‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 28 sur 186 · XIII. Ces peuples demeurèrent longtemps · texte numérisé non relu

XIII. Ces peuples demeurèrent longtemps

' Voyez Notltla civ'itatum Gall. apud S'irmondum , Conc. Gall. t. ! .

' Idace, Chronicon,

^ S. Prosper, Chronicon, p. ^ç).

^Isidore, Chronicon ^ p. 716.

renfermés dans les limites de ces sept pays ou cités qu'ils possédoient légitimement. L'an 462,1e comte Agrippin leur ayant livré la ville deNarbonne au nom de l'empereur Sévère, ils s'étendirent depuis ' peu à peu, & firent successivement des conquêtes dans la Narbonnoise première & les provinces voisines ; de sorte que l'an 478, qui est l'époque de la lettre de Sidoine Apollinaire dont il s'agit, il ne restoit plus aux Visigoths qu'à s'emparer de l'Auvergne, pour être maîtres de toute la partie des Gaules située entre la Loire, le Rhône, les Pyrénées & les deux mers. Il est vrai que ces peuples non contens des pays qui leur avoient été cédés par Honoré, avoient fait diverses tentatives depuis cette cession pour étendre leurs frontières, & qu'il y a lieu de croire qu'ils s'emparèrent de divers pays voisins de leur demeure; c'est aussi ce que Sidoine fait entendre par ces termes : Saepenumero Septlmanlam suam fastldlunt Srefundunt. Mais il paroît en même temps que les empereurs les obligèrent de restituer leurs conquêtes & de se renfermer dans leurs anciennes limites, par les nouveaux traités qu'ils firent avec eux , jusqu'à ce qu'enfin ces mêmes peuples profitant de la décadence & des troubles de l'Empire qui suivirent la mort de Majorien, ils franchirent impunément les bornes de leurs anciens Etats & s'approprièrent les provinces voisines que l'empereur Népos fut obligé de leur céder par un traité.

XIV. Selon ce que nous venons de dire, l'Aquitaine deuxième, avec la ville de Toulouse, auront d'abord porté le nom de Septimanie avant que les Visigoths fissent des progrès dans les provinces voisines ; à moins que Sidoine Apollinaire n'ait inventé ce terme pour désigner les anciens Etats de ces peuples dans les Gaules, Etats qui, en effet, étoient composés de sept cités.

XV. Depuis cet évêque de Clermont jusqu'à Grégoire de Tours, nous ne trouvons aucun auteur ni aucun monument' qui fassent mention de la Septimanie; car il est faux que ce nom soit employé en 533, dans le testament de S. Rémi, comme quel-

' Idace, Chronicon.

' Le Cointe, ad ann. 533, n. 5o,

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Éd.orig.

ques auteurs l'ont avancé; ainsi nous ignorons si on se servit de ce terme depuis Sidoine pour désigner la partie des Gaules soumise aux Visigoths. On pourroit seulement conjecturer qu'on appela ainsi les pays qui restèrent à ces peuples tant en deçà qu'en delà du Rhône, après la bataille de Vouglé en Soy, sur ce que l'Anonyme ' de Ravenne comprend la Provence dans la Septimaniej ce qu'aucun autre auteur n'a fait ni avant ni après lui. Mais comme on ignore le temps auquel ce géographe a vécu, on ne peut rien dire de positif sur son autorité. Tout ce qu'il y a de certain, c'est que depuis Grégoire de Tours on a toujours appelé Septimanie la partie de la Narbonnoise première qui demeura aux Visigoths, & qu'on continua de donner ce nom à cette province jusque sous la troisième race de nos rois, soit que cet historien l'ait emprunté de Sidoine Apollinaire, & qu'il l'ait appliqué aux Etats que les Visigoths possédoientde son temps dans les Gaules; ou que lui & les autres auteurs qui l'ont suivi aient ainsi appelé cette province, parce qu'elle comprit d'abord sous les Visigoths sept cités ou diocèses, comme nous l'avons déjà dit.

Du reste, les auteurs & les monumens postérieurs à Grégoire de Tours donnent indifféremment le nom de Septimanie & de Gothie à la partie de la Narbonnoise première qui demeura aux Visigoths depuis la bataille de Vouglé; mais nous ne trouvons aucun ancien auteur goth ou espagnol qui ait donné le nom de Septimanie à cette province. Elle est appelée seulement la province des Gaules ou la Gaule Gothique, dans les actes des conciles de Tolède ou dans les auteurs qui ont écrit dans les pays situés au delà des Pyrénées; ce qui nous fait conjecturer que les historiens gaulois ou françois qui se sont servis du nom de Septimanie l'ont pris de Grégoire de Tours, & celui-ci de Sidoine Apollinaire; & que les Visigoths n'ont jamais ainsi appelé cette province pendant tout le temps qu'ils en ont été les maîtres.

' Anonyme de Ravenne, p. 35, 191 & 196.

[^i^ote additionnelle placée par D. Vaîssetc au tome V de V édition originale.^

Sur la Septimanie.

MASTRUC', peu content des diverses • opinions des savans sur l'origine du nom de Septimanie, en propose une nouvelle, qu'il croit plus naturelle & plus simple. Il prétend que ce sont les Goths euxmêmes qui ont imposé ce nom au pays qu'ils occupoient dans les Gaules; qu'ils ont pris par conséquent ce nom du fond de leur propre langue, & qu'ainsi c'est dans la langue tudesque qu'il faut chercher l'étymologie du nom de Septimanie; que dans cette langue man signifie homme, & sée la mer; que peut-être les Goths prononçoient sete pour ^ée dans leur idiome particulier : ainsi, ajoute-t-il, seemans ou setemans aura signifié, dans la langue gothique, les habitans de la côte & des pays maritimes. De ce nom, les habitans des Gaules, qui parloient latin, auront fait Setemanie ou Setimani & même Septimani, & auront par conséquent donné aux pays maritimes de Languedoc, occupés par les Goths, le nom de Setimania ou Septimania.W appuie cette étymologie sur ce qu'il est certain, à ce qu'il prétend, que le nom de Septimanie n'a jamais été attribué qu'à cette partie de la Narbonnoise qui étoit située le long de la mer Méditerranée, depuis le cap de Creux en Roussillon jusqu'aux embouchures du Rhône, à douze ou treize lieues loin de la côte.

Ce système souffre de grandes difficultés. M. Astruc n'en trouve qu'une seule qu'il s'objecte : « C'est, dit-il, que Sidoine Apol- « linaire, qui a employé le premier le nom « de Septimanie pour désigner le pays des « Goths, l'a employé en 473, dans un temps « où les Goths n'étoient pas encore maî- « très du bas Languedoc ; & que ce nom, « par conséquent, a été originairement em- « ployé à désigner un pays très-différent du « bas Languedoc, & fort éloigné de la mer « Méditerranée ; & qu'ainsi c'est sans aucun

' Mémoires pour l'histoire naturelle de Languedoc^ p. 141 & SUIY.

Éd.oria.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

« fondement, ou pour mieux dire, contre « la vérité de l'histoire, qu'on prétendroit « conclure que ce nom signifie pays mariai time, de ce que le pays qui l'a porté dans « la suite étoit effectivement situé près de « la mer, puisque c'est la première accep- « tion de ce nom qui en doit fixer la valeur, « l'origine & l'étymologie. »

Pour répondre à cette objection, M. Astruc s'efforce de prouver que les Goths étoient maîtres du bas Languedoc en 478, lorsque Sidoine Apollinaire écrivit àAvitus la lettre où il emploie le nom de Septimanie : mais, quand il seroit vrai que les Visigoths étoient alors maîtres depuis quelques années de la Narbonnoise première, ou de la plus grande partie de cette province, il est certain qu'ils dominoient sur plusieurs autres pays, qui leur avoient été cédés par les empereurs romains, & que c'est de ces pays dont Sidoine a voulu parler sous le nom de Septimanie : Veterum finium Umlûbus effractîs, &c., dit Sidoine dans sa lettre à Avitus. M. Astruc voudroit persuader qu'il ne s'agit ici que des conquêtes que les Goths faisoient pour s'approcher de la Loire ; en sorte que les anciennes limites voudroient dire les nouvelles ; ce qu'il ne fera pas croire aisément.

Mais ce n'est pas la seule objection qu'on peut faire contre son opinion : une des plus fortes est, qu'en supposant avec M. Astruc que ce sont les Goths eux-mêmes qui ont donné le nom de Septimanie à la Narbonnoise première, ils ne s'en sont jamais servis dans aucun monument, & que ce nom n'a été employé que par des Romains ou des Gaulois. En effet, on n'a qu'à consulter le code des lois Visigothiques, les actes des conciles de Tolède & tous les autres monumens de l'histoire des Goths, on ne trouvera jamais qu'ils aient employé le nom de Septimanie pour désigner leur province des Gaules ou la Narbonnoise première, tandis que Sidoine & quelques autres Gaulois ou Latins se sont servis de ce nom 3 preuve certaine que la racine de ce nom vient de septem.

Une société de gens de lettres qui s'est formée à Montpellier, dont M. le président Bonnier d'Alco est un des principaux membres, gens de goût & d'érudition, qui

Note

AUUIT.

s'assemblent une fois la semaine pour traiter différens sujets de littérature, ayant examiné les divers sentimens sur l'origine du nom de Septimanie, & n'en étant pas satisfaits, M. d'Alco écrivit à M. de Mandajors pour le consulter. M. de Mandajors, dans sa réponse, après avoir solidement réfuté l'opinion de M. Astruc, en propose une nouvelle. Il convient que le nombre de sept cités a donné le nom à la Septimanie, & lui est relatif; & prétendant que Constance en céda un plus grand nombre à Wallia, roi des Visigoths, il suppose qu'Euric, roi des Visigoths , occupoit en 473 sept cités de l'Aquitaine première, dans le temps qu'il faisoit divers efforts pour envahir l'Auvergne, huitième cité de cette province; qu'ayant formé un gouvernement de ces sept cités, il en gratifia le duc Victor, & que ces sept cités ont donné le nom à la Septimanie. Il développe ensuite son opinion par divers raisonnemens, que M. d'Alco a débattus avec force dans une réponse datée du i5 de juin de l'an 1742. Une des objections de M. d'Alco, contre le système de M. de Mandajors, est qu'il suppose qu'en 473 les Goths étoient en possession du Berry. M. d'Alco le nie, & s'appuie principalement sur ce que Sidoine, alors évéque Ed.orig. de Clermont , fut appelé à l'élection de p. 668 S. Simplice, archevêque de Bourges, à l'exclusion des évêques soumis à la domination des Goths. Or, S. Simplice n'a pu être élu qu'après l'an 472; ainsi Bourges étoit par conséquent alors sous la domination des Romains. D'ailleurs, ajoute M. d'Alco, suivant Grégoire de Tours, Euric établit Victorius duc ou gouverneur de sept cités de l'Aquitaine première, la quatorzième année de son règne ; & l'Auvergne étoit alors sous la domination des Goths suivant le même historien, ce qui détruit tout le système de M. de Mandajors, comme M. d'Alco le prouve en détail.

M. d'Alco, après avoir exposé les raisons qui lui font rejeter l'opinion de M. de Mandajors, en propose une nouvelle dans sa réponse. Il suppose que l'étymologie du mot Septimania vient de septem maenîa ou de septem mansiones ; c'est-à-dire de sept villes murées ; & il se contente de trouver ce nombre aux environs de Narbonne, sans

A])DIT

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

qu'il soit nécessaire que ces villes fussent épiscopales. Or, ajoute-t-il, la métropole de Narbonne,suivantla division queWamba, roi des Visigoths, fit de cette province en 680, étoit composée de huit villes principales, savoir : Narbonne, Béziers, Agde, Maguelonne, Nimes, Lodève, Carcassonne & Elnej & cette division étoit relative aux plus anciens titres, & par conséquent au siècle où vivoit Sidoine Apollinaire. Nous voyons d'un autre côté, continue M. d'Alco, que l'empereur Sévère céda aux Visigoths, en 462, toute la Narbonnoise première jusqu'à Nimes; à l'exception de cette dernière ville, qu'Euric assiégea plusieurs années après. Ainsi, ce sont les sept villes de la Narbonnoise première cédées en 462 aux Visigoths par l'empereur Sévère qui font la Septimanie qu'on cherche.

M. de Mandajors, persistant dans son opinion , répliqua aux objections de M. d'Alco. Il soutient, entre autres, que les Visigoths étoient maîtres de Bourges en 472, & que Grégoire de Tours se trompe en fixant la nomination de Victor au duché ou gouvernement de sept cités de l'Aquitaine première à la quatorzième année du règne d'Euric. Il fait remonter cette nomination à l'an 475 & ajoute à la fin, qu'il ne peut se

persuader que la Septimanie de Sidoine soit aussi que le nom de Septimanie fut inventé la même que celle de la Narbonnoise pre- précisément cette année, ce qui n'est nulmière; qu'elles n'ont de commun que le lement vraisemblable; & il paroît, au connom & la domination des Goths, & que traire, que ce nom étoit en usage depuis lorsque ce mot de Septimanie fut inventé, longtemps : Saepenumero Septimaniam suam les Goths n'avoient peut-être pas sept cités fastîdiunt fi- refundunt, dit Sidoine dans sa dans la Narbonnoise. M. d'Alco me fit lettre à Avitus. Il est évident d'ailleurs par l'honneur de me faire part de cette dispute, cette lettre, que la Septimanie dont parle dont il m'envoya les pièces, le II de mars de Sidoine étoit l'ancien domaine des Goths l'an 1743, en me priant d'en dire mon sen- dans les Gaules : Veterum finium limïtibus timent, que je pris la liberté de lui envoyer effractis, est-il dit en parlant des Visigoths quelque temps après; j'en rapporterai ici qui s'efforçoient d'étendre leur domination.

M. de Mandajors & de M. d'Alco ne me paroissent pas plus solides.

M. de Mandajors suppose que Victor ne fut pas le premier duc ou gouverneur des sept cités ou villes, qui, selon lui, ont formé la Septimanie de Sidoine, & qu'Euric en avoit nommé un autre avant lui : il le suppose, & ne le prouve pas; mais en admettant la supposition, il faudra prouver aussi qu'Euric créa ce gouvernement de sept cités de l'Aquitaine première, précisément après la conquête du Berry, & avant celle de l'Auvergne ; & si cette création est antérieure à la conquête du Berry, ou postérieure à celle de l'Auvergne, tout le système de M. de Mandajors tombe entièrement. Mais si Victor n'a été nommé à ce gouvernement qu'en 476 ou 476, & si ce gouvernement a été créé alors pour la première fois, comme il est fort vraisemblable, il est certain que l'Auvergne appartenoit alors aux Visigoths, & que ce pays faisoit une des sept cités dont Victor fut gouverneur. Il n'est pas non plus certain qu'en 473 la ville de Bourges fût au pouvoir des Visigoths, quoiqu'il paroisse qu'elle leur fut soumise bientôt après. Mais en supposant même que la ville de Bourges étoit soumise aux Visigoths en 473, il faut supposer

NoTK ADDIT

le précis.

Il est certain qu'il est plus aisé de détruire les diverses opinions qui ont paru jusqu'ici sur l'origine du nom de Septimanie que d'en établir une bien solide, qui soit à l'abri de toutes les difficultés. J'ai discuté dans la Nofe LVII du [présent] volume de l'Histoire de Languedoc, les opinions de ceux qui nous avoient précédés, avant que de proposer la nôtre. Je viens d'examiner celle de M. Astruc : celles de

Or, quand même ces peuples auroient soumis le Berry l'an 470, l'acquisition qu'ils en auroient faite eût été trop récente, trois ans après, pour que ce pays pût être censé faire partie de leur ancien domaine.

Quant à l'opinion de M. d'Alco, elle revient à peu près au sentiment du P. le Cointe & de M. de Valois, dont nous avons fait voir le peu de solidité dans la Nofe LVII [qui précède]. M. d'Alco rectifie ce système en supposant que le nom de Septi-

Note

AUUIT,

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

manie vient: de sept villes murées situées aux environs de Nar])onne (septem maenïaoxi septem mansiones), cédées en 462 par l'empereur Sévère au roi Théodoric; mais, outre que cette cession eût été trop récente en 473 pour que Sidoine Apollinaire qualifiât les limites de cette province veteres fines, à l'exclusion des plus anciens domaines que les Visigoths possédoient dans les Gaules, dès qu'on s'arrête indifféremment à sept villes muréesj on peut assurer qu'il y en avoit un plus grand nombre dans l'étendue du pays cédé par Sévère à Théodoric; & nous ne voyons aucune raison de préférer les villes de Carcassonne, Agde & Maguelonne, qu'on met au nombre des sept, & qui n'étoient pas encore alors épiscopales ou capitales, à celles de Cessera, Mesua, Forum Domîtîi^ Piscenae & autres; car Wamba régla, en 680, les limites des diocèses. Que si on prétend que ces sept villes étant chefs de diocèses sous le règne de ce prince, cela doit remonter aux temps antérieurs; il faudra faire voir qu'elles l'étoient sous l'empire de Sévère, & alors on embrassera d'un côté le système de sept cités ou sept villes épiscopales qui ont donné le nom à la Septimanie, tandis qu'on le rejettera de l'autre. Non- seulement on n'a aucune preuve que Carcassonne, Agde & Maguelonne fussent décorées du titre de cités ou td.orig. de capitales de peuples en 462, mais il pap. 669. roît certain qu'elles ne le furent que longtemps après; & cependant dans un temps assez antérieur au règne de Wamba, pour que ce prince pût dire qu'il avoit réglé les limites de leurs diocèses , conformément aux anciens monumens.

Nous nous en tenons donc, sur l'origine du nom de Septimanie, à l'opinion que nous avons proposée dans la Hôte LVII du présent volume de cette histoire, parce que c'est celle qui souffre le moins de difficultés : elle est appuyée sur le nombre de sept cités ou sept peuples, que le patrice Constance céda au roi Wallia en 419. Il est vrai qu'on oppose que les Romains cédèrent alors aux Visigoths, non-seulement les six cités de l'Aquitaine seconde, mais encore quelques autres cités des provinces voisines, suivant le témoignage de Prosper, dans sa Chronique; ce qui surpasse le nombre de

sept : maison peut expliquer la Chronique de Prosper par celle d'Idace, qui dit que Constance céda à Wallia le pays situé depuis Toulouse jusqu'à l'Océan : Gothi per Constantium ad Gallias revocati, sedes inAquitania, a Tolosa usque ad Oceanum acceperunt ; en sorte que lorsque Prosper dit que Constance céda à Wallia la seconde Aquitaine, on ne doit pas l'entendre de toute l'Aquitaine seconde en entier, mais de la plus grande partie de cette province : Constantius patricius pacem firmat cum Wallia, data ei ad inhabitandum secunda Aquiiania, & quibusdam civitatibus confinium provinciarum. Les provinces limitrophes de l'Aquitaine seconde étoient l'Aquitaine première, la Narbonnoise première &la Novempopulanie. Il est certain que Wallia ne posséda que le Toulousain dans la Narbonnoise première, qui lui fut cédé parles Romains, & qu'aucun pays de l'Aquitaine première ne tomba au pouvoir des Visigoths que sous le règne d'Euric. Ainsi, en supposant avec Idace, que Constance céda à Wallia la partie de l'Aquitaine qui s'étend depuis Toulouse jusqu'à la mer Océane, il lui aura cédé avec cette ville, l'Agenois, le Bourdelois, l'Angoumois & le Périgord, qui font la plus grande portion de l'Aquitaine seconde. Or, si on joint à ces cinq peuples ceux de Bazas & de Lectoure, situés le long de la Garonne vers Bordeaux, on trouvera le nombre des sept cités que l'on cherche, & la Chronique de Prosper s'accordera avec celle d'Idace. Nous embrassons d'autant plus volontiers ce système ainsi rectifié, qu'il a été suivi depuis peu par un excellent critique dont le suffrage est d'un fort grand poids, qui a fait une étude particulière de cette matière, & qui a longtemps réfléchi sur les diverses opinions touchant l'origine du nom de Septimanie. C'est le célèbre abbé Dubos, qui s'exprime de la manière suivante dans son Histoire critique de la monav' chie française ' : « Il s'en faut beaucoup que « les auteurs modernes soient d'accord en- « tre eux sur ce que signifie, dans la lettre « de Sidonius à Avitus, le terme de Septi- K manie... Je n'entreprendrai point de les

' Histoire critique de la. monarchie fran^ohe , I. 3, c. 10, p. 621 81 suiv, de l'édition de 1742.

Note

ADDIT

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

accorder; &, ce qui suffît, eu traitant la matière que je traite, je me contenterai d'observer que, dans le passage que je viens de rapporter, Septîmanîe signifie certainement les quartiers que Constance, mort collègue de l'empereur Honorius, assigna dans les Gaules auxVisigoths, à leur retour d'Espagne en 419. On aura donné dans le langage ordinaire, au pays compris dans ces quartiers, le nom de Septimanie, parce qu'il renfermoit, suivant l'apparence, sept cités qui n'étoient pas toutes de la même province. Comme ces cités composoient à certains égards un nouveau corps politique, il aura bien fallu lui trouver une dénomination, un nom par lequel on pût, lorsqu'on avoit à en parler, le désigner, sans être obligé d'avoir recours à des circonlocutions. Quelles étoient ces cités ? Nous avons vu en parlant de cet événement dans notre livre second, que Toulouse & Bordeaux en étoient deux. Quelles étoient les cinq autres } Les cités qui sont adjacentes à ces deux-là, de quelque province de la Gaule que ce fût qu'elles fissent partie. On aura donc attribué à nos sept cités le nom de Septimanie par un motif à peu près semblable à celui qui avoit fait donner en droit public le nom de Sept provinces à ces sept provinces des Gaules dont nous avons parlé à l'occasion de l'édit rendu par Honorius en 418. Ainsi Sidonius aura écrit, dans l'intention de donner une juste idée de l'envie qu'avoient les Visigoths d'être maîtres de l'Auvergne, que pour y avoir des quartiers, ils étoient prêts, à ce qu'il leur plaisoit de dire, d'évacuer & de rendre leurs premiers quartiers. Quoique certainement la proposition ne fût point faite sérieusement, & qu'elle ne fût qu'un simple discours, elle aidoit néanmoins à faire voir que les Visigoths avoient une extrême envie de posséder l'Auvergne. On se sera accoutumé, dès le temps de Sidonius, à dire la Septimanie, pour dire le pays tenu par les Visigoths ; ce qui aura été cause que dans la suite, on aura donné ce nom à d'autres pays qu'à celui qui l'avoit porté d'abord : mais toujours relativement à sa première acception, c'est-à-dire, parce que ces

« pays-là étoient tenus parles Visigoths. » Dans un autre endroit", M. l'abbé Dubos assure « qu'il paroît, en faisant attention à « la suite de l'histoire, qu'on donna aux (( Visigoths, non pas la seconde Aquitaine « en entier, mais seulement une portion « de cette province & quelques cités de la « Narbonnoise première ou d'autres pro- « vinces. »

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