NOTI
I./^N sait, en général, que Théodoric, roi des Ostrogoths, reconquit après la mort de Clovissurles enfans de ce prince plusieurs places qui avoient été enlevées aux Visigoths depuis la bataille de Vouglé, ainsi que nous l'apprend Grégoire de Tours* : Gothi vero cum post Clodovechi mortem multa de his quae îlle adquisierat pervasissent, &c. Mais nous ne saurions marquer précisément jusqu'où ce roi d'Ita-
lie étendit ses conquêtes dans les Gaules ; nous sommes seulement assurés qu'il reprit la ville de Rodez & le Rouergue, ce qui nous fait croire qu'il reprit aussi le Gévaudan & le Vêlai, & peut-être l'Albigeois. Il ne paroît pas douteux que le pays d'Uzès ne soit retourné en même temps sous la domination des Goths, si tant est que les François l'eussent pris sur eux; car quelle apparence que Théodoric eût conquis tout le Rouergue, & qu'il eût laissé derrière lui rUzége, situé au milieu de ses Etats, entre la Provence & la Septimanie?
II. Ce n'est donc que depuis l'an 533 que Théodehert, fils de Thierry, roi d'Austrasie, ayant reconquis ' sur les Visigoths les places que Théodoric avoit enlevées aux François après la mort de Clovis, la ville & le pays d'Uzès furent soumis aux François, & l'on Éd.ong. ne sauroit donner aucune preuve du con- p. 670. traire. Ainsi, c'est avec raison que nous mettons ce pays au nombre des conquêtes
de Théodehert.
III. On doit en dire de même de la ville & du diocèse de Lodève où ce prince porta ses armes. Leur situation entre Béziers & Rodez, villes qui dépendoient des Goths avant son expédition, ne nous permet pas de douter qu'ils n'aient été repris par Théodoric, après la mort de Clovis.
IV. Les souscriptions du concile' tenu à Clermont, en Auvergne, l'an 535, deux ans après l'expédition de Théodehert, par les évêques de la domination de ce prince qui avoit succédé depuis peu à Thierry , son père, dans le royaume d'Austrasie, prouvent' qu'il étoit alors le maître du Gévaudan, du Rouergue, du pays de Lodève & du Vivarais; car on y voit les noms d'Hilaire, évêque de Javoux; de Deutérius de Lodève; de Dalmace de Rodez & de Vénantius'de Viviers.
V. La souscription de ce dernier confirme la conjecture d'un historien moderne * au sujet de la fin de la guerre de Bourgogne qu'il met en 534, après la mort de Thierry, & du partage de ce royaume entre tous les
' Conciles, t. 4, p. 1374 8c suiv.
'Aguirre, Concil. H'isp, t. i , p. 122; t. 2, p. 267.
' Pagi, ad ann. 53i, n. 9.
* Grégoire de Tours, 1. 3, c. 21.
' Grégoire de Tours, 1. 3, c. 21, 22 & 28.
' Conciles, t. 4, p. i8o3.
' Le Cointe, ad ann. 535, n. 9.
* Daniel, Histoire de France, t. i, p. 78 & 88.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
princes françois. Théodebert dut obtenir le Vivarais en vertu de ce partage, ce qui est appuyé d'ailleurs sur la Chronique de Marius d'Avenches"; car il n'y a aucune apparence que ce prince l'ait conquis sur les Goths qui paroissent ne l'avoir jamais possédé, quoique Roderic de Tolède" semble vouloir le faire entendre ; mais son témoignage n'est pas d'un grand poids.
VI. Nous avons ajouté le château d'ï/^ernum aux conquêtes de Théodebert, parce qu'outre que ce prince porta ses conquêtes du côté du Rhône & de la ville d'Arles qu'il assiégea, nous voyons d'ailleurs que ce château fut un de ceux que le prince Reccarède reprit sur les François l'an 585. Ces peuples dévoient par conséquent l'avoir enlevé auparavant aux Visigoths, & sans doute pendant l'expédition de Théodebert.
VII. Pour ce qui est du pays d'Arsat ou de Larsat, pagus Arisitensis, qui faisoit partie du Rouergue, nous croyons que les Vi-
l'Èglise^ Ligons, Gagnac, Laissac & Monferran. Or, tous ces lieux sont situés en Rouergue, vers les frontières du Gévaudan & de l'ancien diocèse de Nimes; ainsi nous ne doutons pas que le pays de VArssague':^ dont il est parlé dans cette charte, ne soit le même que le pagus Arîsîtensîs de Grégoire de Tours.
On pourroit aussi conjecturer qu'une partie de l'ancien diocèse de Nimes, savoir ce qui compose aujourd'hui le diocèse d'Alais limitrophe du Rouergue, faisoit partie du pays d'Arsat, sur ce que la baronie d'Hierle, donnée par le roi S. Louis en assise à la maison d'Anduse, est appelée dans les monumens du ternes Terra Aris dit ou Erîsdiij peut-être par corruption du nom Arîsîtensîs. Cette ancienne baronie s'étend, en effet, dans le diocèse d'Alais & les frontières du Rouergue depuis Merueys jusqu'à Vissée {Vîrîdesîccum). D'ailleurs, le pays de l'Arsat appartenant, à ce qu'on prétend, à la famille
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sigoths le conservèrent, & que Théodebert deTonanceFerréol quipossédoit de grands ne le prit pas sur eux, mais seulement le biens dans l'ancien diocèse de Nimes vers reste du pays.Ce canton comprenoit, suivant les confins du même pays du Rouergue, &
Grégoire' de Tours, environ quinze paroisses du Rouergue. On est partagé sur leur situation : on les place* plus communément sur les frontières de ce pays vers le Gévaudan & le diocèse d'Alais ou l'ancien diocèse de Nimes. Nous pouvons confirmer ce sentiment par un titre du Trésor' des chartes du roi de l'an 1207 écrit en langage du pays, par lequel Guillaume, comte
entre autres le lieu de Trêve (Trevîdon), il est assez vraisemblable que tout le domaine de cette famille composoit le pays d'Arsat. Enfin, on appelle encore Saînte-Eulalîe-de- Larsac un lieu du diocèse de Vabres situé vers les frontières du Gévaudan. C'est tout ce que nous pouvons dire de la situation de ce pays, en attendant la dissertation que nous fait espérer là-dessus M. de Manda-
de Rodez, engage à Raymond, comte de jors qui pourra éclaircir cette matière par
Toulouse, pour la somme de vingt mille sols melgoriens, le château de Montrosier avec huit autres châteaux ou villages qu'il possédoit dans le pays de l'Arssagueo^, savoir : Buzens, Galhac, Provenquières, Sévérac-
' Marius d'Avenches, Chronlcon. — Duch. t. i, p. 2l3.
' Roderic de Tolède, 1. 3, c. 21.
' Grégoire de Tours, 1, 5, c. 5.
•* Dominici, Ansbertus redivïvus, p. 41 & seq. — Le Cointe, adann. SzS, n. lo. — Gallia Christiana, nov. edit. t. i, p. 196 & seq.
' Voyez au tome VIII de cette édition, aux Preuves, sous le n. LXXXVIII, V Engagement du pays de l'Arssaguc^ , fait a Raymond, comte de Toulouse, par Guillaume, comte de Rode^.
ses recherches, 8z; qui prétend que tout ce qui compose aujourd'hui le diocèse d'Alais étoit de l'ancien pagus Arîsîtensîs.
VIII. Ce pays fut honoré d'un siège épiscopal j mais il est difficile de déterminer si on doit en attribuer l'érection ou aux Visigoths ou aux François. Le P. le Cointe' qui est persuadé que les derniers demeurèrent toujours maîtres de ce canton depuis les conquêtes de Clovis, quoique les autres eussent repris sur eux le reste du Rouergue, prétend qu'ils firent ériger cet évêché pour empêcher que leurs sujets ne fussent soumis à un évêque étranger^ mais il n'en apporte aucune preuve. Il paroît, au con-
' Le Cointe, ad ann. 535, n. 9.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd. orig t. I
traire, par Grdgoire de Tours, que les Visigoths demeurèrent maîtres de ce pays tandis que le reste du Rouergue obéissoit aux François, & que cela donna occasion aux premiers d'y ériger un siège épiscopalj c'est aussi le sentiment de plusieurs personnes habiles'.