I.-K TOUS ne nous arrêterons pas à prouver
IN que la guerre que Childebert entreprit
contre Amalaric, & dans laquelle le dernier
' Procope, de Bello Gothoram in Hist. Bys. p. 345.
Éd.orig.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
perdit la vie, se passa dans la Septimanie & aux environs de Narbonne. Plusieurs habiles critiques' l'ont déjà démontré sur l'autorité de Procope% de S. Isidore^ & de l'auteur de VAppendix ou Supplément à la Chronique de Victor de Tunes'*, & ont fait voir que Grégoire de Tours ^ ne dit pas le contraire.
IL II n'est pas aussi aisé de déterminer le lieu où mourut Amalaric & de marquer les circonstances de sa mort; car presque tous les anciens historiens varient là-dessus. S. Isidore^ dit qu'après la bataille de Narbonne ce prince, s'étant retiré à Barcelone fut égorgé dans cette dernière ville par ses propres soldats. L'auteur du supplément' à la Chronique de Victor de Tunes rapporte la même chose, avec cette différence qu'il fait mourir Amalaric par la main d'un François. Enfin, Frédegaire* assure aussi que ce prince mourut à Barcelone. Nous croyons donc avec le P. Daniel ', que l'autorité de ces historiens doit être préférée à celle de Procope, de Grégoire de Tours & de ceux qui les ont suivis, lesquels font mourir ce roi lorsqu'il étoit sur le point de s'enfuir de Narbonne en Espagne.
III. Pour ce qui est de l'époque précise de la mort d'Amalaric & des années de son règne, nous savons qu'il commença de régner au mois de septembre de l'an 626, après la mort du roi Théodoric, son aïeul, & qu'il régna cinq ans suivant Isidore'"; ainsi il dut mourir l'an 53 1. C'est aussi à cette année que cet historien & l'auteur du Supplément à la Chronique de Victor de Tunes rapportent sa mort. Il dut régner cependant un peu plus de cinq ans, car il ne mourut qu'après le 4 de décembre de la
' Le Cointe, ad ann. 53 1. — Adrien de Valois, Rerum Franc'icarum 1. 7, p. 371. — Daniel, Histoire de France, t. i , p. 76.
' Procope, de Bello Gothorum, 1. t, c. i3.
' Isidore, Chronicon, p. 721.
■* Victor de Tunes, Chronicon, éd. Scaliger.
^ Grégoire de Tours, 1. 3, c, 10.
® Isidore, Chronicon, p. 721.
' Victor de Tunes, Chronicon, éd. Scaliger.
* Frédegaire, Epit, 3o 8<. 42.
' Daniel, Histoire de France, t. I , p. 70 & j5.
'"Isidore, Chronicon, p. 721.
même année, ce que le P. Pagi ' a très-bien prouvé par la date des conciles de Lérida & de Valence en Espagne, tenus l'un le 4 du mois d'août, & l'autre le 4 du mois de décembre de l'an 646, la quin'j^ième année du règne de Theudis^ successeur de ce prince. On lit Theaderedîj au génitif, dans les actes de ce dernier concile, ce qui est une inflexion du nominatif Theudis. Quelques critiques avoient pris mal à propos ce nom pour celui de Théodoric, ce qui faisoit qu'on avoit de la peine à concilier cette date.
IV. On voit la même inflexion dans une épitaphe trouvée à Narbonne', rapportée par le P. Ruinart' dans ses notes sur Grégoire de Tours & datée de la fin du mois d'avril, la dixième année du règne de Theudis, régnante Theudere^ indiction IV, ce qui convient très-bien à l'an 641. Le P. Ruinart a cru cependant qu'elle appartenoit au règne de l'un ou de l'autre des deux rois visigoths du nom de Théodoric; mais Théodoric I n'ayant jamais été maître de Narbonne, & cette inscription ayant été trouvée dans cette ville, elle ne peut être placée sous le règne de ce prince. On ne sauroit d'ailleurs, concilier l'indiction iv avec la dixième année de son règne. Cette même indiction ne peut pas non plus s'accorder avec la dixième année du roi Théodoric II, qui ne fut maître de Narbonne que sur la fin de son règne; mais elle convient parfaitement avec la dixième année de Theudis, c'est-à-dire avec l'an 641, d'où l'on doit conclure que ce prince commença de régner en 53i. Ce dut être au mois de décembre, comme nous l'avons déjà prouvé ; ce qui nous donne l'époque précise de la mort d'Amalaric, son prédécesseur.
V. Cette dernière époque sert beaucoup à fixer celle du second concile de Tolède sur laquelle les modernes ne sont pas d'accord. Selon tous"* les manuscrits, il fut tenu le ij du mois de mai, la cinquième année du règne d'Amalaric, Van 565 de l'Ere espagnole . ces notes chronologiques ont jeté beaucoup
' Pagi, ad ann. 646, n. 10 & seq.
' Voyez, aux Preuves de ce volume, les Inscriptions de Narbonne.
' Ruinart, Notae in Greg. Tur, p. iSSp.
^ Aguirre, Concil. Hisp. t. 1, p. 122 j t. 2, p. 267.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Note
d'obscurité sur la date de ce concile & sur le commencement & la suite du règne d'Amalaric. Binius',qui rapporte cette date à l'an 53i, prétend qu'il faut lire le nom de Theudis au lieu de celui d'Amalaric, & l'ère 569, qui répond à l'an 53i de J.-C, au lieu de l'ère 565.
Le cardinal d'Aguirre' atteste d'un autre côté que tous les manuscrits portent dans le titre du concile qu'il fut tenu la cinquième année du règne d'Amalaric, Van 565 de l'ère espagnole : ce qui l'oblige à rapporter cette date à l'an 527 & à faire commencer le règne d'Amalaric l'an 523, du vivant du roi Théodoric son a'ieul. Mais comme il est certain, par les preuves que nous venons de rapporter, qu'Amalaric n'est mort que l'an 53i & qu'il n'a régné que cinq ans, cette date ne sauroit être vraie. Nous aimons donc mieux supposer avec ce savant cardinal que le nom du roi & l'année du règne sont marqués comme il faut dans les manuscrits, & croire contre lui, avec Binius & le P. Pagi% qu'il faut lire l'ère 569 au lieu de l'ère 565. Ainsi ce concile fut tenu au mois de mai de l'an 53i, la dernière année du règne d'Amalaric.