X. On peut objecter encore que Frédé
• FiU 5. DeiUerii, c. 7 & 8.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
gaire' rapporte sous la septième année de Dagobert, & presque immédiatement après la mort de Clotaire II, le traité par lequel le premier céda à Charibert le Toulousain, le Querci, &c., ce qui prouve, en supposant que ce traité n'a été conclu qu'après l'ordination de S. Didier, qu'elle doit avoir été faite en 629. Mais Frédégaire raconte de suite ce qui regarde le roi Charibert, quoique arrivé en différens temps; & en effet, cet historien parle au même endroi* de la guerre que ce prince fit aux Gascons la troisième année de son règne. Aussi, quoique Frédégaire rapporte la mort de Brunulfe, oncle de Cha 'bert, sous la septième année de Dagobert, ou l'an 629, le P. Pagi ' croit cependant que ce seigneur mourut après cette année.
XI. Il s'ensuit de ce que nous venons de dire que Charibert dut se faire reconnoître pour roi à Toulouse, ou aux environs, à la fin de l'an 628 & aussitôt après la mort du roi Clotaire, son père; que son frère Dagobert lui ayant fait la guerre & l'ayant obligé de se soumettre, il obtint, par un traité conclu vers le mois de mai de l'an 63o, que ce dernier lui céderoit le Toulousain avec une partie de l'Aquitaine, dont il s'étoit déjà emparé, & qu'enfin étant décédé après avoir régné trois ans^y sa mort dut arriver vers la fin de l'an 63i.
XII. Le P. Pagi'', trompé par son propre système touchant la chronologie des années du règne de Dagobert, rapporte l'époque de la mort de Charibert à l'an 63o, ou au plus tard au commencement de l'an 63i, parce que Frédégaire mettant la mort de ce prince sous la neuvième année du roi son frère, il suppose que cette année doit être comptée depuis le mois de mars de l'an 63o. Mais comme nous avons déjà fait voir que la neuvième année de Dagobert n'a commencé qu'à la fin de décembre de cette dernière année, il s'ensuit que Charibertpeut avoir vécu jusqu'à la fin de l'an 63i, sans quoi il n'auroit pas eu les trois années entières de règne que Frédégaire lui donne.
' Frédégaire, c. 67.
•* Pagi, ad ann. 628, n. i3.
' Frédégaire, c, 57.
* Pagi, ad aan. 63o, a. 7.
NoT«
Note 7U
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
XIII. Ce critique' suppose encore que le traité qui fut fait entre les deux frères suivit immédiatement la mort du roi Clotaire, leur père, & c'est depuis cette époque qu'il suppute les trois années du règne de Charibert, prétendant que le traité fut antérieur à la consécration de S. Didier. Il prend de là occasion de réfuter quelques modernes qui ne donnent que deux années de règne à ce prince , parce qu'ils ne le commencent qu'après l'ordination de S. Didier, & qui croient avec raison que le traité entre ces deux princes fut postérieur à cette ordination. Mais, comme nous l'avons déjà dit, on peut donner trois ans de règne à Charibert, sans être obligé de supposer qu'il ne commença de régner que depuis le traité qu'il fit avec le roi Dagobert son frère.
XIV. Il se présente une nouvelle difficulté : c'est que S. Didier mourut le i5 de novembre de la vingt-sixième année de son épiscopat & de la dix-septième année du règne de Sigebert, roi d'Austrasie, car c'est ainsi qu'il faut lire dans le manuscrit de la vie de S. Didier, comme le P. Mabillon " l'a fait voir. Or cela prouve, selon cet auteur', suivi par le P. Pagi, que S. Didier fut ordonné l'an 629, puisqu'il mourut en 654, car la dix-septième année du roi Sigebert ne sauroit convenir qu'à cette dernière année, ce prince ayant succédé le 19 de janvier de l'an 638 au roi Dagobert son père.
XV. Cette difficulté s'évanouit en supposant, comme M. de Valois "* l'a prouvé, qu'on ne doit compter les années de Sigebert que depuis le commencement de l'an 639, ou au plus tôt depuis^ fin de l'an 638, & qu'on doit attribuer toute cette dernière année à la seizième du roi Dagobert, son père, quoique celui-ci soit mort au mois de janvier de l'an 638, de même que Frédégaire ne compte les années de Dagobert, en Austrasie , que depuis la fin de l'an 622, quoique ce prince eût été placé sans doute sur le trône quelques mois auparavant, Si.
' Pagi, ad ann. 628, n. i3, & 629, n. 12.
' Mabillon, Analecta, t. 3, p. 533.
' Mabillon, Analecta, t. 3, p. 533. — Pagi, ad ann. 654, n. 1 1,
■♦ Adrien de Valois, Rerum Francicarum 1. 19, p. 126.
que cet historien donne ainsi toute cette année 622 au règne de Clotaire II.
M. de Valois confirme cette chronologie par celle des années du règne de Clovis II, frère de Sigebert, que les anciens historiens ne comptent certainement que depuis le commencement de l'an 639, quoiqu'il eût succédé dans une portion du royaume à Dagobert, son père, depuis le mois de janvier de l'année précédente. Il doit en être de même par conséquent du roi Sigebert, son frère; sur quoi il faut observer qu'il y a eu deux manières de compter les années du règne de ce dernier, l'une depuis la mort de Dagobert, & c'est celle qu'a suivie l'auteur de la vie de S. Didier; l'autre depuis que ce prince lui eut donné le royaume d'Austrasie, ce qu'il fit' la onzième année de son règne, ou l'an 633. Frédégaire a toujours suivi ce dernier calcul. Or, suivant cet historien, la dixième année du règne de Sigebert en Austrasie, qui répond à l'an 642, concourt avec la quatrième de Clovis II, son frère" : celui-ci n'étoit donc encore en 642 que dans la quatrième année de son règne, qui par là ne peut avoir commencé que depuis le commencement de l'an 639. On doit dire la même chose du règne de Sigebert, son frère, à le prendre depuis la mort de Dagobert. Tout cela prouve que S. Didier ayant été ordonné au mois d'avril de l'an 63o, & qu'étant décédé le i5 de novem' bre^, la vingt-sixième année de son épiscopat & la dix-septième de Sigebert, h. compter depuis la mort de Dagobert, sa mort dut arriver en 655 & non en 654.
Sigebert lui-même mourut le premier de février suivant, ou de l'an 656, dans la dixhuitième année de son règne, en comptant depuis la mort de Dagobert, comme le P. Pagi^ en convient. Et en effet, Clovis II, son frère, qui mourut à la fin de novembre de l'an 656% n'étoit alors, suivant tous les historiens cités par ce critique, que dans la dix-huitième année du sien; ce qui confirme tout ce que nous venons de dire touchant la
' Frédégaire, c. yS.
* Frédégaire, c. 88 & suiv.
' Vita S. Desiierii, t. i , c. i p.
'' Pagi, ad ann. 656, n. 11, 16 & 17,
« Ibii,
Note
Ed.orig,
Note
supputation des années du règne de Sigebert à compter depuis la mort de Dagobert. Il est vrai que le P. Pagi suppose de lui-même, & contre l'autorité des historiens qu'il cite, que Clovis II régna dix-huit ans accomplis & quelques mois : mais le roi Dagobert, son père, étant mort le 19 de janvier de l'an 638, il auroit dû régner près de dix-neuf ans, suivant le calcul de ce critique, & non pas seulement dix-huit & quelques mois; & il auroit dû mourir dans la dix-neuvième année de son règne, & non pas dans la dixhuitième, ce qui seroit contre l'autorité de tous les anciens historiens, qui le font mourir la dix-huitième de son règne.
XVI. Nous remarquerons ici par occasion que le P. Pagi ' se trompe en donnant quatrevingts ans à S. Didier dans le temps de sa mort; car ce saint auroit eu trente-neuf ans suivant ce critique en 6i3, lorsque le roi Clotaire l'appela à sa cour avec ses deux frères. Il paroît, cependant, par l'ancien auteur de sa vie, qu'il étoit alors encore fort jeune. £0" autem tempore, Theudeberto rege interempto, Theudcrico aeque defuncto, Brunechilde quoque equorumpedibus impetita ac maie discerpta^ Clotarius pater inclyti Dagobertimonarchiam solus tenebat, a quo très germani, îd est Rusticus, Siagrius & Desiderius florentissime enutritî summîs dignitatîbus praediti sunt, fi-c. On voit, par ce passage, que nous rapportons corrigé suivant le manuscrit de Moissac, que Clotaire fit élever ces trois frères sous ses yeux, après l'an 6i3. Or, si le moins âgé avoit eu alors trente-neuf ou au moins trente-huit ans, ils ne dévoient plus avoir besoin d'être élevés. D'ailleurs, peu de lignes après, le même auteur, parlant de Didier, fait connaître que ce dernier passa son adolescence à la cour de Clotaire, où il n'alla, comme nous venons de le voir, qu'après l'an 61 3. Desiderius vero minor tempore sed non inferior dignitate sub adolescentiae adhuc annos thesaurarius régis effectus valde strenue se accinxit... & inter coaevos & proceres laudcdjHiter nimis adolescentiam suam gerebat, quantUmque aetate crescebat, &c.
Ce qui a trompé' sans doute le P. Pagi,
' Pagi, ad ann. 63/^, n. 12.
' Vita S. Desiderii, p. 699.
^ Pagi, ad ann. 684, n. 12.
c'est que voulant défendre contre M. de Valois l'autorité de la vie de S. Didier, & prouver qu'elle avoit été écrite par un auteur presque contemporain, en quoi il. a très-bien réussi, il s'est persuadé qu'il y est fait mention de Cybar (Eparchius), abbé ou reclus à Angoulême, comme vivant du temps de Didier. Or, comme suivant Grégoire de Tours', Cybar mourut en 58i, le P. Pagi conclut que Didier vivoit au moins quelques années auparavant. Mais il n'y a aucune nécessité d'admettre que VEbargehenus'^ dont il est parlé dans la vie de S. Didier comme de son contemporain, soit le même que Cybar ou Eparchius, abbé ou reclus, dont il est parlé dans Grégoire de Tours, quoique le mot à'Eparchius paroisse appuyé du manuscrit de Moissac'; car il peut y avoir eu un évêque d'Angoulème de ce nom au septième siècle, mais différent du reclus dont parle Grégoire de Tours.
En effet^, l'auteur de la vie de S. Didier paroît n'avoir voulu parler dans cet endroit que des évêques les plus célèbres des Gaules qui vivoient du temps de ce prélat. Voici ses termes : Habebat eo tempore plures Dominus Jésus in Galliis nobiles servos; Arverno Gallum, Bituricis Sulpicium^ Ruthena Verum, Agenno Salustium^ Engolismo Ebargehenum, Petrogorico Austerium, Noviomo Eligium, M.etis Arnulphum, Luco Austrasium, Meterone (ou, suivant le manuscrit de Moissac, Nietascone) Diodorum, Caturca Desiderium.
Il est certain ' que les évêques Gai II du nom de Clermont, Sulpice de Bourges, Vérus de Rodez, Saluste d'Agen, Austérius de Périgueux, Eloi de Noyon, Arnoul de Metz, & Déodat de Mâcon, étoient en même temps collègues de S. Didier dans l'épiscopat. Il doit en être de même d'un Ebargehenus ou Eparchius d'Angoulème, quoiqu'il ait été omis par les nouveaux éditeurs du Gallia Christiana; car le catalogue des évêques de cette église n'est pas rempli, depuis l'an ôzS jusqu'à l'an ySo.
On doit conclure de là que l'auteur de la
NoTi;
' Grégoire de Tours, Histor'tae 1.6, c
' Vita S. Desiderii, p. 707.
3 Labbe, Bihl. nova, Append. t. 2,
* Vita S. Desiderii, n. l5, p. 707.
* Voyez le Gallia Christiana,
Note
Éd.orîg.
vie de S. Didier, n'ayant voulu parler que des évéques les plus célèbres des Gaules contemporains de S. Didier, M. de Valois & le P. Pagi' après lui ont eu tort de supposer qu'au lieu de Luco Austrasîum, il faut lire Luxovio Eustasîum, & que c'est de S. Eustase, abbé de Luxeuil, en Bourgogne, dont il s'agit ici. Il est vrai qu'on lit Luxovio au lieu de Luco dans le manuscrit de Moissac; mais c'est sans doute une faute de ce manuscrit où il y a certainement plusieurs mots corrompus, comme par exemple, Deodoxum pour Deodatum de Maçon. C'est donc d'un évéque de Toul ou de
ou la partie de la Provence qui dépendoit du royaume de Neustrie; & qu'enfin Dagobert ne se réserva de toute l'Aquitaine que le Berri, le Limousin, l'Auvergne, l'Albigeois, le Rouergue, le Vêlai & le Gévaudan, outre le pays d'Uzès compris dans l'Aquitaine Austrasienne. Voici les raisons sur lesquelles nous nous appuyons :
1° Il est rapporté, dans une charte ' qui nous paroît authentique % que Dagobert, après la mort du jeune Chilpéric, son neveu & fils de Charibert, donna à Boggis & Bertrand, frères du même Chilpéric, le Toulousain, le Querci, le Poitou, l'Agenois, le
Note
Lisieux appelé Austrasius ou Austasius, sui- pays d'Arles, la Saintonge & le Périgord à
vant le manuscrit de Moissac, & contemporain de S. Didier, que l'auteur de sa vie aura voulu parler; car Toul étoit appelé anciennement" Leucus, Leucia, Tullum Leucorum, ou civitas Leucorum, & Lisieux Lexovium ou civitas Luxoviorum.
XVII. Quant à l'étendue des Etats de Charibert, Frédégaire' rapporte que le roi Dagobert, son frère, lui céda divers pays situés entre la Loire & les frontières d'Espagne. Citra Ligerem & limitem Hispaniae qui ponitur partibus Vasconiae, seu & montis Pyrenaei, pagos & civitates quos fratri suo
Chariberto noscitur concessisse ; pagum
Tolosanum, Catorcinum, Agenensem, Petrocoreum & Santonicum, vel quod ab his versus montes Pyrenaeos excluditur hoc tantum Chariberto regendum concessit... Charibertus sedem Tolosae eligens régnât in parte provinciae Aquitanicae. Cet auteur semble vouloir faire entendre par là, que Dagobert ne céda à Charibert que le Toulousain, le Querci, l'Agenois, le Périgord & la Saintonge, avec la Novempopulanie ou Gascogne, & qu'il se réserva le reste de l'Aquitaine.
Nous avons cependant lieu de croire que Charibert obtint de plus, par son traité avec son frère, ou du moins peu de temps ' Voyez aux Preuves de ce volume les Chartes &
après, le Poitou & l'Angoumois ; qu'il régna Diplômes, n. LXVII : c'est la charte fausse attri- SUr toute l'Aquitaine occidentale ou Neus- ^^" ^ Charles le Chauve, où est rapportée la généatrienne, depuis la Loire jusqu'aux Pyré- ^°5^^ apocryphe d'Eudes, duc d'Aquitaine. nées } qu'il eut en partage le diocèse d'Arles . ' ^°y"' ^ " '"'"'' ^°'' LXXXIII & la Note rec-
t'ificat'tve,
^ Catel, Mémoires de l'histoire de Languedoc ,
"• Pagi, ad ann. 716, n. 11.
* Catel, Mém. de l'hist. de Languedoc, p. 624.
titre de duché héréditaire. Il paroît, par là, que le duché d'Aquitaine, possédé par les enfans de Charibert, étoit aussi étendu que le royaume qui avoit été donné à ce dernier par le roi Dagobert, son frère, & que par conséquent le Poitou & le pays d'Arles faisoient partie de ce royaume.
2° Une inscription de l'an 716, trouvée en 1279 à Saint-Maximin en Provence, dans le tombeau de S'^*' Magdeleine, & rapportée après Bernard Guidonis par Catel ' & depuis par le P. Pagi ■*, est datée du règne d'Eudes, régnante Odoino piissimo Francorum rege ; ce qui ne peut convenir qu'à Eudes, duc d'Aquitaine, comme l'a fort bien prouvé ce dernier critique qui se félicite d'avoir fait le premier cette découverte. Il ignoroit, sans doute, que CateP l'avoit faite plus de soixante ans avant lui. Eudes régnoit donc en 716 sur une partie de la Provence. Le P. Pagi croit que la crainte qu'eurent les peuples de ce pays de tomber entre les mains des Sarrasins fit qu'ils reconnurent son autorité & se soumirent à son obéissance : mais si ce célèbre critique avoit su qu'Eudes possédoit à titre de duché héréditaire les pays dépendans du royaume de
' Pagi, ad ann. 634, n. 12.
' Adrien de Valois, Notitia Galliarum,
' Frédégaire, c. 57.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
i6ij
Neustrie, situés à la gauche de la Loire, il auroit pu voir que ce ne fut pas seulement depuis le commencement du huitième siècle qu'une partie de la Provence fut soumise à ce duc, & qu'il tenoit ce pays de ses ancêtres.
3° On peut confirmer ce que nous venons de dire, par le témoignage de la Chronique ' de S. Bénigne de Dijon dont l'auteur, qui a copié véritablement Frédégaire au sujet du partage qui fut fait entre Dagobert & Charibert, au lieu de ces mots : Charibertus sedem Tolosae elîgens régnât in parte provinciae Aquitanîcae, a substitué ceux-ci : régnât in partibus Provinciae & Aquitaniae. La Chronique * d'Hugues de Flavigni ou de Verdun porte la même leçon : regnabat Aribertus in Provincia & Aquitania, ce qui peut donner lieu de croire qu'on lisoit ainsi dans les plus anciens manuscrits de Frédégaire, d'où ces auteurs peuvent l'avoir tiré.
4° Enfin Aimoin', en parlant du partage fait entre Dagobert & Charibert se sert de ces termes : Collataque ei provincia quae a ripa Ligeris extenditur usque ad Pyrenaei juga montis. On voit la même expression dans une chronique"* d'Aquitaine : Legitur etiam quod Dagobertus fratrem suum Aritpertum consortem regni fecit, collata ei terra a ripa Ligeris usque ad juga Pyrenaei. Si les Etats de Charibert s'étendoient depuis les bords de la Loire jusqu'aux Pyrénées, il falloit qu'il fût maître du Poitou^ car si Dagobert se fût réservé ce pays, comme il se réserva le Berry& l'Auvergne, les Etats de son frère ne se seroient pas étendus depuis la rive de ce fleuve jusque vers les Pyrénées.
Toutes ces raisons nous font croire que Dagobert céda à son frère Charibert, soit par le traité dont nous venons de parler, soit peu de temps après, outre le Toulousain, le Quercy & la Gascogne, tous les pays compris dans l'Aquitaine seconde, ce qui composoit le royaume des Visigoths sous le règne d'Honoré, & renfermoit à peu près l'Aquitaine Neustriennej & qu'il laissa en-
' Chronique de S. Bénigne de Dijon, Spicilége, t. I, p. 382.
' Labbe, B'ihl. nova, t. 1 , p. loi.
' Almoin, 1. 4, c. 17.
^ Labbe, B'ibl. nova, t. 2, p. 53 1 his.
suite le même pays aux enfans de ce prince, pour le posséder héréditairement sous le nom de duché d'Aquitaine, avec la partie de la Provence qui dépendoit auparavant de la Neustrie.
Nous venons de dire que le Quercy fit partie du royaume de Charibert, & qu'il passa aux ducs héréditaires d'Aquitaine, ses descendans. Nous voyons cependant par la vie de S. Didier, évêque de Cahors, & par quelques autres monumens, que Sigebert III, roi d'Austrasie,étoit reconnu pour souverain dans ce pays vers l'an 654. Mais c'étoit sans doute parce que les enfans de Charibert n'avoient pas une souveraineté absolue sur leurs Etats, & que les différens pays qui les composoient relevoient des royaumes dont auparavant ils avoient fait partie. Ainsi comme le Quercy avoit été autrefois dépendant de l'Austrasie, Sigebert devoit y être reconnu pour souverain.
Il paroît certain que Dagobert, par le partage qu'il fit avec Charibert, ne lui céda pas le Limousin, & qu'il se réserva ce pays & par conséquent tout le reste de l'Aquitaine orientale. C'est ce qu'on peut prouver par l'acte de fondation' de l'abbaye de Solignac, au diocèse de Limoges, daté du 22 de novembre de la dixième année de Dagobert. Il est vrai que, suivant ce que nous avons dit plus haut, la dixième année de ce prince n'ayant commencé qu'à la fin de l'an 63i, cette fondation doit être postérieure à la mort de Charibert. Mais il paroît toujours, par cet acte% que Dagobert avoit donné auparavant le lieu de Solignac à S. Eloi, fondateur de cette abbaye, lequel en avoit déjà fait consacrer l'église au mois de mai de l'an' 63i. Ainsi ce prince possédoit le Limousin du vivant de Charibert, & s'étoit par conséquent réservé ce pays.
Au reste les anciens auteurs qualifient indifféremment Charibert, roi de Toulouse ou d'Aquitaine; ce qui fait voir que cette ville étoit censée de l'Aquitaine} & que, comme elle fut la capitale des Etats de ce prince, elle dut l'être aussi du duché d'Aquitaine que possédèrent ses descendans.
Note
Éd.orig.
' Mabillon, ad ann. 63i, n. 22.
' Gallia Christiana, nov. edit. Instr. p.
' Ibid. nov. edit. p. 566.
Note
ADÛIT.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Note
[Addition des nouveaux éditeurs.^
[ La plupart des faits avancés ici par les Bénédictins sont entachés d'erreur. Ils ont été puisés dans la charte d'Alaon, & nous avons déjà fait voir dans nos notes, au premier volume de cette édition , qu'il faut rejeter rigoureusement tout ce qui provient de cette source. On ne peut accorder beaucoup plus de confiance à la Vie de S. Didier, du moins telle qu'elle a été imprimée parle P. Labbe & les Bollandistes. Ceux-ci se sont servis d'un texte altéré par de nombreuses interpolations de date assez récente.] fE. M.]
auteur contemporain, Suintila commença de régner l'an 659 de l'ère espagnole ou l'an 621 de J.-C. Suivant tous les anciens historiens', ce prince régna dix ans. Il ne fut donc détrôné que l'an 63i , & c'est aussi sous cette époque qu'Isidore' de Béja met l'élection de Sisenand.
3° Le quatrième concile de Tolède' est daté du 9 de décembre de l'ère 671, ou de l'an 633 de J.-C, la troisième année du règne de Sisenand; par conséquent la première année du règne de ce prince ne peut avoir commencé qu'entre le 9 de décembre de l'an 63o & le même jour de l'année suivante 63i. On peut encore prouver plus particulièrement le commencement du règne de ce prince, puisque nous savons d'un côté qu'il régna '•quatre ans un mois & quelques jours, & de l'autre qu'il mourut au commencement de l'an 636 de J.-C. Par conséquent
-d ^ j ' j Q • -1 c 1 il ne commença son règne que vers la fin
Epoque des règnes de Suintila, Sisenand de l'an 63i.
Nous prouvons l'époque de sa mort par celle des années de Chintila, son successeur
Note