‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 34 sur 186 · E-SS · texte numérisé non relu

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Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

vu ' que le Poitou avoit été du domaine de Charibert.

V. Suivant Frédégaire & nos autres anciens annalistes, Dagobert pardonna, l'an 687, à Amand & aux Gascons, après qu'ils lui eurent prêté serment de fidélité. Ce fut sans doute alors que ce roi céda à Boggis & à Bertrand, ses neveux, le royaume de leur père & de leur frère, à titre de duché héréditaire, ainsi qu'il est rapporté dans la chartej & que, content de la souveraineté qu'il conserva sur tous les pays qui composoient ce royaume, il se relâcha de ses autres prétentions, soit par grâce & par compassion pour les jeunes princes aquitains, ou plutôt en vertu d'un traité qu'il peut avoir fait dans le même temps avec Amand, duc de Gascogne, leur aïeul & leur tuteur, lequel n'avoit, ce semble, pris les armes que pour soutenir leurs droits. Il paroît qu'outre l'hommage Dagobert se réserva un tribut annuel sur le duché d'Aquitaine ou de Toulouse, en le cédant à ses neveux, Frédégaire ' fait du moins mention de l'un & de l'autre au sujet de Waïfre, arrière petit-fils de l'un de ces princes & successeur de tous les deux dans le duché d'Aquitaine.

Ce que la charte dit de Sadregisile, duc d'Aquitaine, est rapporté de la même manière par nos anciens historiens'. On voit de part & d'autre les mêmes noms des terres qui, après la mort de ce duc, furent confisquées sur ses enfans & dont le roi Dagobert disposa en faveur de l'abbaye de Saint-Denis. Sérénus, duc d'Aquitaine, & Amantia , son épouse , aïeux de Gisèle , femme de Charibert, roi de Toulouse, dont il est fait mention dans la charte d'Alaon, nous sont connus d'ailleurs par la vie'* de S. Amand, évèque de Maëstricht, leur fils, écrite par Baudemont, son disciple. Le temps où ce saint, qui étoit oncle de Gisèle, a vécu s'accorde avec la charte ^

• Voyez Note LXXVIII, n" 17.

' Frédégaire, p. i3o.

' Gesta Dagoberti, c. 35, éd. Duchesne, t. i,

^ Bollandistes, 6 février, p. 849.

* M. Rabanis a critiqué assez vivement le procédé employé ici par les Bénédictins pour défendre l'auihenticité de la charte d'Alaon. Aprèsavoiréta-

VI. Boggis & Bertrand, ducs d'Aquitaine, nous sont aussi connus par d'autres monumens. Il est fait mention du premier dans

bli que l'auteur de la charte avait copié la vie de S. Amand, il ajoute : « Les illustres auteurs de VHistoire de Languedoc avaient entrevu le plagiat j mais voulant défendre la charte d'Alaon, ils ont employé un procédé facile & peu coûteux pour mettre de leur côté les témoignages qui leur sont les plus contraires. Ce procédé consiste d'abord à infirmer l'autorité de tous les documents qui ne s'accordent pas avec leur opinion, & ensuite à altérer sans scrupule le sens des pièces qu'ils analysent. Ils n'hésitent pas, dans l'occasion présente, à recourir au témoignage des actes de S. Amand pour appuyer les assertions de la charte sur l'existence de Sérénus & d'Amantia, & par suite, sur la réalité du mariage de Haribert ( c'est l'orthographe adoptée par M. Rabanis ) avec Gisèle ; seulement, ils détournent le sens des actes, ils ne veulent pas voir ce qui y est & ils y mettent ce qui n'y est pas. « Sérénus , disent-ils , duc d'Aqui- « taine & Amantia son épouse, aïeux de Gisèle, « femme de Charibert, roi de Toulouse, nous sont « connus d'ailleurs par la vie de S. Amand, évêque « de Maëstricht, leur fils. Le temps où ce saint, « qui étoit oncle de Gisèle, a vécu s'accorde avec la « charte. » Il n'y a pas en cela un seul mot de vrai D'abord, Sérénus & Amantia sont donnés par la charte l'un pour aïeul, l'autre pour mère de Gisèle. Rien n'est donc plus directement opposé à la vie de S. Amand, où on lit, en propres termes , que Sérénus & Amantia étaient le mari & la femme. Ensuite, il est faux que Sérénus nous soit connu comme duc d'Aquitaine. Les actes de S. Amand représentent Sérénus & sa femme comme de simples seigneurs du pays d'Herbauges. Quel est, d'un autre côté, le fondement de cette proposition incidente & qui se trouve jetée là à propos de S. Amand, « ce saint qui était oncle de Gisèle? » Si les Bénédictins s'en tiennent aux Actes, il faut qu'ils admettent que Sérénus & Amantia ont été mari & femme, & par conséquent que saint Amand & Gisèle étaient frère & sœur. Si c'est au contraire le sentiment de la charte qu'ils adoptent, ils doivent se refuser à faire de Sérénus & d'Amantia, c'est-à-dire du père & de la fille, les parents de S. Amand. D'aucune façon, ils ne peuvent accepter les deux témoignages. — C'est dans un auteur espagnol, Antonio de Yepes, que la Charte a trouvé le duché de Sérénus. Yepes dit en effet que Sérénus, père de S. Amand, était duque de Aquitania \ » (Voyez Rabanis, tes Mérovingiens d'Aquitaine^ Paris, i856, in-8°, p. 45.) [E. M.]

' Yepes, Coronica gênerai de la orden de S. Benito, II, p. 67.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

l'ancien auteur qui a fait l'Histoire de la conversion de S. Hubert' & dans la Chronique de Sigebert, suivant laquelle il mourut en 688 ". Ils parlent encore d'Oc/a, sa veuve & tante de S. Hubert. Ce dernier % selon l'auteur de sa vie, qu'on prétend avoir été son disciple, étoit fils de Bertrand, duc d'Aquitaine. Tout cela convient très-bien avec la charte. La parenté de S. Hubert avec Eudes, fils deBoggis, est prouvée par le même historien* de la conversion de ce saint, qui rapporte qu'il renonça, vers l'an 688, à la principauté d'Aquitaine en faveur d'Eudes, son frère puîné. Il est vrai que cet auteur se trompe sur le degré de parenté qui étoit entre l'un & l'autre : mais son texte peut avoir été corrompu, & on convient' qu'il y a des fautes dans cet auteur, quoique très-ancien & très-respectable. L'année de la mort de S. Hubert, qui arriva l'an 727, est d'ailleurs conforme à la chronologie des divers degrés de parenté énoncés dans la charte.

VII. Tout ce qu'elle nous apprend des guerres & des révolutions arrivées en Aquitaine du temps d'Eudes, d'Hunold son fils, 8< de Waïfre son petit-fils, s'accorde très-bien avec les auteurs contemporains. Nos généalogistes® delà maison de France font mention de Walachise issu de la race de Pépin, 8z; de Valdtrude sa femme : or, suivant la charte, Valdtrude, épouse d'Eudes & fille du même Walachise, étoit proche parente & de la race de Charles le Chauve. On pourroitfixer ce degré de parenté, si on pouvoit se rapporter à ces généalogistes, qui font Walachise fils de S. Arnoul & frère d'Anchigise, père de Pépin d'Héristal : mais ils se

' Voyez Duchesne, t. r, p. 678 & seq. — Le Cointe, ad ann. 688, n. 84 & seq. & ad ann. 711, n. 9. — Chronicon Turonense, apud Martène & Durand, Coll. ampliss, t. 5, p. 947.

' Le Cointe, ad ann. 688, n. 84 & seq. & ad ann. 711, n. 9.

' Stirius, 3 novembre. — Voyez Le Cointe, ad ann. 702, n. 42 & seq. & Hauteserre, Rerum Aqu'itan'iae L 7, c. 6.

'' Le Cointe, ad ann. 702, n. 44.

' Voyez Le Long, BlhUoth. n. 3480. — Gallia Christiana, nov. edit. t. 3, p. 828.

* Voyez Sainte-Marthe, Généal.t. i. — Du Bouchet, &c.

trompent, S. Arnoul n'eut' que deux fils, Clodulfe & Anchigise. Rien n'empêche cependant que Walachise n'ait été fils de Clodulfe ou de quelque autre de la race de Pépin.

VIII. Il est aisé de trouver une parfaite conformité entre ce qui est rapporté d'un côté dans la charte, & de l'autre dans nos anciens historiens' au sujet de la fidélité de Loup I, duc de Gascogne, fils d'Hatton & petit-fils d'Eudes, envers Charlemagne. Ce fut sans doute une suite de la conduite ' que tint Hatton , son père, à l'égard de Charles Martel, auquel il paroît qu'il demeura toujours fidèle. Il semble même qu'il se ligua avec ce prince contre Hunold son frère. C'est le sens qu'on peut donner à un de nos anciens annalistes qui"*, après avoir rapporté que Charles Martel fit la guerre à Hunold en ySS^ Karlus invas'it Vasconiam, dit sous l'année suivante : Hatto lîgatus est. D'autres^ l'entendent d'une autre manière & croient que Charles fit Hatton prisonnier. Si cela est, ce prince peut lui avoir donné la liberté peu de temps après & l'avoir engagé à se déclarer en sa faveur contre Hunold.

IX. Eginard® nous fait connoître la qualité d'Artalgarius & d'Ictérius dont il est parlé dans cette charte, lorsqu'il dit que Waïfre les donna en otage à Pépin, comme les principaux seigneurs d'Aquitaine. Suivant ce diplôme, confirmé par Réginon', le premier étoit fils d'Hatton, & par conséquent cousin germain de Waïfre. Il est trèsvraisemblable qu'Ictérius étoit frère d'Artalgarius ; car quoique la charte ne lui donne que le titre d'avuncuZuj' par rapport à Wandrille, fils de ce dernier, il paroît cependant qu'il étoit son oncle paternel. Et en effet, suivant le style des auteurs de ce siècle, le terme à'avunculus signifie également oncle

' Mabillon, Acta Sanctorum ord'tn'is S, Benedlcti, t. 2, p. 535, & ad ann. 629, n. i3. — Généalogie de la maison de France, t. i, p. 22.

' Eginhard. — Annales Metenses, &c.

' Duchesne, t. 2, p. i35, & Annales Met. t. 3 j ihid. p. 273.

^ Duchesne, t. 2, p. 3.

^ Tiaiiteserre, Rerum Aquitaniae l, 7,0. 9, p. i38.

^ Eginhard, Recueil de Duchesne, t. 2, p. 236.

' Reginon, ad ann. 760.

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Kd.orig.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

paternel & maternel. Nous en avons la preuve sans sortir de la race d'Eudes dans le Continuateur de Frédégaire',qui assure que Rémistan étoit fils de ce duc, & qui ne lui donne ' cependant que la qualité à'avunculus à l'égard de Waïfre. Ictérius est qualifié, dans la charte, comte d'Auvergne 5 ce qui fait voir que c'est le même que Charlemagne créa comte de ce pays en 778, suivant nos anciens historiens.

X. L'affaire de Roncevaux est racontée dans la charte de la même manière que dans les Annales d'Eginard' & dans nos plus anciens auteurs, ainsi que la révolte d'Adalaric "• duc des Gascons; celle de Siguinus ou Sciminus% son successeur", & enfin celles de Garsimire ' & de Loup Centulle, ducs ou comtes de Gascogne. Il est fait mention dans les anciens monumens*, de même que dans la charte, de Donat Loup, comte de Bigorre, de Totilo qui fut créé duc de Gascogne, après la révolte de Loup Centulle & de Garsimire, de Bérarius, archevêque de Narbonne, &c. Tout s'accorde avec la plus exacte chronologie.

XI. Enfin nous trouvons une preuve des faits énoncés dans cette charte dans le témoignage de l'Astronome ', auteur de la Vie de Louis le Débonnaire^ qui, faisant mention, sous l'an 828, d'une course que firent les comtes Ebles & Asinarius jusqu'à Pampelune, dit qu'ils furent attaqués à leur retour par les Gascons, & ajoute que ces peuples pardonnèrent au dernier, parce qu'il étoit leur allié par le sang, Tanquam qui eos affinitate sanguinis tangeret. Or, nous voyons par la charte que Wandrille, comte des Marches de Gascogne & issu de la famille d'Eudes & des autres ducs héréditaires de Gascogne, avoit épousé la fille

' Continuateur de Frédégaire, c. i33.

• Ihii. c. 128.

' Duchesne, t. 2, p. 240.

"• Ibid. p. 288.

' Ibid. p. 260, 297, 797.

® Oïhenart, Notitia Vasconiae, p. 255.

' Annales de Moissac, Duchesne, t. 3, p. 147. — Eginhard, Annales, t. 2, ibid. p. 262. — Astronome, p. 3oo.

* Marca, Histoire de Bêarn, p. 191 & 802. — Catel, Mémoires de l'hist. de Languedoc, p. 746 & 747.

' Astronome, p. 3o3.

d'un comte appelé Asinarius, qui est sans doute le même que celui dont il s'agit dans la Vie de Louis le Débonnaire.

La conformité des faits énoncés dans la charte d'Alaon avec ce que nous avons de plus authentique dans nos anciens historiens fait naître une réflexion fort naturelle, savoir que cette pièce ne sauroitêtre l'ouvrage d'un imposteur, puisque la plupart de ces historiens n'avoient pas encore paru dans le temps que, suivant l'objection, elle auroit dû être fabriquée.

XII. Si des faits particuliers contenus dans ce diplôme nous passons aux preuves générales, on se persuadera aisément de son authenticité. La succession héréditaire parmi les ducs d'Aquitaine de la famille d'Eudes qui y est établie est également reconnue par tous nos historiens anciens & modernes. Or, cette hérédité, jusqu'alors inconnue enPrance par rapport aux duchés, fut cependant autorisée en la personne d'Eudes & de ses descendans par nos rois, & par Pépin même, le plus grand ennemi de la famille de ce duc; car ce prince, ni Charles Martel, son père, n'entreprirent pas la guerre contre Eudes & ses successeurs, parce qu'ils possédoient héréditairement le duché d'Aquitaine, ce qu'ils auroient dû faire si ces ducs eussent été des usurpateurs, mais uniquement parce qu'ils refusoient de reconnoître leur suzeraineté, & qu'ils prétendoient régner en souverains sur toute l'Aquitaine.

XIII. D'ailleurs la qualité de princes & même de rois d^ Aquitaine, donnée à Eudes & à ceux de sa famille par presque tous les anciens historiens ' tant nationaux qu'étrangers, est d'un très-grand poids pour assurer la généalogie de ce duc rapportée dans la charte ; car, comme l'a remarqué un de nos plus célèbres historiens % on donnoit bien

' Paul Diacre, 1. 6, c. 46. — Anastase, Vita Greg. II. — Gervais de Tilb. p. 940. — Frédégaire, c. 118, 124, 129. -—Annales de Moissac, t. 3, éd. Duchesne, p. 137. — Labbe, Bibl. nov. t. 2, p. 356.

— Capitulaires, t. 2, p. 109. — Annal. Met. p. 279.

— Mirac. S. Maximin, abbat. c. 3. — Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. 1 . — Ibid. saec. 4, part. 1, p. 219. — Duchesne, t. 2, p. 70, 287; t. 3, p. 280.

^Adrien de Valois, Rerum Fuancicarum 1. 18, p. 34.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

pour lors quelquefois la qualité de prince aux grands seigneurs; mais on ne joignoit jamais cette qualité avec le nom de la province dont ils avoient le gouvernement.

Ainsi dès qu'on voit Eudes, Hunold, Waïfre, Loup, &c., qualifiés jjr/nce^ d'Aquitaine ou de Gascogne, c'est une marque qu'on reconnoissoit en eux une origine & une autorité différentes de celles des autres gouverneurs de province. On leur a non-seulement donné le titre de roi, mais on datoit ' même quelquefois les chartes par les années de leur règne, sans énoncer celui du roi de France, ce qui est sans exemple pour les autres ducs ou simples gouverneurs de province durant le septième siècle.

XIV. On peut ajouter que, par cette charte, on explique très-bien un endroit du Continuateur de Frédégaire', dont l'interprétation a partagé nos modernes. Voici les termes de cet historien : Chilpericus itaque & Raganfredus legationem ad Eudonem ducem dirigunt, auxilium postulantes^ rogant, REG- NUM &■ munera tradunt. On dispute sur la signification du mot regnum. Les uns, comme le P. le Cointe, prétendent que le roi Chilpéric & Rainfroi, maire du palais de ce prince, n'envoyèrent qu'un simple présent à Eudes pour obtenir de lui du secours , savoir une couronne magnifique, mais sans aucune attribution ou reconnaissance de souveraineté. Les autres, avec M. de Valois', sont persuadés que Chilpéric reconnut en cela la souveraineté absolue d'Eudes sur le duché d'Aquitaine, & son indépendance ; mais la vérité de la charte d'Alaon une fois reconnue , elle confirme sans réplique l'explication de ce dernier auteur. Il est certain, en effet, suivant la décision de l'Académie'* des Belles-Lettres, consultée sur cet endroit du Continuateur de Frédégaire, que le mot regnum peut signifier dans cet endroit une indépendance £• une sauverai-

' Vita s. Par. dans les Acta Sanctorum ord'in'is S. Benedicti, t. 3, p. 676 & 678. — Caxe\, Mémoires de l'hist. de Languedoc, p. 624. — Pagi> ad ann. 716, n. 11. — Capitulai res, t. 2, p. 1392.

' Frédégaire, e. 107, p. 673.

' Adrien de Valois, Rerum Francicarum 1. 23, p. 424.

^ Histoire de l'Académie des Inscriptions, t. 1 , p. 162 & suiv.

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neté reconnue par Chilpéric, & que c'est non-seulement par le langage ordinaire de l'historien , mais encore par rapport au temps où il a écrit, au sujet dont il traite, aux autres vérités historiques déjà reconnues, & au concours de toutes les circonstances, qu'on doit fixer la signification de ce terme à ce sens plutôt qu'à un autre. Or, la charte d'Alaon détermine toutes ces circonstances , & confirme merveilleusement l'interprétation de M. de Valois, qui paroît d'ailleurs appuyée du suffrage de l'illustre académicien (M. l'abbé de Vertot) qui consulta ses confrères sur ce terme, & qui ajouta de nouvelles raisons pour fortifier le sentiment de l'historien moderne. Il est très-naturel que Chilpéric se voyant à la merci de Charles Martel, dont l'ambition Éd-orig. lui étoit assez connue, ait eu recours à un p. 692. prince de son sang tel que le duc Eudes, pour se soutenir sur le trône contre les entreprises d'une famille étrangère, & qu'il lui ait cédé la souveraineté que Dagobert s'étoit réservée sur l'Aquitaine en donnant ce duché en apanage aux prédécesseurs de ce duc, après les avoir dépouillés de l'indépendance qu'ils dévoient avoir naturellement par droit de succession aux États de leur père. Ainsi , la charte d'Alaon explique & autorise le passage du Continuateur de Frédégaire, & le passage de cet historien confirme la vérité de la charte.

XV. Toutes ces raisons ne nous permettent pas de douter de l'authenticité de ce monument, & nous ne voyons pas par quel endroit on pourroit le soupçonner de supposition. Il est vrai que le P. Mabillon, à qui il a été connu & qui en a fait usage dans un endroit de ses Annales", semble douter de son authenticité : Porro hoc praeceptum,ditil, quale typis vulgatum est ex archivo Urgelitano, non omnino genuinum,sed veluti quoddam générale instrumentum est, quod Otto Urgelitanus episcopus, ineunte saeculo undecimo, renovaricuravit. Mais ces soupçons ne tombent pas sur la charte même, ils ne regardent que la copie qui en a été faite au onzième siècle, & sur laquelle elle a été imprimée. Il y a, en effet, quelques fautes de copiste, comme il est aisé de s'en apercevoir.

' Mabillon, ad ann. 835, n. 33.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Du reste, il paroît que cet habile critique se trompe lorsqu'il dit que ce n'étoitlà qu'un instrument général & non une pièce particulière. Il est bien vrai que la charte de Charles le Chauve faisoit partie de l'instrumentgénéral ou du recueil des pièces qui regardoient le monastère d'Alaon,&qu'Othon, évèque d'Urgel, fit dresser dans le onzième siècle, parce que ce monastère étoit alors uni à son église j mais ce n'étoit que la première pièce du recueil suivie de onze autres qu'on peut voir dans la collection du cardinal d'Aguirre, lesquelles contiennent la confirmation des donations faites à ce monastère par ses fondateurs. Or, il n'y a aucun lieu de douter de la vérité de ces autres pièces, & elles supposent toutes la première; ce qui est une nouvelle preuve de son authenticité '.

XVI. D. Juan Ferreras", historien d'Espagne & le seul que nous sachions qui, avec le P. Mabillon, ait parlé de cette charte après le cardinal d'Aguirre, prétend qu'elle souffre beaucoup de difficultés. Il n'en propose cependant aucune, & tandis que nous les ignorerons, nous croirons être en droit d'en supposer la vérité après le témoignage favorable de ce cardinal^ qui nous l'a donnée comme vraie. Elle est appuyée d'ailleurs du suffrage de Yepes, & du célèbre Prudent de Sandoval, évèque de Pampelune qui en avoient des copies qu'on a trouvées parmi leurs papiers. On croit qu'ils les avoient tirées de l'Histoire manuscrite de Catalogne, composée par François Compte avant la fin du seizième siècle & conservée dans la bibliothèque du marquis de Liche où cette pièce se trouve transcrite. Plusieurs autres savants "• espagnols modernes ne font pas difficulté de l'admettre comme véritable, quoique contraire à leurs anciens préjugés.

XVII. On objectera peut-être que cette charte fait mention des vicomtes de Béarn, de Béziers, &c., & que ce titre de dignité paroît beaucoup plus moderne ; mais, selon M. de Marca% il étoit déjà en usage dans

' Toutes ces pièces sont fausses. [E. M.]

' Ferreras, Hist. d'Espagne, t. 4, an 832, p. 167.

' Aguirre, Concil. Hipan. t. 3, p. iSy & seq.

* Ibid.

' Marca, Histoire de Béarn, p. 202 & 203.

les provinces de France frontières d'Espagne, dès le règne de Louis le Débonnaire. Il est fait mention, en effet, en 832, dans une ancienne charte, d'un Adefonsus\ vicomte dans le Roussillon, & en 848, deux ans avant celle d'Alaon, dans les titres de l'église de Girone, d'un Ansemond ' qui prend indifféremment la qualité de vîdame & celle de vicomte ; ce qui nous donne lieu de remarquer que ces deux termes signifioient alors la même chose.

Il faut avouer cependant qu'il ne paroît pas que le titre de vicomte ait été en usage avant l'empire de Louis le Débonnaire, & qu'il ne devint commun dans toutle royaume que vers la fin ' de celui de Charles le Chauve. Il est vrai que le P. le Ceinte * rapporte un diplôme de l'an 790 qu'il prétend avoir été donné par Charlemagne, & où le terme de vicomte est employé , mais il est évident que cette charte est du règne de Charles le Chauve, tant par Vintitulé & le nom du notaire ' que par le lieu de la date qui est Reims , car nous savons que Charlemagne demeura ® dans la Germanie pendant tout l'an 790.

On trouve aussi le titre de vicomte dans deux diplômes attribués à Charlemagne.

L'un a été donné parle P. Mabillon' dans sa Diplomatique, & il le rapporte à l'an 8o3. Mais nous ferons voir ailleurs qu'il est de Charles le Gros. L'autre, qui est sans date, a été inséré dans la vie* de S. Benoît d'Aniane, & on ne peut disconvenir qu'il ne soit de Charlemagne : mais comme ce n'est pas une charte originale, les copistes peuvent y avoir ajouté le mot vicecomitibus qui s'y trouve, ou l'avoir substitué à celui de vicariis, qui signifioit la même chose avant que le premier fût en usage. Revenons à la charte d'Alaon.

XVIII. On pourroit encore supposer avec quelques généalogistes de la Maison de

' Marca Hispanica^ c. 269 & seq.

' lèid. c. 779 & seq.

' Marca, Histoire de Béarn, p. 259. — Capitulaires, t. 2, p. 28, 179.

^ Le Cointe, ad ann. 790, n. 2.

' Mabillon, de Re diplomatica, p. 76.

^ Éginhard. — Annal. Metens.

' Mabillon, de Re diplomatica, p. 5o5.

* Acta Sanct. ord. S, Bened. saec. 4, part, r , p. 202.

NoTii

Note

Éd.orig.

France, que le duc Walachise, père de Waldtrude, dont il est fait mention dans ce diplôme, étant père de S. Wandrille, abbé de Fontenelle, né au plus tard l'an 601 ', Eudes, duc d'Aquitaine, qui naquit au plus tôt vers l'an 65o, ne peut avoir épousé la sœur de cet abbé : mais quoique cela ne soit pas impossible, il est d'ailleurs trèsincertain, pour ne pas dire faux, que S. Wandrille fût fils de Walachise. L'auteur contemporain qui nous a donné la vie de ce saint n'en dit rien, & on ne trouve ce fait que dans la seconde Vie du saint qui a été interpolée' & qui a été écrite fort postérieurement à la première. L'auteur de cette seconde Vie, de même que celui de la Chronique de Fontenelle, pour donner une origine illustre à S. Wandrille, lui ont supposé Walachise pour père, ce qui n'est pas possible suivant leur propre calcul ; du reste, nous ne nions pas que le duc Walachise n'ait pu être parent de S. Wandrille.

XIX. Prévenons toutes les autres objections qu'on pourroit former contre la charte d'Alaon. Peut-être la regardera-t-on comme suspecte, parce qu'elle nous vient de la part des Espagnols dont la critique, en fait d'anciens monumens, n'est pas toujours assez exacte. On pourra ajouter qu'il n'est pas vraisemblable que M. de Marca, qui avoit fait tant de recherches des anciens titres de la province de la Catalogne, ait ignoré celuici, s'il avoit subsisté de son temps, & qu'il n'est pas possible que quelqu'un de nos anciens historiens n'eût fait mention de la postérité de Charibert, roi de Toulouse, & de l'origine d'Eudes, duc d'Aquitaine , si elles étoient telles qu'on les trouve dans ce monument.

Il est aisé de répondre à toutes ces difficultés : 1° Quoique nous ayons quelques pièces supposées, données par des auteurs espagnols, on ne sauroit cependant soupçonner celle-ci de faux, tant par rapport à l'habileté & à la bonne foi des savans ' d'Espagne, dont la réputation est hors d'atteinte, qui reconnoissent la vérité de ce di-

' Voyez Baillet, 22 juillet.

" Mabillon, Acta Sanctorum ord'tn'is S. Benedïcti, t. 2, p. 535.

* Aguirre, Concil. Hisp. t. 3, p. iSy Si. seq.

plôme, que parce qu'il nous vient d'un pays où une infinité d'autres' anciennes chartes, généralement reconnues pour vraies, se sont conservées. D'ailleurs, cette raison générale est très-foibleà moins qu'il n'y en ait quelque particulière à opposer 5 2° il n'est pas extraordinaire que M. de Marca n'ait pas eu connoissance de ce diplôme ; car outre que ce savant prélat n'a pas vu tous les titres de Catalogne, celui d'Alaon n'étoit plus dans les archives de la cathédrale d'Urgel lorsqu'il fit sa recherche. Il avoit passé' alors dans les mains de François Compte qui l'avoit employé dans son histoire manuscrite de Catalogne • 3° le silence des anciens auteurs sur l'origine d'Eudes pourroit être de quelque poids, si la disette presque générale où nous sommes d'historiens du temps pendant le septième siècle, & depuis Grégoire de Tours jusqu'à la seconde race, ne nous faisoit regretter la perte de presque tous nos anciens monumens pendant cet intervalle. Combien de choses encore plus intéressantes n'ignorons-nous pas sur nos derniers rois de la première race, & combien de temps n'avons-nous pas été sans connoître Dagobert II, roi d'Austrasie, qui cependant a régné plusieurs années ? Combien d'autres faits importans ensevelis dans l'oubli jusqu'à nos jours, & qu'on n'a découverts que depuis soixante ans ou environ? Enfin, on opposera peut-être qu'il n'est pas croyable queBoggis, Bertrand, Eudes & les ducs d'Aquitaine leurs successeurs, aient pu descendre de Charibert, roi de Toulouse, puisqu'on ne trouve aucun de leurs noms dans la généalogie de la première race de nos rois, contre l'usage de cette famille, suivant lequel les noms se perpétuoient tant dans la ligne directe que dans les collatérales. Cette objection nousparoît très-foible j car quoique nous convenions de l'usage, il n'étoit pas cependant si constant qu'il n'y ait plusieurs exemples du contraire. Nous savons que Théodebald , fils de Thierry, roi d'Austrasie, Gonthier & Chramne, fils de Clotaire I, Samson, fils de Chilpéric I, Daniel, fils de Childéric II, &c., sont les seuls de la première race qui aient porté ces

' Marca Hlspan'ica, append.

' Aguirre, Concil. Hisp. t. 3, p. lij.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

noms. Or, suivant l'objection, tous ces princes ne devroientpas appartenir à la famille royale. Cela ne prouve donc rien contre nous, & les noms des parens maternels peuvent également avoir passé à leurs descendans, comme ceux des parens paternels. XX. La vérité de la charte d'Alaon une fois établie, cette pièce nous tire d'une infinité d'embarras qui ont occupé la plupart de nos modernes au sujet d'Eudes, duc d'Aquitaine, & nous donne lieu de connoître les motifs qui peuvent l'avoir engagé & ses successeurs aussi à se mettre dans l'indépendance. Eudes aura donc d'abord succédé à Boggis, son père, & à Bertrand, son oncle, dans le duché de l'Aquitaine Neustrasienne, qui comprenoit le royaume de Toulouse, tel que le roi Charibert, son a'ieul, l'avoit possédé : ce qui prouve que cette ville fut la capitale de ses Etats ; car quoique les anciens auteurs ne lui donnent & à ses successeurs que le titre de ducs d'Aquitaine, ils étoient cependant véritablement ducs de Toulouse. Nous voyons, en effet, que ces mêmes auteurs qualifient indifféremment Charibert ' son a'ieul , tantôt roi de Toulçuse, tantôt roi d'Aquitaine. Eudes aura ensuite profité des troubles qui arrivèrent en France , après la bataille de Textri, dans le temps que les maires du palais commencèrent d'usurper l'autorité royale. Sous prétexte de se mettre dans l'indépendance de ces ministres, il aura étendu son autorité dans le reste de l'Aquitaine, ou dans la portion de cette province, qui jusqu'alors avoit fait partie de l'Austrasie. Lui & ses successeurs auront fait valoir leurs droits & leurs prétentions à la couronne d'Aquitaine contre la nouvelle famille régnante avant & après l'élection de Pépin, à laquelle il ne paroît pas que les Aquitains aient concouru, quoiqu'ils fissent pourtant plus du tiers du royaume. Les descendans d'Eudes auront cru être d'autant mieux fondés à soutenir leurs droits contre les prétentions de Pépin le Bref, que ce duc avoit été' reconnu pour

' Voyez Frédégaire, Chron. c. Sy. — Gesta Dagohert. c. \6. — Vita. S. Rictrui'is, Bollandistes, mai, t. 3, p. 82. — Aimoin, 1. 4, c. 20.

' Continuateur de Frédégaire, c. 107, p. 678.

souverain par le roi Chilpéric qui, Seul, pouvoit lui disputer la souveraineté, &c.

XXI. Plusieurs de nos anciens historiens accusent Eudes d'avoir introduit Abdérame & les Sarrasins dans les Gaules, & d'avoir par là donné lieu à la désolation & aux ravages que ces infidèles causèrent pour lors dans presque tout le royaume. Quoique nos plus habiles modernes ' aient justifié ce prince là-dessus, cependant, comme un de nos derniers historiens' semble avoir adopté cette fable, nous croyons devoir la réfuter de nouveau. On prétend donc qu'Eudes appela les Sarrasins à son secours, l'an 732, contre Charles Martel qui lui faisoit alors la guerre, & qu'il se ligua avec eux contre ce prince : mais Isidore de Béja', le seul historien qui raconte avec quelque détail ce qui occasionna cette irruption, ne dit rien d'une circonstance si remarquable.

Le récit de cet historien, dont l'autorité doit avoir d'autant plus de poids qu'il étoit contemporain & Espagnol, & par conséquent à portée d'être instruit de ce qui se passoit alors, fait comprendre, au contraire, l'absurdité de cette fable. Selon cet auteur, Abdérame ne partit de Cordoue pour son expédition de l'an 782, que dans le dessein d'aller punir dans la Cerdagne la révolte de Munuza, allié d'Eudes. Le général arabe, après avoir terminé cette expédition plus tôt qu'il n'avoit cru, ne se détermina ensuite à passer les Pyrénées & à venir dans les Gaules que pour' occuper ses troupes. Il entra d'abord en Gascogne qui W.orîg. étoit sous la domination d'Eudes. Il mit p. 694. toute cette province à feu & à sang 5 ensuite il assiégea, prit & pilla Bordeaux qui étoit également du domaine de ce duc. Il lui livra bataille, le défit entièrement & ravagea enfin le reste de ses provinces. Tous ces actes d'hostilité de la part des Sarrasins prouvent-ils qu'Eudes les ait appelés à son

' Catel, Mémoires de l'histoire de Languedoc , p. 626. — Adrien de Valois, Rerum Francicarutn 1. 24, p. 489. — Marca Hispanica, 1. 3, c. 3. — Mabillon, ad ann. 732, n. 8. — • Pagi, ad ann. 732, n. 2.

' Daniel, Histoire de France, t. i, p. i5o & seq.

' Chronicon Isidori Pacensis, p. 18.

Note

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secours, & ne faudroit-il pas qu'il eût bien mal connu ses propres intérêts pour leur donner lieu, en les introduisant dans ses Etats^ de les ruiner & d'y mettre tout en combustion? Il n'y a que les auteurs austrasiens', partisans trop déclarés de la famille de Pépin, qui aient pu inventer une telle chimère, pour rendre odieux le plus grand ennemi de Charles Martel. Aussi l'auteur' des Annales de Moissac ou d'Aniane, qui étoit Aquitain 8z: presque contemporain, ne dit-il rien d'une pareille circonstance.

Il est vrai qu'on ne sauroit excuser Eudes d'avoir donné sa fille en mariage au général Munuza, Maure ou Sarrasin de naissance & mahométan de religion : mais il fut forcé en quelque manière de contracter cette alliance. Il arrêta' par là, pour un temps, les courses des Sarrasins dans ses Etats & les éloigna du royaume. S'il acheta donc la paix de ces infidèles au prix de sa propre fille, qui en fut la victime, on peut blâmer sa lâcheté, mais on ne sauroit l'accuser d'avoir trahi sa patrie. Après tout, combien de sang, combien de ravages n'épargna-t-il pas par cette alliance, honteuse à la vérité, mais d'où dépendoit en quelque sorte le salut de ses Etats? S'il eut tant de peine à les défendre contre les entreprises de Charles Martel, pouvoit-il manquer de succomber, si les Sarrasins l'avoient attaqué dans le même temps? Enfin, on peut dire que si Munuza , gendre de ce duc, n'eût pas été rebelle, ou s'il avoit été plus heureux dans l'exécution de ses projets, plusieurs provinces de France auroient été à l'abri des maux & des ravages que les infidèles leur firent éprouver dans cette occasion.

XXII. Eudes dut mourir au commencement de l'an ySS, puisque, suivant le Continuateur de Frédégaire ^, Charles Martel, après avoir appris la nouvelle de sa mort, résolut cette même année, dans une assemblée de la nation qui paroît avoir été celle du

' Voyez le Cointe, ad ann. 782, n. 47.

' Voyez à la fin. de ce volume, aux Preuves, Chroniques.

^ Chronicon Isidori Pacensts, p, 18.

"• Continuateur de Frédégaire, c. 109, p, 676 & suiv.

Champ de Mars, de faire la guerre aux enfans de ce duc. Charles vint alors jusqu'à Bordeaux & Blaye qu'il assiégea & qu'il prit. Cette guerre dura deux ans, suivant nos anciens annalistes '. Nous savons qu'elle fut terminée par la paix, laquelle doit appartenir par conséquent à l'an ySô. D'ailleurs, le même Continuateur, qui finit sa Chronique à l'an ySS, & qui rapporte tout ce qui se passa pendant ce temps-là, n'en dit rien. On doit conclure de ce que nous venons de dire : 1° que l'Annaliste de Metz, qui rapporte, sous la seule année 735, les deux expéditions de Charles Martel contre les fils d'Eudes & la paix qu'il conclut avec eux, se trompe^ 2° qu'on ne doit ajouter aucune foi aux Chroniques de Réginon & de Sigebert, suivant lesquelles Charles ayant déclaré la guerre à Eudes, entra en Gascogne, défit ce duc 8z: le tua, à ce qu'ils prétendent, dans une bataille.

XXIII. Nous ne croyons pas devoir réfuter ici l'opinion de quelques auteurs, entre autres d'Antoine Hauteserre% qui soutiennent, sur l'autorité de la Chronique de Sigebert, que Waïfre, duc d'Aquitaine, étoit fils d'Eudes & frère puîné d'Hunold. Car, outre qu'il est certain par l'Annaliste de Metz' & les autres anciens monumens qu'Hunold étoit père de Waïfre, tous les modernes conviennent aujourd'hui de la vérité de ce fait.

[Note rectificative ajoutée par les nouveaux éditeurs.}

La Charte d'Alaon.

Publiée pour la première fois par le cardinal d'Aguirre, en 1698 , reproduite & mise en œuvre moins de quarante ans plus tard par les auteurs de V Histoire de Languedoc, la charte dite d'Alaon n'a cessé d'avoir, pendant tout le dix-huitième siècle, la plus étonnante fortune & d'être considérée par l'érudition française comme un document d'une grande valeur. Le système qu'elle ré-

' Duchesne, t, 2, p. 3, 7 & 1 1.

' Hauteserre, Rerum Aquitaniae 1. 7,

' Duchesne, t. 3, p. 273,

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