‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 84 sur 234 · LXXX. — Guillaume le Pieux fonde Vabbaye de Cluny · texte numérisé non relu

LXXX. — Guillaume le Pieux fonde Vabbaye de Cluny

Il y a lieu de croire qu'Eudes, comte de Toulouse, qui vivoit en 909, est le même que le comte de ce nom qui souscrivit ^ à la charte de fondation de l'ab-

' Vita S. Geraldi, 1. 2, c. 28, p. 100. ^ Duchesne, Not, in vit, S. Geraldi^ p. 34 & seq.

" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLII. * Acta Sûnctorum ordinis sanctt Benedictt, saec. 5,

' Voyez tome IV, Notes XXI & XXIII. p. 80. — Baluee, Histoire généal, de U maison

An pu

baye de Cluny faite par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine & marquis de Gothie, le 3 de septembre de Tan 910. Nous prouverons* en effet, dans la suite, qu'il devoit y avoir une grande liaison entre ces deux princes.

Le duc Guillaume fonda ce célèbre monastère, de concert avec sa femme Engelberge, dans une terre qu'il avoit acquise d'Ave, sa sœur. Il partit pour Rome peu de temps après, le mit sous l'autorité immédiate du Saint-Siège, offrit pour cela douze écus d'or au pape & ordonna que l'abbaye de Cluny payeroît une redevance annuelle de la même somme à l'Église romaine. Il voulut enfin que les religieux qui dévoient habiter ce monastère fussent soumis à la discipline de l'abbé Bernon, qui gouvernoit alors celui de Baume au diocèse de Besançon & qu'ils suivissent sa réforme. C'étoit la même* que S. Benoît d'Aniane avoit introduite autrefois dans cette dernière abbaye ; ce qui prouve que celle de Cluny fut redevable de son observance régulière, qui lui acquit une si grande réputation & qui s'étendit dans toute l'Europe, à ce saint abbé & au monastère d'Aniane. Guillaume se qualifie dans cet acte de fondation comte 6* duc par la grâce de Dieu, & dans d'autres, comte ^, consul palatin &• marquis.

LXXXI. — Màieuly vicomte de Narhonne. — Albéric, son fils, comte de

Mâcon.

On prétend que ^ Raculfe, comte de Mâcon, contemporain de Guillaume le Pieux, étoit son frère j mais cela n'est fondé que sur une fausse ^ supposition, savoir que Bernard Plantevelue, comte de cette ville , est le même que Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume^. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Raculfe n'eut qu'une fille ^ nommée Écolane ou Attalane, qui hérita du comté de Mâcon & qui épousa Albéric, fils de Maïeul, vicomte de Narbonne.

Il est fiait mention de ce dernier dans une donation qu'Arnuste , archevêque de Narbonne, fit^ le i5 de juin de l'an 911, à l'église de Saint-Paul, /ô/i^^V dans le lieu appelé Albolas, proche de la ville 6» au delà du pont, de deux églises situées à Bisan^ qu'il avoit acquises de Walcharius 6» du vicomte Albé-rie, son jrère, fils du vicomte Maïeul £• de Raimonde, sa femme. Nous inférons delà : I® que Maïeul, vicomte de Narbonne, étoit alors déjà décédé; il avoit

An 911

d'Auvergne, t. 2, p. 11 & suiv. — Âdhémar de Chabanais, p. i63 & suit. — Orderic Vital, 1. 12, p. 862.

' Voyez tome IV, Nofe VII.

* Voyez tome I, lirre IX, n. xcvii. — Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 909, n. 52.

' A€ta Sanciorum ord. saneti Bened» , ihid» p. 32.

^ Bernard Planterclue, comte de Mâcon, est bien le même personnage que Bernard, comte d'Âurergne, père de Guillaume le Pieux; mais Raculfe, comte de Màcon, n*était point le frère de ce dernier. Dom Vaissete a donc raison , mais en ce

point seulement. L'erreur qui consiste à croire que Raculfe était frère de Guillaume le Pieux provient d'une notice insérée dans le Cartuîatre de Saint" Vincent de Màcon, laquelle notice a été composée en partie avec des récits légendaires. [E. M.]

' Baluze, Histoire génial» de la maison d'Auvergne, t. i> p* 4 &suiv.

« Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 68.

' Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auver-gne, t. 2, p. 4 & suiv.

•Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro XXXVIII.

An pi 1 '

sans doute succédé immédiatement dans cette vicomte à Lindoin, qui vivoit en 878; 2^ qu'il eut du moins deux fils de sa femme Raimonde} 3® que Walcharius étoit Taîné : il paroît que c'est de celui-ci que descendent les vicomtes de Narbonne dont nous parlerons ailleurs j 4^^ qu'Albéric partagea alors cette vicomte avec son frère, mais qu'il renonça à sa portion après son mariage avec la comtesse de Mâcon, puisqu'il s'établit alors dans cette ville & que nous ne voyons pas que lui ou sa postérité aient rien possédé dans la suite dans le Narbonnoisj 5^ que ce mariage est postérieur à l'an 911, qu'Albéric étoit encore à Narbonne. Il dut cependant épouser Écolane bientôt après, car on voit dans un acte' de l'an gSo,' où il se qualifie comte de Mâcon, qu'il avoit alors deux fils, Léotald & Humbert, dont le premier prenoit aussi la qualité de comte ; 6^ enfin que les vicomtes étoient déjà héréditaires au commencement du dixième siècle. Albéric, comte de Mâcon, vivoit encore* en çSy. Léotald, son fils, qui lui avoit déjà succédé dans ce comté dès l'an 942, avoit alors épousé Berthe en secondes noces après la mort d'Ermengarde, sa première femme, & il eut un fils nommé Albéric. Celui-ci prenoit le titre de vicomte en çSi, du vivant de Léotald, son père, & d'Humbert, son oncle, 8c il mourut sans doute avant eux. Nous savons, du moins, qu'après la mort du premier, le comté de Mâcon passa dans une autre famille. C'est ainsi que finît cette branche des vicomtes de Narbonne.

Au reste, la charte d'Arnuste, archevêque de cette ville, est datée de Van 911 t-ti,*^p.^47'. 6* ^^ i^ dou-^ième année du règne de Charles le Simple y ce qui confirme ce que nous avons ^ déjà dit, que ce prince ne fut pas d'abord généralement reconnu dans l'Aquitaine & la Septimanie après la mort du roi Eudes, puisqu'on n'y comptoit souvent les années de son règne que depuis l'an 900, ce qu'on peut prouver^ par d'autres exemples.

LXXXIL — Concile de Fontcouverte.

Arnuste assembla la même année le concile de sa province dans l'église de Saint-Julien de Fontcouverte^, lieu de son diocèse situé à quatre lieues au couchant de Narbonne, entre les rivières d'Aude & d'Orbieu, à deux lieues de cette dernière. Huit évêques, ses suffragans, s'y trouvèrent, savoir : ceux d'Urgel, de Carcassonne, de Toulouse, de Barcelone, de Girone & d'Agde, les mêmes qui, quatre ans auparavant, avoient assisté au concile de Saint-Tibéry, & de plus Théodoric de Lodève qui, dans l'intervalle des deux conciles, avoit succédé à Autgarius, & Adulfe ou Agilulfe de Pailhas. Benoît, évêque de Fréjus, s'y trouva aussi avec Aikard, envoyé d'Idalcharius , évêque d'Ausone ou de Vie, & Savaric, abbé de Saint- Paul de Narbonne. Le principal sujet de cette assemblée fut un différend qui s'étoit élevé entre Tévêque d'Urgel &

' Baluze, Histoire génial, delà maison d'Auver^ ^ Voyez ci-dessus, n. lxi.

gne, t. 2, p. 4 & suiv. * Tome IV, Note VI. — Pagi,ad ann. 912, n. 9

* lèid. ' Marea Hispanica, p. 879 & S«q.

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celui de Pailhas. Ce dernier s'étoit fait ordonner, depuis vingt-trois ans, évêque pour tout le comté de Pailhas, dépendant auparavant du diocèse d'Urgel. Nantigise, évêque de cette dernière ville, demanda au concile de rentrer dans la possession de cette portion de son diocèse, & l'assemblée lui accorda sa demande, à condition cependant que cette réunion n auroit lieu qu'après la mort ou la démission volontaire d'Adulfe, à qui on permit par grâce de jouir pendant sa vie de Tévêché de Pailhas.

L'époque de Tépiscopat de ce dernier, marquée dans les actes, nous fait conjecturer que le siège épiscopal de Pailhas avoit été érigé par Selva , ce faux évêque d'Urgel qui , se prétendant métropolitain de la Taragonoîse vers Tan 886, aura entrepris, pour multiplier ses suffragans,de rétablir les anciens sièges de cette province qui avoient été détruits par les Sarrasins ou d'en ériger de nouveaux, & aura ainsi démembré une partie de son diocèse. Il paroît cependant que l'évêché de Pailhas ne fut pas supprimé après la mort d'Adulfe, car il subsîstoit encore au milieu du dixième siècle. Savaric, abbé de Saint- Paul de Narbonne, souscrivit au concile de Fontcouverte au nom d'Armand, évêque de Toulouse, qui étoit présent, ce qui donne lieu de croire ' que ce dernier étoit ou aveugle ou malade, dans le temps de la clôture du concile. On y voit aussi la souscription de Bernard, évêque de Béziers; mais elle doit être postérieure.

LXXXIII. — Assassinat d'Arnuste, archevêque de Narhonne. — Troubles au

sujet de f élection d'Agio, son successeur*

Arnuste, archevêque de Narbonne, ayant entrepris quelque temps après un voyage au delà des Pyrénées, fut cruellement assassiné en chemin; ce qui arriva* avant le mois de juin de l'année suivante. Nous apprenons les circonstances de cet assassinat par une lettre que les évêques de la province de Narbonne écrivirent ^ au pape Anastase III, tant pour lui en porter leurs plaintes, que pour lui donner avis de l'élection du successeur d'Arnuste. Suivant cette lettre, ce prélat étoit en route pour se rendre au concile de sa province, qui devoit se tenir dans la Marche d'Espagne & apparemment à Barcelone, quand ses ennemis qui le guettoient, l'ayant rencontré, se jetèrent sur lui, lui crevèrent les yeux, lui arrachèrent la langue & ce que la pudeur défend de nommer, & l'assommèrent enfin à coups de bâton. Réginald, évêque de Béziers, & Nantigise d'Urgel, qui passèrent ensuite au même endroit pour aller au concile, l'ayant trouvé dans cette triste situation, tâchèrent inutilement de lui donner du secours. Arnuste mourut entre leurs mains.

Le clergé & le peuple de Narbonne, avertis de la mort tragique de ce prélat, s'assemblèrent aussitôt pour poursuivre la punition des coupables & procéder

' Marca Hispanica^ p. 879 & seq. ^ Catel , Mémoires de Vh'istolre du Languedoc,

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- p. 774 & suiv. méro XXXVIII, & tome IV, Note VI.

An 91:

An 912

à Télection d'un nouvel archevêque. Ils y invitèrent par une lettre circulaire lesévêques de la province, avec Rostaing, archevêque d'Arles, & ses suffragans, suivant un ancien usage* qu'une étroite liaison avoit établi entre les évêques

tii°p*^^8 ^^^ deux provinces, lesquels s'appeloient mutuellement, & surtout les métropolitains, dans toutes les affaires importantes. Rostaing se mit en chemin pour se rendre à Narbonne; mais étant arrivé à Agde, il s'y arrêta avec Amélius, évêque d'Uzès, l'un & l'autre sujets de Louis l'Aveugle, roi de Provence, & là, ces deux prélats, sans vouloir passer outre ni se joindre aux évêques de la province, nommèrent, de leur autorité, Gérard, neveu du dernier, pour archevêque de Narbonne. Les autres évêques, vivement offensés d'une entreprise si peu conforme aux canons, s'assemblèrent de leur côté à Narbonne & élurent, dans toutes les formes canoniques, Agius ou Agio, abbé de Vabres en Rouergue, religieux d'un mérite distingué & d'une probité reconnue. Gérard n'omit rien pour soutenir son élection, quoique nulle de plein droit, 8c comme il avoit du crédit, il fit tous ses efforts pour s'emparer du siège de Narbonne & s'assurer du temporel. Les évêques de la province s'opposèrent avec force de leur côté à son usurpation 8c eurent recours à l'autorité du pape Anastase III. Ils le prient par leur lettre de casser l'élection de Tintrus 8c d'envoyer le paU lium à Agio qui avoit été canoniquement élu 8c qui ne pouvoit aller à Rome pour le recevoir lui-même, à cause des dangers des chemins 8c des courses ordinaires des Normands 8c des Sarrasins.

Ces prélats envoyèrent leur lettre par des députés qui, sur l'avis qu'ils

^ ^^^ eurent de la mort d'Anastase, arrivée vers la mi-octobre de l'an 918, retournèrent sur leurs pas pour attendre l'élection d'un nouveau pape. Jean X ayant été élu vers la fin du mois d'avril de l'an 914, Gérard*, dans le dessein de le prévenir en sa faveur, se rendit à Rome au commencement de son pontificat, lui exposa, comme il jugea à propos, les circonstances de son élection 8c lui demanda le pallium. Ce pontife n'eut garde de le lui accorder, quoiqu'il ignorât son intrusion, 8c lui dit d'attendre jusqu'à ce qu'il fût pleinement instruit de ce qui s'étoit passé. Gérard, croyant avec raison que cet examen ne lui seroit pas favorable, prit le parti de retourner dans sa province 8c, voulant persuader le public que son élection avoit été confirmée à Rome , il fabriqua de fausses lettres apostoliques 8c s'empara, sous ce prétexte, à main armée, du siège épiscopal de Narbonne. Agio, archevêque légitime, obligé de céder aux violences de cet intrus, se mit alors en chemin pour aller à Rome 8c y faire connoître au pape la canonicité de son élection. Gérard n'en fut pas plus tôt averti qu'il fit courir après lui, le fit arrêter 8c le renferma dans une étroite prison. Les évêques de la province, indignés d'un tel procédé, en portèrent aussitôt leurs plaintes à Jean X, par^ une lettre commune écrite au nom de onze d'entre eux, savoir : de Réginald deBéziers, Armand de Toulouse, Riculfe d'Elne, Gimerade Carcassonne, Gérard d'Agde, Teudéric de Lodève 8c Hubert

» Marca, Concord, 1. 5, c. lo, n. 4. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XL*

Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. XL.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL 8i

An

de Nîmes, dans la Septimanie, de Gui de Girone, Teudéric de Barcelone, George d'Ausone & Rodolphe d'Urgel, dans la Marche d'Espagne. Il n'est fait aucune mention dans cette lettre ni d'Amélius d'Uzès, ni de Gontarius de Maguelonne : le premier avoit pris le parti de Gérard & l'autre s'étoit peut-être déclaré aussi en sa faveur ou étoit déjà mort. Jean X, ayant reçu la lettre de ces prélats, leur répondit par un archevêque nommé Eiminus, qui leur remit en même temps des lettres apostoliques par lesquelles le pape reconnoît Gérard pour un faussaire & un intrus, déclare son élection nulle, approuve celle d'Agio 8c accorde à ce dernier lepallium que le même Eiminus lui apporta de sa part. Agio demeura ainsi paisible possesseur de l'archevêché de Narbonne & l'occupa pendant plusieurs années, quoi qu'en dise un moderne * qui, sans aucun fondement, ne le fait siéger que trois mois. Il assista en effet, en 91 5, au concile de Châlons-sur-Saône^, avec Eiminus, archevêque de Besançon, qui est sans doute le même que le pape Jean X chargea de sa réponse auxévêques de la Province. Nous savons ^ d'ailleurs qu'Agio fut archevêque de Narbonne jus- Tnô^ que vers l'an 927, qu'il mourut j du reste, nous apprenons d'une^ autre lettre que Jean X écrivit à ce prélat, à Austérius, archevêque de Lyon, &• aux évêques, leurs suffragans de la Septimanie, de VEspagne &• de la Bourgogne, que ce pape excommunia Gérard qui , malgré l'anathème, continua de se dire archevêque de Narbonne.

LXXXIV. — Courses des Sarrasins (y des Normands sur les frontières de la Province. — Paix de Charles le Simple avec les derniers*

C'est avec raison que les évêques de la province se plaignent, dans leur lettre t^C^f^ au pape Anastase III, des incursions des Sarrasins Se des Normands, mais surtout des premiers^, qui s'étoient cantonnés dans les montagnes de Provence & qui faisoient tous les jours de grands ravages dans les pays voisins. Les autres, ayant pris de nouvelles forces depuis la mort du roi Eudes, continuoient de porter la terreur dans presque tout le royaume sous la conduite d'un de leurs chefs appelé Rollon. Ils remontèrent dans le même temps par l'embouchure des principales rivières, & en particulier de la Seine, de la Loire, de la Garonne, de la Dordogne dont ils désolèrent les environs. Ceux qui entrèrent par la Garonne s'avancèrent jusqu'à Casseneuil ^, ancien palais de nos rois, situé sur les frontières de l'Agenois, du Querci & du Toulousain, & le ruinèrent entièrement. Ils passèrent ensuite en Auvergne, où ils pillèrent la ville de Clermofit. Ils étendirent sans doute leurs courses jusque vers la Septimanie & la Provence, puisque les évêques de ces provinces n'osoient pas se mettre en chemin de crainte de tomber entre leurs mains. Enfin ces pirates causèrent

■ Ando<{ue, Histoire de Béliers, p. 49. * Voyez tome IV, Ifote VII, n. 5.

* Conciles, t. 9, p. 679. ^ Duchesne, t. 3, p. 336 & suiv. p. 460.

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 83 & * Le palais deCasseuil fut ruiné longtemps ayant

tuir. l'époque fixée ici. [£. M.]

An pi 5

une si grande désolation dans toute la France, que le roi Charles le Simple se vit obligé, pour faire cesser leurs incursions, de céder en fief, en 911, au même Rollon, une partie de la Neustrie, qui prit depuis le nom de Normandie, de celui de ces peuples. Rollon ayant embrassé Tannée suivante la religion chrétienne, les Normands devinrent depuis plus paisibles, & les différentes côtes du royaume ne furent plus si exposées à leurs excursions & à leurs ravages.

Cette paix donna à Charles le temps de respirer & de se mettre en état de faire valoir ses droits sur lancien royaume de Lothaire, qui lui étoit d'ailleurs dévolu par la mort du jeune Louis, roi de Germanie, le dernier de la race de Charlemagne au delà du Rhin, décédé sans postérité Tan 911. Charles devoit lui succéder par droit de sang dans tous ses États 5 mais les peuples de Germanie appelèrent un étranger & reconnurent pour leur roi Conrad, duc de Franconie. Les Lorrains, plus équitables, se soumirent à Charles j ce qui lui donna occasion de prendre possession de cette ancienne partie de la monarchie françoise & de dater ses chartes de cet événement.

LXXXV. — Louis VAveugUy paisible possesseur du royaume de Provence. — Hugues, duc de Provence, — Union des abhayes d'Aniane, de Cruas £• de Goudargues à Véglise d* Arles.

Le royaume de Provence, comme membre de l'ancien royaume de Lothaire, devoit aussi naturellement appartenir à Charles, & ce prince auroit sans doute fait valoir ses droits sur ce pays, sans les nouvelles brouilleries qui s'élevèrent dans le royaume, à la faveur desquelles Louis l'Aveugle se maintint dans la paisible possession des deux côtés du Rhône, depuis Lyon jusques à l'embouchure de ce fleuve dans la mer. On voit, en effet, par une charte' de ce dernier, donnée en 912 en faveur de Fulchérius, évêque d'Avignon, qu'il régnoit alors sur la partie du diocèse de cette ville qui dépend du Languedoc. Louis donna cette charte à la prière d'Hugues, duc 6» comte, de Boson, son frère & de Manassés, archevêque; ce qui prouve que le premier exerçoit alors l'autorité ducale dans le royaume de Provence, c'est-à-dire qu'il en avoit le gouvernement général sous Louis , qui le qualifie ailleurs* son parent, son duc 6» son marquis.

Hugues étoit fils de Thibaud^, qu'on prétend avoir été comte d'Arles, & de Berthe, fille naturelle du roi Lothaire; ainsi il étoit parent de Louis l'Aveugle, petit-neveu de ce dernier par sa mère Ermengarde. Il eut toute la confiance de Louis, qui se reposa entièrement sur lui du gouvernement de Provence, dont on prétend^ qu'il lui donna le duché lorsqu'il passa en Italie; mais ce fait

* GaUia. Christiana y nov. edit. t. i, instrum. Lt P. Ange, Histoire génêal, de U maison de frûiuCj p. i38. — Voyez tome IV, Note V, n. 1 1. t. i, p. 41 & suiv.

* Columhï, Evéques de Faïence, ç, 25 1. ^Bouche, Histoire de Provence, t. i, p. 792,

* Bouche, Histoire de Provence, t. j, p. 936. -— p. 794 81 suit.

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t. Il, p. 5o.

est avancé sans preuve. LiOu'mppeWe son parent le comte Boson, frère d'Hugues, en diverses" chartes, de même que Manassés, archevêque d'Arles, qui étoit leur neveu, non pas par un frère, comme quelques-uns* l'ont cru, mais par unesœur^ nommée Teutberge ou Tiberge, ainsi que Luitprand^, auteur contemporain, le fait assez entendre. Manassés eut aussi beaucoup de part à la confiance de Louis l'Aveugle, qui lui donna ou confirma ^ le port & la monnoie d'Arles, les abbayes d'Aniane, de Sainte-Marie de Goudargues & de Cruas 8c divers autres domaines que le roi Boson, son père, avoit accordés à Rostaing, prédécesseur de ce prélat. Manassés & ses successeurs jouirent pendant longtemps des deux dernières abbayes, situées dans les diocèses de Viviers Éd.origîn. &d'Uzès, qui dépendoient alors du royaume de Provence. Il n'en fut pas de même de celle d'Aniane, qui n'étoit point soumise à la domination de Louis, & dont ce prince ne disposa^, sans doute, en faveur de l'église d'Arles, que parce que Rostaing, prédécesseur de Manassés , l'avoit possédée auparavant avec son archevêché. La charte est datée de Vienne, le i" defivrier, la vingtième année de Louis empereur ; ce qui peut également se rapporter à l'an 910 6t à Tan 920, suivant la différente manière de compter le commencement du règne de ce prince, ou depuis l'an 890 qu'il fut élu roi de Provence, ou de Tan 901 qu'il fut couronné empereur; car Manassés siégeoit ^ à Arles dans ces deux années.

On cite quelques monumens® suivant lesquels Florent, évêque d'Avignon, obtint un diplôme du roi Charles le Simple en faveur de son église & eut recours, en 921, à la protection de ce prince contre les entreprises du comte i'U'[ès^ qui avoit construit une forteresse d'où il causoit des dommages considérables au temporel de la même église j ce qui prouveroit que Louis l'Aveugle reconnoissoit Charles pour son suzerain & -que ce dernier exerça son autorité sur le royaume de Provence ; mais il faut avouer que ces monumens sont très-suspects : il est faux, d'ailleurs, que Florent^ ait occupé le siège épiscopal d'Avignon sous le règne de Charles le Simple.

LXXXVL — Guillaume le Pieux fonde divers monastères.

On voit l'union qui étoit entre Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine & marquis de Gothie, & Louis l'Aveugle, son beau-frère, dans l'acte *** de fondation que fit le premier du prieuré de Mainsac en Auvergne, au mois de mai de Tan 91 3, pour le feu roi Eudes, son seigneur, V empereur Louis 6» Engelberge, son épouse, sœur de ce dernier prince. Guillaume fonda" aussi, avec Engelberge,

* Paçî, ad ann. 900,11. 16; 91 1, n. 6; 926, n. 2. ' Voyez tome IV, Note V, n. 12.

* GaUia Christiana, nov. edit. t. 1, p. 548. ' Galîia Christiana, nov. edit. t. l, p. 806.

* Le P. Ange, Hist, généal, delà maison de France, • Voyez tome IV, Note V, n. 1 1. t. I j p. 41 81 SUIT. "* Jeta Sanctorum ordinis sancti Benedîeti, saec. 4^

* Luitprand, 1. 4, c. 3. part. 2, p. 254. — Mabillon, ad ann. 912, n. 77* ' Gallia Christiana, noT. edit. t. i,iff5tram. p. 94. " Mabillon, de Re diplomatiea, n. 124, p. 55^»

* Voyez tome IV, Note V, n. i5. — Labbe, MisceUanea, p. 5o3.

An 91 5 ^

sa femme, au mois de novembre de la dix-neuvième année du règne de Charles, roi des François 6» des Aquitains^ ou de Tan 916, le monastère de Sauxillanges en Auvergne, pour le repos de Bernard, son père , d'Ermengarde , sa mère, du roi Eudes, son seigneur, de ses JrèreSy d'Adelinde, sa sœur & des enfans de celle-ci, qui sont sans doute les mêmes que Guillaume & Acfred qui souscrivirent à cette fondation. Guillaume le Pieux, dans tous ces actes, prend la qualité de comte^ de prince, ou de marquis par la grâce de Dieu.

C'est de lui qu'il est fait mention dans une charte ' par laquelle le roi

"][~^ Charles le Simple accorda^, vers Tan 916, à la recommandation de Roger, archevêque de Trêves, 6 de Guillaume, son grand marquis, à Tévêque Érifons, son vassal, habitant de Narbonne, 8c à quelques ecclésiastiques qui desservoient avec lui l'église de Saint-Quintin de cette ville, divers domaines qui auparavant avoient appartenu aux Juifs. Érifons, dont il est parlé dans cette charte, étoit^ évêque de Vindasque ou de Carpentras, dans la Viennoise, & non pas archevêque de Narbonne, comme quelques-uns l'ont cru. On ignore îe motif qui l'avoit porté à quitter son siège pour s'établir dans cette ville, qui étoît vraisemblablement sa patrie. Il étoit encore dans le pays en 917 & il assista

^^ alors à la^ dédicace de l'église cathédrale de Sainte-Eulalie d'Elne, avec les

évêques Gimera de Carcassonne & Gui de Girone.

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