‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 19 sur 186 · IX. Justin paroit fixer dans cette dernière · texte numérisé non relu

IX. Justin paroit fixer dans cette dernière

' Voyez Silcsiographia renovata, t. r, p. i5o. — Jongelin , Notit, abhatiarum ord'in'is Cisterciens'is , 1. 5, p. 59.

• Voyez Hoffmann, Lexic. verho Riphaei.

province les premiers établissemens des Tectosages après leur sortie des Gaules. Il' avance en effet « que les Gaulois s'étant ex- (( trêmement multipliés, se partagèrent pour « aller chercher de nouvelles demeures dans « les pays étrangers; que les uns prirent la t( route de l'Italie & que ce furent les mêmes « qui mirent ensuite le feu à la ville de Rome, « & que les autres marchèrent vers l'IUyriej « que ces derniers, après avoir vaincu les « peuples qu'ils rencontrèrent sur leur pas- (i sage, se fixèrent dans la Pannonie, d'où ils « passèrent dans la Grèce & la Macédoine. » Il est évident que cet auteur prétend parler ici de la transmigration des Tectosages, puisqu'il assure ailleurs" que ce sont ces mêmes peuples qui entreprirent l'expédition de Delphes & qui passèrent ensuite dans la Grèce & la Macédoine. C'est donc la même transmigration qui se fit sous la conduite de Sigovèse & dont parlent César, Tite-Live & Plutarque dans les endroits déjà cités; or, pour accorder l'autorité de Justin avec celle de ces historiens , il suffit que les Tectosages se soient d'abord fixés dans la Germanie , sur les frontières de la Pannonie dont ils n'étoient séparés que par le Danube, & qu'une partie ait ensuite passé ce fleuve pour s'établir dans cette dernière province, d'où ils auront passé depuis dans la Grèce & dans la Macédoine 3 au lieu que si les Tectosages, après le passage du Rhin , s'étoient fixés dans la partie septentrionale ou occidentale de la Germanie, ils auroient été très-éloignés de la Pannonie & hors de portée de pouvoir s'y établir aussi commodément.

X. On pourroit objecter que Justin ajoute, dans le même endroit, que les Gaulois qui se fixèrent dans la Pannonie furent les premiers, après Hercule, qui osèrent entreprendre de passer les Alpes; qu'ainsi ce ne sont pas les mêmes que les Tectosages ou les Gaulois conduits par Sigovèse, puisque, suivant César & Tite-Live, ceux-ci passèrent le Rhin & non pas les Alpes; au lieu que, selon Justin, ils entrèrent d'abord en Italie, d'où ils se rendirent dans la Pannonie & de là dans la Grècej & qu'enfin

' Justin, 1. 24, n. 4.

* Justin, c. 6, & 1. 3i,c. 3.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

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suivant ce système , qui est celui de Cluvier, les Tectosages auroient été de l'expédition de Bellovèse & non de celle de Sigovèse.

On peut répondre que Tite-Live, dans rénumération qu'il fait des peuples des Gaules qui suivirent la fortune de Bellovèse , ou qui s'établirent avec lui dans la Gaule Cisalpine , ne dit rien des Tectosages , ce qu'il n'auroit pas oublié , ou du moins quelqu'un des anciens géographes qui ont parlé après lui des peuples gaulois établis en Italie. Il ne paroît pas d'ailleurs qu'aucun de ces peuples soit sorti de ce pays pour aller fonder ailleurs de nouvelles colonies avant les Boiens ' qui , après avoir été chassés par les Romains , allèrent dans le Norique l'an 566 de Rome, & par conséquent longtemps après l'expédition des Tectosages dans la Grèce & dans l'Asie.

XI. On ne sauroit donc, sur ce passage de Justin, attribuer aux Gaulois d'Italie les expéditions que les Tectosages firent dans la Grèce & dans l'Asie. C'est à la colonie qui passa le Rhin sous la conduite de Sigovèse qu'on doit les attribuer. Nous voyons , en effet, que cet historien, dans l'endroit déjà cité parle également & de l'expédition de Bellovèse & de celle de son frère Sigovèse. Sa remarque tombe donc sur les Gaulois en général, & il a eu raison d'observer que c'étoit la première fois que 'ces peuples avoient passé les Alpes, puisque ceux qui marchèrent sous la conduite du premier traversèrent ces montagnes pour entrer en Italie. C'est là le vrai sens de Justin" si ou l'examine attentivement : Galli abundanti multitudîne, cum eos non caperent terrae quae genuerant, trecenta hominum mîllia, velut ver sacrum, ad quaerendas novas sedesmiserunt. Ex his pordo in Italia consedit, quae & urbem Romanam captam incendit , & portio Illyricos sinus.... per strages barbarorum penetravit & in Pannonia consedit : gens aspera, audax, bellicosa quae prima post Her- .

culem Alpium invicta juga transcendit :

ibi domitisPannoniis , &c. Les barbares, dont

des Gaules jusque dans la Pannonie, ne peuvent être que les Germains; car Justin n'auroit pas appelé barbares les peuples d'Italie que ces Gaulois durent rencontre.r sur leur route, après avoir passé les Alpes, & avant que d'arriver dans la Pannonie.

XII. Nous venons de dire qu'il ne paroît pas que les Tectosages aient passé les Alpes, ou du moins qu'ils aient eu part aux expéditions de Bellovèse en Italie. Un historien moderne de la Bavière ' est persuadé toutefois que ces peuples passèrent ces montagnes, pour aller au secours des Gaulois Cisalpins durant la guerre^que ceux-ci avoient contre les Romains. Il cite là-dessus en général l'autorité de César & de Tacite, & il croit que les Boiens qui s'établirent en Italie passèrent alors les Alpes avec cette partie des Tectosages. Si cela étoit bien prouvé, on pourroit peut-être en inférer que ce sont les mêmes Tectosages dont parle Justin qui s'établirent depuis dans la Pannonie, & qui portèrent de là leurs armes dans la Grèce & dans l'Asie. Mais comme nous ne trouvons rien, dans les deux historiens cités, sur ce passage des Tectosages en delà des Alpes pour aller au secours des Gaulois Cisalpins, nous nous en tenons à nos conjectures; & nous ne doutons point que les Tectosages qui firent tant de bruit dans la Grèce & dans l'Asie n'aient passé le Rhin sous la conduite de Sigovèse, qu'ils ne se soient d'abord établis dans la Germanie orientale vers le Danube , & qu'une partie n'aitpassé bientôt après dans la Pannonie, d'où ils portèrent leurs armes dans la Grèce & les provinces voisines. Ceux-ci peuvent avoir été secourus dans ces expéditions, soit par leurs anciens compatriotes des Gaules, soit par ceux d'entre eux qui restèrent dans la Germanie & qui étoient plus voisins. Nous voyons en effet qu'entre tous les Gaulois dont l'ancienne demeure dans les Gaules nous est connue, & qui portèrent la terreur de leurs armes dans la Grèce &dans l'Asie, les anciens ne nomment que les

EJ.orig. les Gaulois qui pénétrèrent dans l'IUyrie seuls Tectosages; & il n'est pas vraisembla-

p. 595. furent toujours victorieux depuis leur sortie

' Voyez Aldzreitter, Annales Boicae gentis , n. 2, 49 & seq.

' Voyez Aldzreitter, j<nnaZ. Boic, 1. 3,n. 2 & seq.

ble que ceux de ces peuples qui s'établirent dans la Pannonie fussent en assez grand

'Voyez Aldzreitter, ./4rtrta7f5 Boïcae gcnt'is, part, i , 1. i,n. 8.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

nombre pour suffire à tant d'entreprises, sans le secours de leurs autres compatriotes. XIII. Suivant les historiens bavarois', les Boiens établis dans la Germanie accompagnèrent les Tectosages dans leurs conquêtes de la Grèce & de l'Asie. Ils se fondent sur ce que les premiers sont les mêmes que les Tolistoboges, que nous savons certainement avoir suivi avec les Trocmes la fortune de ces peuples & pris part à leurs exploits. Il est vrai qu'il est assez probable que les Boiens établis dans la Germanie eurent quelque part aux diverses expéditions des Tectosages à cause du voisinage de leur demeure j car on convient que ceuxlà occupèrent la Bohême, & les mêmes auteurs prétendent qu'ils ont donné l'origine aux Bavarois 5 ce qui leur a donné occasion d'entrer dans un fort grand détail des diverses expéditions des Gaulois tant en Italie que dans la Pannonie, la Grèce, la Thrace, l'Asie, parce que les Boiens ou les Tolistoboges y eurent part; mais nous n'oserions assurer avec eux que les Boiens soient les mêmes que les Tolistoboges; Strabon nous apprend au contraire' que ceux-ci , ainsi que les Trocmiens , tiroient leur nom de quelqu'un de leurs capitaines, & non pas de leurs anciennes habitations qu'on ne trouve nulle part dans les Gaules. En effet, tous les anciens les appellent Tolistoboges ou ' Tolistobosges, & non pas ToUstoboies ou Tolisto-boies, comme les nomment les historiens bavarois.

les anciens Boiens, qui passèrent en Italie & dans la Germanie avant le temps de César, originaires des frontières du Nivernois, du Bourbonnois, & du pays des Eduens; mais ces auteurs n'ont pas pris garde que les Boiens n'habitèrent ce canton que du temps de César, & qu'il n'y a aucune preuve que c'eût été auparavant leur ancienne demeure dans les Gaules. César rapporte' que les Boiens de la Germanie s'étant associés avec les Helvétiens , & ayant fait une irruption dans les Gaules , il les vainquit, obligea les derniers à retourner dans leurs habitations, & permit aux autres de s'arrêter dans les Gaules & d'occuper les frontières du pays des Eduens : Boios petentibus jEduis ut in finibus suis collocarent concessit : quibus illis* agros dederunt, &c. Ce n'est donc que depuis César que les Boiens ont demeuré sur les frontières du Nivernois & du Bourbonnois; & bien loin qu'il y ait des preuves qu'ils aient auparavant habité ce pays, on voit au contraire qu'il faisoit partie de celui des Eduens. Il faut donc chercher ailleurs dans les Gaules la demeure des premiers , lorsqu'ils en sortirent pour aller s'établir dans la Germanie. Nous n'en trouvons point qui leur convienne mieux que les environs de la Garonne vers son embouchure, tant à cause du voisinage du pays des Tectosages qui s'établirent comme eux auprès de la forêt Hercynie , que parce que nous savons certainement " qu'il y avoit anciennement de ce côté-là des peuples appelés Boiens.

Note

XIV. Si les Tolistoboges sont les mêmes Ce sont ceux du pays de Buch, qui font par-

que les Boiens qui s'établirent dans la Ger manie, on pourroit prouver par là l'ancienne demeure des premiers dans les Gaules; car il paroît certain que les Boiens qui occupèrent la Bohême , & qui donnèrent leur nom à cette partie de la Germanie, étoient originaires des environs de la Garonne vers son embouchure. Il est vrai que plusieurs auteurs, & en particulier les derniers écrivains Me l'Histoire romaine, font

• Velser, Brunner & AIdzreitter, Rerum Boïettrum Annales.

' Strabon, 1. 4, p. i 87 & seq.

' Strabon, 1. 4, p. 187 & seq. — Voyez Pline, I. 5, n. 42, & notae Harduini, ihid.

* Cairou, Histoire romaine, t. 3, p. P.

tie du Bourdelois & qui retiennent encore quelque chose de leur ancien nom.

XV. Il est assez vraisemblable que, dans les temps les plus reculés, les peuples du Bourdelois & leurs voisins, comme ceux de la Saintonge, de l'Agenois & du Périgord qui appartenoient alors à la Celtique, portoient le nom commun de Boiens. C'est ainsi que dans les Gaules les peuples de toute une province étoient connus anciennement sous un nom général, & distingués entre eux par des noms particuliers; tels étoient, par exemple, les Volces qui occupoient la plus

' César, de Bello Gallieo, 1.

' Voyez Adnen de Valoi 3.-9.

s. Notifia CiiUiaram,

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

id.orig.

grande partie du Languedoc. Or, comme dans la suite les noms des peuples des Gaules éprouvèrent divers changemens, il peut être arrivé que celui de Boiens ne soit resté qu'à ceux du pays de Buch 5 car il n'est pas croyable qu'un pays aussi peu étendu ait pu fournir les nombreuses colonies de Boiens qui passèrent en Italie & dans la Germanie. XVI. Quoi qu'il en soit, on voit par ce que nous venons de dire que si les Tolistoboges qui partageoient la Galatie avec les Tectosages & les Trocmiens sont les mêmes que les anciens Boiens , ils sortirent vraisemblablement des environs de la Garonne vers son embouchure dans l'Océan. S'il en faut croire cependant les auteurs de la Nouvelle histoire ' romaine, les ToUstoboges , selon Ptolémée & Strabon, étaient sortis de la Gaule Narbonnoise, & apparemment les Trocmiens avaient la même origine, quoique les anciens auteurs ne nous en aient rien appris. Mais ils ne nous instruisent pas mieux de l'origine des Tolistoboges que de celle des Trocmiens, & nous ne voyons pas que Ptolémée ait jamais dit que les premiers fussent sortis de la Gaule Narbonnoise. Il est vrai^ que Strabon conjecture que l'origine des uns & des autres étoit la même que celle des Tectosages, à cause de leur union & de la conformité de leur langage & de leurs mœurs, c'est-à-dire, comme il s'explique, qu'ils étoient tous originairement Celtes : mais ce n'est pas une conséquence que les Tolistoboges fussent des peuples de la Gaule Narbonnoise; & si ce passage de Strabon le prouvoit, il prouveroit aussi que les Trocmiens étoient originaires de la même province. Il suffit donc que ces peuples soient sortis de la Celtique proprement dite pour avoir une même origine avec les Tectosages qui appartenoient anciennement à cette partie des Gaules : or, les pays situés entre la Garonne & la Loire avec le Bourdelois dépendoient de la Celtique propre avant Auguste.

XVII. Au reste le célèbre M. de Leibnitz, dans la préface qu'il a donnée pour la '

nouvelle édition des Historiens de Bavière, donne à entendre que les Boiens qui s'établirent dans la forêt Hercynie, & les Tectosages qui se rendirent si célèbres par leurs expéditions dans la Grèce & dans l'Asie, étoient Germains & non pas Gaulois d'origine. Il ajoute que les derniers n'avoient rien de commun que le nom avec les Tectosages des Gaules, & qu'enfin ceux-ci n'ont point donné l'origine aux autres, nec tamen cum quibusdam putandum est illos ex his or~ tos. Il avoue cependant que les uns & les autres parloient la même langue, parce qu'il prétend qu'elle étoit à peu près commune aux Gaulois & aux anciens Germains. Mais s'il y a quelque chose de certain dans l'ancienne histoire, c'est que les Tectosages de la Germanie & de la Pannonie, & ceux enfin qui assiégèrent la ville de Delphes & qui fondèrent le royaume de Galatie, avoient une origine commune avec les Tectosages de la Gaule Narbonnoise. En effet, le sentiment de M. de Leibnitz est détruit non par de simples conjectures des modernes, mais par l'autorité de tout ce qu'il y a de plus respectable parmi les anciens. Justin dit' en termes précis, « qu'après la mort de « Brennus, & l'expédition de Delphes, une « partie des Tectosages revint à Toulouse « leur ancienne patrie.... « Amisso Brenno duce... Tectosagi cum in ANTIQUAM PA-

TRIAM ToLOSAM venissent Ex gente

Tectosagorum non mediocris populus praedae dulcedine Illyricum repetivit , spoliatisque Istris, in Pannonia consedit. Ces derniers sont les Scordisques dont cet historien parle dans ce chapitre. Cicéron" reproche aux peuples de la Narbonnoise que leurs ancêtres s'étoient enrichis des dépouilles des Grecs, & en particulier de celles du temple de Delphes. César' atteste que les Tectosages, qui de son temps demeuroient encore dans la Germanie , étoient Gaulois d'origine. Strabon '', en parlant des Tectosages de la Gaule Narbonnoise, dit qu'ils fondèrent le royaume de Galatie en Asie. Il ajoute que plusieurs auteurs ont écrit que ces peuples

NoTb

' Catrou, Histoire romaine, t. 10, p. 5.

* Strabon, 1. 4, p. 187 & seq.

* Praefatioin Annal. 5oicae^t.'«fi5j Brunner &Aldzreitter.

' Justin, 1. 82, c. 3.

' Cicéron, pro Fonteio.

^ César, 1. 6, de Bello Gallico,

'' Strabon, 1. 4,, p. 187 & seq.

Note

lO

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

des Gaules sont les mêmes que ceux qui firent le siège de Delphes sous Brennus j & en effet dans les anciennes inscriptions qui restent, à Ancyre, & que M. de Tournefort a rapportées dans son Voyage du Levant^ on y voit encore des noms purement Gaulois, comme ceux d'Albiorix, d'Atéporix, &c.

Dion rapporte ' que les Romains enlevèrent de Toulouse, du temps de Cèpion, les trésors que les Gaulois avoient pillés dans le temple de Delphes sous la conduite de Brennus. Enfin Suidas' témoigne que ces mêmes Gaulois étoient originaires de l'Europe occidentale. Il est inutile, après toutes ces autorités , de s'arrêter plus longtemps sur une vérité jusqu'ici généralement reconnue. Il est vrai que M. de Leibnitz n'est pas le premier qui a osé hasarder un sentiment si singulier. Cluvier' & Schédius'' avant lui avoient donné un hardi démenti à César, & avoient nié absolument que jamais aucune colonie gauloise se fût établie au delà du Rhinj mais ils fondent leur raisonnement sur des raisons si pitoyables, qu'elles ne méritent pas d'être réfutées : elles l'ont déjà été d'ailleurs par leurs propres^ compatriotes *.

XVIII. Il n'est plus parlé des Tectosages de la Germanie après César , ce qui nous fait conjecturer qu'ils changèrent de nom. Tacite ' fait mention des Gothins , Gaulois d'origine , qui demeuroient* dans la Germanie vers les frontières de la Pannonie; peutêtre sont-ce les mêmes que les Tectosages de César qui habitoient le même canton.

' Dion Cocceius, Fragm. apud Valesium, p. 63o.

' Suidas, in verho T.cà.<xz\ix.

^ Cluvier, Germania ant, 1. 3, c. 3.

^ Schédius, de Disc. Gennan. syngram. I, c. i.

' Brunner, Annal. Boïc. gent. part, i , 1. 3, n. i. — Aldzreiter, Annal. Boïcae gentis , part, i, 1. 3, n. I.

® Les différentes questions auxquelles cette note est consacrée ont déjà été traitées par M. Barrydans ses annotations, au livre I de VHistoire de Languedoc [Voyez le tome I de cette édition]. Pour ne pas faire de redites, nous y renvoyons le lecteur, ainsi qu'aux Notes CIV, CVI, CVIII & CX, où sont résumées les doctrines formulées par l'érudition moderne.

' Tacite, de Morihus Germ. c. 43.

' Voyez Cellarius, Geogr. anù<j. 1. 2, c. 5.

Note

{}ious plaçons, â la suite de la Note II, la Note *odit. additionnelle suivante, insérée par DomVaîssete à la fin du tome V de V édition originale.}

Si les Tectosages d'Asie étoient origi- Éd-orïg. naires des Gaules \ p. 673.

Un savant critique', qui a donné depuis peu VHistoire des Celtes^ a embrassé à peu près le système de M. de Leibnitz. Il prétend que « les Gaulois , qui ravagèrent la « Macédoine & la Grèce, sortoient des pro- « vinces qui sont au midi du Danube, & « qu'//^ y avoient été établis de toute ancien- « neté. On peut se défier, ajoute-t-il, des « anciens, lorsqu'ils disent que les Gaulois « qui entreprirent l'expédition contre la (( Grèce, & en particulier contre la ville & « contre le temple de Delphes, & qui pas- « sèrent ensuite en Asie, sortoient origi- « nairement des Gaules, proprement ainsi « nommées, & qu'ils y retournèrent en par- « tie ; c'est, selon les apparences, une pure « fable, comme je le montrerai plus au « long en parlant de la migration des Cel- « tes. Les Gaulois de l'IUyrie étoient, à la « vérité, les mêmes peuples que ceux qui c( demeuroient au delà du Rhin : mais au « reste ils avoient toujours été voisins de (( la Grèce 5 ils en avoient même possédé la « plus grande partie sous le nom de Pélas- (( ges. Il est vrai qu'une partie des Gaulois « qui passèrent en Asie portoit le nom de « Tectosages, & que Straboii en tire cette (( conséquence, qu'il est assez probable « qu'ils étoient venus du côté de Toulouse, « où il y avoit un peuple qui portoit le « même nom : mais la preuve n'est d'aucun « poids, parce que le nom de Tectosages u étoit commun à une infinité de peuples « celtes, pour ne pas dire à tous. »

Tel est le système de cet auteur moderne; en sorte qu'à son avis on ne doit faire aucun fond sur le témoignage de tous les anciens, qui attestent que les Gaulois qui ravagèrent la Macédoine & la Grèce, qui attaquèrent la ville & le temple de Delphes,

' Voyez à ce sujet la Note CIV.

" Simon Peloutier, Histoire des Celtes, c. 8, p. Si 8t suiv.

Note

ADDIT

& qui s'établirent dans l'Asie Mineure, étoient originaires des Gaules proprement dites, & que les Tectosages, qui étoient les principaux de ces peuples, descendoient des Tectosages qui habitoient les environs de Toulouse ou le haut Languedoc; &on doit croire sur sa parole que tous ces Gaulois étoient anciennement originaires de l'IUyrie & de la Pannonie. Mais quelle preuve donne-t-il d'un sentiment si singulier ? Aucune autre que de vaines promesses, & les contradictions qu'il trouve entre les historiens qui parlent de l'expédition que les Gaulois entreprirent contre la Grèce, & en particulier contre la ville & le temple de Delphes.

Mais si l'expédition des Gaulois contre la ville & le temple de Delphes leur réussit, suivant les uns, ou si elle leur fut funeste, selon les autres, cette contradiction tombet-elle sur l'origine des peuples qui l'entreprirent, & tous les anciens qui ont parlé de cette origine ne sont-ils pas d'accord de les faire venir des Gaules, proprement nommées? Cicéron, dans son oraison pour Fonteius, parlant des Volces & des Allobroges, principaux peuples de la Province romaine des Gaules, ou de la Narbonnoise, qui avoient eu l'impiété d'attaquer le temple de Delphes, dit les paroles suivantes : Hae sunt natîones quae quondamtam longe ab suis sedibus Deîphos usque ad Apollînem Pythîum, atque ad oracuîum orbîs terrae vexandum, profectae sunt. De quel front Cicéron auroit-il accusé les Gaulois de la Province romaine d'un tel attentat, si ceux qui attaquèrent le temple de Delphes, & qui sont les mêmes qui s'établirent en Asie, avoient été lUyriens ou Pannoniens d'origine? D'ailleurs, le seul nom de Gaulois que les anciens donnent unanimement à ces peuples, & celui de Gallo-Grecs que portèrent ceux qui s'établirent en Asie, suffisent pour démontrer qu'ils étoient originaires des Gaules, proprement dites. En effet, c'est un principe incontestable, qu'un habile critique' a mis depuis peu dans tout son jour, que tous les peuples qui ont porté le nom de Gaulois, dans la Germanie, l'Illyrie, la Pannonie, &c., l'ont pris des colonies qui

' Saint-Aubin^ Antiquités françaises & gauloises.

passèrent des Gaules dans ces provinces, 8c qui ne le communiquèrent qu'aux contrées où ils s'établirent.

Enfin on peut s'appuyer sur la langue que parloient les Gallo-Grecs, & qui, suivant le témoignage de saint Jérôme", étoit à peu près la même qu'on parloit dans les Gaules. Si ces peuples avoient été anciennement originaires de l'Illyrie & de la Pannonie, ou des régions situées au midi du Danube, ils auroient du moins conservé quelque chose de la langue qu'on y parloit, & saint Jérôme, qui étoit natif de ce pays, n'auroit pas manqué de le remarquer. Or, la langue que les anciens peuples ont parlée a toujours servi de preuve à leur origine. C'est ainsi que Tacite' a fait voir que les Gothins & les Oses établis dans la Germanie n'étoient pas Germains : Gothinos Gallica, Osos Pannonîca coarguît non esse Germanos. La langue gauloise,, la pannonienne & la germanique étoient donc entièrement différentes ; & puisque les Gallo-Grecs parloient la première, ils étoient donc originaires des Gaules, proprement dites.

Quanta ce qu'ajoute le nouvel historien des Celtes, que le nom de Tectosages que portoit une partie des Gallo-Grecs étoit commun à une infinité de peuples celtes, pour ne pas dire à tous, & que la conformité de ce nom n'est d'aucun poids pour prouver que les Tectosages des Gaules ont donné l'origine aux Tectosages d'Asie, nous attendons les nouvelles découvertes qu'il nous promet à ce sujet. Il donnera sans doute un démenti à César' qui fait venir des Gaules les Volces Tectosages établis aux environs de la forêt Hercynie. Mais jusqu'à ce qu'il ait détruit la preuve de leur origine commune, preuve qui résulte du concours de tous les anciens & de presque tous les modernes, on sera en droit d'assurer que les Tectosages d'Asie descendoient des Tectosages qui occupoient une grande partie du haut Languedoc *.

' Prolegomena, in libr. 2, Comment, in Epist. ad Galat.

' De Moribus Germanorum.

3 César, de Belle Gallico, 1. 6, c. 24.

'' Voyez, au sujet de la Note Il&de son addition, la Note CIV,

Note

AUDIT

Note

Éd.orig.

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Éd. orig t. I,

NOTE m

Epoque de la première irruption des Tectosages dans la Macédoine , du siège de Delphes & de Ventrée de ces peuples en Asie.

Lt-n OLYBE', dans le livre premier de son

I Histoire, parlant de l'entrée de Pyrrhus en Italie où il avoit été appelé par les Tarentins contre les Romains, dit que cet événement arriva une année avant l'irruption des Gaulois dans la Grèce, leur défaite devant Delphes & leur passage en Asie.

Parlant ensuite, au livre second % de la défaite des Gaulois Sénonois & Boiens par les Romains, il assure que les derniers vainquirent ces peuples trois ans avant la venue de Pyrrhus en Italie , & cinq ans avant la défaite des autres Gaulois devant Delphes. Enfin Pausanias, décrivant fort au long cette dernière défaite, en place l'époque sous la seconde année de la cxxv« olympiade', sous le gouvernement d'Anaxicrate , archonte d'Athènes , & met l'entrée des Gaulois en Asie l'année d'après, sous Démodés, autre archonte.

II est aisé de conclure de tous ces témoignages que la première irruption des Gaulois dans la Macédoine, durant laquelle le roi Ptolémée Céraunus fuf* tué , tombe sous l'an 474 de Rome, suivant la supputation de Varron que nous suivons toujours, & que celle des Fastes capitolins précède d'une année; que la défaite de ces peuples devant

. Delphes dut arriver l'année suivante, 475 de Rome , & leur entrée en Asie l'année d'après , 476. En voici les preuves.

II. Le P. Labbe ' & M. Dacier avant nous, avoient déjà fixé la mort de Ptolémée Céraunus au consulat de P. Valérius Laevinus, qui répond à l'an 474 de Rome, suivant le

* Polybe, 1. I, p. 6.

* Ibid. 1. 2, p. 108.

' Pausanias, in Phoc'tc.

* Ibid. in Phocic. p. 648 & seq. — Justin, 1. 24, n. 4.

' Labbe, Chron. i. 1, p. iS-j. — Dacier, Vies de Pîuta/(juc, t. 3, p. 537.

calcul de Varron : & en effet, c'est précisément l'année d'après l'entrée de Pyrrhus en Italie, ce qui est conforme au premier passage de Polybe que nous avons déjà cité. Car Pyrrhus dut entrer en Italie l'an 478 de Rome, puisqu'il en sortit, suivant Plutarque", après six années de séjour, & immédiatement après la bataille de Bénévent, où il fut défait sous le consulat de Manius Curius Dentatus &de L. Cornélius Lentulus, c'està-dire l'an 479 de Rome. On voit, d'ailleurs, dans Plutarque% que Pyrrhus avoit fait déjà quelque séjour en Italie lorsqu'il livra bataille au consul Laevinus , l'an 474.

m. La seconde irruption des Gaulois dans la Grèce & leur défaite devant Delphes durent arriver l'an 475 de Rome; car Pausanias nous apprend qu'après la défaite & la mort de Ptolémée Céraunus, roi de Macédoine, par Belgius , ce général gaulois étant de retour de cette expédition, Brennus, après lui avoir fait des reproches de n'avoir pas usé de sa victoire, détermina les Gaulois à entreprendre l'expédition de Delphes la campagne suivante. Par conséquent , la mort de Ptolémée Céraunus étant arrivée l'an 474 de Rome, l'expédition de Delphes doit être rapportée à l'année 476. Polybe confirme cette chronologie dans le second passage cité, en mettant deux années d'intervalle entre l'entrée de Pyrrhus en Italie & la défaite des Gaulois devant Delphes. Il est vrai que cet historien paroît se contredire ailleurs , puisque, dans le premier livre de son ouvrage, il met sous une même année (qui fut celle d'après l'entrée de Pyrrhus en Italie) l'irruption des Gaulois dans la Grèce, leur défaite devant Delphes & leur entrée en Asie. Mais si l'on examine son texte, on verra qu'il ne parle qu'en passant dans cet endroit de trois différentes expéditions arrivées en divers temps , & qu'il se contente de les rapporter en gros sous une seule époque, qui est celle de la première irruption des Gaulois dans la Macédoine, où Ptolémée Céraunus fut défait & tué; mais dans l'autre endroit il parle de l'époque précise de la défaite des Gaulois devant Delphes, qui arriva deux ans après

' Plutarque, in Pyrrho.

' Ibid.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

l'entrée de Pyrrhus en Italie, ou l'an 475 de Rome.

En effet, nous avons vu que Pausanias fixe l'époque de la défaite de Brennus & des Gaulois devant Delphes à la seconde année de la CXXV» olympiade, ce qui revient à l'an 475 de Rome, suivant le calcul de Varron j car, au rapport de ce dernier, Rome fut fondée la troisième année ' de la vi" olympiade. Par conséquent, l'institution des jeux olympiques précède de vingt-trois ans moins quelques mois la fondation de Rome, puisque celle-ci arriva à la fin d'avril & l'autre au solstice d'été ou au mois de juin. Ainsi, la seconde année de la CXXV olympiade revenant à l'an 498 depuis l'institution des jeux olympiques, cette année doit être la 475 de Rome.

On peut appuyer ce calcul de l'autorité de Polybe% qui rapporte que Pyrrhus passa en Italie durant la cxxiv® olympiade. Or, les Gaulois ayant été défaits devant Delphes la seconde année de l'olympiade suivante, selon Pausanias, il s'ensuit qu'il dut y avoir deux années d'intervalle entre ces deux événemens , & que Pyrrhus passa la mer au plus tard avant la fin de la cxxive olympiade. Or, la dernière année de cette olympiade répond à l'an 473 de Romej ainsi Polybe & Pausanias sont parfaitement d'accord touchant l'époque de la défaite des Gaulois devant Delphes , & ces deux historiens conviennent avec nous sur le calcul des olympiades comparé avec les années depuis la fondation de Rome, calcul sur lequel les chronologistes sont très-partages.

IV. Enfin, le même Pausanias^ assure que les Gaulois passèrent en Asie l'année d'après leur défaite devant Delphes , sous Démoclès, archonte d'Athènes. Ce fut donc l'année 476 de Rome qui fut celle de la fondation de cette fameuse colonie gauloise.

V. Il résulte de ce que nous venons de dire que les deux années de règne qu'Eusèbe"* donne à Sosthène, roi de Macédoine, furent tout au plus commencées^ car, d'un

' Voyez Petau, Rationarîum temporum.

' Polybe, 1. 2, p. I 29.

' Pausanias, In Phocic.

^ Eusèbe, Chronïcon, édition Scalig. p. 140.

NOTB

côté, Ptolémée Céraunus, son prédécesseur, ne fut tué au plus tôt qu'au printemps de l'an 474 de Rome, & de l'autre, Méléagre succéda à celui-ci pendant deux mois, & ensuite Antipater pendant quarante- cinq jours; son élection ne peut donc tomber que vers le mois de juillet de la même année, & sa mort au plus tard que vers le mois de septembre de l'année suivante. En effet, Brennus le défit en 475, peu de temps après son entrée dans la Macédoine pour son expédition de Delphes, 8z; ce général gaulois employa un assez long intervalle de temps à cette expédition, qui finit au commencement' de l'hiver. Il est vrai que Justin' se contente de dire que Sosthène fut vaincu par les Gaulois dans cette occasion ; mais nous savons d'ailleurs qu'il fut tué sur le champ de bataille, & suivant Pausanias', Antigonus, son successeur, envoya du secours aux Grecs contre les Gaulois qui vouloient forcer le passage des Thermopyles pour leur expédition de Delphes. Or, les derniers n'entreprirent de forcer ce passage qu'après la défaite de Sosthène, qui , par conséquent , dut être tué dans l'action , puisque Antigonus lui avoit déjà alors succédé.

VI. Du reste, Eusèbe se trompe en rapportant la mort de Sosthène sous la seconde année de la CXXIV° olympiade , puisque nous avons déjà fait voir qu'elle arriva quatre ans après. M. Dacier'' ne se trompe pas moins lorsque, voulant relever Plutarque^ dans une de ses notes, il prétend que Sosthène régnoit encore en Macédoine dans le temps que Pyrrhus reçut en Italie la première nouvelle de la mort de Ptolémée Céraunus; car, suivant Plutarque*, ce fut Éd.orig, sous le consulat de Fabricius & d'Emilius, p. '598. ou l'an 476 de Rome. Mais Sosthène étoit mort alors depuis près d'un an , comme nous l'avons déjà prouvé, & il n'y avoit que deux ans que Céraunus avoit été tué, & non pas trois , ainsi que l'avance M. Dacier.

" Petau, Rat'ionariam temporum, p. lOJ.

* Justin, I. 24, c. 6.

' Pausanias, in Phocic.

^ Dacier, notes aux T^ies de Plutarqne.

' Plutarque, in Pyrrho.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

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