‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 31 sur 186 · IX. Nous jugeons donc qu'il est beaucoup · texte numérisé non relu

IX. Nous jugeons donc qu'il est beaucoup

sous le règne des Visigoths, & que ces peuples n'aient établi un évèché dans ce pays. Grégoire de Tours le fait assez entendre en parlant de Monderic qui parvint à cet évèché vers l'an SyS par la faveur de Sigebert, roi d'Austrasie; puisque, suivant cet historien, Dalmace, évêque de Rodez, demandoit alors qu'on remît sous son autorité les

plus probable que les Goths reconquirent quinze paroisses qui en dépendoient & qui

ce pays sur les François, avec le Rouergue, peu de temps après la mort de Clovis; que Théodebert ayant repris dans la suite la ville de Rodez & presque tout le Rouergue sur les Visigoths, il négligea de soumettre ce canton, soit à cause de sa situation avantageuse dans les montagnes, soit parce qu'il vouloit porter ses armes ailleurs j & que c'est ce qui donna occasion aux derniers d'y ériger un évèché.

Il paroît, en effet, que les Visigoths, depuis la défaite d'Alaric II à la bataille de Vouglé & la perte de la meilleure partie de leurs États dans les Gaules, affectèrent' de conserver dans la partie de la province ecclésiastique de Narbonne qui leur demeura, le même nombre d'évèchés qu'ils y possédoient auparavant^ & que comme ils firent ériger ceuxdeMaguelonne, de Carcassonne & d'Elne pour se dédommager de ceux de Toulouse, d'Uzès & de Lodève qu'ils avoient P.V71, perdus, ils firent aussi ériger celui d'Arsat, pour réparer la perte de celui de Rodez, après que Théodebert leur eut enlevé cette ville en 533. Car il est constant que depuis

avoient été démembrées de son diocèse Et apud' Arîsitensem vicum (Nlondericus) epîscopus instituitur, habens sub se plus minus dîoeceses quîndecîm, quas pr'imum Gotht quîdem tenuerant, nunc vero Dalmatîus Ruthenensis epîscopus vindîcabat. Il paroît, par ce passage, que du temps des Goths ces paroisses ne dépendoient pas du diocèse de Rodez, & qu'elles étoient par conséquent gouvernées par un évêque particulier.

XI. Lorsque Dalmace demanda de rentrer dans le droit qu'ilavoit sur ces paroisses, le pays d'Arsat étoit tombé sans doute depuis peu sous l'obéissance des François. Nous conjecturons que Clotaire I, maître de toute la monarchie, le prit sur les Visigoths vers l'an 5605 car il n'y a aucune apparence que Sigebert, roi d'Austrasie, son fils, l'ait conquis sur ces peuples, puisque nous savons que ce dernier prince vécut toujours en paix avec Athanagilde, leur roi, qui étoit son beau-père.

XII. Il ne paroît pas, en effet, que Déotarius, qui est le premier évêque d'Arsat que nous connoissions depuis que ce pays

que Théodoric, roi des Ostrogoths, eut re- fut soumis à la domination françoise, ait

pris Rodez sur les François, l'évêché de cette ville fut soumis à la métropole de Narbonne, quoiqu'il dût dépendre naturellement de celle de Bourges, parce que, suivant l'usage de ce siècle, les souverains ne permettoient pas que les évêques de leur domination dépendissent d'une métropole étrangère.

X. Il est vrai que nous ne connoissons les évêques d'Arsat que depuis que ce pays obéissoit aux François; mais cela n'empêche pas qu'il n'ait pu y avoir des évêques

pu parvenir à cet évèché avant ce temps-là. Il est vrai que le P. leCointe" prétend qu'il l'occupa depuis l'an 533 jusqu'en 569, sur ce que, suivant les anciens monumens de l'église de Metz,* rapportés par Dominici ', il fit bâtir le village d'Arsat, d'où le pays a pris son nom; & qu'il conjecture que ce qui y donna lieu fut que ce pays avoit été désolé depuis peu, durant la guerre que Théodebert avoit faite aux Visigoths dans le Rouergue en 533. Mais si Déotarius fit bâtir, ou, comme s'expriment Dominici &

NOTB

' Ruinart, Not. in Greg. Tur. p. 208. — Gallia ' Grégoire de Tours, 1. 5, c. 5.

Christiana, nov. edit. t. i , p. i(;5 & r 96. ' Le Cointe, ad ann. 523, n. 1 o & seq. ; ad ann.

'Voyez Nota XXV, XXVI, XXVII & LVII , 569, n. 27.

n. 6 & suiv. ' Dominici, Ansbertus rcdivlvus, App. p. 9 Scscq.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

le P. le Coînte', rebâtir le chef-lieu du pays d'Arsat, ce fut peut-être pour quelque autre motif, ou s'il fut désolé durant les guerres, ce peut avoir été dans quelque autre occasion que durant l'expédition de Théodebert. D'ailleurs, il est marqué dans les mêmes monumens" queDéotarius fut sacré évêque d'Arsdit par S. Aigulphe, évêque de Met'ç, son frère. Ot^ ce dernier, de l'aveu du P. le Cointe^ ne parvint à l'épiscopat que depuis l'anSyS; ilnepeutdoncavoirconsacréDéotarius avant ce temps-là. Cet annaliste, pour se tirer de cette difficulté, rej ette "* l'autorité des monumens de l'église de Metz, par rapporta cette ordination. Mais, s'ils sont erronés en cela, ils peuvent l'être sur tout le reste : aussi paroissent-ils suspects à d'habiles critiques. On pourroit y trouver plusieurs autres choses à dire, quelque autorité qu'ait voulu leur donner Marc-Antoine Dominici, entre autres sur ce qu'ils font S. Aigulphe évêque de Metz, ordonné après l'an 678, contemporain de Théodebert, roi d'Austrasie, mort en 647. Ce prélat ne peut donc avoir reçu la donation que ce prince fit à l'église de Metz du pays d'Arsat suivant ces monumens. Dominici^ conjecture qu'il faut lire Sigebert au lieu de Théodebert 5 mais le P. le Cointe® rejette cette conjecture sur ce que S. Aigulphe ne fut évêque de Metz qu'après la mort du premier. Si donc Déotarius fut évêque d'Arsat, commenous l'apprenons des mêmes monumens qui le font en même temps frère de S. Aigulphe, il ne peutavoirvécu qu'après le milieu du sixième siècle, puisqu'il est certain que ce dernier étoit encore évêque de Metz en 6o3'. Enfin ces monumens le font oncle paternel & prédécesseur, dans l'évêché d'Arsat, de Mon-

consacré par S. Aigulphe, évêque de Metz.

XIII. Nous avons dit que Dalmace, évêque de Rodez, revendiqua sur Monderic les quinze paroisses du pays d'-<4r5flt, qui avoient été démembrées de son diocèse : nous ne savons pas s'il obtint sa demande. Le P. Ruinart' prétend, après M. de Valois, que ce sont les mêmes paroisses qu'Innocent, évêque de Rodez & successeur de Dalmace, répétoit% en 684, sur Ursicin, évêque de Cahors; ce qui prouveroit que Dalmace ne les réunit pas à son évêché. Mais les paroisses que les évêques de Cahors pouvoient avoir usurpées sur ceux de Rodez dévoient être situées au couchant du Rouergue, au lieu que celles qui étoient comprises dans le pays d'Arsat s'étendoient vers le levant. Ce qu'il y a de vrai, c'est que si S. Dalmace réunit à son diocèse les quinze paroisses de l'Arsat dont on a déjà parlé, ce pays devoit s'étendre au-delà du Rouergue & dans la Septimanie, puisque nous voyons qu'Emmon', évêque d'Arsat, assista, l'an 626, au concile de Reims 5 ce qui fait voir que cet évêché subsistoit encore au commencement du septième siècle.

XIV. On ignore l'époque de sa suppression. Il paroît seulement qu'elle étoit déjà faite vers l'an 660, & qu'il avoit été réuni alors aux diocèses voisins d'Uzès ou de Nimes. C'est ce qu'on peut inférer de la vie de S. Amand, évêque de Mastrick, écrite par un auteur contemporain. Ce saint prélat* ayant entrepris de bâtir le monastère de Nant, sur les frontières du Rouergue & de la Septimanie, Mommole, évêque d'O^indîs, dans le voisinage, s'opposa de toutes ses forces à son dessein. On' ne doute pas que le nom à^O'^indis ne soit cor-

NOTE

deric qui fut nommé à cet évêché vers l'an rompu dans cet auteur, & qu'il ne faille li

573, par Sigebert, roi d'Austrasiej ce qui prouve encore qu'il ne peut avoir été

' Dominici, Anshertus redivivus , c. 6. — Le Cointe, ad ann, 669 & seq.

' Dominici, Anshertus redivivus, append. p. 10, ' Le Cointe, ad ann. 569.

* Le Cointe, ad ann. SzB, n. i3,

* Dominici, Anshertus redivivus, c. 6, p. 5l. ® Le Cointe, ad ann. 569.

^ Voyez Notae in epist. 58 1. 2, Gregorii Magni. nov. éd.

Ucedensisj i° parce qu'il n'y a aucune ville épiscopale au voisinage de Nant dont le nom approche davantage de celui d'Oijznc/zV; 2° parce qu'on sait d'ailleurs que le siège épiscopal d'Uzès étoit rempli vers le même

' Ruina rt, Not. in Greg. Tur, p. 3i5. * Grégoire de Tours, 1. 6, c. 38.

' Conciles, t. 5, p. 1689.

^ Vie de S. Amand, act. SS. 0. S. B. t. 2. ^ Voyez Mabillon, ad ann. 661, n. 12 & seq. — Bollandlstes, 6 février.

Éd.orig.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Note

ADQIT.

temps ' par un évèque appelé Mommole. Si donc l'évéque qui s'opposa à la construction du monastère de Nant étoit évèque d'Uzès, comme il paroît qu'il n'y a pas lieu d'en douter , l'Uzége devoit être alors limitrophe du Rouergue , & comprendre par conséquent la plus grande partie du pays qui forme aujourd'hui le diocèse d'Alaisjce qui prouve que si le pagus Arîshensîs renfermoit ce dernier diocèse, comme on le prétend, l'évèché d'Arsat devoit être alors supprimé &avoir été réuni au diocèse d'Uzès dont il avoitpuètre démembré auparavant, ou bien de celui de Nimes. Ce qu'il y a de vrai,c'est qu'au neuvième siècle' ce dernier diocèse étoit limitrophe du Rouergue, & qu'il comprenoit par conséquent alors le pays qui compose aujourd'hui celui d'Alais ; ce qui a duré jusqu'à laiin du dernier siècle, que celui-ci en a été séparé.

lAddîtîon faîte par les nouveaux éditeurs à la Note LXVIII.]

[Les Bénédictins ont commis quelques erreurs, dans la Note qui précède. Nous ne pouvons mieux les relever qu'en donnant ici un résumé de l'article consacré à Vévèché à' Arisitum, par M. Jules Quicherat,dans son savant ouvrage intitulé : De la Formation française des anciens noms de lieux, p. 91 (Paris, A. Franck, 1867. In-i8.)^mztum, que Grégoire de Tours nous fait connaître par l'adjectif Arisitensis vicus^ , est appelé Arisidum dans une généalogie des Carlovingiens écrite au neuvième siècle^. C'était le chef-lieu d'une petite contrée de la Gaule méridionale, que les rois d'Austrasie érigèrent en évèché au sixième siècle. Cet évêché n'embrassait qu'une quinzaine

' Vit. S. Aigul. act. SS. O. S. B. t. 2, p. 660 & seq. — Voyez Mahillon, ad ann. 661, n. 18.

' Voyez aux Preuves de ce volume, sous le n. LU, une Charte de l'an 887 : Donation de Louis le Débonnaire en faveur de l'abbaye d'Aniane , & sous le n. LXXVII, une autre Charte de l'an 853 : Charte du roi Charles le Chauve en faveur de l'abbaye d'Aniane.

^ Historia 1. 5, c. 5.

■* Dom Bouquet, Scriptores rcrum Franc, t. VI.

de paroisses. Malgré les réclamations des évêques de Rodez, qui le revendiquaient comme un démembrement de leur diocèse, il fut maintenu jusqu'au déclin du septième siècle sous la dépendance de l'église de Metz.

La position du pagus Arisitensis a fort embarrassé les critiques; depuis deux cents ans on s'accorde à l'assimiler avec le Larzac, région montagneuse qui appartient au département actuel de l'Hérault. Le Larzac est contenu entre l'Hérault, la Vis & le Lergue : il confine aux départements du Gard & de l'Aveyron. Dom Vaissete, dans sa dissertation sur Arisitum, tout en admettant que le pays répondait au Larzac, en a considérablement augmenté l'étendue d'après des ressemblances de noms qu'il a relevés dans les anciens titres. D'abord, il y a rattaché une contrée nommée VArssaguet dans une charte romane de 1207, & l'Arssaguet est une partie de l'arrondissementde Milhau (Aveyron), à plus de quinze lieues du Larzac. Il y a aussi rattaché une partie de l'ancien diocèse d'Alais, limitrophe du Larzac, laquelle est appelée dans une charte de 1243 terra Erisdii.

Composé de la sorte, l'évèché d'Arisitum au lieu de quinze paroisses en aurait contenu plus de cent. En signalant le rapprochement de terra Erisdii avec Arisitum, le savant bénédictin avait mis le doigt sur le nœud de la question, mais il aurait dû s'en tenir là, & ne plus songer au Larzac ni à rien de ce qui lui ressemble. En effet, la première chose à se demander en présence d'un nom de la forme Arisitum, c'est la position probable de l'accent dans l'ancienne prononciation ; car le dérivé est tout différent, selon que l'accent aura été placé sur le premier/ ou sur le second. L'accent ayant affecté le second z, le dérivé serait Ar'^et ou Accède ; dans l'autre cas, nous devons être amenés à quelque chose comme Ariste, ce qui est bien loin d'Arzac ou de Larzac, en admettant la prothèse de l'article. Or, plusieurs chartes coiiservées aux archives de Nimes offrent les formes suivantes : in Arisjz'enje (889); in vicaria quae dicitur Arisico (895); in Ariceatense (1009); carta de Arisdo (douzième siècle) , ce qui nous amène à VErisdium de dom Vaissete, qui n'est pas le dernier terme de la métamorphose. Erisde,

Note

ADOIT.

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ADDIT

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Note

Éd-orig

équivalent français de Erisdium, n'était pas assez coulant pour la bouche des Méridionaux ; par une série de transpositions & d'adoucissements ils le réduisirent à la forme îerle, orthographiée Hierîe, & le nom d'Hierle existe encore dans celui de Saint- Bresson-d'Hierle, commune voisine du Vigan sur le territoire de laquelle doivent exister les ruines de l'antique Arîsîtum.

De cette façon, le territoire du Vicus Ariskensis de l'époque Mérovingienne, devenu au sixième siècle le siège d'un évèché éphémère, & au neuvième siècle la circonscription d'une viguerie carlovingienne, ne répond nullement au Larzac (Hérault), mais seulement à la partie occidentale de l'arrondissement du Vigan (Gard), y compris le canton du Vigan tout entier & celui d'Alzon, c'est-à-dire le riche bassin de la rivière d'Arre. Il est probable que le nom d'Arisitum a été formé sur le nom de cette rivière & que la Vicar'ia Arisica comprenait toute la vallée de l'Arre. On trouve dans le canton d'Alzon les communes d'Arre & d'Arigas, dont les noms ont, probablement, la même étymologie'.] [E. M.]

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