‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 98 sur 234 · L. — Élection de saint Fulcrand/ évêque de Lodève · texte numérisé non relu

L. — Élection de saint Fulcrand/ évêque de Lodève

Le diocèse ou comté de Lodève avoit aussi alors ses vicomtes'*, qui eurent la principale part à l'élection de saint Fulcrand, évêque de cette ville. Suivant la vie de ce saint prélat, composée au quatorzième siècle par^ Bernard Guidonis, l'un de ses successeurs, il étoit fils d'un seigneur des plus qualifiés du pays. On prétend que sa mère, à qui les uns donnent le nom d'Eustorge, Se les autres celui de Biligarde, étoit fille d'un comte de Substantion ou de Maguelonne 5 dans ce cas, elle devoit être fille ou soeur du comte Bernard premierdu nom, dont nous avons déjà parlé. Fulcrand fait mention lui-même dans son^ testament de Pons & d'Aranfred, ses frères, d'André, chanoine de Lodève, son neveu, & d'Emme, sa proche parente. On lui donne encore deux sœursqu'on assure avoir été dames de Montpellier & avoir donné l'origine à cette ville. Enfin, ce saint dispose par son testament d'une partie du château de Roquefeuil, ce qui peut faire croire qu'il appartenoit à la famille des seigneurs de ce château, situé dans la partie de l'ancien diocèse de Nimes qui forme aujourd'hui celui d'Alais & confine avec le Gévaudan, le Rouergue & le diocèse de Lodève.

La mère de Fulcrand prit un soin particulier de son éducation 8cle mit d'abord sous la discipline de Thierri, évêque de Lodève, qui vivoit dans une grande réputation de sainteté. Sous un si excellent maître, on le vit bientôt foire un égal progrès dans la vertu 8c dans la science. Il s'appliqua surtout à l'étude des saintes lettres, & après avoir passé par tous les degrés ecclésiastiques, il parvint enfin à la dignité d'archidiacre de Maguelonne. Il enexerçoit les fonctions avec beaucoup d'édification, quand l'évêché de Lodève vint à vaquer par le décès de Thierri, le 7 janvier de l'an 949. Le clergé 8c le peuple s'étant assemblés par l'autorité à*Eudes 0 d*Heldin, princes du peuple, pour l'élection d'un nouvel évêque, ils ne délibérèrent pas longtemps sur le choix 5 la pureté des

■ Voyez tome IV, Note XXII, n. 28 & suiv. ' Fita S, Fulcr, Boilandistes> férr. t. 2, p. 710 &

* MabiHon, ad ann. 948, n. 1. suiv. — Plantavit, Chronicon epise. Loi, p. 46 & 3 Voyez tome V, Chartes 81 Diplômes, n. XCVIII. seq.

* Voyez tome IV, Note XXV. • Bollandistcs, férr. t. 2, p. 710 81 suit.

An 949

i38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.

mœurs de Fulcrand, sa vie pénitente, sa douceur, sa naissance & ses talens lui gagnèrent bientôt tous les suffrages. Il fut le seul qui ne voulut pas consentir à son élection, & le ministère dans lequel on vouloit l'engager lui parut si redoutable qu'il prit la fuite & alla se cacher. Ayant été cependant découvert, il fut enfin forcé de se rendre, & Aymeri, archevêque de Narbonne, son métropolitain, fit la cérémonie de son sacre le 4 février de la même année dans l'église de Saint-Paul de Narbonne.

Un des principaux soins de Fulcrand, après son élévation à Tépiscopat, fut de faire agrandir & exhausser sa cathédrale dédiée sous l'invocation de S. Geniz ou Génies, martyr, & d'y faire construire un clocher. Heldin, vicomte de Lodèvcy qui en fut informé, croyant que son autorité étoit blessée dans cette entreprise, fit défendre d'élever le bâtiment au delà d'une certaine hauteur. Éd.^origm. L'évêque, de son côté, jaloux de l'autorité & de la juridiction temporelle qu'il prétendoit avoir dans Lodève, ne fit aucun cas de la défense du vicomte & fit bâtir un clocher & plus grand Se plus haut qu'il ne l'avoit résolu. Hildin en fut extrêmement irrité, & pour se venger de Fulcrand, il vint en fureur à Lodève & chargea les habitans de divers impôts exorbitans. Le saint évêque le pria d'abord avec beaucoup de douceur de faire cesser ces vexations j mais n'ayant pu rien gagner par cette conduite, il en prit une tout opposée : il fit arrêter le vicomte & le retint dans une étroite prison, jusqu'à ce qu'il eût restitué ce que lui &ses prédécesseurs avoient injustement usurpé sur l'église de Lodève. Enfin il élargit Hildin, après lui avoir fait promettre de ne plus retomber dans de pareils excès; il tâcha cependant de le gagner dans la suite, soit par ses manières, soit par ses discours.

Page 1