiscopal de cette ville; mais bien loin que le comte d'Urgel ait été alors excommunié, nous voyons que le concile de Port, qui fut assemblé à l'occasion de cette intrusion , le ménagea extrêmement & que les évêques, ne voulant pas l'excommunier, l'engagèrent par des voies de douceur à abandonner le parti de l'intrus. On ajoute ' que le comte Suniarius, qui fut absous par le concile de Jonquières, étoit fils de Wifred le Velu, comte de Barcelone, & qu'il fut le premier comte héréditaire d'Urgel; ce qui prouve encore qu'il n'est pas le même qu'on prétend avoir été excommunié au concile de Port tenu vers l'an 887, puisque Suniarius, fils de Wifred le Velu, ne fut^ comte d'Urgel qu'après la mort de son père, arrivée après l'an 901. Il n'y a donc aucune preuve que le comte Sunia-
* Voyez, tome II, la suite des comtes de Carcas- * Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. XXXVI. sonne & celle des comtes de Raz^s dans la tfote ad- ^ Baluze, Ifot. in Concil. Narh. p. 4 & seq. — dit'tonnette à la Note LXXXVII. [E. M.] Cossart, Not. in Conciliorum t. 9, p. 619 & seq.
' GaUia Christiana, noy. edit. t. 1, p. 371. ' Baluze, Not. in ConciL Narh, p. 8.
' Voyez tomeV, Chartes & Diplômes, n. XXXVI. • Gesta comitum Barcinon, — Marea ffispanica,
* Voyez tome IV, Note XVIIÏ, n. j{. p. 640.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. n5 ""T
' An 909
rius, dont il est parlé dans le concile de Jonquières, ait été comte d'Urgel, & il pourroit bien être le même que Suniarius, comte deRoussillon, dont on a déjà parlé & à qui ses deux fils * Bencion & Gauzbert avoient déjà succédé dans ce comté dès Tan 91 5.
LXXIX. — Nouvelles courses des Sarrasins. — Différends entre Raîmond,fils d^Eudes, comte de Toulouse, £• Benoit, vicomte de cette ville.
Il est Éaît mention d'un comte Raimond dans une charte que le roi Charles le Simple accorda à sa recommandation, le 5 de juin de Tan 909, en* faveur de t^ij^^'^'s* Ragembald, abbé de Psalmodi, au diocèse de Nimes & de son monastère, que ce prince confirma dans ses privilèges, entre autres dans la possession de Tabbaye de Joncels, au diocèse de Béziers, qui en dépendoit alors. Il paroît parce diplôme que les Sarrasins avoient fait depuis peu une descente sur les côtes de la Province, qu'ils avoient détruit l'abbaye de Psalmodi & que les religieux, s'étant réfugiés au lieu de Corneillan, y avoient bâti des chapelles & quelques cellules que ces infidèles avoient ruinées dans une seconde descente. C'est là, ce semble, le véritable sens de ce monument qu'un célèbre auteur 3 a interprété différemment, supposant que ce fut le monastère de Joncels qui avoit été détruit par les Sarrasins. Quant au comte Raimond, à la recommandation duquel le roi Charles le Simple accorda ce diplôme, nous avons observé ailleurs qu'il paroît le même que le comte Raimond, fils d'Eudes, comte de Toulouse, dont il est parlé dans la Vie de S. Géraud, comte d'Aurillac, fondateur de l'abbaye de ce nom ; voici à quelle occasion.
Le comte Raimond ayant eu quelque différend dont on ne marque pas le sujet avec Benoît^, vicomte de Toulouse, neveu de S. Géraud par sa mère Avigerne, il le surprit par artifice {dolo)^ s'assura de sa personne & le retint en prison. Réginald ou Rainald, frère de Benoît, voulant le retirer des mains de ce prince, alla s'offrir à lui en otage & obtint enfin, au prix de sa propre liberté, celle de son frère. Le comte Géraud leur oncle, informé de la générosité de Réginald, son neveu, n'omit rien auprès de Raimond pour obtenir sa délivrance 8c lui envoya l'abbé Rodulphe pour la négocier j mais la négociation traînant en longueur, & Géraud voyant qu'après sept mois de délai le comte différoit sous divers prétextes de lui accorder sa demande & qu'il s'efforçoit même de se saisir de nouveau de la personne de Benoît, ennuyé enfin de l'inutilité de ses démarches, il prit le parti, avec Avigerne, sa sœur, de recourir à Dieu qui écouta leur prière. Raimond crut une nuit le voir en songe lui annoncer divers malheurs s'il ne délivroit incessamment son neveu, & il fut tellement frappé de cette vision, qu'il envoya incontinent rappeler l'abbé Rodulphe qui s'étoit déjà mis en chemin pour s'en retourner, lui remit le prisonnier & le pria de lui obtenir le pardon & les bonnes grâces de Géraud.
' Marca Hispaniea, p. 383 & 385. ^ Mabillon, ad ann. 909, n. 58.
" Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n.XXXVII. -» Fita S, Geraldi, 1. 2, c. 28 8t se^.
An 909
S. Odon, abbé de Cluny, qui rapporte toutes ces circonstances dans la vîe de ce dernier, ne dit pas le nom du comté possédé par Raimond j mais il le fait assez entendre en disant que ce comte étoit fils d'EudeSy car celui-ci n'est pas différent du comte de Toulouse de ce nom qui vivoit alors. D'ailleurs S. Odon marque expressément que Benoît, que le comte Raimond fit prisonnier, étoit vicomte de la même ville, 8c il ajoute " enfin que S. Géraud, après sa réconciliation avec le comte Raimond, étant convenu d'une entrevue avec lui, passa dans ce dessein la rivière d'Aveyron, qui sépare le Rouergue de l'Albigeois. Leur conférence se tint donc dans ces pays, ou dans quelque autre du domaine d'Eudes, comte de Toulouse, 8c Raimond, dont nous venons de parler, étoit fils par conséquent de ce dernier. Cet événement nous donile lieu de faire encore ici quelques autres observations : i<> le différend du comte Raimond avec Benoît, vicomte de Toulouse, dont S. Odon ne marque pas l'époque, doit être postérieur à l'an 894 8c antérieur à l'an 90g, par la raison que le monastère d'Aurillac qui subsistoit alors, ne fut fondé qu'en 894 , 8c que S, Géraud décéda le i3 d'octobre de l'an 909; 2^ comme il est certain qu'Eudes, comte de Toulouse, vivoit encore * en 918, Raimond, son fils, étant qualifié comte avant l'an 909, devoit par conséquent être pourvu de quelque comté particulier, longtemps avant sa mort. Ainsi le même Raimond, qui pouvoit être né vers l'an 860, ne doit pas être différent de Raimond, comte d'Albi en 878, 8c de Raimond, comte de Nimes en 890 8c 909 , puisque ces deux comtés étoient certainement dans sa maison avant le milieu du dixième siècle j 3^ Benoît est le premier vicomte de Toulouse dont nous ayons une connoissance certaine. Il est vrai qu'on trouve auparavant quelques vicomtes qui paroissent avoir exercé la même fonction dans le comté de Toulouse , mais nous ne voyons pas cependant qu'ils se soient qualifiés vicomtes de cette ville ; 4<> nous ne connoîssons Éd. origin. pas bien l'origine 8c la postérité de Benoît, 8c nous n'avons que des conjectures^ à donner là-dessus. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il devoit être d'une famille distinguée, puisque sa mère étoit sœur de S. Géraud, dont la naissance étoit des plus illustres. Nous parlerons, en son lieu, des autres vicomtes de Toulouse, ses successeurs ; 5® enfin ce vicomte étoit sans doute décédé en 909, car S. Géraud, son oncle, n'en fait aucune mention dans son testament^ daté du mois de septembre, la dix-septième année de Vempire de Charles, 8c il ne parle que de Rainald, son autre neveu, qu'il feit son héritier, conjointement avec le monastère d'Aurillac.