III. Toulouse, après avoir été ville royale
' Ermoldus Nigellus, 1. 2, p. 43.
' Capitulaires, t. 2, p. 268, 269 & suiv.
3 Annal. Bertin. p. 23o.
* Voyez aux Preuves de ce volume. Chartes & Diplômes, n. LXXII, LXXIII, LXXIV, trois Chartes de Charles le Chauve en faveur de ses vassaux.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
sous les Visigoths, qui y avoieiit établi le siège de leur empire, & qui en avoient fait la capitale de leurs Etats, tant en deçà qu'au delà des Pyrénées, devint ville ducale dès qu'elle eut passé sous la domination des François, au commencement du sixième siècle. Il est fait mention, dans les anciens historiens, de Launebode, de Didier, d'Austrovalde, &c., ducs de Toulouse sous les successeurs de Clovis, ce qui prouve, suivant les principes que nous avons établis, que comme cette ville fut censée de l'Aquitaine depuis que ce prince l'eut enlevée aux Visigoths, elle fut en même temps capitale d'un gouvernement général qui comprenoit une partie de ce pays.
Ce gouvernement devoit s'étendre dans la partie occidentale de l'Aquitaine, car après la mort de Clovis cette portion du royaume fut partagée entre les princes sesenfans,&.
père, en titre de duché héréditaire, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs. L'union qu'Eudes, petit-fils de Charibert, fit à son domaine de l'Aquitaine austrasienne , donna un nouvel éclat à la ville de Toulouse : elle fut la capitale de tous ses États, ce qui continua sous Hunold & Waïfre, ses successeurs, jusque vers la fin du huitième siècle. IV. Waifre ayant été vaincu & entièrement dépouillé de son duché par Pépin le Bref, Charlemagne, fils & successeur de ce dernier, érigea l'Aquitaine en royaume, peu de temps après sa réunion à la couronne. Ce royaume "fut d'abord possédé par Louis le Débonnaire qui, à ce qu'il paroît, établit son siège à Toulouse. Car nous savons que ce prince y avoit un palais ' & qu'il y tenoit" ordinairement l'assemblée ou la diète de ses Etats : nous voyons d'ailleurs', que cette ville conserva toujours le titre de
Note
à ce qu'il paroît, entre Childebert, roi de ville ducale, & que ce fut la seule de toute Paris ou de Neustrie & Thierry, roi de Metz l'Aquitaine qui en fut honorée^ ce qui fait ou d'Austrasie. Or, comme il est certain voir sa prééminence sur toutes les autres que ce dernier posséda la partie orientale villes de ce royaume, & que les ducs de de l'Aquitaine qu'il avoit soumise après la Toulouse avoient une autorité supérieure bataille de Vouglé, il s'ensuit que l'occi- à celle de tous Içs comtes des différens pays dentale devoit dépendre du royaume de qui le composoient, c'est-à-dire, qu'ils en Paris ou de Neustrie; ce qui nous a donné avoient le gouvernement général *. occasion de diviser l'Aquitaine en Neus- Chorson. — V. Le premier qui fut ho-
trienne & Austrasienne. La première, après noré du titre de duc de Toulouse^ sous la la mort de Charibert, roi de Paris, à qui elle seconde race de nos rois, fut Chorson ou avoit appartenu, ayant été partagée entre Torsin, que Charlemagne éleva à cette dises trois frères, chacun fit gouverner les gnité lorsqu'il régla le gouvernement d'Aquipays qui lui échurent, par un duc' ou gou- taine, en 778, & qu'il établit des comtes verneur général , & Toulouse continua françois dans les principales villes de ce d'être capitale d'un duché ou gouvernement royaume. C'est le seul, entre tous ces comgénéral jusqu'au règne de Clotaire II, qui recueillit tous les Etats qui composoient la monarchie françoise & disposa du royaume d'Austrasie, en 622, en faveur de Dagobert, son fils aîné. Celui-ci se réserva la partie de l'Aquitaine qui dépendoit de ce royaume, & céda le reste au roi Charibert son frère, qui établit son siège à Toulouse : preuve que cette ville étoit regardée comme la capitale de l'Aquitaine neustrienne. Elle redevint ducale bientôt après par la cession que le même Dagobert fit aux enfans de Charibert, ses neveux, des Etats de leur
' Grégoire de Tours, 1. 6, c. 12 j 1. ij5; 1. 9. c. 17, 2;c.
c. 26 Sa.
tes, à qui l'auteur contemporain' de la Vie
' Acta Sanctorum ordinîs S. Benedicti , saec. 4, part. I, p. 90, — Voyez Mabillon, de Re diplom.
' Astronome, p. 288.
3 Ibid.
^ Il est admis aujourd'hui que les ducs bénéficiaires de Toulouse n'ont jamais eu aucune autorité sur le nord de l'Aquitaine. C'est pour avoir mécorinu ce fait que dom Vaissete a introduit une si grande confusion dans la succession des comtes & des ducs de Poitiers, d'Auvergne & de Toulouse, & qu'il a cherché à rattacher à une même famille des personnages qui n'ont jamais eu aucune alliance entre eux. C'est ce que nous montrerons plus loin. [E. M.]
' Astronome, p. 288.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
de Louis le Débonnaire^ qui rapporte cette nomination, donne le titre de duc. Chorson avoitdonc une autorité supérieure sur tout ce pays. Aussi voyons-noiis que les titres de duc de Toulouse & d'Aquitaine étoient alors synonymes. Nous en avons une preuve entre autres en la personne de Guillaume, à
Besse' nous a donné un titre de l'an 796, dans lequel il est fait mention de Torsin ou Chorson, prince de Toulouse & de Narbonne : l'époque certaine de la destitution de ce comte prouveroit toute seule la fausseté de ce titre, quand il ne porteroit' pas d'ailleurs des marques évidentes de supposition.
Non
qui le même historien donne' le titre de C'est cependant sur un fondement si peu ' ~ ' ~ " ' assuré que cet auteur' met ce seigneur au
nombre des comtes particuliers de Narbonne ; mais nous verrons plus bas que ce comté étoit alors occupé par d'autres.
D'ailleurs la police du royaume ne permettoit pas, sous le règne de Charlemagne, qu'un même seigneur possédât deux comtés ou gouvernemens particuliers dans l'intérieur du royaume, comme nous l'avons déjà remarqué.
Il est vrai qu'il paroît que Chorson, en qualité àe duc ^e TouZou^e, avoit une autorité supérieure sur le comté de Narbonne, sur le reste de la Septimanie & sur la Marche d'Espagne, qui dépendoient alors du royaume d'Aquitaine , car ce seigneur est le seul que nous trouvons honoré du titre de duc, entre tous les comtes de ce royaume. Il est rapporté, d'ailleurs, dans une ancienne chronique citée par Catel*, que Charlemagne rétablit ce cOmte de Toulouse dans le gouvernement de Bordeaux, de Narbonne & de la province que ses prédécesseurs avoient possédée auparavant : Comltem Tolosae praeposuît Torsinum, oui Burdîgalam, Narbonam & provinciam àsuls praedecessoribus,lîcet în~ fideUbus,possessam restîtuit; d'où Ton doit conclure, suivant les autres circonstances, & l'explication d'Audigier% queceprincelui donna le duché ou gouvernement général d'Aquitaine. Cetauteur prétend même prouver par là que Chorson descendoit d'Eudes , duc de ce pays. Il lui donne pour père le comte Mancion, proche parent & de la race de Waïfre, petit-fils & successeur de ce duc. Il ajoute que le terme d'infidelîbus
duc de Toulouse, & que l'auteur' de sa vie appelle duc de toute l'Aquitaine ' ; ce qui nous donne l'origine certaine des ducs d'Aquitaine, qui d'abord ne furent pas différens des comtes particuliers de Toulouse, parce que , comme nous l'avons déjà dit, cette ville étoit la capitale de ce royaume. Au reste, ceux qui étoient pourvus de ces dignités sous le règne de Charlemagne ne les possédoient qu'à vie, & pouvoient en être dépossédés lorsqu'ils avoient commis quelque faute considérable.
VI. C'est ce qui arriva à Chorson*. On rapporte communément sa destitution à l'an 789, mais nous croyons, avec le P. le Cointe% qu'elle arriva en 790. Il est certain, en effet, qu'il ne fut dépossédé^ du duché de Toulouse qu'après l'exil d'Adalaric, duc de Gascogne , & que celui-ci ne fut exilé qu'à la diète ou assemblée générale que Charlemagne tint à Worms au printemps' de l'an 790. Le P. le Cointe se trompe cependant quand il avance que Louis, qui y assista, n'alla trouver son père que pendant l'été de l'an 790, puisqu'il est constant* qu'il avoit passé l'hiver précédent avec lui, & qu'il retourna en Aquitaine immédiatement après cette diète, pour tenir celle de ses Etats à Toulouse.
' Astronome, p. 288.
' Fita S. Guillelm'i, p. 74. — MabilloUj p. 71, ^ C'est l'auteur de la Vie de S. Guillaume qui l'appelle ainsi ; mais on sait qu'il ne faut jamais prendre au pied de la lettre les assertions des biographes & des légendaires. Guillaume n'a jamais exercé d'autorité que sur les provinces limitrophes des Pyrénées. [E. M.]
* Astronome, p. 288.
* Le Cointe, ad ann, 789, n. 176; ad ann. 790, n. 8 & seq.
* Astronome, p. 288.
' Egmhard, Annal, p. 246. — Chronique de Mo'isioc, p. 139.
' Eginhard, Annal, p. 246. — Astronome, p. 288.
' Besse, Narh. p. 435.
* Le Cointe, ad ann. 782, n. 1 3, & ad ann. 790, n. 8 & seq.
^ Besse, Nari, p. 80.
* Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 42. — Cette Chronique a été rédigée à une époque trèsrécente & ne mérite aucune confiance. [E. M.]
' Audigier, Origine des François, t. 2, p. 241.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
doit s'entendre, dans cet endroit, de la révolte de ces ducs contre les ancêtres de Charlemagne, ce qui prouveroit que le duché d'Aquitaine, possédé par Eudes & ses successeurs, rentra dans sa famille en la personne de Chorson ; mais ce ne sont que des conjectures dont le fondement ne paroît pas bien solide.
S. Guillaume I" du nom.— VII. Quoi qu'il en soit, si Charlemagne rendit le duché d'Aquitaine à la postérité d'Eudes en la personne de Chorson, il le lui ôta en 790, par la proscription de ce seigneur, à la
par Milon , Magnarius & Sturmion dont nous avons parlé ailleurs ' & qui se succédèrent à la fin du huitième siècle, il s'ensuit que Guillaume n'a pas été comte de cette ville, & que c'est le même qui fut nommé au duché ou comté de Toulouse par Charlemagne. Guillaume ayant donc été comte particulier de Toulouse, il ne peut l'avoir été en même temps de Narbonne, suivant le principe admis par M. de Marca.
D'ailleurs, l'auteur" de la Fie de S. Guillaume, fondateur de Gellone, le qualifie duc de toute V Aquitaine & non duc en Aqui-
NOTE
place duquel il nomma alors Guillaume au taine^ Provence &■ Languedoc, comme le sup-
duchè de Toulouse^ ou, comme l'explique pose M. de Marca après Catel. L'auteur de
le P. Mabillon', au duché d'Aquitaine. On cette vie, qui est grave & ancien, & dont
ne convient pas si ce dernier est le même Ordericus^ Vitalis -pd-Ae avec éloge au dou-
que le saint de ce nom qui fonda l'abbaye zième siècle, ne dit pas un mot qui puisse
de Gellone au diocèse de Lodève. Catel, faire croire que Guillaume ait été comte
& après lui les PP. Labbe^ & Mabillon'', de Narbonne. Il doit être préféré, sans
& presque tous nos historiens ou généa- doute, au roman de Guillaume, quoi qu'en
logistes, soutiennent l'affirmative. M. de dise M. de Marca, qui fait peu de cas de
Marca'^ prétend au contraire que S. Guil- son témoignage, parce qu'il prétend qu'il
laume, fondateur de Gellone, fut seulement n'est pas beaucoup ancien : mais il l'est pour
comte de Narbonne ou duc de Septimaniej le moins autant que l'autre. Or, Toulouse
mais il ne s'appuie que sur le roman de étant la capitale du royaume d'Aquitaine,
Guillaume au court ne-^, qui fait ce seigneur & ses gouverneurs ayant le titre de duc, ils
comte ou marquis de Narbonne. Ce savant dévoient avoir une autorité supérieure à
prélat conclut de là qu'il ne peut avoir été celle de tous les simples comtes ou gouver-
en même temps comte de Toulouse, puis- neurs particuliers des différens pays qui le
que, suivant l'usage alors observé dans le composoient, & S. Guillaume étoit vérita-
royaume, une même personne ne pouvoit blement duc d'Aquitaine. L'auteur de sa vie
posséder c?ew5c comtés de deux cités qui étaient & Ordericus Vitalis ont eu donc raison de
assises en diverses provinces. lui donner ce titre, qui, comme nous le
Nous convenons de cet usage , mais il est prouverons encore ailleurs par d'autres
aisé de l'opposer à M. de Marca; car comme ce roman n'est d'aucune autorité, & qu'il est certain, d'ailleurs, par des monumens* incontestables, que le comté de Narbonne fut occupé du vivant de Guillaume au court ne^ par d'autres seigneurs, savoir
' Astro'nome, p. 288.
' Mabillon, Annal, ord. S. Ben. ad ann. 804, n, 32.
' Labbe, Tables généal. p. 484.
^ Mabillon, ad ann. 804, n. 82.
= P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 685 & seq.
^ Voyez aux Preuves de ce volume. Chartes &. Diplômes, n. V, Jugement des commissaires du roi en faveur de Daniel, archevêque de Narbonne, & n. VII, Limites de la ville de Caunes , réglées par l'autorité de Magnarius, comte de Narbonne.
témoignages, signifioit alors la même chose que celui de duc ou comte de Toulouse.
VIII. Saint Guillaume avoit aussi, par ce titre, une autorité supérieure sur le comté particulier de Narbonne & sur toute la Septimanie, parce que ces pays faisoient alors partie du royaume d'Aquitaine, de même que la Marche d'Espagne. Aussi voyons-nous, par le témoignage des auteurs contemporains, qu'il commanda non-seulement dans l'Aquitaine propre & la Gascogne, mais encore dans les autres provinces
' Mabillon, Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti,
" Ibid. saec. 4, part. 1, p. 70.
^ Orderic Vital, 1. 6.
NOTB
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
c'est-à-dire dans tous les États de Louis le Débonnaire, non en qualité de duc de Septimanie, puisque ce duché n'étoit pas encore alors érigé, & qu'il ne le fut' qu'en 817, après avoir été séparé du royaume d'Aquitaine, mais comme duc de Toulouse, en sorte que l'étendue de l'autorité des ducs de cette capitale d'Aquitaine étoit alors proportionnée à celle du même royaume.
Il faut cependant en excepter, à ce qu'il paroît, la Gascogne, qui, quoique dépendante du royaume d'Aquitaine, fut administrée par des ducs ou gouverneurs généraux indépendans'.
Il est surprenant qu'un aussi habile critique que M. de Marca ait voulu préférer l'autorité d'un roman à celle d'un historien beaucoup plus ancien , qui , quoiqu'il ait rapporté quelques faits qui paroissent incertains, est appuyé cependant , pour la plupart des autres, tant sur le témoignage des auteurs du temps que des monumens les plus authentiques ; au lieu que ce roman n'est qu'un tissu de fables' inventées au plus tôt dans le onzième siècle, plus de trois cents ans après la mort de Guillaume. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à comparer la généalogie de Guillaume, rapportée par l'auteur du roman, avec celle que nous trouvons dans les actes originaux & les historiens contemporains. Suivant le premier^, ce duc, qu'il fait natif de Narbonne, étoit ^/5 d'Aymeri & d'Ermengarde fille d'un prétendu Bonîface, roi de Pavîe ; il avoïtpour frère Bernard de Brebant; de ses quatre sœurs, l'une, appelée Blanchefleur, épousa Louis le Débonnaire , &c. Nous omettons plusieurs autres rêveries semblables, qu'il suffiroit de rapporter pour en faire sentir le faux & le ridicule. D'un autre côté, les monumens du temps nous apprennent que Guillaume, fondateur de Gellone, étoit fils
• Voyez Note XCIV.
' Il faut en excepter, comme nous l'avons déjà dit, le Poitou, le Limousin, le Berry, l'Auvergne & le Périgord ; en somme, le duché de Toulouse administré par Guillaume ne renfermait que le comté de Toulouse, la Sepfimanie & les provinces conquises en Espagne. [E. M.]
' Voyez Orderic Vital, 1. 6.
* Catel, Histoire des comtes, p. 5o & suiv. — Mémoires de l'histoire de Languedoc, p. 567 & siiiv.
de Théodoric & d'Aldane, qu'il n'avoitque deux sœurs, &c., en sorte qu'on ne voit rien dans les anciens monumens qui puisse convenir avec la généalogie fabuleuse du roman. Aussi tous nos plus habiles généalogistes n'en font-ils aucun cas : mais puisqu'on ne sauroit s'appuyer sur une si foible autorité pour connoître l'origine de Guillaume, nous ne comprenons pas comment M. de Marca & quelques autres' après lui s'en servent pour admettre , sans autre preuve, un Aymeri au nombre des comtes de Narbonne.
IX. Ce qui les a peut-être fait donner dans cette erreur, c'est que, suivant le roman auquel ils ont ajouté foi trop aisément, Guillaume étant né à Narbonne d'un père qui étoit d'une naissance illustre, ils auront cru qu'il étoit comte de cette ville. Mais il est certain que Guillaume étoit natif & originaire de France, comme le témoigne l'auteur de sa vie', en parlant du voyage qu'il fit à la cour de Charlemagne avant que de se retirer à Gellone :. Causa extitit ut ipse, dit cet auteur,... Franciam
accitus natale solum pair ii que consulatus
immo sui haereditatem reviseret, &c. C'en est assez pour faire connoître que le roman de Guillaume au court ne^ est une pure fable qui ne mérite aucune attention 3 les noms de famille qui y sont employés font d'ailleurs assez connoître que l'auteur ne vivoit, au plus tôt, qu'à la fin du onzième siècle.
X. On ne doit pas faire plus de fonds sur l'autorité du faux Turpin & de l'historien Philomela, qui font comte de Narbonne le prétendu Aymeri, père de Guillaume au court ne\. Les fables ridicules de ces deux romans sont aujourd'hui trop décriées, pour pouvoir être apportées sérieusement en preuve d'un fait historique. Ainsi' le P. le Cointe, qui admet un Aymeri, comte de Narbonne, sous le règne de Charlemagne, différent du père de Guillaume, ne doit pas être écouté, puisqu'il n'a d'autre garant que ces auteurs fabuleux} il convient'' d'ailleurs
' P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 685 & seq. * Vita S. Guillelmi, p. 78.
' Le Cointe, ad ann. 778, n. 8, & ad ann. 782, n. I I.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.orig
que Théodorîc, le vrafi père de Guillaume, ne fut jamais comte de Narbonne. Ce prétendu Aymeri est donc un nom supposé; &à moins qu'on ne donne d'autres preuves appuyées sur des monumens plus solides , il doit être rejeté du nombre des comtes de Narbonne, d'autant plus que nous avons déjà prouvé que ce comté étoit occupé par d'autres dans le temps où ce prétendu seigneur auroit dû en être revêtu.
Au reste, nous sommes surpris qu'un auteur aussi judicieux que Catel' après avoir avoué que les romans dont nous venons de parler ne contiennent que des fables, s'appuie cependant sur leur autorité pour nous donner Aymeri, & son prétendu fils Guillaume au court nc^, pour les deux premiers vicomtes de Narbonne. On pouvoit laiss&r passer tout au plus de pareils contes au siècle de Nicole Gilles, qui les a adoptés & dont il rapporte le témoignage; mais, dans des temps plus éclairés, il faut des preuves plussolides.Nous savons d'ailleurs" qu'il n'y a eu des vicomtes en France que bien avant sous l'empire de Louis le Débonnaire.
XI. Saint Guillaume fut duc ou comte de Toulouse depuis l'an 790 jusqu'en 806, qu'il embrassa l'état monastique dans l'abbaye de Gellone qu'il avoit fondée. Il laissa une nombreuse postérité. Comme nous aurons occasion d'en parler souvent dans le cours de cette Note, que le duché de Septimanie dont Bernard son fils fut revêtu passa à ses descendans, sous le titre de marquisat de Gothie, & qu'eux ou leurs proches possédèrent dans la suite, à ce qu'il paroît, le duché ou comté de Toulouse & divers autres comtés de la Province, nous avons cru devoir donner ici leur généalogie ; elle servira à donner une idée plus nette de plusieurs faits que nous serons obligés de discuter. Nous y avons distingué ce qui est prouvé par les anciens monumens d'avec ce qui n'est pas tout à fait si certain , ou qui n'est fondé que sur des conjectures que nous avons formées & que nous développerons'.
' Catel , Mémoires de l'kistoire de Languedoc , p. 565 & suiv.
' Note LXXXlll, n. 17.
' Peu d'historiens se sont montrés aussi hardis
Raymond Raphinel. — XII. Nous ignorons le nom de celui qui succéda immédiatement à Guillaume, dans le comté ou duché de Toulouse. On pourroit croire que ce fut un seigneur appelé Raymond Raphinel', qui, sous l'empire de Charlemagne, prend le titre de duc d'Aquitaine dans une charte ' dont on peut fixer la date à l'an 810. Or, comme nous l'avons déjà dit, les ducs d'Aquitaine n'étoient pas alors différens des ducs ou des comtes de Toulouse. Cette date est telle : Actum apud Bîterrensem civitatem in mense TS/iartîo, XII cal. Aprilis, sub ferta v. régnante domno nostro Ludovico & anno XXI imperii serenissîmi imperatoris Carolî, ce qui ne sauroit s'accorder ; mais en lisant anno X, au lieu de XXI, tout convient avec l'an 810. Il est vrai que le P. Mabillon' rapporte cette date à l'an 798, à cause de la lettre dominicale F. Mais, comme cette date est de l'empire de Charlemagne, & non de son règne en France ou en Italie, ainsi que le suppose cet auteur, elle doit être postérieure à l'an 800, & il est plus naturel de la rapporter à l'an 810, avec lequel la même lettre dominicale s'accorde. D'ailleurs, cet habile historien se trompe, en croyant pouvoir allier l'année 798 avec la vingt & unième année du règne de Charlemagne en Italie; car selon lui ^ ce règne commença dès le mois de mai de l'an 774; par conséquent, le 3l de mars de l'an 798, ce prince n'étoit encore que dans la dix-neuvième année de son règne en Italie, & non dans la vingt & unième. Comme on ne peu t donc accorder cette année avec l'an 798, &
que dom Vaissete dans leurs conjectures, & c'est là le côté faible de son œuvre. Il a admis comme des faits vrais de pures hypothèses, surtout quand il a voulu rechercher l'origine & la filiation des comtes carlovingiens du Poitou, de l'Auvergne & de Toulouse. En procédant toujours par suppositions, il a rattaché à une seule & même famille, celle de saint Guillaume, des personnages qui n'en ont jamais fait partie j c'est ce que nous établirons plus loin. [E. M.]
' L'existence de Raymond Raphinel ne repose que sur une charte fausse. Voyez plus loin ce que nous disons à ce sujet. [E. M.]
' Mabillon, ad ann. 798, n. 24.
3 Ihid.
■• Ihid. ad ann. 774, n. 48.
Note
Note
Éd.orig.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC. 221
GÉNÉALOGJK DE LA FAMILLE DE S. GUILLAUME, DUC DE TOULOUSE OU D'AQUITAINE'.
NuTB
S. Guillaume , duc de Toulouse ou d'Aquitaine, moine & fondateur de l'abbaye de Gellone , ép o u s a : i" Cunégonde, 3° Guitburge. Mourut vers 81 3.
BÉRA, comte de Razès, à ce qu'il paroit, fonda l'abbaye d'AIct avec son énouse Runiille vers 1 au 8i3.
Bernard, duc dej Septimanie & comte | de Barcelone depuis l'an 820. Ducde'roulouse ou d'Aquitaine, en 835. Epousa Do- ' dane en 825. Mourut en 84^.
Gauzelme, comte dej Roussillon , mort en' 834. ^
Witcharius.
Adalelme.
Herbert.
Helimbruch ou Gerbert;e, épousa le comte Wala, qui fut ensuite abbé de Corbie.
Argila,vraisemblab!e- 1 ment comte de Razès.
Rotrude, épouse d'Adalaric ou Alaric, comte de Girone.
Guillaume, duc de Toulouse ou d'Aquitaine, né en 827, mort à Barcelone en 849.
Bernard, comte d'Auvergne, marquis de Gothie depuis l'an 879 , épousa Ermengarde.
Mourut en 886.
N., épouse de \Vigrin , comte d'Angoulême.
Béra, comte de Razès & peut-être de Roussillon en 844 & 846.
Warin, mort jeune
Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, marauis de Golhie & duc d'Aquitaine, épousa Ingelbergc, fille de Boson, roi de Provence, mourut en gi8.
Ave.
Adelinde,épouse d'Acfred ou Egfrid, comte de Carcassonne.
.... Soniarius, comte d'Empurias en 849, de Roussillon vers 85o.
llieudoin.
Borrel , créé comte d'Ausone en 798. . .
SuNiFRED, comte de Girone en 819, mar- \ quis de Gothie en 844.
I Épousa Ermessinde.
. HuMFRiD, comte de . Besalu en 85o, marquis . de Gothie en 858, pros- . crit en S64 ; est peut- . être le même qu'Egtrid, . comte de Toulouse en
Oliba, comte de Car- . cassonne en 820, épou- , sa : i" Elmetrude , 2° Ri- . childe. Delà mort en
/ Sesenande.
Sunifred.
WiFRED le Velu, comte de Barcelone, épousa Widinilde. Mort vers
Radulfe , comte de Gonflant, vivoit en 888.
Miron, comte de Roussillon en 874&goi. De lui descendent les comtes héréditaires de Roussillon & de Confiant.
Humfrid, moine.
Egfrid ou Acfred, fait comte de Bourges en 867. Mort en 868.
Wifred, comte dej Bourges, épousa Ode I & fonda, en 827, 1 ab- , baye de Strade. Mort vers l'an 838 & avant/ l'an 840.
Emenon , comte de ' Poitiers, proscrit en 839. Epousa une fille : de Robert le Fort.
Agane, fille unique, épousa Robert, comte de Madrie.
Adhémar, comte de Poitiers depuis 893JUSqu'en 902. épousa Saneia , fille de Guillaume, comte de Périgueux.
Louis, comte de Carcassonne vers l'an 85 1.
Turpion , comte Adalelme... /'^'^"Soulême.
Bernard épousa Blichilde, fille de Roricon, comte du Maine.
^ Mort en 844.
G érard , comte d'Auvergne en 839. Epousa, en secondes noces. Mathilde, fille de Pépin I , roi d'Aquitaine, mort en 841.
Guillaume , comte
1 d'Auvergne en 841, après Gérard son frère.
Raynald, comte d'Herbauges & de Nantes en 843.
Albane & Berthe , relic ieuses à Gellone.
. Aledran , marquis ' de Gothie en 849.
Adalelme défendit Paris contre les Normands ,en 885.
Bernard II, marquis de Gothie depuis 865, proscrit en 878. Il fut, I à ce qu'il paroît, comte /de Poitiers depuis 867.
Emenon, rebelle, 878.
Ebles , abbé séculier ' de Saint-Hilaire de Poitiers , de Saint-Denis, , &c. Mort en 893.
Premier lit.
t Rainulfe I , comte de Poitiers depuis l'an ) 839, & duc d'Aquitaine, i Mort en 867.
Second lit.
Gérard ou Géraud , . comte de Limousin en • 847, épousa Adeltrude.
' Hervé, comte, mort I en 84.5.
I Rainon, comte d'Her- , bauees en 852.
, Tnéodoric & Aledran . frères défendirent Paris . contre les Normands en
' Waltharius, comte, se I révolta contre le roi Euides, son grand-oncle, en 892.
Rainulfe II, comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, prit le titre de roi d'Aquitaine en 888, & mourut de poison en
Gauzbert.
Divers enfans privés de la succession aux dignités de leur père.
S. Géraud , comte d'Aurillac, né en 855.
Fonda l'abbaye d'Au • rillac en 894. Mort en
Ave ou Avigerne , sœur de S. Géraud , épousa N.
Boson, mort jeune & sans postérité.
WiFRED II, comte & marquis de Barcelone , épousa Garsinde. Mort en 91 3, sans enfans.
Miron, comte de Barcelone après son frère. Mort en 928,
Soniarius, comte d'Urgel , mort en o5o. Epousa Richilde.
Radulfe , moine de Ripoll en 888.
Ensuite évêque d'Urgel.
Borrel.
Oliba II, comte de Carcassonne & de Razès en 873, conjointement avec son frère mort après
AcFRED I, comte de Carcassonne & de Razès en 873.
Epousa Adelinde , sœur de Guillaume le Pieux. Mort vers l'an 906.
Ebles, comte de Poitiers depuis l'an I902, & ducd'Aqui-i , taine depuis 1 i ' 928. Né aune concubine.
Rainald.
Benoit , vicomte de Toulouse.
Seniofred, comte de Barcelone, épousa Adelais. Mort sans enfans en 9C7.
Miron, évêque |de Girone.
Oliba Cabretta, comte de Cerdagne & de Besalu. Epousa Ermengarde, mort en 9Q0. De lui descendent les comtes héréditaires de Cerdagne & de Besalu.
Wifred , comte \ de Besalu.
Borrel, comte d'Urgel & ensuite de Barcelone en 967, après la mort de son cousin. De
[lui descendent les comtes héréditaires de Barcelone
'& d'Urgel, dont
, les premiers furent dans la suite rois d'Aragon, de
' Majorque , &c..
comtes de Provence , seigneurs de Montpellier
Miron.
. Bencion, com- . te de Carcasson- . ne & de Razès ' vers l'an 900.
Acfred II , comte de Carcassonne & de Razès en 934.
Bernard.
Guillau.me II, duc d'Aquitaine & comte d'Auvergne. Mort sans enfans en 926.
Acfred , duc d'Aquitaine & comte d'Auvergne après son Irère, mort sans enfans vers l'an
GuiLLAUJiE Tête d'Etoupes, comte de Poitiers & d'Auvergne , duc d'Aquitaine depuis l'an 927. De lui descendent les comtes héréditaires de Poitiers, ducs d'A/juitaine jusqu'à Eléonor, épouse du roi Louis le Jeune.
* On a marqué avec des points les filiations dont on n'a pas une preuve certaine.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
qu'il s'est glissé, sans doute, quelque faute dans ce diplôme qui ne paroît qu'une copie interpolée, nous croyons, sans avoir égard aux années du règne qu'il faut nécessairement abandonner, que cette date doit être reportée à l'an 810, d'autant plus que S. Guillaume posséda le duché d'Aquitaine ou de Toulouse jusqu'à l'an 806. Raymond Raphinel peut donc lui avoir succédé dans cette dignité.
BÉRENGER. — XIIL Le premier comte ou duc de Toulouse après Guillaume, dont nous ayons une connoissance certaine, c'est Bérenger, qui étoit parent de l'empereur Louis le Débonnaire & qui étoit déjà revêtu de cette dignité en 819. Les annales d'Eginhard' & l'Astronome' ne lui donnent que le titre de comte. Mais il a celui de duc dans Thegan', auteur contemporain; ce qui montre qu'il avoit, comme ses prédécesseurs, une autorité supérieure à celle des comtes dans le royaume d'Aquitaine. Il est vrai qu'elle fut moins étendue depuis que la Septiraanie & la Marche d'Espagne, qui avoient dépendu de ce royaume depuis l'an 781, en eurent été séparées en 817, pour former un duché ou gouvernement général indépendant.
XIV. Nous voyons en effet que Bernard, fils deS. Guillaume, fondateur de Gellone, qui fut pourvu de ce duché du vivant de Bérenger,étendoitson autorité sur ces deux provinces; car il est qualifié indifféremment^ par les auteurs contemporains duc ou comte de Barcelone, comte de la Marche d'Espagne & duc de Septimanie. Les ducs de Toulouse ou d'Aquitaine perdirent donc, par cette séparation, une partie considérable de leur gouvernement qui ne s'étendit plus que sur l'Aquitaine propre St sur la portion de la Narbonnoise qui demeura unie au royaume d'Aquitaine, & qui comprenoit le Toulousain, avec les comtés de Carcassonne & de Razès, comme nous le prouverons* ailleurs. Il est vrai queBéren-
' Egiiihard, Annales, p. 262.
' Astronome, p. 3oo.
' Thegan, c. 54 & 57, p. 284 & seq.
* Eglnhard, Annales, p. 271. — Nithard, 1. i, p. 36o, — Annales Berlin. & Fuld. &c.
5 Note XCIV.
ger posséda dans la suite le duché ou gouvernement de la Septimanie conjointement avec celui de Toulouse ou d'Aquitaine, & qu'il paroît qu'après sa mort Bernard, duc de Septimanie, lui succéda dans celui de Toulouse. Mais si l'un & l'autre de ces seigneurs possédèrent ces deux duchés depuis l'an 817, ou après la séparation de la Septimanie du royaume d'Aquitaine, & rentrèrent par là dans la même autorité dont les ducs de Toulouse, leurs prédécesseurs , avoient joui sur toutes ces provinces, ils ne les possédèrent que comme deux duchés ou gouvernemens généraux séparés & indépendans.
XV. Il est toutefois assez vraisemblable que la dépendance où avoient été la Septimanie & la Marche d'Espagne du duché de Toulouse avant cette séparation, fut un des motifs qui engagèrent Bérenger à remettre ' ces deux provinces sous son autorité, après que Bernard eut été dépouillé de leur gouvernement en 832. Sans doute, il se crut d'autant mieux fondé à faire cette réunion que Pépin I, roi d'Aquitaine, avoit été aussi dépossédé' alors de ce royaume, & qu'ainsi le partage de l'an 817, qui séparoit la Septimanie de l'Aquitaine, ne subsistoit plus. Enfin, il paroît que Bérenger étoit déjà duc de Toulouse dans le temps de cette séparation, & qu'elle avoit été faite par conséquent à son préjudice; ce qui nous fait conjecturer qu'il ne fut peutêtre pas nécessaire que Louis le Débonnaire le nommât, en 832, au duché de Septimanie, comme l'a cru le P. Labbe, pour faire valoir ses prétentions sur ce duché '. Il lui suffisoit qu'il fût alors vacant, & qu'il eût auparavant fait partie de celui de Toulouse qu'il occupoit actuellement. Aussi voyonsnous que, même après que Bernard eut été rétabli dans ses dignités, Bérenger^ lui disputa toujours le duché ou gouvernement de Septimanie, & qu'il porta cette affaire à la diète de Crémieux de l'an 835, où il l'auroit emporté, selon toutes les apparences,
' Astronome, p. Sop & 3i5. — Voyez au tome I de cette édition, livre IX, n. cxx.
' Astronome, p. Sop.
' Labbe, Tahles gèn. p. 486.
* Astronome, p. 3i5.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Édorig.
sur son concurrent, s'il ne fût mort dans le même temps; ce qui mit fin à la dispute. Bernard demeura non-seulement par là paisible possesseur du duché de Septimanie, mais il succéda encore à Bérenger dans celui de Toulouse.
Bernard I. — XVI. Nous n'avons à la vérité aucune autorité bien précise dans les historiens du temps sur ce dernier article ; mais il y a d'ailleurs de fortes présomptions & diverses autres preuves qui ne permettent guère de douter que Bernard n'ait été investi du duché de Toulouse, après la mort de Bérenger. Que s'il n'y fut pas nommé en 806, après son père, c'est qu'il étoit alors sans doute trop jeune, & en effet il ne fut pourvu du duché de Septimanie qu'en 820. C'est ce qui est aisé à prouver, par le principe que nous avons déjà établi, & qui est appuyé du témoignage de tous les auteurs & de tous les monumens du temps : savoir que les titres de comte de Barcelone & de duc de Septimanie ont toujours signifié la même dignité, depuis l'érection de ce duché jusqu'à la séparation de la Septimanie propre d'avec la Marche d'Espagne. Or, il est certain que Bernard ne succéda, au plus tôt, qu'en 820, au comté de Barcelone, puisque Béra", son prédécesseur, ne fut proscrit & dépouillé de ce comté que cette année.
Il n'aura été par conséquent duc de Septimanie que depuis ce temps-là. Aussi ne voyons-nous pas qu'aucun ancien historien lui ait donné l'un ou l'autre de ces titres avant l'an 820. Il s'ensuit de ce que nous venons de dire, que Béra doit avoir été duc de Septimanie depuis Tan 817 jusqu'à sa proscription, puisqu'il est certain, d'un côté, que cette province fut érigée cette année en duché ou gouvernement indépendant de celui d'Aquitaine; & que de l'autre, les titres de duc de Septimanie & de comte de Barcelone furent synonymes depuis ce temps-là.
XVII. S'il fallait cependant s'en rapporter à Gariel', auteur de l'histoire des évêques de Maguelonne, le duché de Septimanie & le comté de Barcelone dévoient
' Eginhard, p. 262.
' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, p. 5i & seq.
être séparés en 818, dans le temps de l'élection d'Argemire, évoque de Maguelonne, dont il raconte l'histoire, puisqu'il prétend que Bernard étoit alors duc de Septimanie, & que Béra, comte de Barcelone, vivoit dans ce temps-là. Mais ce n'est qu'une pure supposition; & tout ce que cet auteur rapporte touchant la prétendue élection d'Argemire est entièrement fabuleux. En effet, Arnaud de Verdale, évêque de Maguelonne, qui a écrit au quatorzième siècle l'histoire de ses prédécesseurs, garde un profond silence làdessus'; & Aimoin, que Gariel se contente de citer sur cela en général, n'en dit pas un mot. Il suffit d'ailleurs de remarquer que cet auteur fait Bernard % duc de Septimanie, espagnol de naissance, pour se persuader qu'il nous donne une histoire fabriquée à plaisir. Nous ne disconvenons pas cependant, avec lui, que les peuples de la Septimanie n'aient porté des plaintes contre Bernard , de ce qu'il avoit envahi les biens ecclésiastiques & séculiers de la province; mais ce ne fut^ qu'à la diète de Kiersi de l'an 838, & par conséquent longtemps après l'an 818. Enfin, l'ancien historien qui fait mention de ces plaintes ne dit pas un mot d'Argemire, & elles n'ont aucun rapport avec les prétendues circonstances de l'élection de ceprélatàl'évêché de Maguelonne.
XVIII. Pour revenir à Bernard, il paroît certain, comme nous l'avons déjà dit, qu'il succéda en 835 à Bérenger dans le duché ou comté de Toulouse. Catel"*, & après lui nos meilleurs critiques , comme Baluze, les PP. Labbe, le Cointe, Mabillon, Pagi , Ange , &c., n'en doutent point. Nous ne connoissons que M. de Marca^ qui ait dit le contraire, car La Faille® qui avoit d'abord
' Arn. de Verdale, LabbCj^iiZ. nova, 1. 1, p. 795.
^ Gariel, Séries praesulum Magalonensium, p. 5i & seq.
' Astronome, p 3 16.
■^ Catel, Histoire des comtes, p. 64. — Baluze, Marca Hispanica. — Lahhe^ Tables gén. p. .'Î41. — Le Cointe, ad ann. 835, n. 80. — Mabillon, ad ann. 806, n. 48. — Pagi, ad ann. 844, n. 9. — Histoire gènéologi<]ue de la maison de France, t, I, p. 680.
' P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 686 & 693.
^ La Faille, Annales de Toulouse, t. i, p. 58 & suiv.; add. p. 8.
Note
Noric «7
NOTES SUll L'HISTOIRE DE 1,AN(;UE1)0C.
adopté le scntiiiic-iit de ce jirélat, jiaroît s'<}itrf rétracté dans ses additions au prc-micr volimio des Annales Je Toulouse. Aussi L'St-il tiés-vraisoniblablc qu'après la mort de Bérengor, Bernard se servit du crédit (|u'il avoit h la cour pour rriiu;ttre dans sa lainillc & réunir en sa ])c'rsonne le gouver-
vain fort postérieur au neuvième siècle; & c|uu les ])rétendus caractères en chiffres dont Odo Aribcni dit s'être servi pour écrire les circonstances de la mort de Bernard, 8c qui ne paroisscnt pas cependant dans son ouvrage, ressentent la fable. Quoi (|u'il en soit, si c'est Ih le fragment d'une
NoTL
nenient général d'A([uitaine & celui de Sep- Chronique écrite du temps, comme le
timanie, possédés au|)aravant, sous le seul titre de duclié de Toulouse, par le duc (Juillaume, son père. Les étroiti\s liaisons ((u'il avoit déjà formées avec Pépin I, roi d'A(|uitaine,qui disposa sans doute de cette dignité en sa faveur, du consentement de l'empereur son père, peuvent encore nous le faire croire j il y a d'ailleurs d'autn^s preuves qui nous le persuadent.
XIX. Nous eu avons une complète, si on peut ajouter foi h un fragment histori(|ue (|ui a été donné' par Pierre Borel, comme tiré d'une ancienne chronic[ue, dont M. Baluzo atteste avoir vu le manuscrit. Bernard y est qualifié expressément comte de Toulouse^ ainsi ([u'on le peut voir dans nos preuves'. Il faut avouer, cependant, que
croit' M. Balu/.e, elle doit avoir été interpolée dans la suite, non-seulement dans l'épitaplie de Bernard, (|ui y a été visiblement ajoutée de l'aveu même de cet auteur, mais encore dans quelques autres endroits. XX. Nous avons lieu de soupçonner d'autant plus cette Chronique d'avoir été interpolée, pour ne pas dire d'être entièrement supposée, qu'un autre fragment que le même Borel* en a donné nous confirme dans nos soupçons. Ce dernier fragment, (|ui paroît être la suite de l'autre, est conçu en ces termes : Interea Carolus rex in sylvam Vaurenscm £• pagum Albïensem illî adjacentem mittît mille quingentos équités & quinquc millia pediium^ qui casas, mansos, villas, oppida multa & aliquas curtcs funditus cvcrtcrunt^ £•
quelque autorité qu'ait voulu donner* le sine deîectu viras &jacminas trucidarunt; cap-
célèbre M. Balu/.e i\ ce fragment, il nous paroît un peu suspect. L'auteur y prend le titre d'O./o Aribcrti <k entre dans un fort grand détail des circonstances de la mort de Bernard, qu'il prétend avoir été tué à Toulouse par Charles le Chauve même. La Faille % qui a rapporté aussi ce fragment dans ses Annales de Toulouse^ en a donné en même temps la critique. Il avoue que le respect qu'il avoit pour les décisions de M. Balu/e, faisoit tju'il ne le rejctoit pas entièrement. Aux raisons de supposition que cet annaliste a données do ce fragment, & qu'on peut voir dans son ouvrage, nous ajouterons cjue le terme de Vicarius rcgius (|ui y est employé, & les cinq cents sols toulousains d'amende que Saniucl, évêque do Toulouse, fut obligé de payer pour avoir fait inhumer Bernard, sont d'un écri-
' Borel, Antiquités de Castres, p. i{ & Origlna .gauloUts, p. 4x1.
• Voytx aux Preuves de ce volume, n. LXIV, Ktlatitin de la mort Je Bernard, duc de Sept'tman'te,
• Bnluxi, Not, Sn AgoharJ, — Marca Hisp^tulea,
• La Faille, Annales de Toulouse, 8c add. p. 8.
tivos tanquam perduclles patibulo afjixcrunt ; & dum magna stragc reditum parabant, & Baldoinus cpiscopus Albicnsis junctls coptis cum Alphonso Vabrcsio, seniore M.andeburgîco Castrensi Montanorum, in Carlovienses vagantes & incautos irrupscrunt £- in transita vadi Morinijluminis Acuti, ad intcrnecionem deleverunt ; ita ut pêne omnes aut ferro aut fluvio aut suspenJio pcrierint, & exinde vadum Morinurn novam accepit denominationem, & hodie in memoriam suspcnsionis nostrorum vocatur Vadum Talionis. Ex Manuscripto Odonis Aribertî anno 844.
Nous convenons que, suivant la Ciironique de Castres, imprimée dans le septième volume du Spicilége , Baudoin étoit évêque d'Albi en 8443 mais qui est cet Alphonse de ï'abres, seigneur Niandeburgique des montagnes de Castres, dont Odo Aribcrti fait mention dans la sienne, & n'est-il pas évident que c'est un nom supposé? On sait ([uc les noms propres & les titres de seigneuries étoient inconnus sous le règne do
' La Fuilla, Annales de Toulouse, & add. p. 8. ■ Borel, Antiquités de Castres, t. a, p. yy.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Charles le Chauve. Nous ne disons rien du mot Carlovienses qui ne l'est pas moins, sans parler de l'étymologie du lieu de Guitalens, que Borel a voulu faire dériver, sur l'autorité de cette Chronique, de ces deux termes gué & talion^ ce qui est une pure chimère, car ce lieu se nomme dans les anciens monumens Gultalentiae. Nous savons d'ailleurs que Borel, qui a donné les fragniens de cette Chronique, n'avoit pas beaucoup de critique, & qu'il a adopté fort légèrement bien des fables dans ses Antiquités de Castres, sur l'autorité de mémoires peu fidèles & de monumens suspects. C'est ce qui fait que nous n'avons osé faire usage des diverses épitaphes ou autres monumens qu'il rapporte, & dont plusieurs nous ont paru contraires à la vérité de l'histoire.
Pour revenir à OJo Ariberti dont le nom, qui est moderne, ne convient point au siècle de Charles le Chauve ni môme au suivant, cet auteur peut avoir composé sa Chronique sur une plus ancienne, ou en avoir pris le fond dans quelque auteur contemporain • car il faut avouer, d'un autre côté, que nous trouvons plusieurs choses dans sa narration, par rapport aux personnes, aux lieux & aux circonstances de la mort de Bernard, qui sont conformes aux monumens du temps'. L'Annaliste de Metz semble assurer', par exemple, que Charles le Chauve tua de sa propre main ce duc, dans le temps qu'il ne pensoit à rien moins qu'à périr par la main de ce prince. Carolus Bernardum Barcilonensem ducem incautum & nihil mali ab eo suspicantem occîdit. Nous savons encore que Samuel, évéque de Toulouse, vivoit en 844. L'autorité de cet écrivain, quel qu'il soit, jointe à ce que nous savons d'ailleurs, suffit donc pour nous persuader que Bernard fut duc de Toulouse, depuis
' La chronique attribuée à Odo Ariherti est une œuvre supposée à laquelle on ne doit avoir aucune confiance. Il suffit de lire avec attention les différents fragments publiés par les Bénédictins, pour s'en convaincre, & dom Vaissete n'avait pas besoin d'en discuter si longuement l'authenticité. Ce point établi, il est bon de remarquer qu'aucun auteur contemporain ne donne à Bernard le titre de duc ou de comte de Toulouse. [E. M.]
* Annal. Mettons, p. 3o2.
la mort de Bérenger, soit cju'il ait uni alors le comté particulier de Toulouse à celui de Barcelone, qu'il possédoit déjà, contre l'usage observé sous l'empire de Charleiiiagne, soit qu'il ait seulement ajouté à sa dignité de duc de Septimanie celle de duc ou gouverneur général du royaume de Toulouse ou d'Aquitaine, sans avoir été comte particulier de cette dernière ville. Nous savons enfin qu'il avoit assez d'ambition pour aspirer à ces grandes dignités, & assez d'intrigue & de crédit pour les obtenir.
XXI. On pourroit objecter que Bernard , duc de Septimanie, ne peut avoir été duc ou comte de Toulouse après la mort de Bérenger, puisque Warin & Egfrid ' possédoient cette dignité vers l'an 842, & de son vivant. Mais, comme il est certain que ces seigneurs tenoient le parti de Charles le Chauve & Bernard celui de Pépin, son compétiteur au royaume d'Aquitaine, il y a lieu de croire que le premier de ces deux princes donna le duché de Toulouse ou gouvernement général d'Aquitaine à Warin, après la mort de l'empereur Louis le Débonnaire , & que Bernard conserva la même dignité au nom de l'autre, avec lequel il étoit fort lié. Pour ce qui est d'Egfrid, il est qualifié seulement comte de Toulouse, dans le temps que Warin est appelé duc de la même ville. Ainsi, il est fort vraisemblable qu'il étoit subordonné à ce dernier, & qu'il n'en étoit que gouverneur particulier sous ses ordres. Ceci est confirmé par la conduite que tint Bernard, à l'égard de Charles le Chauve, après la mort de Louis le Débonnaire j car quoiqu'il eût affecté de demeurer neutre entre ce prince & Pépin, son concurrent, il se déclara cependant entièrement pour le dernier, après la bataille de Fontenay donnée au mois de juin de l'an 841, ce qui porta enfin Charles à le faire mourir, trois ans après, comme criminel de lèse-majesté.
XXII. Nous savons en général que ce duc fut mis à mort en 844'. Il paroît que ce fut avant la fin du mois de juin de la même année; car on voit une charte' de Charles le
' Nithard, 1. 4, p. 878.
• Annal. Berlin, p. 200.
' Cap'itulaires, append. t. 2, p. 1450 & seq.
Note
NoTf
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.orig.
Chauve, donnée au siège de Toulouse le onze du même mois de l'an 844, dans laquelle il est parlé de certains biens situés dans la Marche d'Espagne, que feu Bernard comte (quondam Bernardus cornes) avoit usurpés sur l'église de Girone. Or, comme nous ne connoissons d'autre Bernard qui ait exercé avant ce temps-là quelque autorité dans cette Marche, & que nous savons, d'ailleurs, que ce duc fut accusé" d'avoir envahi les biens des Eglises de son gouvernement, nous ne doutons point qu'il ne soit le même dont il est fait mention dans cette charte^ ce qui prouve qu'il étoit déjà mort dans le temps de sa date. Il paroît même qu'il l'étoit déjà dès le mois de mai de la même année, par ce que nous dirons plus bas " touchant Sunifred, son successeur dans son gouvernement.
EcFRiD ou AcFRED. — XXIII. On voit, par ce que nous venons de rapporter, que Bernard peut avoir été duc de Toulouse en 841 & 842, quoique Warin eût alors le même titre & qu'Egfrid fût aussi qualifié comte de la même ville en 842, car il est certain que les deux derniers étoient attachés au parti de Charles le Chauve, quoique quelques modernes ' fassent Egfrid partisan de Pépin, pour n'avoir"* pas bien compris le texte de Nithard''. D'autres* prétendent qu'Egfrid n'a jamais été comte de Toulouse, & qu'il faut substituer à son nom celui de Bernard dans le texte de cet historien qui lui donne ce titre; mais, comme cette conjecture n'est appuyée d'aucune autorité, nous ne saurions l'adopter. Egfrid aura donc été véritablement comte de Toulouse, &il en aura possédé le gouvernement particulier sous l'autorité de Warin, qualifié en même temps duc de cette ville.
On prétend qu'Egfrid est le même que Wifred, comte de Bourges, qui vivoit sous
' Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, 1, 2 n. 7 & i5, p. 3i6.
•■ Page 284 de ce volume, n.xxxiii de cette Note.
' La Faille, Abrégé, p. 60. — Mémoires de Trévoux, décembre 1727, p. 2176.
* Voyez Labbe, Tables généal. p. 485 & 486.
5 Nithard, 1. 4, p. 378.
« Le Ceinte, ad ann. 842, n. i8, & ad ann. 844, n. 33.
le règne de l'empereur Louis le Débonnaire, & qu'Acfred, comte de Carcassonne à la fin du neuvième siècle. C'est ce qu'assurent en particulier les Journalistes ' de Trévoux qui nous ont donné depuis peu la suite de la vie du même comte Egfrid, qu'ils disent avoir tracée d'après les historiens & monumens anciens. Mais il est évident qu'ils confondent trois ou quatre comtes de même nom, comme nous allons le faire voir en examinant ce qu'ils avancent là-dessus : cela nous écarte d'autant moins de notre sujet qu'ils prétendent que ce seigneur, qu'ils font mourir en 867, étoit comte de Toulouse.
« Acfred, disent ces écrivains (nous con- « venons avec eux que les noms d'Acfred, « de Wifred & d'Egfrid sont les mêmes), << étoit encore jeune lorsqu'il fut comte de « Bourges & qu'il épousa en premières no- « ces la comtesse Oda, issue comme lui du « sang royal. Pour s'attirer la bénédiction du « ciel au commencement de son mariage & « de l'administration de sa comté, il fonda, « en 828, le monastère de Saint-Genou.
« Il eut de sa première épouse la princesse « Agane , & profita de la paix conclue « en 834 entre Louis le Débonnaire & ses « enfans, pour marier sa fille avec le prince « Robert qui sortoit aussi de la race de nos « rois. Le même comte ou duc de la pre- '( mière Aquitaine fut toujours constam- « ment attaché dans les guerres civiles au « parti de Pépin, roi d'Aquitaine, lequel, « après la mort de Bérenger, lui donna, « en 837, la comté de Toulouse qui dépen- « doit de ses États. Il se déclara dans la suite « pour le jeune Pépin, fils du roi son bienci faiteur, contre Charles le Chauve à qui u l'empereur Louis le Débonnaire donna « le royaume de ce jeune prince. Il se re- « trancha sur les montagnes, & s'y maintint « contre les forces impériales jusqu'en l'an- « née 840, que Louis le Débonnaire mouci rut. Il fut dépouillé de sa comté de Bour- « ges par Charles le Chauve, qui, s'étant « rendu maître de presque toute l'Aqui- « taine, mit à sa place le comte Gérard; il « se trouva en 841 , avec Emenon & les autres « partisans du jeune Pépin, à la fameuse « bataille de Fontenay, & en 843, il défit
Non
Mém.
de Trévoux f déc. 1727, p. 2174 & suiv.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
« dans une embuscade un corps de troupes (( que Charles le Chauve avoit envoyées « pour le surprendre. Il continua Pannée « suivante à combattre pour le jeune Pépin « qui fît la paix, en 845, avec Charles le « Chauve.
« Acfred , après la mort de sa première « épouse, n'ayant au plus que cinquante- « deux ans, paroît avoir épousé vers l'an « 860 Adelinde , fille de Bernard , comte « d'Auvergne, nièce deRanulfe, duc de la « seconde Aquitaine & sœur de Guillaume « le Pieux, comte & duc de la première « Aquitaine & comte d'Auvergne. La com- « tesse Adelinde étoit fort jeune, & survé- « eut longtemps à son mari. On voit par le (' testament qu'elle fait à sa rnort, arrivée « l'an 906, qu'Acfred laissa d'elle trois en- (' fans : Guillaume II, qui fut duc d'Aqui- « taine & mourut sans postérité, Acfred II (' aussi duc d'Aquitaine, entre lequel & son " père , faute de faire attention à la suite « de l'histoire & delà chronologie, on a (( mal à propos inséré un autre Acfred, « de sorte qu'on a fait deux degrés généa- <( logiques où il n'y en a qu'un , & que du « même Acfred II, mort sans postérité, on « a fait deux personnes. Le troisième fils « d'Acfred I fut Bernard II, comte d'Auver- « gne.
« Acfred resta fidèle à Pépin jusqu'en « l'année 864, que ce prince fut arrêté & (< enfermé à Senlis dans une étroite prison. « Alors Acfred qui, pour le service de son « roi avoit auparavant engagé Louis, fils de « Charles le Chauve, à se déclarer contre « son père , se voyant sans aucune res- « source, prit le parti de mettre bas les « armes. Il alla se rendre près de Robert le « Fort qui le présenta, la même année 864, « à Charles le Chauve & lui obtint sa grâce « & la bienveillance de Charles. Depuis ce « temps, Acfred tâcha de mériter de plus « en plus les bonnes grâces du roi, qui lui « donna l'abbaye de Saint-Hilaire de Poi- « tiers , & trois ans après lui rendit sa « comté de Bourges^ mais le comte Gérard « qui en étoit en possession ne voulant pas « la lui céder , on combattit de part & « d'autre. Acfred eut le malheur, l'année « suivante, 868, d'être vaincu & de perdre « la vie dans cette guerre. Charles le
Note
« Chauve vint en Berry pour venger sa « mort , y fit de terribles dégâts & fut « obligé de s'en retourner sans avoir pu « chasser Gérard de sa comté, qui revint « dans la suite aux enfans d'Acfred. C'est « ce que nous apprenons d'Acfred dans les « histoires de la translation de S. Genou « &de la vie de S. Jacques, dans les livres « de Nithard, dans les Annales de Saint- « Bertin & dans les divers monumens. »
Examinons présentement , suivant ces monumens , les circonstances de la vie du comte Acfred, après avoir remarqué que les Journalistes de Trévoux ne l'ont composée que pour la mettre en parallèle avec celles de Robert, gendre du même comte, & de Robert le Fort qu'ils prétendent être petits-fils de ce dernier par Agane sa fille, épouse de l'autre, & s'en servir pour prouver que les uns & les autres ' étoient de la race de Pépin &■ de Charlemagne.
1° Nous convenons d'abord qu'Egfrid , ou Acfred, comtede Bourges qui, l'an 828, fonda l'abbaye de S. Genou, conjointement avec son épouse Oda^ étoit de la race royale de Pépin & de Charlemagne j qu'il eut de son mariage avec cette dame une fille appelée Agane, laquelle épousa un seigneur de la même race , que les uns font comte de Madrie & les Journalistes comte de Sesseau, en Berry. Les auteurs qui ont écrit la translation des reliques de S. Genou ^ & la vie de S. Jacques l'ermite, ne nous permettent pas d'en douter^ mais nous ignorons si ce comte Egfrid étoit jeune ou vieux lorsqu'il fut comte de Bourges & qu'il fonda, en 828, le monastère de S. Genou, &■ s'il fit cette fondation pour s'attirer la bénédiction du ciel au commencement de son mariage & de l'administration de sa comté. Il paroît, au contraire, par ce que disent les Journalistes , qu'en 828 Acfred étoit marié depuis longtemps , puisqu'ils prétendent quildonna sa fille Agane en mariage, Van 834, à Robert, comte de Sesseau; à moins qu'ils ne veuillent qu'Agane ait été mariée à l'âge Éd orif de six ans. De plus, ce que nous allons dire touchant l'époque de la mort d'Acfred
' Mémoires de Trévoux, décembre 1727, p. 2174 & suiv.
" Acta SS. or'dinis S. Benedicti , saec. 4, part. 2.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
prouve, ce semble, qu'en 828 il devoit être dans un âge assez avancé.
2° Il paroît certain que ce comte de Bourges n'eut point d'autre femme qu'Oc/a. Ainsi il ne l'épousa point en premières noces. L'auteur de la translation des reliques de S. Genou, qui parle de la mort de tous les deux , ne dit rien du second mariage d'Acfred , & il le fait mourir avec son épouse, Ode, à peu près en même temps. D'ailleurs, cet auteur fixe l'époque de leur mort environ à l'an 838 , & on ne sauroit différer celle d'Acfred après l'an 846 ; par conséquent il n'a pu épouser, vers Van 860 , à l'âge de cinquante-deux ans, Adelinde, sœur de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne.
3° Venons aux preuves de l'époque de la mort de ce comte de Bourges ; cet article est d'autant plus essentiel qu'il fait voir d'abord que la vie de ce seigneur, composée par les Journalistes, n'est qu'un vrai roman , & qu'ils l'ont confondu avec un autre comte de Bourges de même nom, tué l'an 868, & avec un troisième Acfred, comte de Garcassonne , mort vers l'an 906. L'auteur de la translation des reliques de S. Genou, après avoir employé quelques pages à rapporter l'histoire de la fondation de l'abbaye du même nom , parlant de la mort d'Acfred & d'Ode ', dit positivement qu'ils moururent peu de temps avant Pépin I , roi d'Aquitaine , qui décéda certainement l'an 838. Hi fidelissimi conjuges, postquam à terrestri domo non manufactam aeternam in coelis promeruisse digne credendi sunt : circa quod tempus domnus etiam Pippinus Aquitaniae rex, biennio ante patris sui obitum , ultimam vitae sortitus diem , Pictavis apud sanctam Radegundem sepultus est. Domnus vero Ludovtcus.... anno ab incarnatione Domini octingentesimo quadragesimo féliciter obiit. On voit, par le récit historique & la chronologie de cet écrivain , que la mort du comte Acfred & d'Ode, son épouse, précéda celles de Pépin, roi d'Aquitaine, & de l'empereur Louis le Débonnaire. Cette époque a paru si certaine au P. Mabillon, qu'il n'a pas fait difficulté' de reporter la mort de ce comte
' Acta SS. ord'inis S. Benedict'i, saec. 4, part. 2, p. 228.
" Mabillon, Annal, ad ann. 828, n. 12,
& celle de son épouse, immédiatement après la date d'une charte du même Pépin, donnée la vingt-quatrième année de son règne, ou l'an 838, pour confirmer la fondation qu'ils avoient faite de l'abbaye de S. Genou. Sub idem tempus decessere Vicfredus & Oda, &c. Enfin, suivant le même historien de la translation des reliques de S. Genou, Acfred & son épouse avoient déjà fait leur testament ' & disposé de leurs biens dans le temps de cette fondation'.
4° On peut encore prouver que la mort d'Acfred doit avoir précédé l'an 846 par l'auteur de la vie de S. Jacques l'Ermite', qui, ayant rapporté que ce solitaire alla trouver le prince Robert, se sert de ces termes en. parlant d'Agane son épouse : Agana ex pâtre Vivichfrido comité QUON- DAM Bituricensi; car le motquondam prouve qu'Acfred étoit alors déjà mort, suivant le style ordinaire des chartes & des auteurs du moyen âge. Or, les Journalistes conviennent que S. Jacques alla trouver Robert l'an 846, & ce fut même plus tôt suivant le P. Mabillon, qui rapporte cet événement "* sous l'an 841. Il est donc certain qu'Acfred, comte de Bourges & fondateur de l'abbaye de Saint-Genou, ne sauroit être le même qu'Egfrid , comte de Toulouse en 842, comme les Journalistes Fassurent positivement. Quant à la qualité de duc de la première Aquitaine que ces auteurs lui donnent libéralement, on n'a aucune preuve qu'il l'ait prise.
5° Les mêmes monumens ne nous apprennent rien touchant l'époque du mariage d'Agane, fille d'Acfred, avec Robert comte
■ Acta Sanctorum ord'inis S. Benedicti , saec. 4, part. 2, p. 226 & 227.
* La discussion à laquelle se livrent ici les Bénédictins n'a plus aujourd'hui aucun intérêt. Il n'y a jamais eu en 83o ou 840 de comte de Bourges du nom d'Acfred. Ce personnage apocryphe a été inventé par l'auteur de la Translation des reliques de saint Genou, récit légendaire dont la rédaction n'est pas antérieure au onzième siècle, & qui n'a par conséquent aucune autorité pour les faits qui nous occupent ici. Voyez plus loin, dans la Note additionnelle, ce que nous disons à ce sujet. [E. M.]
' Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti , saec, 4, part. 2, p. 1 5i .
^ Mabillon, Annal, ad ann. 841, n. 40.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
de Madrie, que les Journalistes rapportent de leur chef à l'an 884, & immédiatement après la paix conclue entre Louis le Débonnaire & ses enfans. On n'a non plus aucune preuve que Pépin I, roi d'Aquitaine, ait donné au même Acfred, en 837, la comté de Toulouse après la mort de Bérenger qui décéda en 835, & non en 837.
6" L'époque de la mort d'Acfred I, comte de Bourges, arrivée certainement en 838, fait voir le faux de tout ce que les Journalistes avancent au sujet de ce comte, qu'ils font partisan du jeune Pépin, roi d'Aquitaine. Il est vrai, comme nous l'avons déjà remarqué , que quelques modernes prétendent, par un passage mal entendu de l'Histoire de Nithard, qu'Egfrid, comte de Toulouse en 842 étoit attaché au parti de ce prince ; mais le P. Labbe " a fait voir qu'on n'a pas bien compris ce passage , & qu'il prouve au contraire qu'Egfrid, comte de Toulouse, fut toujours partisan de Charles le Chauve, compétiteur de Pépin. Voici le texte de Nithard, comme il est ponctué dans l'édition de Duchesne, ponctuation' qui est cause de l'erreur : Insuper Egfridus cornes Tolosae e Pippini sociis, qui ad se perdendum missi fuerant , quosdam in insidiis cepit , quosdam stravit. Il n'y a qu'à ôter la virgule qui est après sociis & la mettre après Tolosae, 8i le passage sera clair: au lieu qu'il est embarrassé de la manière qu'on le lit. Il prouve qu'Egfrid défit les troupes que Pépin avoit envoyées pour le faire périr.
7° Nous n'avons aucune preuve qu'un Egfrid, comte de Bourges ou de Toulouse, se soit retranché sur les montagnes S- se soit maintenu en faveur du jeune Pépin contre les troupes impériales jusqu'à Van S^o , ni que le roi Charles le Chauve l'ait dépouillé de la comté de Bourges pour la donner au comte Gérard. Nous savons', au contraire, que ce prince en dépouilla ce dernier pour en revêtir un Acfrid ou Acfred. Il ne paroît pas non plus qu'aucun seigneur de ce nom se soit trouvé à la bataille de Fontenay, en 841, & encore moins qu'il fût du nombre des
' Labbe, Tables gén. p. 4.35.
' Nithard, 1. 4, p. 378.
^ Annal. Berlin, p. 219.
partisans du jeune Pépin. Pour ce qui est de l'embuscade de l'an 843, ou plutôt de l'an 842 , nous venons de voir qu'Egfrid défit, dans cette occasion, un corps de troupes que Pépin , & non pas Charles le Chauve , avoit envoyées pour le surprendre.
8" Cet endroit de Nithard est le seul monument que nous ayons d'Egfrid , comte de Toulouse , & il n'en est plus parlé depuis ni dans cet historien ni dans aucun autre. Ainsi, c'est sans aucune autorité que les Journalistes disent qu'il continua, l'année suivante, à combattre pour le jeune Pépin ;
Note
Éd.
& si Robert le Fort faisoit alors la guerre, ^«lor'gou les années suivantes, en faveur de ce p 710. prince , ce ne fut pas sans doute à l'exemple d'Acfred.
9" Nous avons déjà prouvé qu'Acfred I, comte de Bourges, mourut l'an 838 j ainsi il ne sauroit avoir épousé, vers l'an 860, &■ à l'âge de cinquante-deux ans, Adelinde, fille de Bernard j comte d'Auvergne , nièce de Kadulfe, duc de la seconde Aquitaine^ &sœur de Guillaume le Pieux, comte & duc de la première Aquitaine & comte d'Auvergne. C'est un autre Acfred qui épousa cette dame & qui , comme nous le prouverons plus bas, étoit comte de Carcassonne. On verra aussi qu'elle n'étoit point nièce de Ranulfe, duc d'Aquitaine. Les Journalistes avouent que l'an 860 Adelinde étoit fort jeune , & ils prétendent qu'elle survécut longtemps à son mari. Pour ce qui est de son âge, il est certain qu'il devoit être alors fort tendre, supposé même qu'elle fût déjà au monde j car nous prouverons aussi que Bernard, comte d'Auvergne, son père, ne naquit que l'an 841. Il est vrai qu'elle survécut au comte Acfred son mari ; mais nous ne savons pas si ce fut longtemps; car on n'en a aucune preuve.
10" Suivant les Journalistes, on voit, par le testament qu Adelinde fit à sa mort., l'an 906, qu'Acfred laissa d'elle trois enfans, Guillaume II qui fut duc d'Aquitaine & mourut sans postérité ; Acfred II, aussi duc d'Aquitaine, entre lequel & son père , faute de faire attention à la suite de l'histoire & de la chronologie, on a mal à propos inséré un autre Acfred ; de sorte qu'on a fait deux degrés généalogiques où il n'y en a qu'un, & du même Acfred II, mort sans postérité, on a fait
Note
deux personnes. Le troisième fils d'Acfred fut Bernard II, comte d'Auvergne. ]>ions ne connoissons d'autre testament de la comtesse Adelinde que l'exécution qu'elle fit, l'an 906, de celui d'Acfred son mari mort depuis peu, & c'est sans doute de cet acte
Acfred,queles Journalistes confondent avec le comte de Bourges de ce nom qui vivoit en 828, étoit partisan de Pépin II , & s'il l'avoit été jusqu'alors, c'est-à-dire jusqu'à l'an 864. Ces auteurs ajoutent qu'Ac/red, se voyant alors sans aucune ressource , prit le
Note
que veulent parler ces écrivains. Or, dans parti de mettre bas les armes , &■ quil alla se
ce titre qui a été donné par le P. Mabillon' rendre près de Robert le Fort qui le présenta
& par M. Baluze , il n'est mention que d'un la même année, 864, à Charles le Chauve & lui
Acfred, fils d'un autre Acfred qui l'a signé, & obtint sa grâce. Il est bon de rapporter là-
qui étoit sans doute fils du testateur; mais dessus le texte même de l'Annaliste de Saint-
il n'y est pas dit un mot ni de Guillaume, ni Bertin : Egfridus ', qui transactis temporibus
de Bernard. Ceci fait voir qu'Acfred, mari cum Stephano filium fi- aequivocum régis ab
d'Adelinde, mort vers l'an 906, ne sauroit obedientia paterna subtraxerat, à Roberto
être le même qu'Acfred, comte de Bourges capitur , & régi in eodem placito praesenta-
en 828. Nous savons d'ailleurs que le pre- tatur : cui rex, deprecatione ipsius Rodberti
mier vivoit^ certainement en 883 & 884, & caeterorumque suorum fidelium, quod in eum
les Journalistes avouent que l'autre mourut commiserat perdonavit. On peut juger, par
en 868. Ce n'est donc pas mal à propos qu'on ce passage, si Egfrid se rendit de lui-même
a inséré un autre Acfred entre Acfred II, duc d'Aquitaine, & Acfred I, comte de Bourges , que ces auteurs prétendent être son père , & ceux qui l'ont dit ont fait attention à la suite de l'histoire & de la chronologie. Par conséquent, on doit faire deux degrés généalogiques au lieu d'un, supposé qu'Acfred II, duc d'Aquitaine, mort après l'an 927, descendît en ligne directe d'Acfred, comte de Bourges, mort en 838, à quoi il n'y a cependant aucune apparence; car il paroît que ce dernier ne laissa qu'une fille unique , quoique vraisemblablement ils fussent l'un & l'autre de la même race.
1 1° Les Annales de S. Bertin font mention
près de Robert ou plutôt si ce dernier ne le fit pas prisonnier pour le présenter au roi à l'assemblée de Pistes. Les Journalistes prétendent qu'Acfred étoit aïeul maternel de Robert le Fort : l'Annaliste de Saint- Bertin n'auroit pas manqué de l'observer dans une pareille circonstance.
12'' Enfin ces écrivains avancent qu'Acfred , après avoir obtenu la grâce & la bienveillance de Charles le Chauve, tâcha depuis de mériter de plus en plus les bonnes grâces de ce prince, qui lui donna l'abbaye de Saiht-Hilaire de Poitiers, &■ trois ans après, c est-à-dire l'an Sôy, lui rendit sa comté de Bourges; mais il est constant, par les
d'Egfrid, qui avoit engagé un des fils de Annales de Saint-Bertin % que lorsque Rai-
Charles le Chauve à se déclarer contre le roi son père, mais elles ne disent pas, comme ajoutent les Journalistes, qu'Egfrid ou Acfred ait fait cette démarche pour le service de son roi (Pépin II). Ces auteurs prétendent d'ailleurs qu'il s'agit ici de Louis, fils de Charles le Chauve, mais c'est de Charles, roi d'Aquitaine & fils de ce dernier qu'il est parlé dans cet endroit , & non de Louis : Filium^ & aequivocum régis ab obedientia paterna subtraxerat. Ainsi nous ignorons si cet
' Mabillon, Annales, t. 3, p. 696. — Baluze, Histoire génèal. de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 14.
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, t. 2, p. I 3 8c seq.
' Annal. Bertin, p. 222.
nulfe I, comte de Poitiers, mourut l'an 867, il possédoit cette abbaye. Il est vrai qu'Egfrid s'en mit en possession après la mort de ce comte; mais il paroît qu'il s'en empara de sa propre autorité , & que ce ne fut qu'à force de présens qu'il obtint enfin du roi Charles le Chauve la liberté de la posséder. C'est par la même voie qu'il obtint le comté de Bourges, qui lui fut donné, mais non pas
rendu. Carolus ab Acfrido abbatiam
S. Hilarii habente.... sicut quidam dîxerunt,
exenia non modica suscipiens comitatum
Bituricum-.. a Gerardo comité abstulit & praefato Acfrido dédit.
' Annal, Bertin. p. 222.
^ lèid, p. 226, 229 & seq.
Note
Il résulte de tout ce que nous venons de dire qu'Acfred, comte de Bourges, en 828, est différent d'Acfred, comte de Toulouse, en 842, & non en S^o; que ce dernier est peutêtre le même que celui qui fut établi comte de Bourges en 867 , mais qu'il n'y a rien de certain là-dessus; qu'enfin Acfred, comte de Carcassonne & mari d'Adelinde, sœur de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne , est différent des précédens , quoique les auteurs des Mémoires de Trévoux n'aient fait qu'un seul comte de ces trois ou quatre. Il est cependant vraisemblable qu'ils étoient Ed.orig. Je la même race; mais s'ils étoient parens, ce p.yi'i, n'étoit qu'en ligne collatérale, comme nous verrons plus bas, où nous proposerons les conjectures qui peuvent faire croire qu'ils étoient tous de la race de S. Guillaume, duc de Toulouse ou d'Aquitaine & fondateur de l'abbaye de Gellone.
Quant à la postérité d'Acfred I, comte de Bourges , nous savons seulement qu'il laissa une fille, & l'ancien auteur de l'Histoire de la translation des reliques de S. Genou témoigne qu'il ignoroit si ce comte eut d'autres enfans : Quitus alïi ' praeter filiam fuerintne liberî parum comperimus. Si le même Acfred eût épousé Adelinde en secondes noces vers l'an 860, & en eût eu des enfans, cet auteur, qui écrivoit longtemps après, ne l'auroit pas ignoré. Ainsi, Agane, épouse de Robert, comte de Madrie, étoit fille unique d'Acfred, comte de Bourges.
Du reste, il est très-incertain si Robert, mari d'Agane , fut père de Robert le Fort, quoi qu'en disent les Journalistes de Trévoux. On ne peut former là-dessus qu'une légère conjecture , en supposant que le père de Robert le Fort s'appeloit Robert ; mais on n'a aucune preuve qu'il fût fils d'un seigneur de ce nom , & la charte que ces auteurs ' citent ne le dit pas. C'est ce qu'atteste le P. Mabillon ', témoin non suspect, il n'y a qu'à copier ses propres paroles : AJ hune annum 897 revocanda vîdetur charta Rotberti comitis , & abbatis S. Martini Turonensis Hujus vero pênes Deum meriti
Acta Sanctorum ord'tnis S. Bénédictin saec. 4, part. 2, p, 226.
^ Mémoires de Trévoux^ décembre 1727, p. 2182. ^ Mabillon, Annal, ad ann. 897, n. 16.
participem vult esse Dominum & sentorem ac Germanum suum Odonem reç^em , necnon & Dominum ^enitorem suum Rotbertum gloriosum dum vixit in terris comitem & ejusdem loci abbatem. Postquae verba nonnulli recentiores , qui Rotberti cognomento Fortis patrem Rotbertum, Madriacensem comitem, esse volunt, haec addunt : Adelaidem quoquegenitricem& Rotbertum comitem avum nostrum, quae verba in pancharta nigra Alartiniana desunt. Similem interpolationem initio libri primi Aimoini de miracuUs S. Benedicti observavimus. Aimoin est si éloigné de donner pour père à Robert le Fort, Robert, comte de Madrie, qu'il dit nettement que le premier étoit d'origine saxonne. Supererant ' autem duo fiUi Roberti comitis Andegavorum qui fuit saxonici generis vir. Revenons à Warin, duc de Toulouse ou d'Aquitaine & contemporain d'Egfrid, comte de la même ville.
Warin. — XXIV. On donnoit à Warin le titre de duc ^ de Toulouse, dès le mois de juin de l'an 841 qu'il se trouva à la bataille de Fontenay, où il combattit pour Charles le Chauve contre Pépin, à la tête des Toulousains & des Provençaux. Nithard', en parlant de lui, sous l'an 842, dit que le premier de ces deux princes lui confia le gouvernement de l'Aquitaine, ou le soin d'y commander pendant son absence, ce qui fait voir que le duché de Toulouse étoit alors la même chose que le gouvernement général de l'Aquitaine, & confirme ce que nous avons déjà dit là-dessus. Au reste, nous ne doutons pas que Charles le Chauve n'eût nommé Warin au duché de Toulouse, aussitôt après la mort de l'empereur Louis le Débonnaire, c'est-à-dire en 840, pour l'opposer au duc Bernard, dont la fidélité lui fut toujours suspecte. C'est tout ce que nous savons de ce duc de Toulouse, qui survécut sans doute au même Bernard, mais nous ignorons le temps de sa mort. Nous parlerons encore de lui dans
' Aimoin, 1. 5, c. 41.
' Vita S. Genulphi, Bibl. Floriac. t. 2, p. 87, & Duchesne, t. 3, p. 460. — Voyez Adhémar, Chronicon, dans hahhe, Bibl. nova, t. 2, p. 161. — Chronicon S. Maxentii, Labbe, Bibl. nova, p. 200.
3 Nithard, 1. 4, p. 378.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
la suite, & nous examinerons s'il est le même que le comte d'Auvergne de ce nom qui vivoit en 819.
XXV. Il paroît qu'il conserva le duché de Toulouse, ou gouvernementd'Aquitaine, jusqu'à l'an 845, que Charles le Chauve, ayant fait sa paix avec le jeune Pépin , lui céda", par le traité de Saint-Benoit-sur- Loire, tout le royaume d'Aquitaine, à l'exception du Poitou, de la Saintonge & de l'Angoumois qu'il se réserva. Warin & Eg-
tant que Guillaume, fils de Bernard, fut un des plus zélés partisans du jeune Pépin, & qu'il est certain', d'ailleurs, qu'il prit les armes contre Charles le Chauve, compétiteur de ce prince, après qu'ils eurent rompu la paix qu'ils avoient conclue, ce qui arriva bientôt après, nous ne doutons pas que Pépin ne l'ait nommé au duché de Toulouse ou d'Aquitaine, possédé auparavant par le père & l'aïeul de ce seigneur, dont le premier s'étoit sacrifié pour ses intérêts &
frid n'eurent plus depuis aucune autorité avoit subi le dernier supplice, parce qu'il dans la ville de Toulouse, qui demeura à avoit embrassé son parti. Pépin. Ce prince en donna le duché ou XXVII. Il faut avouer toutefois qu'on
gouvernement à un autre, avec celui du peut révoquer en doute une circonstance reste de l'Aquitaine, dont il devint paisible qu'ajoute Adhémar*, savoir que Wlgrin possesseur par le même traité, ce qui donna s'empara du comté d'Agenois pour les droits occasion à la division de ce royaume en de son épouse, sœur de Guillaume : Agindeux duchés, comme nous le dirons plus num quoque urbem habebat, quam assumens
vindicavit propter sororem WillelmiTolosanî, quam in matrïmonium acceperat ; ce qui est contre l'usage des fiefs observé sous le règne de Charles le Chauve : car quoique les comtés fussent déjà alors héréditaires, il ne paroît pas que les femmes succédassent à ces dignités. Nous ne voyons pas , d'ailleurs, que le comté d'Agenois ait été alors dans la maison des comtes de Toulouse. On ne peut donc faire que peu de fonds sur une
bas.
Guillaume II. — XXVI. Il y a lieu de croire que Pépin disposa alors de ce duché en faveur de Guillaume, fils aîné de Bernard, duc de Septimanie, s'il ne l'avoit déjà fait en 844, aussitôt après la mort du dernier, tant à cause que ce seigneur avoit épousé" ses intérêts à l'exemple de son père, que parce que nous savons d'ailleurs qu'il y eut, vers le même temps, un
Note
Guillaume duc OU comte de Toulouse. C'est pareille circonstance, quoique quelques
ce qui paroît par Adhémar^ de Chabanois auteurs postérieurs' aient suivi en cela
ou de Chabannes, qui rapporte que Wlgrin, cet historien, qui ne vivoit qu'au commen-
comte d'Angoulême, épousa une sœur de cernent du onzième siècle.
Guillaume le Toulousain. On convient que XXVIII. M. Marca'' prétend que Guil- Éd.orig
ce Guillaume étoit comte de Toulouse, & laume, fils de Bernard, fut duc de Septima- p. 712.
qu'il vivoit vers le milieu du neuvième siè- nie ou marquis de Gothie, & qu'il succéda
clej mais on est partagé sur son extrac- immédiatement à son père dans cette di-
tion. Les uns, après Catel ■• & le P. le gnité; mais il n'en donne aucune preuve.
Cointe, croient que c'est le même que le II est vrai que ce seigneur s'empara', en 848,
fils aîné de Bernard, duc de Septimanie 3 les des villes d'Empurias & de Barcelone sur
autres, avec M. de Marca% sont persuadés Aledran qui en étoit gouverneur, & de la
qu'il est différent. Comme il paroît cons- Marche d'Espagne; mais ce n'est pas une
' Annal. Bert'in, p, 201.
' Voyez le Cointe, ad ann, 844, n. 39. — Daniel, Histoire de France, t. i, p. 676, 678, 693.
^ Adhémar de Chabanais, Labbe, Bibl, nova, t. 2, p. i63, & Duchesne, t. 2, p. 632 & seq.
■* Catel, Histoire des Comtes, — Le Cointe, ad ann. 844, n. 39. — Voyez Labbe, Tables gén. p. 429, 487 & seq.
^ P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 693.
' Annal, Bertin, p. 2o3 & seq. — Chronicon Fontanellensis monasterii , p. 388. — Epist, Eulog. — Duchesne, t. 2, p. 399.
^ Adhémar de Chabanais, Labbe, Bièl. nova, t. 2, p. i63, & Duchesne, t. 2, p. 682 8c suiv.
^ Historia Pontificum Engolismensium , p. 262.
^ P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 686.
^ Annal, Bertin. p. 2o3 & suiv. & Chron, Fontanellensis monasterii, p. 388.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
conséquence que Charles le Chauve, qui fut toujours le maître de la Septimanie & de cette frontière depuis la mort de Louis le Débonnaire, son père, lui en ait confié le gouvernement en 844. Quelle apparence que ce prince eût disposé de cette dignité en faveur du fils de celui qu'il venoit de faire mourir pour son attachement au parti de Pépin, & qui étoit lui-même un des plus zélés partisans de ce prince? Il est donc beaucoup plus vraisemblable que ce dernier nomma Guillaume en 844, après la mort de Bernard, au duché de Toulouse ou gouvernement des pays de l'Aquitaine qui lui étoient soumis, ou du moins en 845, lorsqu'il eut obtenu la plus grande partie de ce royaume par un traité solennel. Comme Charles le Chauve rompit ' ce traité peu de temps après, & que les Aquitains le reconnurent de nouveau pour leur roi en 848, ce fut alors que Guillaume, sans doute pour se maintenir dans son gouvernement, alla dans la Marche d'Espagne, s'unit avec les Sarrasins & s'empara de Barcelone 5 & non en 858, ainsi que le suppose M. de Marca'. Si donc ce seigneur, qui fut tué au commencement de l'an 85o, a été duc de Septimanie ou marquis de Gothie, ce n'aura été que par usurpation, peu de temps avant sa mort & non pas dès l'an 844.
Frédélon et ses successeurs. — XXIX. Le siège que Charles le Chauve fut obligé de mettre devant Toulouse, en 849, peut encore fortifier notre conjecture & nous faire croire que Guillaume étoit alors duc ou principal gouverneur de cette ville au nom de Pépin. Car il paroît que Frédélon qui la défendit contre Charles n'en avoit pas le gouvernement en titre, & qu'il n'étoit que le lieutenant de Guillaume; ou du moins qu'à l'exemple d'Egfrid, dont nous avons déjà parlé, il n'en étoit alors que simple comte ou gouverneur particulier sous l'autorité de ce duc, occupé dans le même temps à faire révolter la Marche d'Espagne contre ce prince. C'est ce que nous avons lieu d'inférer des termes de la Chronique de Fontenelle' qui nous apprend le détail
Annal. Berlin, p. 2o3 8c seq.
P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 694.
Chronicon Fontanellensis monasteriij p. 388.
de ce siège, & qui ne donne à Frédélon que le nom de gardien de Toulouse, custos urbïs.
XXX. Charles le Chauve ayant pris alors cette ville qu'il conserva dans la suite, en rendit le gouvernement' au même Frédélon qui l'avoit défendue contre lui. Ce seigneur fut depuis ce temps-là comte de Toulouse; & comme lui & ses successeurs prirent" le titre de duc conjointement avec ceux de comte & de marquis, & quelquefois même de duc ou de prince d'Aquitaine, c'est une preuve qu'ils conservèrent dans ce royaume la même autorité que leurs prédécesseurs y avoient exercée, & que la ville de Toulouse continua d'être capitale d'une province ou gouvernement général. Il fut moins étendu à la vérité depuis la mort de Louis le Débonnaire qu'il ne l'avoit été sous le règne de ce prince & de Charlemagne, à cause de la division de l'Aquitaine en deux duchés ou gouvernemens qui se fit alors, comme nous le dirons plus bas.
De Frédélon, ou plutôt de son frère Raymond I, qui lui succéda immédiatement dans le comté de Toulouse, descendent les comtes héréditaires de cette ville jusqu'au dernier Raymond, qui mourut au milieu du treizième siècle. Leur succession est assez connue & ne souffre aucune difficulté jusque vers le milieu du dixième, mais elle est très-obscure & très-embarrassée depuis ce temps-là jusqu'au milieu du onzième.
Nous tâcherons de l'éclaircir dans une "Sote du tome IV. Venons présentement à la suite des ducs de Septimanie ou marquis de Gothie, sous la seconde race.
^ II. — Ducs de Septimanie ou marquis de Gothie, comtes de Barcelone.
BÉRA. — XXXI. Nous avons dit que le duché de Septimanie fut érigé l'an 817, par Louis le Débonnaire, dans le temps qu'il démembra cette province du royaume d'Aquitaine; que ce gouvernement général fut
' Chronicon Fontanell, p. 388.
* Voir aux Preuves de ce volume, sous le numéro XCVI, Charte de Bernard, duc & marquis, en faveur de l'abbaye d'Alaon, & sous le numéro C, Donation faite aumonastèrc de Vabres, &c. — Catel, Histoire des comtes, p, 6^, 70, 74, 77, &c.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.orig.
composé de la Septimaiiie propre & de la Marche d'Espagne, & que Barcelone en fut la capitale. Nous avons dit aussi que les comtes particuliers de cette ville furent en même temps ducs de Septimanie j que ces deux dignités furent jointes ensemble jusqu'à l'an 865, & qu'ainsi Béra, qui étoit comte de Barcelone dans le temps de l'érection de ce duché, le posséda & en fut le premier duc jusqu'à sa proscription, arrivée en 820.
Bernard I , Bérenger, Sunifred. — Bernard , fils de S. Guillaume fondateur de Gellone, lui succéda cette même année & posséda paisiblement ce gouvernement jusqu'en 832, qu'il en fut dépouillé à la diète de Joac en Limousin. Béranger, duc de Toulouse, fut alors mis à sa place, & quoique Bernard fût rentré en grâce deux ans après, & qu'il eût été rétabli dans ses dignités, il lui disputa cependant le duché de Septimanie. Mais le premier étant décédé en 835, Bernard le posséda ensuite jusqu'en 844, qu'il fut exécuté à mort par ordre de Charles le Chauve. Comme la Septimanie appartenoit à ce prince, il disposa alors, ce semble, du gouvernement de cette province en faveur d'un seigneur appelé Sunifred qui le poss'éda sous le titre de marquisat de Gothie 5 car depuis la mort de Bernard tous ses successeurs ne prirent plus que la qualité de marquis.
XXXII. Besse " & le P. le Cointe après lui prétendent que le comté de Barcelone ou Marche d'Espagne & le marquisat de Gothie ou Septimanie furent séparés aussitôt après la mort de Bernard pour former deux gouvernemens différens , dont le dernier futdonné , disent-ils, à Sunifred & l'autre à Soniarius. Mais la charte de Charles le Chauve, sur laquelle le P. le Cointe s'appuie pour prouver cette séparation, n'en dit rien, & c'est par une supposition manifeste qu'il ajoute de lui-même le nom de Gothie au titre de marquis qui est donné simplement à Sunifred , & celui de Barcelone à la qualité de comte qu'on donne en général à Soniarius dans cette charte. Nous savons, d'ailleurs, qu'en 858 la Septi-
' Besse, Hist. de Narhonne, p. 1 10 & suiv, — Le Cointe, adann. 844, n. 41.
manie propre & la Marche d'Espagne ' ou le comté de Barcelone ne composoient' encore qu'un même gouvernement occupé alors par Humfrid.
XXXIII. Nous ne disconvenons pas cependant que Sunifred n'ait succédé immédiatement à Bernard dans le duché de Septimanie ou marquisat de Gothie; mais nous sommes persuadés que ce gouvernement avoit alors la même étendue que sous ce dernier , par la raison que nous avons déjà dite. Il paroît en effet, par la charte dont nous venons de parler, que le marquis Sunifred étendoit son autorité sur la Septimanie. Il devoit donc avoir déjà succédé à Bernard; ce qui prouve que si celui-ci conserva ce duché jusqu'à sa mort, il dut décéder avant la date de cette charte qui est du 8 du mois de mai de l'an 844.
XXXIV. Il est fait mention dans une autre charte, datée de l'an 829', d'un seigneur nommé Sunifred qui étoit fort avant dans les bonnes grâces de l'empereur Louis le Débonnaire , & auquel ce prince donna alors le lieu de Fontcouverte dans la Septimanie : nous conjecturons que c'est le même que notre marquis de Gothie. Il est rapporté dans ce diplôme que ce seigneur étoit fils de Borrel , lequel possédoit de grands biens dans le même pays. Nous trouvons un comte appelé Borrel à qui Louis le Débonnaire *, alors roi d'Aquitaine, donna en 798 le comté ou gouvernement d'Ausone, de Cardone & de plusieurs autres places de la Marche d'Espagne qu'il avoit fait rétablir. Ce comte est vraisemblablement le même que le père de Sunifred. Nous verrons bientôt que le père de Wifred le Velu, tige des comtes héréditaires de Barcelone, s'appeloit aussi Sunifred : comme les temps conviennent parfaitement, que nous savons, d'ailleurs, que sous Charles le Chauve les dignités étoient déjà héréditaires ou qu'elles passoient aux plus pro-
' Capitul, Append. t. 2 , p. 1444.
' Acta Sanctorum ordinis S. Bened'ict'i , saec. 4, part. 2, p. 46 & seq.
' Voyez aux Preuves de ce volume, sous le numéro XLVI, la Charte de Louis le Débonnaire en faveur d'un de ses vassaux appelé Sunifred,
'^ Astronome, p. 289 & seq.j p. 293.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
ches , & qu'enfin il est certain que les mêmes noms se perpétuèrent dans la famille (les comtes de Barcelone, nous avons lieu de croire que tous ces seigneurs étoient de la même race , & qu'ils étoient proches parens de S. Guillaume, fondateur de Gelloue, qui avoit eu le gouvernement général de tout ce pays. Ainsi, si Charles le Chauve priva Guillaume, fils de Bernard, duc de Septimanie, de la succession à ce duché, il paroit qu'il le conserva dans sa famille en la personne de Sunifred.
XXXV. Au reste, c'est par une erreur manifeste que Besse ' a confondu Sunifred, marquis de Gothie, dont nous venons de parler , avec Humfrid revêtu de la même dignité & du comté particulier de Barcelone l'an 858 % puisque nous trouvons entre eux deux autres marquis de Gothie & comtes de Barcelone.
Aledran. — Le premier est Aledran qui commandoit sur cette frontière en 849% & qu'une ancienne chronique '' qualifie custos Barcinonae & lîmîtis Hispanici. Aledran étoit donc gouverneur de Barcelone & de la Marche d'Espagne : or , comme la Septimanie propre fut unie avec la Marche d'Espagne & le comté particulier de Barcelone , & qu'ils ne formèrent ensemble , jusqu'en l'année 865 , qu'un même gouvernement général , il faut qu'Aledran ait été marquis de Gothie & qu'il ait également étendu son autorité & sur la Septimanie propre & sur la Marche d'Espagne j il aura donc succédé à Sunifred sans que nous en sachions précisément le temps.
Nous ignorons aussi l'origine de ce seigneur; cependant, comme il paroît que le duché de Septimanie ou marquisat de Gothie fut toujours dans la famille de S. Guillaume, fondateur de Gellone, jusqu'au commencement du dixième siècle, on pourroit conjecturer qu'Aledran étoit fils de Théodoric ou de quelqu'un des autres frères de ce duc, & que les deux^ frères
' Besse, Hist. de Narhoniie, p. 120 & suiv. ' Acta Sanctorum ordinis sanct'i Benedict't, saec 4, part. 2, p. 46 8c seq.
^ Annal. Bertin, p, 204.
* Chronicon Fontanell. p. i88.
^ Abbon, de Bello urb'is Paris. I. 2, p. 5 18.
Théodoric & Aledran, qui aidèrent l'an 886 le comte Eudes à défendre Paris contre les Normands, descendoient de lui.
UdaLRIC. — XXXVL L'autre marquis de Gothie, qui se trouve entre Sunifred & Humfrid, est Udalric ou Odalric qui occupoit' déjà ce marquisat vers l'an 852. Nous voyons, en 843% un Adalaric, comte de Girone, d'Empurias & de Pierrelatte dans la Marche d'Espagne, lequel épousa Rotrude, fille du comte Béra fondateur de l'abbaye d'Alet, & il étoit peut-être parent de notre marquis Odalric. Quoi qu'il en soit , ce dernier possédoit' encore le marquisat de Gothie au commencement de février de l'an 856, & il est certain qu'il exerçoit une autorité supérieure dans le diocèse de Narbonne & le Roussillon, & par conséquent sur la Gothie propre ou Septimanie.
Humfrid. — XXXVU. Humfrid, qui avoit déjà succédé '' à Udalric dans le marquisat de Gothie au commencement de l'an 858, fut proscrit & dépouillé' de ses dignités en 864, pour s'être emparé, de son autorité privée, l'année précédente, de la ville de Toulouse. Il est certain qu'il étoit alors comte particulier de Barcelone & gouverneur^ de la Septimanie^ & de la Marche d'Espagne sous le titre de marquis de Gothiej mais après sa proscription, ces deux provinces furent séparées & partagées en deux marquisats ou gouvernemens généraux, comme nous le verrons bientôt.
XXXVIII. Les auteurs catalans & espagnols ont débité bien des fables au sujet d'Humfrid, que Besse' a adoptées, tandis qu'il révoque en doute l'entreprise de ce
' Voyez aux Preuves de ce volume, sous le n, LXXVI, Plaid tenu a Crespian sous Udalric, marquis de Gothie, & sous le n. LXXVIII, Charte de Charles le Chauve, où il est fait mention d'Udalric, marquis de Gothie.
" Marca Hispanica , c. J-JC) & seq.; c. SSy. — Voyez Note XCI, n. 6.
' Voyez aux Preuves de ce volume, sous le n. LXXXI j Charte de Charles le Chauve, en faveur de Frédol, archevêque de Narbonne.
^ Acta Sanctorum ordinis sancti Bénédictin saec. 4, part. 2, p. 46 & seq.
5 Annal. Bertin. p. 216, 218, 222 & suiv.
« Act. SS. O. S. Ben. saec. 4, part. 2, p. 46 & seq.
' Besse, Hist. de Narbonne, p. 1 20 & 129.
Noie «7
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.oriîî.
marquis sur la ville de Toulouse. Il n'a pas, sans doute, pris garde que ce fait est attesté par l'auteur contemporain des Annales " de Saint-Bertin ; ce qui, joint à quelques autres circonstances^ nous donne lieu de croire qu'il étoit de la même famille que S. Guillaume, duc de Toulouse & fondateur de Gellone, sur quoi nous allons donner nos conjectures.
XXXIX. Nous supposons d'abord, comme une chose dont on convient^ & qu'il est
maison, ce seigneur aura voulu par cette entreprise remettre dans la sienne le duché ou comté de Toulouse, dont Charles le Chauve avoit disposé en faveur d'une autre famille, & qui avoit été possédé successivement par S. Guillaume, par Bernard, son fils, & Guillaume , son petit-fils. On pourroit ajouter qu'Humfrid avoit possédé vraisemblablement ce comté, & qu'il est peut-être le même qu'Acfred ou Egfrid , comte de Toulouse en 842, & partisan de
très-aisé de prouver, que les noms d'Hum- Charles le Chauvej que ce prince ayant fait
frid, Egfrid, Wifred, Guifred, Aiguifred , la paix avec Pépin trois ans après, & lui
Ananfred & Acfred sont les mêmes, ainsi ayant cédé la ville de Toulouse avec une
que ceux' d'Alphonse, Adephonse, Ilde- grande partie de l'Aquitaine , il peut avoir
fonse, Anphous, Amphos, Amphuxus, An- donné alors à Humfrid, pour le dédommager
fossus, & que ce ne sont que différentes terminaisons d'un même nom. Les noms d'Humfrid & de Wifred étant donc les mêmes, & étant certain d'ailleurs que, dans le neuvième siècle & les suivans, les noms se perpétuoient dans les familles, nous ne doutons pas qu'Humfrid, marquis de Gothie, ne fût de la race de Wifred, comte de Bourges, sous Louis le Débonnaire. Or, il est certain que ce dernier étoit du sang (regali prosapîa exorto) de Charlemagne'*, & nous avons déjà remarqué que S. Guillaume, fondateur de Gellone, étoit proche parent de ce prince, & qu'ils avoient une tige commune. Enfin, nous voyons qu'Humfrid, marquis de Gothie, possédoit de grands biens en Bourgogne^ & que le duc Bernard *, fils de S. Guillaume de Gellone, avoit plusieurs terres dans ce pays.
XL. Par là on peut expliquer la raison pour laquelle Humfrid s'empara, l'an 863, de la ville de Toulouse sur le comte Ray-
de la perte de ce gouvernement, quelque comté particulier dans la Marche d'Espagne, & enfin le marquisat de Gothie. Nous trouvons ' en effet un Wifred , comte de Girone de Besalu en 85o, & rien n'empêche de croire que celui-ci ne soit le même qu'Humfrid, marquis de Gothie, puisqu'il portoit le même nom.
XLI. Quoiqu'il en soit de ces conjectures, il est du moins certain que ce marquis fut proscrit l'an 864% & que le roi Charles le Chauve le priva de ses dignités à cause de son entreprise sur la ville de Toulouse. Ce prince disposa l'année suivante du marquisat de Gothie & le partagea en deux gouvernemens généraux, dont l'un fut composé des pays situés en deçà des Pyrénées, & l'autre de la Marche d'Espagne. Il paroît que Charles le Chauve conserva l'un & l'autre dans la famille de S. Guillaume de Gellone ou dans celle d'Humfrid. On prétend' même que Wifred le Velu, comte de
moud I du nom. Comme les dignités étoient Barcelone & marquis d'Espagne, qui suc-
alors héréditaires, ou que du moins elles ne sortoient pas ordinairement d'une même
' Annal. Bertïn. p. 216 & suiv.
" Mabillon, ad ann. 862, n. io5. — Mémoires de Trévoux, décembre \']2.'j, p. 2266.
' Catel, Histoire des Comtes, p. 184.
■* Translat. S. Genulph. Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti , saec. 4, part. 2, p. 228 & apud Diich. t. 3. p. 453. — Vit. S, Jacob, Erem. Acta Sanct. ord. sancti Benedicti , saec, 4, part. 2, p. i5i.
^ Acta SS. 0. S. Ben. saec, 4, part. 2, p. 47 & 5i .
« Nithard, 1. 3, p. 371.
céda au dernier dans cette dignité , étoit son fils 5 mais nous ferons bientôt voir le contraire. Si donc Humfrid laissa des enfans, ce que nous ignorons, ils ne succédèrent pas à ses dignités''. On pourroit conjecturer qu'Egfrid ou Acfred, qui fut abbé
' Preuves àe ce volume. Chartes & Diplômes, ^cfe de consécration de l'église deN.-D. de Riondegario au diocèse de Girone. — Marca Hispanica, p. 783.
^ Annal. Bertin, p. 216 & seq.
' Besse, Histoire de Narbonne, p. 128 & suiv»
'' Voyez au tome I, livre x, n. 94.
Note
Note
séculier de Saînt-Hilaire de Poitiers, & à qui le roi Charles le Chauve donna, l'an 867 ', le comté de Bourges, étoit fils de ce marquis, & qu'ayant été privé d'abord des dignités de son père, il rentra depuis en grâce auprès de ce prince.
^ III. — Epoque de la séparation de la Marche d'Espagne & du marquisat de Gothie.
— Origine de JVifred le Velu, successeur d'Humfrid, dans le comté de Barcelone ou marquisat d'Espagne, & tige des comtes héréditaires de cette ville.
XLII. La Marche d'Espagne & la Septimanie propre, après avoir été unies en 817 pour ne faire qu'un seul duché ou gouvernement général, furent séparées en 865, & composèrent depuis ce temps-là deux marquisats différens. M. de Marca' prétend que cette séparation se fit en 849, mais comme il est constant par l'Histoire de la translation' des reliques des SS. George , Aurèle & Nathalie, écrite par un auteur contemporain, qu'en 858 Humfrid, marquis de Gothie & comte de Barcelone, étendoit alors également son autorité sur la Septimanie propre & sur la Marche d'Espagne, il faut que cette séparation soit postérieure à cette année. L'époque en est d'ailleurs marquée par l'Annaliste de Saint- Bertin'' qui, après avoir rapporté, sous l'an 864, qu'Humfrid, marquis de Gothie^ fut proscrit & dépouillé de ses dignités, dit, sous l'année suivante, que le roi Charles le Chauve donna alors à Bernard une partie de ce marquisat, partem ipsius marchiae illi committit; ce qui marque un véritable partage & un démembrement du gouvernement d'Humfrid. M. de Marca ^ convient que ces termes doivent s'entendre ou de la séparation de la Marche d'Espagne d'avec la Septimanie, ou du démembrement qui fut fait des comtés de Carcassonne & de Razès d'avec cette dernière province j mais il est per-
' Annal. Berlin, p. 22 & suiv.
" Marca Hispanica, p. 829 & seq.
^ Acta Sanctorum ordin'is sancti Benedicti, saec. 4, part. 2, p. 46 & seq.
■* Annal. Berlin, p. 218, 221 & 222.
' Marca Hispanica, p. 33o.
suadé que le texte de l'Annaliste de Saiiit- Bertin doit être entendu de ce dernier démembrement. Comme nous faisons voir ailleurs' que les comtés de Carcassonne & de Razès furent séparés de la Septimanie ou Gothie dès l'an 817, & qu'ils continuèrent d'être unis au royaume d'Aquitaine, on doit conclure, selon M. de Marca même, que le partage que le roi Charles le Chauve fit en 865 du marquisat de Gothie, & qui est marqué dans l'Annaliste de Saint- Bertin, regarde la séparation de la Marche d'Espagne d'avec la Septimanie j d'autant plus que nous avons déjà fait voir qu'Humfrid étendoit, en 858, son autorité sur ces deux provinces, & qu'il en étoit gouverneur général.
XLIIl. Nous ajouterons à cela qu'en 861' la Marche d'Espagne étoit encore comprise sous le nom général de Septimanie, au lieu qu'après l'an 865 ces deux provinces furent toujours distinguées par des noms différens. C'est ce qui paroîtpar plusieurs monumens qui prouvent que le nom de Gothie ou de Septimanie fut restreint depuis ce temps-là à la partie de la Narbonnoise première qui portoit le nom de Septimanie, &. que la Marche d'Espagne fut toujours appelée dans la suite ^ Espagne., Espagne citérieure ^ Marche d'Espagne, & enfin comté ou Marche de Barcelone & connue seulement sous ces noms^ au lieu qu'auparavant, elle étoit comprise sous le nom général de Septimanie, de Gothie ou de duché de Barcelone. C'est ainsi que ces deux provinces sont distinguées dans un décret "• du concile de Troyes de l'an 878, judicibus in Hispania &■ Gothia PROVINCIIS, &c. Sur quoi il faut remarquer que par le nom d'Espagne on ne doit pas entendre seulement ici, comme l'a cru M. Baluze% la partie de ce royaume située en delà de la rivière de Lobregat & soumise aux François (supposé même que
• Voyez Note XCIV.
' Capitulaîres, t. 2, Append, p. 1482.
' Voyez iWarca Hispanica, p. 358, 401, iiii. — Aux Preuves du tome V, Chartes & Diplômes, Actes des conciles de la. province de Narhonne, tenus a Barcelone & à Saint-Tibéri,
^ Conciles, t. 9, p. 314.
^ Baluze, Not. in Capitul. t. 2, p. 1287.
Note
Éd.orig.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
ses peuples étendissent alors leur domination au delà de cette rivière, ce qui n'est pas bien certain) mais encore tous les pays situés entre cette même rivière & les Pyrénées, puisque tout ce qui appartenoit aux François au delà de ces montagnes dépendoit d'une même province, & a toujours fait partie du même gouvernement.
Cette distinction est encore confirmée par un diplôme' du roi Charles le Simple, de l'an 899, par lequel ce prince accorde à Riculfe, évêque d'Elne, la liberté d'acheter des biens-fonds dans son royaume de Gothie & d'Espagne, in regno nostro Gothicae sive Hispaniae, car la particule sive a dans cet endroit la même force que la conjonctive d- , ce qui est expliqué dans les actes du concile tenu à Atùlian^ au diocèse^ de Narbonne, l'an 902, par les évoques de Gothie & d'Espagne, pays qui composoient alors la province ecclésiastique de Narbonne & ne formoient auparavant qu'un seul gouvernement général, auquel divers anciens monumens donnent le titre de royaume'.
Chacune de ces deux provinces gouvernées auparavant conjointement par Humfrid , comte de Barcelone & marquis de Gothie, furent donc administrées désormais séparément, l'une par Bernard qui lui succéda dans le marquisat de Gothie ou Septimanie propre, & l'autre par Wifred le Velu qui fut pourvu du comté de Barcelone & du gouvernement ou marquisat de la Marche d'Espagne. Comme il paroît que l'un & l'autre de ces seigneurs étoient parens d'Humfrid, & que Charles le Chauve conserva ces dignités dans sa famille qui étoit la même, comme nous le conjecturons, que celle de S. Guillaume de Gellone, cela nous engage à discuter leur origine jusqu'ici assez obscure. Nous commencerons par celle de Wifred le Velu.
XLIV. Il est très-vraisemblable que ce seigneur succéda immédiatement à Humfrid dans le comté de Barcelone & le marquisat d'Espagne, ou du moins qu'il obtint
' Marca Hispan'ica., p. 832.
' Voyez au tome V de cette édition^ aux Preu~ ves, sous le numéro XXVIII : Concile tenu a Attilian, dans le diocèse de Narhonne.
^ Baluze,Not. in Capital, t. 2, p. 1108.
ce gouvernement peu d'années après la proscription de ce marquis, puisqu'il vivoit sous l'épiscopat de Frédold, archevêque de Narbonne, lequel mourut vers la fin de l'an 872. Nous trouvons", en effet, un Wifred comte ou marquis, qui fit un échange de quelques biens avec ce prélat, de qui il reçut l'église des SS. Pierre & Paul, située dans l'île de Lac ou de Lee, au territoire de Narbonne, dont le même Wifred fit ensuite donation à l'abbaye de la Grasse. Or, il paroit que ce seigneur est le même que Wifred le Velu^, comte de Barcelone, puisque celui-ci fut bienfaiteur de ce monastère & qu'il lui donna divers fiefs dans le comté de Girone, sous le règne du roi Eudes. Nous savons' enfin que les comtes Wifred &■ Miron frères vivoient au commencement de l'épiscopat de Sigebode, archevêque de Narbonne & successeur immédiat de Frédold sous le règne de Charles le Chauve, c'est-à-dire vers l'an 878. Or, nous verrons plus bas que Miron , comte de Roussillon à la fin du neuvième siècle, étoit frère de Wifred le Velu, comte de Barcelone.
XLV. Le plus ancien auteur qui ait parlé de l'origine de ce dernier est celui qui a écrit' les Gestes des comtes de Barcelone à la fin du treizième siècle, & qui, quoique fabuleux dans les commencemens de son ouvrage, au sentiment des meilleurs critiques*, ne dit rien cependant dans la suite qui ne soit conforme à la vérité de l'histoire & aux monumens les plus authentiques : « Wifred le Velu, comte' de Barce- « lone, étoit fils, dit cet auteur, d'un
' Voyez au tome V de cette édition , sous le numéro XXII , Charte de Charles le Simple en faveur del'ahhaye de la Grasse (899), & sous le numéro XXXIV, une Charte du même roi en faveur de la même abbaye (908).
^ Voyez aux Preuves de ce volume, sous le numéro XCIX, Consécration de l'église de N.-D, de For~ miguera, dans le Capcir.
^ Gesta comlt, Barcin. — Marca Hispanica, p.53o & seq.
'' Baluze, Praef, Marcae Hispanicae, & p. 400. — Pierre de Marca, ièi^. p. 332 &suiv. — Caseneuve, Catal. Franc, c. 5.
^ Gesta comit. Barcin. — Marca Hispanica, p 53p & seq.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
« autre Wifred, comte de la même ville & « originaire du château d'Arrian, dans le '< Gonflant ou le Roussillon. Le dernier « étant un jour allé à Narbonne, avec son « fils de même nom, pour y saluer les ence voyés du roi, il s'éleva tout à coup une <( émeute parmi les soldats, dont l'un, qui '< étoit François de nation, prit ce seigneur (( & le traîna par la barbe. Wifred indigné <( de cette insulte tira son épée & tua le « soldat, mais en même temps il fut arrêté '( lui-même prisonnier. On le conduisoit u au roi lorsque ses conducteurs s'étant >( aperçus qu'il cherchoit à s'échapper, lui i< coupèrent la gorge, auprès du Puy-Saînte- « M.arie. Le jeune Wifred, son fils, fut « ensuite présenté au roi, qui apprenant « les circonstances de la mort funeste de « son père, en témoigna publiquement du (' chagrin, & la crainte qu'il avoit que cette (( affaire n'eût de fâcheuses suites pour « les François. Ce prince confia au comte « de Flandre l'éducation du jeune Wifred « qui débaucha la fille de ce comte. La « mère, instruite de cet accident, tint la « chose secrète pour sauver l'honneur de sa « fille, & fit jurer à ce seigneur qu'il l'é- « pouseroit solennellement, s'il pouvoit « parvenir un jour à la dignité de son père « & entrer, dans la possession du comté « de Barcelone. Wifred, après avoir pro- « mis tout ce qu'on voulut, se revêtit « d'un habit de pauvre que la comtesse de « Flandre lui donna , & s'étant mis en « chemin sous la conduite d'une vieille « femme, il arriva aux environs de Barce- « lone & fut reconnu, nonobstant le mau- (( vais équipage où il étoit, par la com- « tesse sa mère, parce qu'il étoit velu pres- « que par tout le corps. S'étant ensuite (( fait connoître aux principaux du pays , « ceux-ci le reconnurent pour leur comte « & pour leur seigneur. Il tua enfin de sa « propre main le comte Salomon, François « (Gallicus') de nation, à qui le roi avoit « donné le comté de Barcelone après la « mort de Wifred I. Wifred le Velu, fils de « ce dernier, régna par là paisiblement « sur tout le comté de Barcelone depuis « Narbonne jusqu'en Espagne. Il n'oublia « pas d'envoyer chercher la fille du comte « de Flandre qu'il épousa suivant sa pro-
NOTE
« messe & dont les parens lui obtinrent « les bonnes grâces du roi , lequel lui ac- « corda le domaine du comté de Barcelone (( en hérédité pour lui & pour ses succi cesseurs, après qu'il eut chassé les Sar- « rasins de la Marche d'Espagne, où ces i< infidèles avoient fait beaucoup de proie grès. Ce comte fonda ensuite le monas- « tère de Ripoll en 888, &c. »
XLVI. Quoiqu'il y ait beaucoup de fables Éd. on;;, dans tout' ce récit adopté par la plupart p. "7,(5. des auteurs espagnols, qui ont même enchéri par dessus, nous avons voulu cependant le rapporter en entier, parce que les histoires les plus apocryphes sont fondées quelquefois sur des vérités, & qu'il paroît que celle-ci n'est point destituée de tout fondemCiit. Il est certain, en effet : 1° qu'il y a eu un comte ou marquis de Wifred, qui a fondé' en 888 l'abbaye de Ripoll en Catalogne, & qui est mort au commencement du dixième siècle 5 2° il est très-vraisemblable'que lui ou ses ancêtres tiroient leur origine du château d'Arrian dans le Roussillon, & qu'ils y avoient fait anciennement leur résidence, puisqu'il est certain qu'il leur avoit appartenu 5 caries comtes de Barcelone, descendans de Wifred, donnèrent cette terre à l'abbaye de Cuxa en Roussillon, au commencement du dixième siècle''. Nous savons d'ailleurs qu'ils possédoient' plusieurs autres terres ou fiefs dans ce pays 5 3° il est fort probable que Wifred le Velu succéda dans le comté de Barcelone à un autre seigneur appelé Wifred ou Humfrid (nous avons déjà remarqué que c'est le même nom), soit immédiatement après que ce dernier eut été proscrit & que le roi Charles le Chauve eut disposé de ses dignités en 865, soit médiatement après la mort de Salomon que nous savons avoir été comte de Cerdagne l'an 863*, & qui paroît avoir commandé' dans la Marche d'Espagne
' Marca Hispan'ica, c. 332.
' Ihii. c. 382, 817 8iseq.
' Ibid, C. 394 & 400.
" Ibid. c. 848.
5 Capital, t. 2, Appeni. p. i522.
^ Acta Sanct. 0. S. Ben. saec. 4, part. I , p. 647. ' Marca Hispanicaj c. 358. — Capital, t. 2, Append. tit. 98-
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
eu 869. Ainsi Charles le Chauve aura donné le comté de Barcelone, après la révolte d'Humfrid, à Salomon, comte de Cerdagne, & après la mort de celui-ci, il aura investi de cette dignité Wifred le Velu ,
ou rétablit l'abbaye d'Arles, en Roussillon. M. Baluze, qui en a donné la preuve, ignore le nom de ce frère de Wifred le Velu ; mais il n'y a pas lieu de douter que ce ne soit le même que Miron, comte de Roussillon,
Note
neveu ou proche parent d'Humfrid ou Wi- qui vécut du moins' depuis l'an 874 jus-
fred, mais non pas son fils, comme nous qu'en 901, & que nous savons' d'ailleurs
verrons bientôt; 4° nous savons' que le roi avoir fait beaucoup de bien à l'abbaye de
Charles le Chauve, après la révolte d'Hum- Cuxa dans le même pays. Or, Miron étant
frid, marquis de Gothie, envoya par deux d'un côté fils de Sunifred & frère de Wifred
fois des commissaires dans cette province le Velu, & del'autre étant certain qu'il étoit
& à Toulouse pour s'en saisir sur ce seigneur & les remettre sous sa main; & que la seconde fois, Humfrid, pour prévenir les suites funestes qu'il avoit à craindre de sa désobéissance, prit la fuite par la route d'Italie. Ce marquis peut donc avoir été tué, dans cette occasion, par les officiers du roi, du côté du Puy , en Vêlai. C'est ce qui peut avoir donné sujet à la relation fabuleuse que fait l'historien des comtes de Barcelone de la manière dont Wifred le Velu fut élevé à la cour ou auprès d'un comte de Flandre , dont il peut avoir épousé la fille, sans que nous soyons obligés d'ajouter foi a. toutes les circonstances romanesques de son mariage.
XLVII. Nous venons de dire que Wifred le Velu n'étoit point fils de Wifred I, ou d'Humfrid, fondés sur un ancien titre' de l'abbaye de la Grasse, au diocèse de Carcasconne, qui paroît nous donner la véritable origine de ce comte de Barcelone. Cette pièce est datée de la première année après la mort de Vempereur Charles le Gros ou de l'an 888. Elle est donnée au nom de Sesenande, de Sunifred & des comtes Wifred, Raoul ou Radulfe & Miron, lesquels font tous ensemble une donation à ce monastère pour le soulagement (propter remedium) de Sunifred leur père & d'Ermessinde leur mère. Le comte Wifred dont il s'agit ici ne paroît point différent de Wifred le Velu, comte de Barcelone, qui vivoit l'an 888, & qui avoit en effet plusieurs' frères dont l'un* fonda
' Annal. Bertin. p. 216, 218, 221.
' Voyez aux Preuves de ce volume, sous le numéro CXII, Donation faite a l'ahbaye de la Grasse.
^ Concile de Barcelone, ann 906. — Baluze, Mis~ cell. t. 7, p. 5i.
^ Marca Hispanica, p. 400 & 894.
comte de Roussillon, dans le temps du rétablissement 'de l'abbaye d'Arles dans le même pays, c'est à lui qu'on doit attribuer ce rétablissement.
Il est fait aussi mention des trois comtes Wifred, Radulfe & Miron dans une autre charte' de l'an 898, donnée en faveur de l'abbaye de Cuxa, en Roussillon, dans laquelle le comte Wifred ou Guifred souscrivit (sans doute comme l'aîné) avant les deux autres. Cette dernière charte parle d'une comtesse Ermessinde qui vivoit alors & qui, selon les apparences, n'étoit pas la même que la mère de ces trois comtes, puisque la charte de la Grasse , donnée dix ans auparavant, parle de cette dame d'une manière à faire croire qu'elle étoit déjà morte : mais comme cela n'est pas bien clair, nous ne saurions dire si la comtesse Ermessinde, dont il est fait mention dans le diplôme de Cuxa, étoit la mère ou la sœur aînée de ces trois comtes, ou plutôt la femme de quelqu'un d'entre eux. Quant à la comtesse Quixilo, qui est nommée dans la même charte, M. Baluze* conjecture qu'elle étoit femme du comte Miron, & il croit trèsvraisemblable que Radulfe étoit comte de Confiant au pays du Roussillon. Nous avons déjà fait mention d'une autre charte donnée vers l'an 878, qui porte encore que les comtes Wifred & Miron étoient frères.
XLVIII. Tout ceci est confirmé ' par la suite de la généalogie de Wifred le Velu, comte de Barcelone, donnée par l'auteur des Gestes des comtes de cette ville, & est
' Marca Hispanica, p. 36o, 363, 796, 83 1, 835. ' Ibid. p. 363, 802, 8o3 & seq.
' Ihid.-p. 83 1.
* Ibid. p. 376.
' Ibid. p. 796.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Ed.orig.
conforme aux titres les plus authentiques '. On voit par ces monumens que Wifred le Velu, comte de Barcelone, eut plusieurs enfans; qu'il fut père d'un autre Wifred & de Miron qui lui succédèrent l'un après l'autre dans le même comté, & de Raoul ou Radulfe, moine de Ripoll; que Miron, comte de Barcelone, son fils, fut père de Sunifred, comte de Barcelone & de Miron, évèque de Girone, &c. Les noms de Sunifred, de Radulfe, de Miron, &c., se perpétuèrent donc dans la famille des comtes de Barcelone, de même que celui de Wifred, Guifred ou Humfrid, dans celle des comtes héréditaires de Roussillon, descendans de Miron, ce qui sert à confirmer que Wifred 1« Velu, comte de Barcelone, étoit fils du comte ou du marquis Sunifred , puisque, suivant l'usage observé assez communément dans ce siècle, Sunifred son fils s'appeloit comme son père. Miron, comte de Roussillon, & Wifred le Velu avoient un frère' appelé Humfrid, ce qui peut servir à prouver leur parenté avec le marquis de Gothie de ce nom. Wifred le Velu fut a'ieul d'Oliba surnommé Cabretta, comte de Cerdagne & de Bésalu, comme Sunifred, son aîné, le fut de Barcelone. Oliba avoit épousé Ermengarde, ce qu'on sait par deux chartes que M. Baluze a données à la fin' des Capitulaires, mais dont l'une doit être rapportée à l'an 988 & l'autre à l'an 994, & non pas à l'an 888 & à l'an 893, comme cet auteur le suppose^ car, dans l'une, il est fait mention de la première année du roi Hugues & dans la seconde, de la sixième année du règne du même prince; ce que nous avons cru devoir remarquer en passant.
XLIX. Au reste, les auteurs catalans se sont trompés en rapportant l'époque de la mort de Wifred le Velu à l'année 914'' ou aux deux précédentes j l'erreur vient de ce qu'ils l'ont confondu avec Wifred III, comte de Barcelone, son fils. Il est aisé de le prouver, puisque Wifred le Velu n'a pas vécu jusqu'à l'an 907, ce qui paroît par une charte du mois de février de cette an-
' Marca Hispanica, p. §40 & seq. p. 835 & seq.
Conciles, t. 9, p. 82.
' Capitul. t. 2, Append. p. i5i5 & i5zz. * Marca Hispanica, p. 382.
née, dans laquelle le comte Miron, sou fils, parle de lui comme étant déjà mort. Et nuper' à quondam progenitore meo domino Guifredo illustrissimo marchione, fi-c. M. Baluze s'est trompé encore en donnant dans ce temps-là à Miron le titre de comte de Barcelone, car il est certain qu'il ne le fut qu'après la mort de Wifred, son frère, qui succéda dans ce comté à Wifred le Velu, son père \ L'intronisation de Guignes, évèque de Girone, datée du 20 novembre de l'an 908, fut autorisée par le marquis Wifred. Extitit quoque inibi princeps maximus marchio Fifredus, &c. Ce dernier devoit être le fils de Wifred le Velu, puisque son père étoit alors déjà mort, & il devoit avoir succédé au titre de prince & de marquis que les actes du concile de Barcelone de l'an 906 donnent à l'un & à l'autre, sans autre addition, de même que l'acte dont il s'agit. Il paroît d'ailleurs que le dernier autorisa par sa présence ce concile de Barcelone; ce qui prouve son autorité dans cette ville. Il est parlé, en effet, dans les Actes' du même concile, du marquis Vifred, qui avoit rétabli l'évèché d'Ausone, comme d'un seigneur différent du marquis Wifred qui autorisa ce concile. Le premier, qui est le même que Wifred le Velu, étoit donc mort avant l'an 906, mais il étoit encore en vie en 901, puisqu'il se dif mari de Widinilde dans une charte de cette année comme dans une autre' de l'an 889, & nous avons déjà vu qu'il vivoit encore en 898.
L. Wifred, fils de ce dernier, ne survécut pas longtemps à son père. Il fut empoisonné* & il étoit déjà mort au mois de décembre delà quatorzième année ^ de Charles le Simple. M. Baluze rapporte cette quatorzième année à l'an 911, parce qu'on ne doit compter les années de ce prince dans la Marche d'Espagne & à la gauche de la Loire, que depuis la mort d'Eudes; mais comme il paroît que dans ces provinces on
' Marca Hispanica, p. 838.
' Martène, Thesaur. anecd. t. i, p. 6l.
' Baluze, Miscellan. t. 7, p. 5i & seq.
^ Marca Hispanica, p. 836.
5 liid. p. 817.
* Ihid. p. 540.
' Ibid. p. 839.
NOTB
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
a compté" aussi quelquefois les années du règne de ce prince d'une époque encore postérieure, c'est-à-dire depuis l'an 900 : cela a donné peut-être occasion aux divers auteurs cités' par M. Baluze, lesquels confondent ce seigneur avec Wifred le Velu, son père, de fixer sa mort à l'année 914 ou à la suivante, ce que M. Baluze n'a pas assez compris. Wifred II, comte de Barcelone, à qui Miron son frère succéda, mourut donc au plus tard en 914.
LI. Pour ce qui est du comte Sunifred ou Seniofred, père de Wifred le Velu, comte de Barcelone, de Radulfe, comte de Gonflant, & de Miron, comte de Roussillon , nous ne saurions marquer précisément la dignité dont il fut revêtu. Nous trouvons deux seigneurs de ce nom dans la Marche d'Espagne, au neuvième siècle, dont l'un qui fut marquis de Gothie & comte de Barcelone, l'an 844, succéda dans ces dignités à Bernard, duc de Septimanie, comme nous l'avons déjà dit. L'autre étoit vicomte de Barcelone l'an 858, sous l'autorité d'Humfrid, marquis de Gothiej l'un ou l'autre fut sans doute le père des trois comtes dont nous venons de parler. Il paroît plus vraisemblable que ce fut Sunifred, marquis de Gothie 'j car, selon les apparences, le roi Charles le Chauve prit le successeur de Bernard au duché de Septimanie ou marquisat de Gothie dans la famille de ce duc. Or, il paroît que Sunifred, père de Wifred le Velu, comte de Barcelone, étoit proche parent d'Humfrid, marquis de Gothie, s'il n'étoit son frère aîné, & que ce dernier étoit de la race de S. Guillaume, fondateur de Gellone, comme nous l'avons déjà observé. Reprenons la suite de nos marquis de Gothie, & tâchons de développer l'origine de Bernard, successeur d'Humfrid, dans une partie du marquisat de Gothie , c'est-à-dire dans le gouvernement de la Septimanie propre.
' Voyez Note VI, tome IV de cette édition.
* Marco. H'tspanica, p. 382 & 640,
' Sunifred, père de Wifred le Velu, était fils du comte Borrel, qui fut nommé à Ausone, en 798, par Louis le Débonnaire. Il vécut jusqu'en 85o au moins. 11 fut le successeur de Bernard I au marquisat de Gothie ou de Septimanie. [E. M.]
^ IV. — Suite des marquis de Gothie depuis la séparation de cette province d'avec le comté de Barcelone & la Marche d'Espagne.
Note
Bernard II. — LU. Les Annales de Saint- Bertin ', qui nous apprennent la proscription d'Humfrid, nous apprennent aussi que le roi Charles le Chauve disposa, l'an 865, d'une partie de sa dépouille ou du marquisat de Gothie en faveur de Bernard, fils d'un autre Bernard &■ de la fille du comte Roricon. Besly' & Baluze après lui prétendent que le dernier Bernard que nous venons de nommer fut comte de Poitiers &; aïeul paternel de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine : mais ils se trompent certainement, ce qui nous engage à traiter ici de la véritable origine de ce duc. Cette matière est d'autant moins éloignée de notre sujet, que Guillaume fut marquis de Gothie, de même que Bernard, comte d'Auvergne, son père, qu'on a confondu mal à propos avec Bernard, successeur immédiat d'Humfrid dans le même marquisat.
LUI. Il est hors de dispute que Guillaume le Pieux étoit fils de Bernard, comte d'Auvergne & d'Ermengarde', & que ce dernier étoit fils d'un autre Bernard ^j mais il n'est rien moins que certain que Bernard, aïeul de Guillaume le Pieux, ait été comte de Poitiers & mari de Bilichilde ou Blichilde, comme l'assurent Besly, le P. Labbe ' & M. Baluze ; car Bernard, fils de Bernard & de Blichilde, que nous appellerons Ber- Éd. cri?. nard II, fut nommé marquis de Gothie, p Vii^. l'an 865, après Humfrid, & Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume le Pieux, ne parvint à ce marquisat que l'an 878®, après que Bernard II en eut été dépouillé au concile de Troyes. Ainsi ce ne peut être la même personne. Développons encore d'une manière plus claire tout ce que la ressemblance & l'équivoque des noms ont
' Annal, Bertin, p. 222 & seq.
" Besly, Histoire des comtes de Poitou, -p, i3. — Baluze, Histoire gén. de la maison d'Auvergne, 1. 1 , p. 4.
' Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auvergne, t. I, p. 4 & 7} t. 2, p. 12.
'' Ibid. t. 2, p. 3.
' Lahhe, Tables généal, p. 383 & suiv.
* Annal. Bertin, p. 256.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Note
causé de confusion dans ces généalogies.
LIV. Bernard, fils d'un autre Bernard & de Blichilde, fille du comte Roricon, nommé au marquisat de Gothie en 865", après la proscription d'Humfrid , est le même' contre lequel le concile de Troyes ' de l'an 878 rendit une sentence d'excommunication, & que le roi priva de cette dignité pour la donner à un autre Bernard. Or, ce dernier n'est pas différent de Bernard, père de Guillaume le Pieux. Par conséquent celuici n'étoit pas petit-fils de Bernard, prétendu comte de Poitiers & de Blichilde.
LV. Ces faits appuyés sur des preuves certaines une fois supposés, examinons à présent d'où pouvoit descendre Bernard , comte d'Auvergne& marquis de Gothie, père de Guillaume le Pieux. Il est fait mention, sous l'an 864, dans les Annales de Saint-Bertin^, d'un Bernard, fils de Bernard, que Charles le Chauve avoit fait mourir pour crime de rébellion par le jugement des François. Voici les paroles de cet historien qu'il est bonde rapporter : Bernardus Bernardi quondam tyrannî carne & moribus filius, Ucentîa régis accepta j de eodem placito (Pistensi), quasi ad honores suos porrecturus, super noctem armata manu regreditur, & in sylva se occulens,ut quidam dicebant, regem, qui patrem suum Francorum judicio^ occidijusserat, & ut quidam dicebant, Rodbertum & Ranulfum régi fidèles malitiis occidere locum & horam expectat. Quod régi innotuit, & mittens qui eum caperent & ad praesentiam illius adducerent, fuga sibi consuluit, unde judicio suorum fidelium, honores quos ei dederat rex recepit, fi- Rodberto fideli suo donavit. On voit manifestement, & nos meilleurs* critiques en conviennent, qu'il s'agit ici du second fils de Bernard, duc de Septimanie, qui naquit à Uzès à la fin de l'an 840, qui
' Annal. Bertin, p. 222 & seq.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 12
' Conciles, t. 9, p. 83 & suiv. p. 89. — Annal, Bertin. p. 256. — Duchesne, t. 3, p. 888, 890 &891.
■* Annal, Bertin, p. 221.
* Ibid. p. 200.
* Mabillon, ad ann. 864, n. i3. — Caseneuve, Catal. Franc, c. 3, n. 9, p. 46. — Labbe, Tahles jért. p. 4.18, £<.c.
n'étoit' pas encore baptisé en 841, lorsque Dodaiie, sa mère, écrivit son Manuel, & ({ui fut appelé Bernard, comme son père. Ainsi ce seigneur pouvoit avoir vingt-quatre ans en 864. Or, nous avons déjà prouvé, d'un côté, que Bernard, comte d'Auvergne & père de Guillaume le Pieux, étoit fils d'un Bernard différent du mari de Blichilde j & nous voyons de l'autre, non-seulement les mêmes noms perpétués dans les descendans, suivant l'usage du siècle, mais encore que Bernard, comte d'Auvergne & Guillaume le Pieux, son fils, furent revêtus sucsessivement de la dignité de marquis de Gothie, possédée auparavant, sous le titre de duché de Septimanie, par Bernard, fils de S. Guillaume, fondateur de Gellone, comme nous le prouverons bientôt ; & cela sous le règne de Charles le Chauve, qui s'étoit fait une loi de conserver les dignités dans les familles. Il paroît donc que Bernard, qui fut proscrit à la diète de Pistes, & qui étoit certainement fils de Bernard, duc de Septimanie, n'est pas différent de Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume le Pieux. On peut ajouter que Bernard, duc de Septimanie, avoit plusieurs terres ou fiefs en Bourgogne dont il fit demander' la confirmation ou l'investiture à Charles le Chauve, l'an 841, par Guillaume, son fils aîné 5 & que Bernard , comte d'Auvergne & Guillaume le Pieux, son fils, possédoient aussi de grands biens' dans la même province.
LVI. Venons présentement à la généalogie de Bernard II, marquis de Gothie : on a déjà vu qu'il étoit fils d'un autre seigneur appelé Bernard & de Blichilde, fille du comte Roricon. Besly^ assure que cette dame épousa un comte de Poitiers nommé Bernard, qui fut tué en 844 en combattant contre Lambert, comte de Nantes^ mais il se trompe : Bernard, mari de Blichilde, ne fut jamais comte de Poitiers, ainsi qu'on le verra dans peu. Nous trouvons seulement qu'Emenon, comte de cette ville, & son
' ActaSS. Ord. S.' Ben. saec. 4, part. 1, p. 75o. " Nithard, 1. 3, p. 371 .
' Baluze, Histoire généalog, de la maison d'Anvergv-e, Preuves, p. 9 & 11.
■* Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 12.
NoTB
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
frère Bernard ' encoururent, en 889, la disgrâce de l'empereur Louis le Débonnaire, & que le même Bernard s'étant retiré alors auprès de Raynald, comte d'Herbauges , son parent, il fut tué en 844 dans un combat contre Lambert, comte de Nantes. Or, nous savons" d'ailleurs que Bernard II, marquis de Gothie, fils de Blichilde & d'un
Note
toute sa vie cette dignité, ne décéda qu'en 866, vingt-deux ans après la mort du rqème Bernard. Enfin les Annales' de Saint-Bertin ne donnent pas le titre de comte à Bernard, mari de Blichilde, au lieu qu'elles donnent ce titre à Roricon, père de cette dame : Bernardum ex quodam Bernardo & filia Rorîgonis comitls natum in Gothîam mîttens, seigneur appelé Bernard, avoit un frère partem îpsîus marchiae illi committit. On ne nommé Emenon, qui se révolta avec lui doit, par conséquent, avoir aucun égard à Ed-o^'g contre Charles le Chauve & Louis le Bègue. la même faute qui s'est glissée dans la Chro- p. 7'9- Ainsi, il n'y a pas lieu de douter que Ber- nique de Saint-Maixent% dont l'auteur vinard,marideBlichilde& père de Bernard II, voit au douzième siècle, & plus de cent ans marquis de Gothie, ne soit le même que après Adhémar de Chabannes. Ce qui a Bernard, frère d'Emenon, comte de Poi- donné occasion à cette erreur, c'est qu'Eme-
non, frère de Bernard, fut comte de Poitiers, & que nous trouvons' un comte appelé Bernard qui étoit peut-être leur père, lequel possédoit, à ce qu'il paroît, ce comté l'an 81 5, car son envoyé rendit la
tiers en 889. Besly, pour avoir ignoré que ce dernier avoit été comte de cette ville & qu'il avoitun frère appelé Bernard, qui est le même que le mari de Blichilde, a confondu celui-ci avec le père de Bernard,
comte d'Auvergne, & par conséquent ce même comte avec Bernard II, marquis de Gothie, contre l'autorité des historiens du temps qui les distinguent très-bien'. Il a jeté parla, & par diverses autres erreurs dans lesquelles il est tombé & que nous relèverons dans la suite, une étrange confusion dans la généalogie des premiers comtes de Poitiers, & a entraîné tous ceux qui ont écrit après lui sur cette matière sans se donner la peine de l'examiner.
Il est vrai que le manuscrit* de la Chronique d'Adhémar de Chabannes , dont Besly s'est servi, qualifie comte de Poitiers Bernard, tué en 844 en combattant contre Lambert, comte de Nantes^ mais c'est une faute qu'on ne trouve^ point dans tous
justice à Poitiers le mercredi 20 de juin, la seconde année de Louis ^mpereur, ce qui s'accorde très-bien avec cette année : mais ce Bernard est différent du frère d'Emenon. Du reste, nous donnerons plus bas les conjectures qui nous font croire que ces deux seigneurs étoient de la même famille que S. Guillaume, duc de Toulouse ou d'Aquitaine, fondateur de l'abbaye de Gellone.
Telle est l'origine paternelle de Bernard II, marquis de Gothie ■*.
LVII. Quant à son origine maternelle, voici ce que les monumens du temps nous en apprennent : Bernard II étoit petit-fils, par Blichilde sa mère, comme on l'a déjà dit, du comte Roricon, que M. Baluze ^ & le P. Mabillon font comte de Tours : mais il paroît
les autres manuscrits de cette Chronique. que ces deux célèbres auteurs se sont trom- D'ailleurs, ce seigneur ne sauroit avoir pés, ou plutôt que le premier a induit l'aupossédé le comté de Poitiers, puisque tre en erreur; car si on examine attentiveson frère Emenon en ayant été dépouillé ment les Gestes ^ des évêques du Mans, on l'an 839, Rainulphe I, qui succéda'' immédiatement à ce dernier, & qui conserva
' Adhémar de Chabanais, p. i6o & suiv.
Chronicon S. Maxent. p. 107.
'•' Conciles, t. 9, p. 83 & suiv.
' Annal. Bertin, p. 266.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 177.
' Labbe, Bibl. nova, p. i5i, 16t.
« Annal. Bertin. p. zz(). — Adhémar de Chabanais, p. 162.
' Annal, Bertin, p. 222 & seq.
' Chronicon S, Maxent — Labbe, Bihl.nova, t. 2. p. 197.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 176.
■* Il n'y avait aucun lien de parenté entre la famille d'Emenon, comte de Poitiers, & celle de saint Guillaume. Voyez ci-après la Note additionnelle,
^ Baluze, Miscell, t, 3, in indice, — Mabillon, ad ann. 824, n. 62.
" Acta Alderici Cen, episc, dans Baluze, Mise, t. 3.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
conclura aisément que Roricon devoit être comte du Maine. C'est le même qui ', avec son épouse Blichilde, rétablit, l'an 824, l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés. Ils vivoient encore l'un & l'autre en 839. Le comte Roricoi\ Jtoit déjà mort l'an 841, & Blichilde, sa veuve, ayant pris l'habit religieux, fut ensuite abbesse. Roricon, dans une charte, fait' mention de Goslin & d'Adeltrude, ses père & mère; de Gauzbert son frère, moine de Saint-Maur-des-Fossés, & de Goslin, son fils, moine de Saint-Maursur-Loire. Ce dernier est le même que Goslin , abbé de Saint-Germain-des-Prés & ensuite abbé de Saint-Denis & chancelier de France, lequel étoit oncle de Bernard II, marquis de Gothie, comme nous l'apprenons' par une lettre qu'Hincmar, archevêque de Reims, lui écrivit, à la fin de l'an 877, pour le détourner de prendre parti contre Louis le Bègue & pour l'engager à ramener à leur devoir Bernard, son neveu, & Gosfrid , son frère , qui s'étoient révoltés. Nous savons d'ailleurs que Bernard II, marquis de Gothie, fut du nombre des seigneurs* qui se révoltèrent contre Charles le Chauve peu de temps avant la mort de ce prince, & qu'il persista dans sa révolte sous Louis le Bègue; au lieu que Bernard, comte d'Auvergne, qui étoit aussi du nombre des rebelles, se soumit' avant le couronnement de ce dernier prince. La lettre d'Hincmar, dont nous venons de parler doit être rapportée à la fin de l'an 877, peu de temps après le couronnement de Louis le Bègue, & non à l'an 879, & au règne de Louis & de Carloman, comme quelques-uns^ le conjecturent, parce que Hincmar n'y parle que d'un roi & non pas de deux. Gosfrid, dont il est fait mention dans la même lettre, n'est pas différent de Gausfrid , comte du Maine , qui
'Mabillon, adann. 824, n.62 &ann. 841,11. 36. — Gesta Alder'ici, ihid, p. 5.
' Ibid.
^ Flodoard, H'ist. Rem, 1. 3, c. 24. — Mabillon, ad ann. 871, n. 23.
* Annal. Berlin, p. 261 , 264, 2.56, 268. — Hincmar dans Duchesne, t. 2, p. 476.
' Jnnal, Berlin, p. 268.
' Mabillon, ad ann. 870, n. 23.
possédoit déjà ce comté dès l'an 874, & dont il est parlé' dans une charte de la même année, ainsi que de l'abbé Goslin, son frère. Nous apprenons des Annales de Saint- Bertin ' qu'il se révolta avec ses enfans contre Charles le Chauve, & qu'ils furent également rebelles à Louis le Bègue. L'abbé Goslin & Gosfrid, comte du Maine, son frère, étoient donc fils de Roricon & oncles de Bernard II, marquis de Gothie. Il est fait mention dans les mêmes Annales, sous l'an 866, d'un comte Roricon qui fut tué' alors en combattant avec son frère, le comte Gosfrid , contre les Normands.
Nous ne doutons pas que ce dernier ne soit le même que notre comte du Maine, ce qui fait voir que Roricon I doit avoir eu de son épouse Blichilde, Roricon II, qui lui succéda sans doute dans le comté du Maine, & Gausfrid successeur de ce dernier en 866 dans le même comté.
LVIII. Il reste une difficulté à résoudre, c'est que suivant l'Annaliste de Saint-Bertin, Louis, abbé de Saint-Denis & chancelier de France, mort en 867, étoit* frère de Goslin, abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui succéda à ses dignités. Or, il est certain par le même annaliste' que Louis, abbé de Saint-Denis , étoit fils de Rotrude, fille aînée de Charlemagne. Ainsi, si l'abbé Goslin a eu la même mère que Louis, il ne sauroit être fils du comte Roricon & de Blichilde, mais ces deux frères peuvent avoir eu différentes mères. Nos généalogistes conviennent que Roricon eut Louis, abbé de Saint-Denis, de Rotrude, fille de Charlemagne qu'il épousa clandestine ment & qui mourut en* 810. Rien n'empêche donc qu'après sa mort il ait épousé Blichilde en secondes noces & qu'il en ait eu les comtes Roricon & Gosfrid, l'abbé Goslin & plusieurs autres enfans, comme il est aisé de le voir dans la généalogie suivante qui l'expliquera encore mieux.
' Mabillon, ad ann. 874, n. 55.
' Annal. Berlin, p. 254 & 258.
' Ibid. p. 224.
^ Ihid. ad ann. 858, p. 210. — Mabillon, ad ann. 85o, n. 8 ; 858, n. 33} 870, n. 23. ' Annal. Berlin, ad ann. 867, p. 227. ^ Annal. Mstlcns. p. 2y5.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Ed. orig.
Gosl'm, mari d'Adeltrude
Roricon I, comte du Maine, épousa : 1° Rotrude, fille de Cliarlemagne ; 2° Bliciiilde. 11 mourut vers l'an 841.
Gauzbert, moine de Saint-Maurdes-Fossés , & ensuite abbé de Saint-Maur-sur- Loire, mort vers l'an 845.
Premier lit.
Second lit.
Louis, abbé de Saint- Denis & chancelierde France, mourut l'an
Roricon 11, comte du Maine, tué en combattant contre les Normands, en 866.
Gosfrid, comte du Maine, se révolta en 877 & 878.
LIX. Il paroît que Bernard II, marquis de Gothie, fut pourvu du comté de Poitiers en 867 après la mort de Rainulphe I', comme nous le dirons plus bas, où nous parlerons des ducs héréditaires d'Aquitaine, ses successeurs dans ce comté, dont il y a lieu de croire qu'il a été la tige. Nous avons déjà remarqué qu'il fut proscrit & dépouillé de ses dignités en 878, que Bernard, comte d'Auvergne, lui succéda alors dans le marquisat de Gothie, & qu'enfin ce dernier est le même que Bernard, fils puîné du duc de Septimanie de ce nom*.
Bernard III. — LX. Comme Bernard, comte. d'Auvergne, fut le troisième de son nom qui posséda le marquisat de Gothie ou gouvernement de Septimanie, nous l'appellerons Bernard III. Il n'occupa le comté d'Auvergne qu'après l'an 870, & non pas auparavant. M.Baluze' qui l'a confondu avec un autre comte d'Auvergne de même nom, son prédécesseur , prétend qu'il épousa Liudgarde en premières noces, & qu'Ermengarde, mère de Guillaume le Pieux ne fut que sa seconde épouse. Il ajoute que cette dernière étoit fille de Warin, ou Guérin, comte d'Auvergne en 819, mort vers l'an 856, 8c qu'enfin Warin, fils de Bernard & d'Ermengarde & frère aîné de Guillaume le Pieux , après avoir succédé à
' Il n'y a pas eu de comte de Poitiers du nom de Bernard, après 867. Ce que dom Valssete avance à ce sujet ne repose que sur des conjectures. Ranulfell succéda directement à son père Ranulfe I. Voyez ci-après la Note additionnelle. [E. M.]
"Bernard II, comte d'Auvergne & père de Guillaume le Pieux, n'est pas le même que Bernard, fils de Dodane. Voyez la Note additionnelle. [E. M.]
^ Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auvergne, t. I, p. 4 & suiv.
Goslin, moine & abbé de Saint-Maursur-Loire en 845, successivement abbé de Saint-Germain -des - Prés & de Saint-Denis , chancelier de France & évêque de Paris, mort en 886.
Blichilde, épouse de Bernard, frère d'Emenon, comte de Poitiers.
Bernard II , marquis de Gothie, dépouillé de ses dignités en 878, au concile de Troyes.
Etienne dans le comté d'Auvergne, posséda cette dignité, du moins depuis l'an ^6% jusqu'au commencement du roi Eudes. La discussion de tous ces faits nous engage à rapporter ici la succession des comtes d'Auvergne pendant le neuvième siècle. Nous l'appuierons uniquement sur les anciens historiens & les monumens du temps.
LXI. Nous trouvons d'abord un Warin', comte d'Auvergne, qui en 819 agit de concert avec Bérenger, comte de Toulouse, contre les Gascons révoltés. Gérard % qui lui avoitdéjà succédé dans ce comté, en 889, fut tué à la bataille de Fontenai l'an 841; Guillaume succéda' la même année à ce dernier, & il paroît qu'il étoit son frère. Besly"*, sur l'autorité d'une chronique manuscrite, prétend qu'Hervé, fils de Rainald comte d'Herbauges, étoit comte d'Auvergne lorsqu'il fut tué en 844, ce qui prouveroit qu'il avoit succédé à Guillaume dans ce comté j mais comme la Chronique^ d'Adhémar de Chabannes & celle de Maillesais ne donnent pas à Hervé la qualité de comte d'Auvergne, il est fort incertain s'il occupa jamais ce comté j le P. Labbe® croit qu'il n'y a aucune apparence. Quoi qu'il en soit, nous trouvons ensuite un Bernard, mari de Liudgarde, comte d'Auvergne', pendant les
' Eginhard, Annales, p. 262.
"Adhémar de Chabanais, t. 2. — Labbe, Bibl, nova, p. 160 & 161 .
3 Ihid.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 177.
^ Adhémar de Chabanais, p. 161 & 197. — Labbe, Bibl. nova, p. 97.
« Labbe, Tabl. gén. p. 382.
' GalliaChristiana, nov. edit. t. 2, p. 471. — "Qa- \uze. Histoire généal. de la maison d'Auvergne, -preuves, p. 2. — M.ahillon, De Re Diplomatica, p. 53o.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
années 846, 849 & 867. Ce même Bernard étoit décédé avant l'an 869, selon une charte' de cette année où il est appelé quondam Bernardus cornes. Il paroît qu'il mourut vers l'an 858, car nous voyons cette dernière année & en 862, un Guillaume' comte d'Auvergne', qui étoit en même temps abbé séculier ou, comme on disoit alors, abj^é chevalier de Brioude. En 864, Etienne \ comte d'Auvergne, qui occupoit ce comté depuis quelque temps, fut tué en combattant contre les Normands. Warin , successeur de ce dernier, possédoit ce comté ' eu 868 & 869.
Il résulte de ce que nous venons de dire : 1° que Bernard, comte d'Auvergne & mari de Liudgarde , est différent de Bernard , comte du même pays & mari d'Ermengarde, puisque ce dernier ne posséda cette dignité qu'après l'an 870, & que l'autre qui en étoit déjà pourvu dès l'an 846, étoit déjà décédé avant l'an 869; 2° que le même Bernard , mari d'Ermengarde & père de Guillaume le Pieux, ne peut avoir été pourvu du comté d'Auvergne qu'après cette dernière année; car ce comté étoit occupé les précédentes par Warin & ses prédécesseurs; 3° que celui-ci ne peut être le même que Warin, fils de Bernard & d'Ermengarde, puisqu'il auroit été comte d'Auvergne avant son père, ce qui n'est pas naturel. D'ailleurs, les titres* qui sont rapportés ou cités par M. Baluze, & qui peuvent servir à prouver que Bernard & Ermengarde eurent un fils appelé Warin ou Guérin, ne donnent pas à ce dernier la qualité de comte, preuve qu'il mourut jeune & qu'il ne parvint jamais à cette dignité. Tous les autres mo-
' Baluze, Histoire généaî. de la maison d'Auvergne, p. 8.
' Il n'y a pas eu de comte d'Auvergne du nom de Guillaume, de 858 à 862. Deux chartes mal datées par la Gallia Christiana ont donné lieu aux généalogistes d'inventer ce personnage. [E. M.]
' Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 471.
* Annal, Bertin, p. 218. — Chronique de S. Maixent, p. 198. — Epist, Nicolai, 1, 66. — Conciles, t. 8, p. 466.
' Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auvergne, Preuves, p. 7 & 8.
^ Ibid. p. i^, 19 & 21. — Mabillon, ad ann. 910, n. 61.
numensoù il est fait mention' d'un Warin, comte d'Auvergne, regardent le prédécesseur de Bernard. Enfin, suivant le système de M. Baluze, Bernard, mari d'Ermengarde, n'auroit jamais possédé le comté d'Auvergne, puisque, de son aveu, Warin son fils l'occupa depuis l'an 868 jusqu'au commencement du roi Eudes ou à l'an 888. Or, il est certain, & cet historien en convient, que Bernard, mari d'Ermengarde, mourut au plus tard en 886. Comme il est qualifié comte d'Auvergne dans les auteurs contemporains, du moins depuis l'an 876 jusqu'à sa mort, il succéda par conséquent dans ce comté à Warin, & ce dernier, dont on ne trouve aucun monument qui le qualifie comte d'Auvergne après l'an 869, ne peut avoir été son fils.
LXII. Quant à ce qu'avance M. Baluze, qu'Ermengarde, épouse de Bernard, comte d'Auvergne, étoit fille de Warin, comte du même pays en 819', il n'en donne aucune preuve. Tout ce qu'on peut faire, c'est de conjecturer que Warin I & Warin II du nom, comtes d'Auvergne, étoient parens de cette comtesse parce qu'elle eut un fils de même nom; mais nous ignorons leur degré de parenté.
LXIII. Il est également vraisemblable que ces deux comtes d'Auvergne de même nom étoient de la même famille aussi bien que Warin, duc de Toulouse en 842, dont nous avons déjà parlé & qui paroît différent de l'un & de l'autre. Si celui-ci étoit le même que Warin , comte d'Auvergne en 819, il auroit conservé cette dignité. Or, depuis l'an 819 jusqu'en 842, nous trouvons ce comté rempli par Gérard qui fut tué à la bataille de Fontenai en 841, & par Guillaume, successeur de ce dernier. Warin, duc de Toulouse, ne peut non plus être le même que Warin II, comte d'Auvergne, qui vivoit en 868 & 869, puisque depuis l'un jusques à l'autre, nous trouvons quatre seigneurs qui se sont succédé immédiatement dans ce comté. Il y a lieu de croire" que Warin II étoit fils de Bernard, son prédécesseur & mari de Liudgarde.
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, p. 7 & suiv.
» Ibid. t. 2, p. 8.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
LXIV. M.Baluze' prétend, sur l'autorité de Duchesne, dans sou Histoire^ de la maison de Vergy^ que Warin ou Guérin, comte d'Auvergne en 819, ne mourut que l'an 856 j mais le comté d'Auvergne étant occupé dès Éd.orig. l'j^j^ 839 par Gérard, Warin devoit être mort p. 72\. auparavant. Ces deux célèbres auteurs ont été trompés, sans doute, sur la ressemblance des noms, & il paroît qu'ils ont confondu Warin I du nom, comte d'Auvergne, avec Warin ou Guérin, comte ou marquis de Mâcon en 85o ^ & en 856, lequel mourut sous le règne de Charles le Chauve, & avec un autre Warin qui étoif aussi comte de Mâcon & qui vivoit encore sous le règne de Louis le Bègue. De là vient, sans doute, que M. Baluze fait vivre Warin II, comte d'Auvergne, jusqu'au commencement du règne du roi Eudes, sans prendre garde qu'il apporte ' des titres qui prouvent qu'en 876 & 883 Bernard occupoit cette dignité, & que Guillaume le Pieux, son fils, lui avoit déjà succédé dès l'an 886^. Ainsi, si Warin II eût été comte d'Auvergne depuis l'an 868 jusqu'à l'an 888, il y auroit eu deux comtes d'Auvergne en même temps , contre l'usage de ce temps-là.
L'erreur vient de ce qu'il fait^ comte d'Auvergne Warin, fils de Bernard & d'Ermengarde & frère de Guillaume le Pieux. Il est vrai* que le même Bernard eut un fils appelé Warin, mais il n'y a aucune preuve que celui-ci ait jamais été comte d'Auvergne : il paroît, au contraire, qu'il mourut jeune & avant son père dont il étoit le fils aîné, car outre que Guillaume le Pieux succéda® immédiatement à Bernard son père, il est nommé après Warin dans la plupart des actes'" où il est fait mention de l'un & de l'autre. Il n'est donc
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, t. I, p. 8.
' Duchesne, Histoire de la. maison de Vergy, p. 25-.
3 Ibid. Preuves, p. 6, 8 &. 25.
" Ibid. p. 7.
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, Preuves, p. 3.
« Ibid. p. 4.
' Ibid. t. I, p. 5.
8 Ibid. t. 2, Preuves, p. 14.
» Ibid. p. 4.
'" Ibid. p. 5 & 14.
pas nécessaire d'effacer le mot defunctorum, comme le prétend M. Baluze", dans l'endroit de la charte de fondation de l'abbaye deBlesle, où il est dit que la comtesse Ermengarde, mère de Guillaume le Pieux, fit" cette fondation pro animabus fiUorum suorum DEFUNCTORUM, Warini scîlîcet S»
Willelmî; puisque si cette dame fonda ce monastère du vivant de Bernard, comte d'Auvergne, son époux, comme il y a apparence, elle peut fort bien avoir fait mention de son fils Warin, déjà mort, & d'un autre de ses fils appelé Guillaume, mort aussi & différent de Guillaume le Pieux. Nous voyons, en effet, que ce dernier témoigne^ qu'il avoit eu plusieurs frères, dans la charte de fondation du monastère de Soucill'anges, datée de l'an 916 : Et pro absolutione anîmarum fratrum meorum. Rien n'empêche qu'il en ait eu un de son nom.
LXV. Quoique Bernai d, mari d'Ermengarde, n'ait possédé le comté d'Auvergne qu'après l'an 869, on lui donnoit cependant la qualité de comte longtemps auparavant, sans que nous connoissions en particulier le pays ou le diocèse dans lequel il exerçoit son autorité. Il est qualifié comte dans un échange "* qu'il fit au mois de janvier de l'an 864, conjointement avec Ermengarde son épouse. Il prend la même qualité' avec celle d'abbé séculier de Saint-Julien-de-Brioude, en 866 & 868 & il est sans doute le même que Bernard, comte par la grâce de Dieu, dont il est fait mention dans une charte^ de l'église de Brioude, datée du mois de mai, la sixième année du règne de Charles, roi d'Aquitaine, fils de Charles, roi des François; ce qui revient à l'an 861.
Tout cela prouve : 1° que Bernard possédoit déjà quelque comté avant que d'être
' Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auvergne, t. I, p. 5.
' Mabillon, ad ann. 910, n. 61.
' Mabillon, De Re Diplomatica, p. 569.
* Capitulaires, t. 2, p. 1483. — Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, preuves, t. 2, p. 3.
^ Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 471 2-4 seq.
® Capitulaires, t.^z, p. 1474.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
proscrit à la diète de Pistes, vers le milieu de l'an 864; 2° que Charles le Chauve lui rendit dans la suite ses bonnes grâces, & au plus tard dès l'an 866, aussitôt après la mort de Robert le Fort & de Rainulfe I, comte de Poitiers, ses ennemis; 3" que ce prince le rétablit alors dans le comté dont il l'avoit dépouillé à la diète de Pistes, ou qu'il lui en donna quelque autre; 4" qu'il disposa en sa faveur, après l'an 869, de celui d'Auvergne, possédé certainement par Bernard, du moins depuis l'an 876 jusqu'à sa mort.
LXVI. Louis le Bègue lui donna le marquisat de Gothie, en 878, après la proscription de Bernard II, fils de Blichilde, ainsi que nous l'avons déjà dit. C'est ce qu'atteste l'Annaliste de Saint-Bertin en ces termes : Ludovicus rex'... disperdtus est honores Bernardi Gothiae marchionis per Theudoricum camerarlum & Bernardum comitem Arvernicum, &€. On voit par là que Thierry chambellan, & Bernard, comte d'Auvergne, partagèrent les dépouilles de Bernard II, marquis de Gothie. Or, il n'y a pas lieu de douter que ce dernier gouvernement ne soit échu à Bernard; car outre que Thierry eut pour sa part de ces dépouilles le comté d'Autun', où Bernard II, marquis de Gothie, se fortifia après avoir été proscrit, nous savons d'ailleurs que Guillaume le Pieux posséda le marquisat de Gothie, dont il devoit avoir hérité de son père, comme il hérita de lui du comté d'Auvergne. Jean, disciple de S. Odon, abbé de Cluny, auteur contemporain, nous apprend, en effet, que Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine & comte d'Auvergne , étoit en même temps marquis de Gothie : Guillelmum^ robustiss'imum comitem qui eo tempore Aquitaniam GUTIAMQUE suo jure tenebat.
LXVII. Il est surprenant, après cela, que M. Baluze, qui a fait de si grandes recherches sur la famille de Guillaume le Pieux, ne se soit pas aperçu que ce duc & Bernard son père avoient été marquis de Gothie.
' Annal. Bertin. p. 266.
Ihid. p. 258. — Voyez Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, p. 28.
' Vita S. Odon. 1. 1 , Acta. Sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. 5, p. i52.
Duchesne ' l'avoit reconnu avant lui dans ses notes sur la Vie de S. Géraud d'Aurillac. Il faut avouer cependant que ce dernier confond, en cet endroit, Bernard, comte d'Auvergne, avec Bernard, duc de Septimanie, décédé l'an 844, & Guillaume le Pieux avec Guillaume, fils du dernier Bernard. M. de Marca" ne fait pas non plus de difficulté d'admettre Bernard, comte d'Auvergne & Guillaume le Pieux, son fils, au nombre des marquis de Gothie, sur l'autorité de l'Annaliste de Saint-Bertin & de l'auteur de la Fie de S. Odon^ qui s'expliquent mutuellement. Il est vrai que le P. Labbe' prétend qu'on peut justement débattre la qualité de marquis de Gothie à Guillaume le Pieux, fondée, dit-il , sur un passage mal assuré de Jean l'Italien, auteur de la Vie de S. Odon ; mais il auroit dû faire voir en quoi ce passage est mal assuré.
LXVIII. Si nous en croyons M. Baluze*, Bernard, comte d'Auvergne & père de Guillaume le Pieux, est le même que Bernard surnommé Plantevelue (Plantapilosa), à qui le roi Carloman donna ïinvestiture de la comté de Mâcon en l'année DCCCLXXXIV. Mais d'abord Bernard Plantevelue fut' pourvu du comté de Mâcon en 880 & non pas en 884 & il n'est rien moins que certain que ce soit le même que Bernard, comte d'Auvergne & père de Guillaume le Pieux. Éd.orig. L'Annaliste de Saint-Bertin, qui rapporte ce p^'-ll fait, a soin partout* où il parle de Bernard, comte d'Auvergne, de le désigner par ce titre; ce qui fait voir qu'il le distingue de Bernard Plantevelue, & que ce sont deux seigneurs différens. M. Baluze les a confondus, selon les apparences, parce qu'il savoit que Guillaume le Pieux, fils de Bernard, comte d'Auvergne, possédoit des terres dans le comté de Mâcon où il fonda l'abbaye de Cluny : mais ce n'est pas une conséquence que Bernard, comte d'Auvergne, ait été aussi comte de Mâcon. Guil-
' Duchesne, Bièl. Cluniac. p, 32.
' Marca, Histoire de Béarn, p. 687 & 694. ^ Labbe, Tables généal. p. 489.
* Baluze, Histoire généalog. de la maison d'Auvergne, t. I , p. 4. ' ' Annal. Bertin, p. 260.
« nid. p. 256, 258, &c.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
laume le Pieux possédoit sans doute ses terres du chef de Bernard, duc de Septimanie, son aïeul, qui avoit plusieurs fiefs en Bourgogne, ainsi que nous l'avons déjà remarqué '.
LXIX. Cette confusion est cause que M. Baluze attribue à Bernard, comte d'Auvergne, des enfans d'un premier mariage qu'il prétend que ce seigneur contracta avec Liudgarde, & d'où sortit, dit-il, Raculfe, comte de Mâcon. Mais comme nous avons déjà fait voir que le mariage de Bernard, père de Guillaume le Pieux, avec Liudgarde est sans aucun fondement, il s'ensuit que Raculfe, fils de Bernard , comte de Mâcon, n'étoit pas frère de Guillaume le Pieux. Et en effet, suivant les preuves rapportées par M. Baluze" même, Bernard Plantevelue fut comte de Mâcon pendant sept ans : or, comme il ne fut investi de ce comté qu'après le mois de juillet de l'an 880% il ne dut mourir, par conséquent, que l'an 887. Mais il est constant, & M. Baluze "* en convient, que Bernard , comte d'Auvergne & père de Guillaume le Pieux, étoit déjà mort au mois d'août de l'an 886. Ainsi, il est évident que Bernard Plantevelue est différent de Bernard, comte d'Auvergne. D'ailleurs, M. Baluze^ convient qu'il n'est fait aucune mention de Raculfe dans les diverses chartes que nous avons, & dans lesquelles il est parlé j dit-il, dans un grand détail des descendans & des proches du même Bernard, comte d'Auvergne.
LXX. Nous avons déjà dit que ce dernier mourut en 886. Il est certain qu'il étoit décédé dès le 18 du mois d'août de la même année, & que Guillaume, son fils, lui avoit alors succédé, comme il est porté dans une
' Baluze a raison. Bernard II, comte d'Auvergne, nommé marquis de Gothie en 878, est le même que Eetnarà Plantevelue, fait comte de Mâcon, en 880, Mais il fait erreur quand il lui attribue une postérité qu'il n'a point eue. Voyez la Note additionnelle. [E. M.]
' Baluze, Histoire 'généal. de la maison d'Auvergne, Preuves, t. 2, p. 4 & 5.
^ Annal, Berlin, p 266, 268.
^ Baluze, Histoire géaéal. de la maison d'Auver-
Ibid.
charte ' de l'empereur Charles le Gros. L'auteur' de la nouvelle histoire généalogique des anciens pairs de France prétend que Bernard fut tué en 881^ dans un combat donné en Auvergne durant le siège de Vienne, £• non en 886, comme Balw^e Va écrit : mais il n'en apporte aucune preuve. Ce qu'il y a de certain, c'est que Bernard, comte d'Auvergne, & Ermengarde son épouse, vivoient ' encore en 883. Ce comte ne paroît pas, d'ailleurs, différent du marquis Bernard , dont il est fait mention comme vivant, dans une charte* de l'empereur Charles le Gros, du mois de mai de l'an 885. Ainsi, l'époque de sa mort doit être rapportée au plus tôt à la fin de cette année.
Guillaume le pieux. — LXXI. Guillaume le Pieux, son fils, lui succéda dans le comté d'Auvergne & dans le marquisat de Gothie. Nous avons déjà prouvé, par le témoignage de Jean, disciple de S. Odon & auteur contemporain, que Guillaume posséda ce marquisat. On peut le prouver encore par une charte' de Charles le Simple, suivant laquelle ce prince donne à un évéque appelé En/onj, les biens possédés auparavant par les Juifs, aux environs de Narbonne, à la prière de Guillaume son grand marquis^ ce qui montre que ce seigneur étendoit son autorité dans la Gothie. Cette charte est datée de la trente-deuxième année du règne de Charles le Simple, dans l'édition de Catel, & paroît, par conséquent, postérieure à la mort de Guillaume le Pieux arrivée l'an 918 ou au plus tard l'an 919. Nous ferons voir ailleurs® que cette date doit être rectifiée, & que ce diplôme est antérieur à l'an 920. Il peut donc regarder Guillaume le Pieux.
Il est encore parlé d'un comte appelé Guillaume dans une autre charte de Charles le Simple de l'an 906, par laquelle ce
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 4.
^ Le P. Ange, Histoire généalogique de la maison de France, t. 2, p. 5i i.
^ Baluze, Histoire généal, de la maison d'Auvergne, Preuves, t. 2, p. 3.
"• Baluze, Miscellan, t. 2, p. i5o.
^ Catel, Mémoire sur l'Histoire de Languedoc, p. 77 •
^ Voyez au tome ÎV de cette édition, Note VII.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
2bi
prince accorde à l'abbaye tfe Saint-Denis le lieu de Patriacum in pago Limosino ; ce qui devant s'entendre, suivant le P. Mabillon", de Limoux, au diocèse de Narbonne, pourroit confirmer que Guillaume le Pieux étendoit son autorité dans la Gothie ou Septimaniej mais il est évident, comme l'a remarqué Doublet' qui a donné cette charte, qu'il s'agit ici du lieu de Patri dans le Limousin. D'ailleurs, il n'y a jamais eu dans le Languedoc de pays appelé Lîmosinus pagus. Limoux a toujours fait partie du Razès, dont cette ville est aujourd'hui la capitale.
LXXII. M. Baluze' prétend que Guillaume le Pieux hérita de Bernard, son père, du marquisat de Neversj mais il n'y a aucune preuve qu'aucun de ces deux seigneurs ait jamais possédé ce marquisat non plus que celui de Mâcon : la charte de l'empereur Charles le Gros que cet historien cite là-dessus ne le dit pas. Il est vrai qu'elle leur donne la qualité de comte & de marquis, & que ce prince confirme, à la recommandation de Guillaume, la cathédrale de Nevers dans la possession de deux églises, dont l'une étoit située dans le comté d'Autun & l'autre dans celui de Nevers^ mais comme il est certain que Bernard ou Guillaume le Pieux, son fils, furent comtes d'Auvergne & marquis de Gothie, cela suffit pour justifier le titre de comte & de marquis qui leur est donné conjointement dans ce monument.
LXXIII. M. Baluze^ soutient encore après Besly que Guillaume le Pieux fut comte de Bourges, fondé sur ces vers d'Abbon dans son Histoire du siège de Paris par les Normands :
Inde Lemovicas * adiens (Odo rex) Arvernicaque arvn, Praevalidas Willelmi acies secura videt hostis, Ni congressuras fluvius medio prohiberet. Perdidit ergo suos illic Willelmus honores, Hugoni régnante datos, qui Bituricensis
' Mabillon,' ad ann. poS, n. 29.
' Doublet, p. 81 3.
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, t. I, p. 9.
'• Ibid. t. I, p. 9 & 10.
* Abbon, l. 10. — Duchesne, t. 2, p. 622.
Princeps extiterat consul; quare fuit actum Hos inter geminos comités immane duellum Mille super centum defleverat inclitus archos Claromontensis Willelmus Hugone negatos, &c.
Note
Si ces mots qui Bituricensis princeps extiterat doivent se rapporter à Guillaume, on ne peut pas disconvenir qu'il n'ait été comte de Bourges avant sa révolte contre le roi Eudes ; mais il doit s'ensuivre aussi qu'il ne l'étoit plus lorsqu'il se révolta : extiterat. Ainsi, ce prince n'a pu le dépouiller alors du comté de Bourges, comme le prétendent ces auteurs, pour disposer de cette dignité ^'{•°'''^en faveur du comte Hugues. C'est donc du P- 72'3comté d'Auvergne, possédé alors par Guillaume, que le roi Eudes l'aura dépouillé pour en revêtir Hugues , ainsi que l'a entendu le P. Mabillon ',& non pas du comté de Bourges. Mais il n'est pas certain que ces mots qui Bituricensis princeps extiterat , doivent se rapporter à Guillaume : ils conviennent plus naturellement à Hugues qui est nommé le dernier. Dans ce sens, qui nous paroît le plus naturel , il ne reste aucune preuve que Guillaume le Pieux ait été comte de Bourgesj car ce qu'ajoute M. Baluze , que l'acte de la fondation de l'abbaye de Cluny par ce comte est daté de cette ville, est une preuve trop foible. Si Guillaume le Pieux eût été comte de Bourges dans le temps de ses démêlés avec le comte Hugues, il seroit demeuré paisible possesseur de ce comté par la mort de ce compétiteur & par sa réconciliation avec le roi Eudes qui suivit de près , de même qu'il demeura en possession du comté d'Auvergne & de ses autres dignités; mais nous n'avons aucun monument qui fasse mention d'un Guillaume, comte de Bourges dans ce temps-là. Enfin, M. Baluze ' se contredit lui-même, puisqu'il prétend qu'Acfred , beau-frère du même Guillaume, étoit alors comte de Bourges. Comme Guillaume, fils d'Acfred, comte de Carcassonne, & neveu de Guillaume le Pieux, s'empara^ du comté de Bourges l'an 919, &
' Mabillon, ad ann. 892, n. 70.
' Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auvergne, t. I, p. 16 & 18.
^ Chron. Masc. Labbe, Bibl. nova, t. 2, p. 733.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
qu'il le posséda ' dans la suite , cela a peutêtre donné occasion à quelques auteurs, qui ont confondu l'oncle avec le neveu, de dire que Guillaume le Pieux avoit été comte de Bourges.
LXXIV. Il est donc seulement certain quç Guillaume le Pieux fut comte d'Auvergne & marquis de Gothie; il fut encore duc d'Aquitaine dont il prit le titre depuis la mort de Rainulfe II jusqu'à la sienne, arrivée vers l'an 918 , après laquelle le marquisat de Gothie passa aux comtes de Toulouse, qui se qualifioient aussi ducs d'Aquitaine, & qui étendirent par là leur autorité sur presque tous les pays qui composent aujourd'hui le Languedoc. Nous discuterons, dans une Note de l'un des volumes suivans, l'époque de cette union & nous en examinerons en même temps les raisons avec la suite des marquis de Gothie , de la maison de Toulouse , jusqu'à Raymond de Saint-Gilles qui, le premier, au lieu de ce titre, prit, vers la fin du onzième siècle, celui de duc de Narbonne, lequel passa à ses successeurs. Comme cette matière est très-obscure & pleine de difficultés , nous avons cru devoir la renvoyer à une discussion particulière. Nous nous contenterons d'ajouter ici quelques réflexions sur le titre de duc d'Aquitaine que prenoit Guillaume le Pieux & sur la division de ce royaume en deux duchés ou gouvernemens généraux.
^ V. — Division de l'Aquitaine en deux duchés. — Comtes de Poitiers ou d'Auvergne, ducs d'une partie de l'Aquitaine depuis cette division jusqu'à Guillaume le Pieux.
LXXV. Nous avons déjà vu que sous le règne des empereurs Charlemagne & Louis le Débonnaire , les comtes de Toulouse étoient ducs ou gouverneurs généraux de tout le royaume d'Aquitaine , à l'exception de la Gascogne qui avoit ses ducs particuliers, & que les titres de duc de Toulouse & de duc d'Aquitaine étoientalors synonymes'.
' Frodoard, Chronicon, ad ann. 924.
' VoyeZj au sujet de l'étendue du duché de Toulouse sous les Carlovingiens, la Note rectificative. [E. M.]
Le duché ou gouvernement d'Aquitaine fut partagé entre les comtes de Toulouse & ceux de Poitiers peu de temps après la mort de Louis le Débonnaire. Voici comment : Pépin I, roi d'Aquitaine, étant mort l'an 838, & ses deux fils Pépin & Charles ayant été privés de la succession à ses États par Louis le Débonnaire, leur aïeul , cet empereur disposa de ce royaume en faveur de Charles le Chauve son quatrième fils ; mais comme le jeune ' Pépin avoit son parti dans ce pays, Emenon, comte de Poitiers, qui en étoit le chef, le fit proclamer, & ce jeune prince fut reconnu par une partie des Aquitains.
LXXVI. Pépin II tâcha de se maintenir sur le trône , & Louis le Débonnaire , son a'ieul, étant mort l'an 840 , il fit tous ses efforts pour augmenter son parti. 11 fut favorisé entre autres par le fameux Bernard, duc de Septimanie, qui avoit épousé les intérêts du roi Pépin I , son père , & qui étant en même temps duc de Toulouse ou d'Aquitaine, pouvoit lui être d'un grand secours. Ce duc affecta d'abord , à la vérité, de paroître neutre entre les deux compétiteurs au royaume d'Aquitaine, mais on vit bientôt qu'il étoit tout à fait dévoué à Pépin dont il soutint enfin ouvertement les intérêts : ce qui fut la principale cause de la mort ignominieuse que Charles le Chauve lui fit souffrir en 844.
LXXVII. Comme Bernard étoit pourvu du duché de Toulouse % ce prince, à qui sa fidélité avoit toujours été suspecte, crut devoir nommer à cette dignité, après la mort de l'empereur son père, un seigneur qui lui fût entièrement attaché. Il donna%en effet, l'administration du royaume d'Aquitaine à Warin, qui est qualifié duc de Toulouse ou à' Aquitaine en 841 & en 842 , du vivant de Bernard, comme nous l'avons déjà dit. Ainsi, on vit alors deux ducs de Toulouse ou d'Aquitaine, dont l'un étoit partisan de Pépin II , & l'autre de Charles le Chauve,
' Adhémar de Chabanais. — Labbe, Bihl. nov. t. 2, p. 160.
' Voir, au sujet de Bernard, la Note rectificative où il est établi qu'il n'a jamais été duc de Toulouse. [E. M.]
^ Voyez Nithard, I. 4, p. 378.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd. orig.
son concurrent; ce qui occasionna le premier partage de l'Aquitaine en deux duchés.
LXXVIII. Ces deux princes en vinrent enfin à un traité', l'an 845, suivant lequel tout le royaume d'Aquitaine demeura à Pépin, à l'exception du Poitou, de la Saintonge & de l'Angoumois que Charles se réserva. Chacun fit ensuite gouverner les pays qui lui échurent par un duc ou gouverneur général, ce qui confirma la division de ce royaume en deux duchés, laquelle subsista toujours depuis, quoique Charles le Chauve eût repris sur Pépin les pays qu'il lui avoit cédés^ car les comtes de Toulouse, ville capitale des Etats de ce dernier, continuèrent de prendre le titre de duc, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, & les comtes de Poitiers , ville principale de la partie que Charles s'étoit réservée, commencèrent seulement, dès lors, à se qualifier ducs d'Aquitaine. Aussi, voyons-nous qu'il y avoit plusieurs ducs dans ce pays en 889, comme il paroît par une épître ' du pape Nicolas I, de cette année, adressée aux ducs d'Aquitaine, ad duces Aquîtanîae,
RAINULFE I, COMTE DE PoiTIERS ET
DUC d'Aquitaine. — LXXIX. Rainulfe I, comte de Poitiers depuis l'an 889 jusqu'en 866, est en effet le premier comte de cette ville auquel les anciens monumens' donnent le titre de duc d'Aquitaine. Besly "*, suivi en dernier lieu par le P. Ange % prétend qu'il fut institué premier duc de Guienne par Charles le Chauve, en 864, lorsque ce prince fut oint& couronné roi de Guienne, en la ville de Limoges , le 6 de juin de la même année. Il se contente de citer en général Aymar ou la chronique d'Adhémar de Chabannes pour preuve de cette institution : mais cet auteur n'en dit rien, non plus que la Chronique
' Annal. Bertin. p. 201 & seq.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 190.
^ Annal. Mettens. ad ann. 867, p. Sop. — Réginon, ad ann. 867. — Sigebert, ad ann. 866. — Chron'icon Malleac. p. 196. — Besly, Histoire des comtes de Poitou,^. 187 & suiv. — Hauteserre, Rerum Aquit, 1. 8, c. I4'
* Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. i 5 &suiv.
^ Le P. Ange, Hist. gén. de la maison de France,
de Maillesais & le Catalogue des abbés de Saint-Martial cités parle P. Ange. Adhémar, suivi par les autres , rapporte seulement ' que le roi Charles se fit couronner roi à Limoges la quin'^ième année après la bataille de Fontenay. En quoi il s'est trompé grossièrement, comme le P. Labbe ' l'a remarqué, puisque ce fut Charles, fils puîné de ce prince, qui fut couronné roi d'Aquitaine à Limoges, suivant l'Annaliste de Saint-Bertin ' auteur contemporain, &non pas Charles le Chauve lui-même. D'ailleurs, cet événementarrivaen 855 & non en 854. Si donc ce dernier prince institua duc d'Aquitaine Rainulfe premier du nom, comte de Poitiers, ce fut plus vraisemblablement en 845, après le traité de Saint-Benoît-sur-Loire, par lequel il se réserva le Poitou, l'Angoumois & la Saintonge. Il lui donna sans doute alors le duché ou gouvernement général de cette partie de l'Aquitaine , tant à cause de son attachement à ses intérêts (car Louis le Débonnaire l'avoit établi comte de Poitiers en 839 , après avoir dépouillé de cette dignité Emenon partisan de Pépin ) , que parce qu'il étoit , à ce qu'il paroît, delà famille & proche parent de S. Guillaume , duc de Toulouse ou d'Aquitaine , comme nous le dirons bientôt. Or, comme les descendans en ligne directe de ce dernier suivoient alors le parti du jeune Pépin au nom duquel Guillaume II, fils de Bernard, duc de Septimanie, possédoit le duché de Toulouse, il y a lieu de croire que Charles le Chauve , qui étoit dans l'usage de conserver les dignités dans les familles, transféra alors dans la ligne collatérale le duché de la partie de l'Aquitaine qui demeura sous sa domination.
LXXX. Quoi qu'il en soit , nous savons certainement, sur le témoignage d'Adhémar de Chabannes *, que Rainulfe I , comte de Poitiers, étoit fils de Gérard , comte d'Auvergne. En quoi l'on voit combien nos généalogistes modernes, trompés par Besly, qu'ils ont suivi trop aveuglément, s'égarent,
' Adhémar de Chabanais, p. 162. — Labbe, Bihl. nova, t. 2, p. 198 & 271.
' Labbe, Bihl, nova, t. 2, p. 162.
' Annal. Bertin, p. 208.
^ Adhémar de Chabanais, p. 160.
NOTB
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
lorsqu'ils assurent sans preuve qu'il étoit fils de Bernard & de Blichilde dont nous avons déjà parlé, & qu'ils le font frère aîné de Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume le Pieux. Ces auteurs ne se trompent pas moins lorsqu'ils lui donnent pour fils Rainulfell, comte de Poitiers, & ses frères'. Il est vrai que Rainulfe I laissa des enfans, qui, selon l'Annaliste' de Saint-Bertin, furent privés de la succession aux dignités de leur père, après que celui-ci eût été tué en 856, ou selon d'autres' en 867, dans un combat contre les Normands; mais il est certain que Rainulfe II n'étoitpas son fils, quoiqu'il fût son proche parent. La charte que Besly rapporte'* pour prouver cette filiation, dit tout le contraire. Suivant cette charte, les chanoines de Saint-Martin-de- Tours donnent à Rainulfe^ comte d'Aquitaine & à Ebles son fils, du consentement de Robert, leur abbé, le lieu de Douzi (,Dociacum villam)^ dans le Poitou, pour le tenir par précaire pendant leur vie, sous une certaine redevance. Or, cette charte, qui est sans date, est certainement postérieure à la mort de Rainulfe I, arrivée en 866, & est par conséquent de Rainulfe II, ce qu'il est aisé de prouver.
1° L'abbé Robert, dont elle fait mention, ne peut être que Robert, frère du roi Eudes, qui ne posséda^ l'abbaye de Saint-Martin qu'après l'an 888 ; 2° il est faux, comme nous le prouverons plus bas, qu'Ebles premier du nom fût fils de Rainulfe I, mais nous savons certainement que Rainulfe II fut père d'Ebles II. C'est donc de ces deux derniers qu'il s'agit ici; 3° cet acte est relatif à un autre de l'an 892 ®, où il est parlé d'Ebles, fils de Rainulfe, en ces termes : Ebolus juvenili aetate adhuc florens;
' Quoi qu'en dise dom Vaissete, Ranulfe II est bien fils de Ranulfe I. Voyez la Note rectificative, [E. M.]
" Annal. Berlin, p. 226 & 23o.
' Annal, Mettens. p. 3ofj.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 201 & suiv.
5 Mabillon, ad ann. 887, n. i8,&adann. 897, n. 16, &c.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 200 & Suiv.
ces deux actes regardent donc les mêmes personnes. Or, 'en 892, Ebles I étoit alors avancé en âge, & il est d'ailleurs fait mention de lui dans les deux titres en tierce personne; ce qui prouve qu'ils regardent, l'un & l'autre, Ebles II & Rainulfe II, son père; 4° il est parlé aussi en tierce personne dans les deux chartes de Rainulfe I, comme nous le verrons bientôt; 5° enfin , Robert, abbé, Fulrad, doyen, & Bernon, trésorier de Saint-Martin-de-Tours, sont nommés & stipulent également dans les deux chartes : elles sont donc à peu près du même temps ; & l'une étant de l'an 892, l'autre ne sauroit être antérieure à la mort de Rainulfe I, ou à l'an 866, temps auquel les dignités de Saint-Martin-de-Tours étoient occupées par d'autres.
Il est donc évident que la charte citée par Besly regarde Rainulfe II, comte de Poitiers : or, il est marqué dans cette charte, comme dans celle de 892, que ce comte n'étoit que parent de Rainulfe I. In ' recompensatione tanti meriti, disent dans la première les chanoines de Saint-Martin en parlant du comte Rainulfe, père d'Ebles, partibus S. Martini ac fratrum contraderet, per seriem chartarum A Ramnulfo EJUS CONSANGUINEO impetratum, &c. Ebles II parlant en 892 de Rainulfe, son père, dans la seconde, au sujet du même lieu de Douzi, se sert de ces termes : Per"" auctoritatem chartarum a genitore meo Ramnulfo datis suis pretiis acquisitum A RAMNULFO EJUS PRO- PINQUO, &c. Il s'agit donc dans ces deux chartes du même alleu, acquis par Rainulfe II, de Rainulfe I, son proche parent, consanguineo. Par conséquent, ce dernier n'étoitpas son père'.
LXXXI. Besly'' met Ebles I au nombre des comtes de Poitiers; mais les titres qu'il rapporte ne prouvent nullement que ce seigneur ait jamais possédé le comté de
' Toute cette argumentation de dom Vaissete tombe devant l'énoncé des chartes que nous donnons à la fin de nos pièces justificatives. Voyez la Note rectificative. [E. M.]
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 202 & suiv.
' Ihid, p. 210.
'' Ihid. p. 200.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.oiig.
cette ville, & l'acte dont nous venons ' de parler regarde certainement Ebles II, fils de Rainulfe II. Cet auteur convient', d'ailleurs, que depuis la mort de Rainulfe I, ou l'an 867, jusqu'à l'an 888, que Rainulfe II prit le titre de roi d'Aquitaine & se révolta contre le roi Eudes, nous n'avons d'autre Mémoire sur les comtes de Poitiers, qu'une seule chronique qui qualifie de comte de Poitiers le comte Bernard d'Auvergne , frère de Rainulfe, Il ajoute que le même Bernard prit la tutelle de ses neveux, fils de ce dernier, lesquels pour leur bas âge ne furent incontinent confirmés aux Etats & honneurs de leur père ; en quoi il a été suivi par tous nos généalogistes. Si cet historien avoit rapporté les paroles de cette Chronique, nous pourrions juger s'il y a eu effectivement un seigneur nommé Bernard, qui ait succédé à Rainulfe I dans le comté de Poitiers, & si c'est le même que Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume le Pieux, comme Besly le prétend; mais nous pouvons assurer hardiment que le même Bernard , comte d'Auvergne, n'étoit pas frère de Rainulfe I, comte de Poitiers, puisque nous avons vu d'un côté que celui-ci étoit fils de Gérard, comte d'Auvergne, & que de l'autre, nous avons montré que Bernard, père de Guillaume le Pieux, étoit fils de Bernard, ducdeSeptimanie. S'il y a eu donc un Bernard, comte de Poitiers, entre l'an 867 & l'an 888, nous ne doutons pas qu'il ne soit le même que Bernard II, marquis de Gothie , dont nous avons déjà parlé j car comme l'Annaliste de Saint-Bertin nous apprend que Charles le Chauve priva les enfans de Rainulfe I de la succession aux dignités de leur père, il est d'autant' plus vraisemblable que ce prince remit alors le comté de Poitiers dans la famille d'Emenon, qui en avoit été dépouillé en 889, & qu'il en investit Bernard II, marquis de Gothie, neveu de ce dernier, que nous savons que le même Bernard'' fut père de
Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 201 & suiv.
' Ibld. p. 21.
' Annal. Uert'in, p, 280.
* Il n'y a point eu de Bernard, comte de Poitiers, en %^^-j. Voyez la Note rectificative. [E. M.]
Rainulfe II, comte de Poitiers, duquel descendent, comme l'on en convient, les comtes héréditaires de cette ville.
Rainulfe II, comte de Poitiers et DUC d'Aquitaine. — LXXXII. C'est ce qu'il est aisé de prouver par l'origine de l'abbé Ebles, que Besly appelle Ebles I, & qui étoit certainement oncle ou plutôt grand oncle paternel d'Ebles II, fils de Rainulfe II. On a déjà vu' que Bernard II, marquis de Gothie, étoit neveu par sa mère Blichilde de l'abbé Goslin, mort évèque de Paris' en 886. Or, l'abbé Ebles ou Ebles I étoit aussi neveu du même Goslin, suivant le témoignage d'Abbon', auteur contemporain, dans son Poëme sur le siège de Paris par les Normands.
Note
Pontificisque nepos tbolus ibrtissimus abba,
Antistes Gozlinus erat primas super omnes Huic erat Ebolusque nepos, raavortius abba, &c.
Comme nous savons d'ailleurs que cet abbé & Bernard II, marquis de Gothie, étoient de la maison des comtes de Poitiers, ils dévoient être frères. Bernard II dut être, par conséquent, père de Rainulfe II, car on convient^ que l'abbé Ebles mourut sans postérité.
LXXXIII. Nous n'ignorons pas que selon Besly % suivi par nos généalogistes, Ebles I étoit frère de Rainulfe II, comte de Poitiers, &de Gausbert; mais ils n'endonnent aucune preuve. Réginon^, auteur contemporain, parlant de la révolte de ces troià seigneurs contre le roi Eudes, dit, à la vérité, que Rainulfe II & Gausbert étoient frères, mais il ne le dit pas de l'abbé Ebles, ce qu'il n'auroit pas oublié. Post haec Odo rex in Aquîtaîiiam proficiscitur contra Ramnulphum & fratrem ejus Gosbertum^ Ebulo-
' Voyez supra, n. 58.
' Mabillon, ad ann. 886, n. 1.
^ Abbon , de Bello urbis Paris. 1. i, p. 5o2 , 5o5 &c.
"• Histoire générale des Provinces de France, t. 2, p. 5l2.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 26.
* Réginon, ad ann. 892.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
nem abbatem de Sancto Dîonysîo & alïos nonnullos, &c. Sur quoi il faut remarquer qu'on voit ici le frère de Raiuulfe II porter le nom de Gausbert, de même que l'oncle paternel de l'abbé Goslin. Or, ce dernier étant oncle d'Ebles & de Bernard II, marquis de Gothie, on peut confirmer par là ce que nous venons de dire touchant la descendance de Rainulfe II de ce dernier'.
LXXXIV. On pourroit objecter qu'Ebles II, comte de Poitiers & fils de Rainulfe II, faisant mention dans la charte de l'an 892, d'Ebles I & de Gausbert, il les appelle ses oncles & les met dans un égal degré de parenté , pro remedio animae genitorîs mei Ramnulphi, cujus ratîonis exordia obtînui ac avunculorum meorum Gausberti & Eboli; & conclure de là que Gausbert & Ebles dévoient être frères de Rainulfe II, mais le mot avunculus peut s'entendre également du grand oncle & de l'oncle 3 ainsi le jeune Ebles pouvoit donner ce nom commun à Ebles I & à Gausbert, quoique l'un fût son grand oncle, & l'autre son oncle seulement.
LXXXV. Nous ne savons pas si Bernard II, marquis de Gothie, prit le titre de duc d'Aquitaine, à l'exemple de Rainulfe I, comte de Poitiers, son prédécesseur dans ce comté 5 mais nous avons déjà vu que Rainulfe II, comte de Poitiers, son successeur, est qualifié comte d'Aquitaine dans un ancien titre j & comme nous savons d'ailleurs qu'il usurpa l'autorité souveraine dans ce pays, lorsque Eudes eut été élevé sur le trône, nous ne doutons pas qu'il n'ait été revêtu auparavant de la dignité ducale. Il est incertain s'il succéda immédiatement, en 878, à Bernard II, marquis de Gothie, son père, dans le comté de Poitiers, après que ce dernier eût été proscrit au concile de Troyesj nous savons seulement qu'il possédoit cette dignité, du moins en 887.
Besly prétend" que Gérard, comte de Bourges, Boson, son successeur, & le roi
' Dom Vaissete paraît avoir confondu ici Eble, abté de Saint-Hilaire de Poitiers, qui était bien frère de Ranulfe II, & Eble, abbé de Saint-Germain-des-Prés & de Saint-Denis. Ce sont deux personnages différents. [E. M.]
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, ]^ 2i&suiv
Eudes avant son élévation sur le trône, furent pourvus du duché de Guienne, & que Boson succéda à Gérard dans cette dignité, en 871, mais il n'en apporte aucune preuve, & le Continuateur d'Aimoin, qu'il cite par rapport aux deux derniers, n'en dit rien.
Quant au roi Eudes, il est vrai qu'Adhémar de Chabannes & l'auteur de la Vie de S. Genou, abbé de Strade, le qualifient duc d'Aquitaine avant son élévation sur le trône j mais il n'y a qu'à rapporter leurs propres paroles pour voir le peu de fond qu'il y a à faire sur leur témoignage. At' vero, dit ce dernier, Ludovico decedente Balbo, filius ejus Karolus cognomine M.inor post eum regnavit, contra quem Franci conjurantes, eum de regno expulerunt, fi* Odonem Aquitaniae ducem pro eo regnare constituerunt, qui nec integris etiam in regno duobus substitit annis, cui filius successit Arnulfus in ipso pêne initio regni sui jam semivivus, &c. Adhémar% qui s'exprime à peu près dans les mêmes termes, ajoute : Hic Odo fuit filius Raimundi comitis Lemovicensis , fi-c.^ passages qui contiennent autant d'erreurs que de mots.
Le roi Eudes fit mourir Rainulfe II, dont la fidélité kxi étoit suspecte. Nos' généalogistes prétendent que ce dernier étoit déjà décédé au mois d'octobre de l'an 892, suivant la charte du jeune Ebles, son fils, que nous avons citée & dont la date est ainsi conçue ; Actum* Pictavis.... anno incarnationis 892, indictione IX, die X mensis octobris, régnante domno Odone rege anno lii; mais il est certain que Rainulfe II ne mourut qu'après le i5 d'octobre de l'an 893. En voici les preuves :
1° L'année de l'Incarnation a été ajoutée à cette charte : elle doit appartenir au 10 octobre de l'année 891, & non de la suivante, puisqu'elle est datée de l'indiction IX & de la troisième année du règne du roi Eudes. Or, suivant les Annales' de Réginon
' Vita S. Genulfi, l.z, c. 17. — Bibl. Floriacensls, t. 2, p. 42 & seq.
' Adhémar de Chabanals, p. i63.
' Labbe, Tables gén. p. 386. — Histoire générale des Provinces de France, t. 2, p. 5i3.
"* Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 211.
' Réginon, ad ann. 892. — Annal. Mettens. p. 327.
Note
Ed.orig.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
& de Metz, Rainulfe II étoit encore en vie au mois de juillet de l'an 892, ce qui fait voir l'erreur de la Chronique de Saint- Maixent' qui rapporte la mort de ce seigneur à l'an 890".
2" Nous savons' qu'incontinent après la mort violente de Rainulfe II, le jeune Ebles, son fils, se réfugia en Auvergne auprès de Guillaume le Pieux, son parent. Or ce jeune seigneur étoit encore à la cour & auprès du roi Eudes, le i5 d'octobre de l'an 898, comme il paroît par une charte "* datée du même jour, suivant laquelle ce prince lui donna quelques fiefs dans la Touraine.
3° Il est certain que Rainulfe II étoit encore en vie l'an 893, puisqu'il se réconcilia seulement cette année ^ avec le roi Eudes, qui le fit mourir quelque temps après. Il est vrai que le jeune Ebles est qualifié comte dans la charte de 892, & qu'il paroît avoir contracté en son nom & sans être autorisé par son pèrej mais cela ne prouve nullement que son père dût alors être mort, comme on le prétend^. Tout ce qu'on peut inférer de là, c'est que comme cette charte' est datée de Poitiers & que Rainulfe II était encore alors' rebelle à Eudes, il pouvoit avoir confié le comté ou gouvernement particulier de cette ville au jeune Ebles, son fils. Nous savons^, d'ailleurs, que le roi Eudes disposa du comté de Poitiers, aussitôt après la mort de Rainulfe II, en faveur d'Adhémar, & que le jeune Ebles, qui étoit alors dans cette
' Chronique de Saint-Maixent. — Labbe, B'ihl, nova, t. 2, p. 199.
' Ce sont au contraire les Annales de Réginon & de Metz qui se trompent, & la Chronique de Saint-Maixent qui a raison. Ranulfe II mourut en 890. Voyez la Note rectificative. [E. M.j
' Adhémar de Chabanais, p. i63. — Clironicon Malleac. p. 201 .
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 211 & suiv.
'Réginon, ad ann. 893, — Annal. Mettens.
® Histoire générale des Provinces de France, t. 2, p. 5i3.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 211.
* Annal. Mettens. p. 328.
' Adhémar de Chabanais, p, i63.
ville, se retira incontinent en Auvergne où il demeura plusieurs années avant que de la recouvrer : preuve que Rainulfe II étoit encore en vie dans le temps de cette charte. Que si le jeune Ebles contracta en son nom, c'est qu'il étoit sans doute émancipé. Enfin, il est certain' que l'abbé Ebles ne mourut que le 10 d'octobre de l'an 898 : ainsi on. ne sauroit conclure' de ce que le jeune Ebles fait don, dans cette charte, à Véglise de Saint-Martîn-de-Tours, pour y prier Dieu pour lui, pour Vâme de Rainulfe, son père, & de ses oncles Gaw^bert £■ Ebles, qu'ils étoient morts alors; car outre que, suivant l'usage, on faisoit ces donations pour l'âme des vivons comme pour celle des morts, on devroit en conclure que le jeune Ebles étoit mort aussi, puisqu'il fait cette donation pour son âme, pro retributione^ animae meae.
LXXXVI. Adhémar, à qui le roi Eudes donna le comté de Poitiers en 898, après la mort de Rainulfe II, étoit fils"* d'Emenon, qui avoit été dépossédé de cette dignité en 839. Par là, le comté de Poitiers rentra dans cette branche ; car nous avons déjà observé qu'Emenon, père d'Adhémar, étoit frère de Bernard, aïeul de Rainulfe II. Le roi Eudes s'en tint donc à l'usage déjà établi de conserver les dignités dans les familles \
Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine.
— LXXXVII. Adhémar ne succéda pas cependant au duché d'une partie de l'Aquitaine, possédé par Rainulfe II. Cette dignité fut conservée véritablementdans sa famillej mais elle passa sur la tète de Guillaume le Pieux, marquis de Gothie & comte d'Auvergne, qui se qualifia duc d'Aquitaine, après l'an 893, & depuis la mort de Rainulfe II, mais non pas auparavant.Guillaume prit ce titre ou parce qu'il prétendoit lui apparte-
' Réginon, ad ann. 893. — Annal. Mette p. 328. — Mabillon, ad ann. 892, n. 6.
' Histoire générale des Provinces de France, t. 2 p. 5i 3.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 209.
"* Adhémar de Chabanais, p. i63.
* Il n'y avait aucun lien de parenté entre la famille d'Emenon & celle des Ranulfe; ces deux familles étaient au contraire ennemies. [E. M.]
NoTG
Note
nir en qualité de descendant en ligne directe Ramnulfus consanguîneus erat WilUJmi nohî- & plus proche héritier de S. Guillaume, Uss'imi comîtis Arvernorum. Il est rapporté fondateur de Gellone, son bisaïeul, de Ber- dans l'un & dans l'autre que Raintilfe, se nard, son aïeul & de Guillaume, son oncle, voyant mourir par le poison qu'on lui successivement ducs de Toulouse ou d'A- avoit donné, recommanda son fils Ebles à quitaine; ou parce que le roi Eudes, qui S. Géraud, fondateur de l'abbaye d'Aurillac, avoit alors fait la paix avec lui &; qui avoit qui l'emmena secrètement en Auvergne auintérêt à le ménager, le lui déféra après la près de Guillaume le Pieux, lequel, en quamort de Rainulfe II. Ainsi le duché d'Aqui- lité déparent de ce jeune seigneur, prit taine, dont le roi Charles le Chauve avoit soin de son éducation. Regressusque' a dépouillé la branche aînée pour le trans- palatîo sanctus GeralJus, clam subductum férer dans la ligne collatérale, en la per- fiîium Ramnulfi a Pictavîs, Willelmo duel sonne de Rainulfe I, comte de Poitiers, ren- Aquîtanîae comîti Arvernîs credîdït nutrientra par là dans la première. Guillaume le dum, cul consanguîneus erat. Pieuxétant mort sans enfans, ce duché passa XC. Nous avons plusieurs raisons qui ne dans une autre branche, qui ayant égale- nous permettent pas de douter qu'Adhément manqué, il revint dans celle des com- mar, à qui le roi Eudes rendit le comté de tes de Poitiers î en sorte que cette dignité Poitiers, possédé auparavant par son père demeura toujours dans la même famille, Emenon, ne fût de la même famille que le du moins depuis le milieu du neuvième siè- jeune Ebles, fils de Rainulfe II, & de la cle jusqu'au milieu du douzième. C'est ce race de S. Guillaume de Gellone , bisaïeul que nous allons tâcher de développer en de Guillaume le Pieux. Nous nous fondons faisantvoir l'union de toutes ces branches '. 1° sur l'usage constamment observé sous le LXXXVIII. Il paroît certain, par les preu- règne du roi Eudes de conserver les dives que nous avons déjà rapportées, que gnités dans les mêmes familles 3 2° sur la Guillaume le Pieux descendoit en ligne conformité des noms. Nous savons, d'un directe de S. Guillaume de Gellone, & nous côté, que S. Guillaume, fondateur de Gelsavons, d'ailleurs, qu'il étoit consanguin , lone, avoit un frère appelé Adalelme% & c'est-à-dire de la même famille que le nous trouvons de l'autre qu'Adhémar avoit
Note
Hd.orl-.
jeune Ebles, fils de Rainulfe II, d'où il s'ensuit que celui-ci étant également consanguin de Rainulfe I, comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, ainsi que nous l'avons déjà vu, tous ces seigneurs dévoient être de la même race.
LXXXIX. Il est fait mention dans divers' auteurs de la parenté qu'il y avoit entre Rainulfe II & Guillaume le Pieux, Summamque habuit amîcltiam, dit Adhémar de Chabannes' , (Ramnulfus) cum propinquo sua Willelmo comité Arvernis , ou comme s'exprime la Chronique'' de Maillezais : qui
' Voyez la Note rectificative où nous avons cherché à déiiéler l'écheveau généalogique, si étrangement embrouillé ici par les savants Bénédictins. [E. M.]
" Fragm. hist. apud Marten. Thésaurus anecd. t. 3, p. 1 2 1 1 . — Labbe, Bihl. t. 2, p. ySô. — Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 199.
' Adhémar de Chabanals, p. i63.
^ Chronicon Malleac. Bihl. nova, t. 2, p. 201. — Voyez Martène, Collectio ampliss. t. 5, p. i 166.
aussi un frère' de même nom. Ainsi Adalelme, frère de S. Guillaume de Gellone, fut vraisemblablement aïeul d'Adhémar &:
d'Adalelme, fils d'Emenon'*, comte de Poitiers. Nous voyons encore que ce dernier avoit un frère appelé Bernard^ comme le fils de S. Guillaume de Gellone; 3° sur ce que le jeune Ebles, dans la charte^ de l'an 891 ou de l'an 892 dont on a déjà parlé, fait mention du même Adhémar qu'il appelle son parent , per încrementa chartarum ab Adalardo filio Ededonis nostro propinquo obtinuit pater meus, où il faut lire sans doute , ab Ademaro filio Emenonis ; 4° nous savons
' Adhémar de Chabanals, p. i63.
^ Voyez aux Preuves de ce volume, Chartes & Diplômes, n. XII, Donation du comte Guillaume a l'abbaye de Gellone.
5 S. Odon, Vita S. Geraldi, Bibl. Cluniac. p. 84,
■• Adhémar de Chabanals, p. 162 & sulv.
5 Ibid. p. 160.
** Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 210.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
enfin qu'Adhémar prétendoit que le comté de Poitiers lui appartenoit, comme étant plus proche héritier d'Emenon, son père, qui en avoit été'dépouillé l'an 889, ce qui lui attira l'inimitié de Rainulfe II, & du jeune Ebles, son fils, comme le remarque une ancienne chronique' : Ramnulfus quoque Pictavensis & Ademarus filius Emenonis inimici erant pro urbe Pictavîs quant Ademarus conabatur sibi vîndicare pro pâtre suo Emenone. Toutes ces raisons confirment, ce semble, ce que nous avons déjà avancé, savoir que Bernard, mari de Blichilde & frère d'Emenon, comte de Poitiers, fut aïeul paternel de Rainulfe II, comte de la même ville & duc d'Aquitaine, & que tous ces seigneurs descendoientde la même tige. XCI. Il est fait mention des deux frères Adhémar & Adalelme en plusieurs endroits du poëme d'Abbon ' sur le siège de Paris par les Normands. Cet auteur rapporte' qu'Adalelme étoit neveu (nepos) du roi Eudesj Duchesne a ajouté ces mots à la marge : Adalelmus nepos ex sorore Odonîs ; ce qui prouveroit qu'une fille de Robert le Fort avoit épousé Emenon , comte de Poitiers, père de ces deux seigneurs. Cependant'' Réginon, sous l'an 898, explique différemment la parenté qui étoit entre le roi Eudes & Adalelme. Il dit que le dernier étoit oncle de ce prince , quoiqu'il assure en même temps que le comte Waltharius , fils du même Adalelme,, étoit neveu d'Eudes : Waltharius cornes nepos Otthonîs régis, filius scilicet avunculi ejus Adalelmi ; ce que nous ne comprenons pas, à moins qu'on ne doive lire nepotis ejus ou sororis ejus, au lieu à' avunculi. Car si Adalelme étoit neveu du roi Eudes par la sœur de ce prince, Waltharius aura été petit-neveu de ce dernier, ce qui pourroit concilier Abbon avec Réginon , tous les deux auteurs contemporains. Le dernier peut donc avoir donné la qualité de neveu , nepos , à Waltharius à l'égard du roi Eudes, quoiqu'il fût son petit-neveu :* car si la leçon de Réginon subsiste , Wal-
' Adhémar de Chabanais, p. i63.
' Atbon, de Bello urhïs Paris, p. 609, 5 16, 52 i & seq.
^ Ihii. p. 509.
* Réginon, Chronicon, p. 63.
tharius n'aura été que cousin germain de ce prince. Quoi qu'il en soit, il est du moins certain qu'Adhémar, comte de Poitiers, frère d'Adalelme, étoit parent du roi Eudes; ce qu'Abbon' assure positivement :
Consul Ademarus régi copulatus eidem
Progenie
consanguineus sua prétérit arma,
XCII. Nous avons lieu de croire que Raynald , comte d'Herbauges (Herbaliciensis), doit entrer aussi dans la généalogie de S. Guillaume de Gellonej car outre que Bernard, mari de Blichilde & frère d'Emenon , comte de Poitiers , se retira ' auprès de lui , après sa disgrâce arrivée en 889, il est rapporté d'ailleurs, dans un ancien historien', que Ranulfe I, comte de Poitiers, & Rainon , comte d'Herbauges , son parent (consanguineus ejus), combattirent en 852 contre les Normands. Or, il paroît * que le même Rainon étoit fils de Raynald & frère puîné d'Hervé qui étoit certainement fils de ce dernier, & qui mourut en 845. Raynald étoit peut-être frère de Gérard, comte d'Auvergne, père de Rainulfe I, comte de Poitiers, & ils pouvoient être fils l'un & l'autre de quelqu'un des frères de S. Guillaume , duc de Toulouse & fondateur de Gellone.
XCîII. Nous n'ignorons pas que Besly ' & tous nos modernes rapportent d'une manière différente la généalogie de Raynald , comte d'Herbauges, qu'ils font a'ieul paternel du même Rainulfe I , par Bernard son fils puiné : mais comme il est certain que ® Rainulfe I étoit fils de Gérard , comte d'Auvergne & non de Bernard, prétendu fils de Raynald, comte d'Herbauges; & n'y ayant
' Atbon, de Bello urhis Paris, p. 522.
" Adhémar de Chabanais, p. 160.
' Ihid, p. 162. — Chronique de Saint-Maîxent, p. 198.
t Adrevald. Mirac. S. Ben. 1. i , c. 33. — Adhémar de Chabanais, p. 161.
5 Besly, Histoire des comtes de Poitou. — Labbe, Tables gén. p. 38i & suiv. — Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne. — Histoire générale des Provinces de France, t. 2, p. 5iO & suiv.
6 Adhémar de Chabanais, p. 160.
NOTB
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.orig.
d'ailleurs aucune preuve 'que ce dernier ait eu un fils appelé Bernard , tout le système de ces auteurs qui se sont copiés les uns les autres, tombe entièrement. Besly prétend ' encore que Rainon, comte d'Herbauges, qu'il appelle Raimon, étoit petitfils de Raynald par Hervé, fils aîné de ce dernier • mais on ne sait pas si Hervé fut marié & s'il laissa aucune postérité. Rainon devoit être plutôt fils de Raynald qui laissa plusieurs ' enfans , & à qui il succéda immédiatement dans le comté d'Herbauges.
XCIV. Nous venons de dire qu'il n'y a aucune preuve que Raynald, comte d'Herbauges, ait eu un fils appelé Bernard. Besly qui
Nous savons qu'il étoit fort lié d'amitié ' avec Guillaume le Pieux & avec Rainulfe II, comte de Poitiers, & que ce dernier lui recommanda en mourant son fils Ebles. S. Géraud, d'une famille très-illustre, étoit fils' d'un autre comte appelé Géraud ou Gérard comme lui & d'Adeltrude , & il étoit petitfils ' de Mathilde, fille de Pépin I, roi d'Aquitaine''. Or, nous avons déjà vu que Gérard, comte d'Auvergne & père de Rainulfe I, comte de Poitiers, épousa une fille de ce prince. Ainsi , S. Géraud étoit vraisemblablement petit-fils de Gérard, comte d'Auvergne, qui devoit avoir eu Rainulfe I, comte de Poitiers , d'un autre lit ; car nous
Note
l'a cru a été trompé par un manuscrit fautif savons, d'un côté, que celui-ci obtint ce
de la Chronique d'Adhémar de Chabannes où il est dit qu'Hervé & Bernard, qui moururent l'an 844 dans un combat contre les Normands, étoient fils de Raynald, comte d'Herbauges : mais dans l'édition correcte que le P. Labbe nous a donnée de cet auteur ^ sur plusieurs manuscrits , il est rapporté seulement qu'Hervé étoit fils de Raynald; & en effet, les chroniques ^ postérieures à celle d'Adhémar , lesquelles l'ont copiée, donnent au seul Hervé la qualité de fils de Raynald. Une semblable faute s'est glissée dans l'édition de la vie de Louis le Débonnaire par l'Astronome, dont Besly s'est ® servi au sujet de Gérard, comte d'Auvergne , père de Rainulfe I & gendre du roi Pépin. On lit dans l'édition de Besly : Reginardus cornes S- gêner quondam Pîpplni; au lieu qu'il faut lire 'avec Duchesne : Regînardus cornes , Gerardus îtidem cornes & gêner quondam Pîppîni , &c. , ce qui fait un sens différent.
XCV. Il paroît encore que S. Géraud , fondateur de l'abbaye d'Aurillac , descendoit de Gérard , comte d'Auvergne , & père de Rainulfe I, & qu'il étoit par conséquent de la famille de S. Guillaume de Gellone.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. i3. ' Adrevald. Mirac. S. Ben. 1. i , c. 33. ' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 169. "* Adhémar de Chabanais, édit. Labbe, p. 161. ' Chronicon Malleac. -p. 197. — Chronicon Thuan, apud Besly, 169.
^ Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 169. ' Duchesne^ t. 2, p. 317.
comté en 889 , & que de l'autre Pépin I ne s'étant marié qu'en 822 , il ne put avoir eu une fille nubile que longtemps après.
XCVI. Géraud ou Gérard, père de S. Géraud d'Aurillac , est sans doute le même que Gérard , comte de Limousin , dont il est fait ' mention dans le cartulaire de l'église de Limoges & qui vivoit la huitième année du règne de Charles le Chauve. Ce qui nous porte à le croire , c'est qu'il paroît que Gérard, comte d'Auvergne, qui fut tué l'an 841 à la bataille de Fontenai, étoit parent ® de Ratharius , comte du Limousin , qui fut tué aussi dans la même action. Or, comme nous savons que le successeur de ce dernier s'appeloit Gérard , & que c'étoit déjà l'usage sous le règne de Charles le Chauve de conserver les dignités dans les familles , il est assez vraisemblable que Gérard, comte du Limousin, étoit fils du comte d'Auvergne de même nom.
XCVII. On peut confirmer ce que nous venons de dire touchant la descendance commune des comtes de Poitiers &de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, par un endroit de Guillaume' de Malmesbury, que Besly
' S. Odon, Vita. S. Geraldi, p. 67, 83, 99, 100.
' Ihid. p. 67.
' Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, saec. 5, p. 6.
^ Il est bon de remarquer que saint Odon, qui a écrit la vie de S. Géraud, ne dit absolument rien qui puisse donner au saint cette origine. [E. M.]
^ Baluze, Hist. Tutellens. p. 9.
^ Adhémar de Chabanais, p. 161.
' GuillaumedeMalmesbury,£r;jt. 1. 2,c. 6, p. 28.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
n'a pas su comprendre '. L'historien anglois rapporte que Louis, duc ou prince d'Aquitaine, qui épousa au commencement du dixième siècle une fille d'Edouard I , roi d'Angleterre, étoit de la race de Charlemagne. Mais comme on ne connoît aucun membre de la famille des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine , qui portât alors le nom de Louis , Besly est persuadé que cet auteur a voulu parler d'Ebles , comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, dont le nom peut avoir été altéré par les copistes, & qui épousa en effet Adèle , fille d'Edouard I , roi d'Angleterre. Or, S. Guillaume de Gellone étant de la race de Charlemagne % il s'ensuit qu'Ebles, comte de Poitiers, qui étoit de la même race, devoit avoir une descendance commune avec Guillaume le Pieux, arrière-petit-fils de S. Guillaume de Gellone. Aussi le roi Lothaire , parlant du même Ebles dans une charte de l'an 962 , l'appelle-t-il ' son cousin.
XCVIII. Un généalogiste moderne donne une interprétation différente "* aux paroles de Guillaume de Malmesbury : il prétend que Louis , prince d'Aquitaine , dont cet historien fait mention , est le même que Louis l'Aveugle , fils de Boson , roi de Provence. Il appuie son sentiment sur ce que, suivant Chorier, les écrivains de ce temps-là confondent souvent l'Aquitaine avec la Provence, & sur ce que Louis l'Aveugle étoit fils de Boson qui avoit été comte de Bourges en Aquitaine.
Mais 1°, quand il seroit vrai que Louis l'Aveugle eût épousé une fille d'Edouard I, roi d'Angleterre, ce qui n'est fondé que sur les conjectures très-incertaines de Chorier % il ne s'ensuit nullement que la fille d'Edouard, dont parle Guillaume de Malmesbury , ait été son épouse , puisque nous savons ®,& que ce même généalogiste^
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 40,
' Voyez Thegan. c. 36, p. 281.
' Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, Instr, p, 36 1.
^ Histoire généalogique de la maison de France, t. I, p. 61 .
' Chorier, Hist, duDauph. p. 716.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 40, 225 & suiv.
' Histoire généalogique de la maison de France,
t. tj p. 5i3.
en convient, qu'Ebles épousa une des filles de ce roi du troisième lit. Or, Chorier prétend que cette fille d'Edouard du troisième lit est la même que la femme de Louis l'Aveugle. D'ailleurs, le sens de Guillaume de Malmesbury n'est pas, comme l'explique Chorier, que le prince d'Aquitaine qui épousa la fille du roi d'Angleterre , ne fût de la race de Charlemagne que par femmes. Tertîam.... sortitus est Ludovicus Aquitanorum princeps de génère Caroli M.agni superstes ; ce qui marque plutôt, à ce qu'il paroît, une descendance par mâles. Si le prince d'Aquitaine, gendre d'Edouard, ne descendoit de la race de Charlemagne que par femmes , il n'y avoit rien là de fort extraordinaire & qui ne fût commun à plusieurs familles du royaume.
2° C'est avec raison que Besly' croit ou que le nom de Louis a été substitué par les copistes à celui d'Ebles, Ebolus^ dans le texte de Guillaume de Malmesbury, ou qu'ils ont corrompu ce nom. Il leur a été en effet plus aisé de l'estropier & de prendre l'un pour l'autre, qu'il ne l'a été à Guillaume de Malmesbury & à Ingulphe, qui dit la même chose, d'ignorer si Louis l'Aveugle étoit roi d'Aquitaine ou de Provence, & de se tromper sur le nom de la principauté de celui qui épousa la fille d'Edouard. Il est vrai que Chorier prétend que les auteurs du temps ont confondu la Provence avec l'Aquitaine : mais il n'en apporte d'autre témoignage que celui de Léon d'Ostie' qui parlant d'Hugues, comte de Provence, lequel vivoit dans un temps fort éloigné du sien, l'appelle comte d'Aquitaine 3 sur quoi cet auteur s'est trompé certainement. Il faudroit faire voir que les historiens anglois du douzième siècle ont véritablement confondu la Provence avec l'Aquitaine qui devoit alors leur être fort connue, ce que Chorier ne fait pas. Pour ce qui est de Boson, père de Louis l'Aveugle, il est vrai qu'il fut comte de Bourges : mais on sait que ce comté ne passa pas à son fils, & qu'il en jouit lui-même très-peu de temps à cause do sa révolte qui suivit de près; en sorte que
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 40, 225 & suiv.
'Léon d'Ostie, Chronicon Cassin. n. 8(7.
Note
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Éd.orig.
262 NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
ni lui ni son fils Louis ne possédèrent plus & au sentiment de plusieurs de nos critirien depuis en Aquitaine. ques, descendoit de Wifred ou Acfred, comte XCIX. Nous pouvons appuyer ce que nous de Bourges en 828 '. Or, nous avons déjà vu venons de dire touchant la descendance que ce dernier étoit de la famille de Charcommune de Guillaume le Pieux, comte lemagne, de même que S. Guillaume, fond'Auvergne & d'Ebles, comte de Poitiers, dateur de Gellonej 2° suivant l'acte^ de sur ce que S. Guillaume de Gellone eut plu- consécration de l'église de Formiguera , sieurs' frères qui, à ce qu'il paroît, eurent dans le Capcir, le comte Acfred étoit frère des enfans. Ce duc fait mention dans son du comte Oliba, & cet Acfred doit être le
testament, en l'an 804, de son neveu Bertrand, & nepote meo Bertranno. Or, celui-ci devoit être fils d'un des frères de Guillaume, puisque Bernard son fils aîné ne se maria"" qu'en 825, & que ses deux sœurs uniques'
même que l'époux d'Adelinde, sœur de Guillaume le Pieux, puisqu'il étendoit son autorité sur les comtés de Carcassonne & de Razès, & que les temps y conviennent. Or, il est fait mention en même temps, dans
moururent vierges. Il ne paroît pas, d'ail- cet acte, des deux frères, les comtes Wifred
leurs, que ce duc eût alors quelqu'une de & Miron qui avoient fait bâtir cette église,
ses filles mariée. Reprenons la suite des conjointement avec les deux autres, pour
ducs d'Aquitaine depuis Guillaume le Pieux. eux & pour leurs parens ; d'où on doit conclure que ces quatre comtes avoient une
(? VI. — Suite des ducs d'une partie de VAqui- descendance commune. Ainsi, Wifred le
taine depuis Guillaume le Pieux. — Comtes Velu & Miron, comte de Roussillon, qui
de Carcassonne & de Rao^^ès.
Guillaume II, comte d'Auvergne , DUC d'Aquitaine , fils d'Acfred , COMTE de Carcassonne. — Acfred , DUC d'Aquitaine , frère de Guil - LAUME II. — C. Guillaume le Pieux étant mort sans enfans l'an^ 918, ses deux neveux, Guillaume & Acfred, fils de sa sœur Adelinde, lui succédèrent l'un après l'autre dans le duché' d'Aquitaine, non pas tant parce qu'ils étoient ses plus proches parens & qu'ils dévoient lui succéder naturellement.
sont ces deux frères, étant de la race de S. Guillaume, fondateur de Gellone, comme nous l'avons déjà vu, il s'ensuit que les deux comtes Oliba & Acfred en étoient aussi.
Cil. Cet acte prouve qu'Acfred, beaufrère de Guillaume le Pieux, avoit déjà le titre de comte vers l'an 878, & c'est à peu près à cette année qu'il faut le rapporter; car il est certain qu'on ne sauroit faire aucun usage de sa date telle qu'on la lit' dans la copie qui a été tirée des archives de l'église de Narbonne, où l'original ne se trouve
que parce qu'ils étoient, ce semble, comme plus, puisqu'elle est fautive pour l'année lui de la race de S. Guillaume de Gellone, de l'Incarnation & celle du règne de duc de Toulouse ou d'Aquitaine. Voici les Charles le Chauve, qui ont été sans doute
raisons qui nous le persuadent :
CI. 1° Ces deux frères étoient fils d'Acfred comte de Carcassonne qui, à ce qu'il paroît"
' Voyez dans les Preuves de ce volume, aux Chartres & Diplômes, n. XII, Donation du comte Guillaume a Vabhaye de Gellone. — Acta Sancîorum ordinis S. Benedicti, saec. 4, part, i, p. 88.
altérées dans cette copie, &qui ne peuvent s'accorder entre elles, ni avec l'indiction. Tout ce qu'on en peut conclure de certain, c'est que Sigebode, archevêque de Narbonne, ayant fait la consécration de l'église
' Acfred ou Aifroi était frère d'Oliba II, comte
Dodane, Manuale. — Acta Sanctorum ordinis de Carcassonne, & fils d'Oliba, premier du nom.
Acfred, comte de Bourges, est un personnage apocryphe, inventé par l'auteur de la légende de saint Genou. [E. M.]
' Voyez dans les Preuves de ce volume , aux Chartes & Diplômes, n. XCIX , Consécration de l'église de Notre-Dame de Formiguera dans le Capcir. * lèid.
sancti Benedicti , p. 710.
' Acta Sanctorum ordinis S. Benedict & 77.
■* Chronicon Malleac. p. 201,
' Baluze, Histoire généah vergne, t. 1, p. 20 & suiv.
^ Ibid. t. I , p. i5 & suiv.
de la maison d'Au-
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
de Formiguera, suivant cet acte le 21 de septembre, indiction VI, sous le règne du roi Charles le Chauve, cet événement dut arriver entre l'an 872, que ce prélat succéda à Frédold son prédécesseur & l'an 876, que Charles le Chauve prit le titre d'empereur. Ainsi, comme l'indiction vi, supputée depuis le mois de janvier, convient avec l'an 873, cette consécration dut se faire le 21 de septembre de la même année.
cm. Acfred, mari d'Adelinde, étoit donc déjà comte dès l'an 873, & il est certain d'ailleurs qu'il fut comte de Carcassonne ou de Razès, du moins depuis l'an 883 jusque vers l'an 906. Mais comme nous voyons d'ailleurs qu'Oliba, son frère, prenoit' encore le titre de comte de Carcassonne l'an 877, cela nous donne lieu de croire ou que l'un étoit comte de Carcassonne & l'autre de Razès, comtés qui demeurèrent toujours réunis dans la même famille en la personne de leurs successeurs j ou plutôt qu'ils possédèrent ces deux comtés par indivis, de quoi il y a d'autres exemples.
CIV. Nous trouvons' un autre comte de Carcassonne appelé Oliba qui vivoit l'an 820 & l'an 835, & qui étoit déjà décédé en 837, ce qui nous donne lieu de conjecturer qu'il étoit père ou plutôt aïeul d'Oliba II & d'Acfred ; car nous voyons qu'il est fait mention dans un ancien monument' d'un Louis, comte de Carcassonne, vers le milieu du neuvième siècle, & qui, à ce qu'il paroît, étoit fils d'Oliba I, comte de la même ville*. Nous savons du moins qu'en 820^ un seigneur appelé Louis signa un acte après Oliba I, & avant Elmetrude,
' y oyez aux Preuves de ce volume, aux Chartes & Diplômes, sous le n. CVII , Charte de l'empereur Charles le Chauve en faveur d'Oliha, comte de Carcassonne.
' Voyez aux Preuves de ce volume, n. XXXVI, Donation faite par Oliba, comte, & Elmetrude, sa femme, a Adalric.abbé, & au monastère de la Grasse; n. IV, Donation faite par R'ichilde, femme d'Oliba, & comte, au monastère de la Grasse.
^ De Vie, Histoire de Carcassonne, p. 5o.
■* Il faut supprimer ce comte Louis de la liste des comtes de Carcassonne, parce qu'il n'a jamais existé. Oliba II était fils d'Oliba I. [E. M.]
* Voyez aux Preuves de ce volume, n. XXXVI, Donation faite par Oliba, comte, & Elmetrude, sa
épouse de ce dernier; ce qui nous donne lieu de croire qu'il étoit leur fils. Quoi qu'il en soit, si Acfred, mari d'Adelinde, étoit de la même famille que Wifred le Velu, comte de Barcelone, ainsi qu'il est trèsvraisemblable, & s'il descendoit d'Oliba I, comte de Carcassonne, ce dernier pouvoit être frère de Sunifred, marquis de Gothie, père du même Wifred le Velu.
CV. Charles le Simple, par un diplôme du 3 de novembre de l'an 908 , confirme ' l'abbaye de la Grasse dans la possession de l'église de Saint-Etienne dans le Carcasses, conformément à la donation que le comte Bencion de bonne mémoire lui en avoit faite, £• de la même manière que le comte Oliba avoit possédé cette église. Nous savons d'ailleurs que le roi Charles le Chauve l'avoit donnée au comte Oliba II', l'an 870. Nous concluons de là : 1° que le comte Bencion vivoit après l'an 899, puisque l'église de Saint -Etienne n'appartenoit pas encore alors à l'abbaye de la Grasse; car il n'en est rien dit dans une autre charte' de Charles le Simple datée de cette dernière année, dans laquelle on trouve l'énumération des biens qui appartenoient à ce monastère; 2° que le même comte Bencion devoit être mort au mois de novembre de l'an 908, puisque Charles le Simple, dans la charte de cette année, l'appelle de bonne mémoire; 3° enfin qu'il devoit être fils d'Oliba II, & lui avoir succédé dans les comtés de Carcassonne & de Razès, puisqu'il possédoit les mêmes biens que ce dernier, qui laissa certainement des enfans.
CVI. C'est ce qui paroît par un autre monumenf* de l'abbaye de Montolieu, au dio-
femme, a Adalric, abbé, & au monastère de le Grasse.
' Voyez dans le tome V de cette édition. Chartes & Diplômes, n. XXXIV, Charte de Charles le Simple en faveur de l'abbaye de la Grasse.
' Voyez aux Preuves de ce volume. Chartes & Diplômes, n. XCIV, Charte de Charles le Chauve en faveur d'Oliba, comte de Carcassonne.
^ Voyez dans le tome V de cette édition. Chartes & Diplômes, n. XXII, Charte de Charles le Simple en faveur de l'abbaye de la Grasse.
^ Voyez aussi au tome V, Chartes & Diplômes, n. LÎX, Donation faite a l'abbaye de Montolieu par Acfred //, comte de Carcassonne.
Note
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Éd.orig.
cèse de Carcassonne, de l'an 984, lequel contient une donation faite alors à ce monastère par un comte appelé Acfred, qui se dit fils d'Oliba. Nous croyons donc qu'Oliba II fut père de Bencion, & que celui-ci étant mort sans postérité, son frère Acfred II lui succéda avant l'an 908. Au reste, ce comte Bencion est différent du comte de même nom qui possédoit par indivis' avec Gausbert, son frère, le comté de Roussillon, au commencement du dixième siècle; car le dernier Bencion vivoit encore l'an giS" & il est certain que le comte de Carcassoiane de ce nom étoit déjà mort en 908. Cette conformité de noms peut servir cependant à confirmer ce que nous avons déjà dit de la descendance commune de ces comtes. Nous ignorons si Acfred II, comte de Carcassonne & fils d'Oliba II, laissa des enfans; & si Arnaud, que nous trouvons avoir possédé ce comté avec celui de Razès, vers l'an 949, & duquel descendent les autres comtes héréditaires de ces deux pays, étoit de sa famille. L'hérédité des dignités qui étoit alors établie peut seulement donner lieu de croire que ces derniers étoient tous de la même race que les autres.
CVII. On peut confirmer la descendance commune des Acfred , comtes de Carcassonne , & d'Acfred, comte de Bourges sous Louis le Débonnaire, & leur parenté avec les comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine , parce que nous voyons que l'abbaye de Saint-Hilaire , de Poitiers , fut possédée comme héréditairement' au neuvième siècle par quelqu'un de leur famille. Rainulfe I , comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, jouissoit ■* de cette abbaye l'an 867 , lorsqu'il mourut , & le comte Egfrid ou Acfred s'en empara ^ après sa mort comme d'un bien appartenant à sa maison. Ce dernier ayant été tué un an après, Charles le Chauve disposa * de l'abbaye de Saint-Hilaire en faveur de Frotaire , archevêque de Bordeaux , & l'ôta , comme rapporte un ancien
' Marco. Hispanica, p. 383, 840 & seq.
' nu.
' Gallia. Christiana, nov. edit. t. 2, p. i 225 &. seq. ■* Annal. Bert'in. p. 226.
' Ib'iâ. p. 229 « Ibid. p. 23o.
historien , aux fils de Rainulfe I, & non aux enfans de Robert le Fort , ainsi que le veulent quelques modernes '. Les parens de Rainulfe I rentrèrent bientôt après dans la possession de cette abbaye , car l'abbé Ebles la posséda jusqu'à l'an 898 qu'il mourut; le roi Eudes la donna alors à Acfred, évêque de Poitiers , qui paroît avoir été de la même famille , & cette abbaye demeura^ toujours depuis dans la maison des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine.
CVIII. Il ne paroît pas que Guillaume & Acfred, fils d'Acfred & d'Âdelinde , aient succédé à leur père dans les comtés de Carcassonne ou de Razès : ils en abandonnèrent sans doute la possession à leurs cousins Bencion & Acfred pour se retirer en Auvergne auprès de Guillaume le Pieux, leur oncle, dans l'espérance de recueillir sa succession. Guillaume succéda en effet à ce duc , qui mourut sans enfans , tant dans le duché d'Aquitaine que daiis le comté d'Auvergne. Il décéda en 927 , suivant la Chronique' de Frodoard. M. Baluze ''ajoute, on ne sait sur quelle autorité , que ce fut le 16 de décembre de la même année; mais cela n'est pas possible , puisque , suivant deux titres rapportés par cet auteur % Acfred son frère qui lui succéda après sa mort dans le duché d'Aquitaine, étoit déjà revêtu de cette dignité le 11 octobre de l'an 927. Il faut donc, ou que M. Baluze se trompe sur le jour de la mort de Guillaume II, ou si ce duc est mort effectivement le 16 de décembre , que ce soit en 926 , ce qu'on peut appuyer sur la Chronique de Massay ® qui rapporte sa mort sous cette année.
Quoi qu'il en soit , Acfred son frère lui survécut sans doute fort peu : nous ne trouvons du moins aucune preuve qu'il ait vécu après l'an 927. M. Baluze' prétend qu'il y a un titre de cette année dans
' Mabillon, ad ann. 868, n. 86. — Gallia Christiana, nov, edit. t. 2, p. 3o & i225.
' Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 1226. ' Duchesne, Hlst. t. 2, p. 597.
* Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, t. 1, p. 21.
5 Ibld. t. 2, p. 19 & suiv.
* Labbe, Blhl. nova^ t. 2, p. 733.
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auvergne, t. I, p. 22.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
lequel II prend la qualité de comte d'Auvergne & d'abbé de Brioude, comme son oncle Guillaume le Pieux & Guillaume , son frère, Vavoient aussi été; ce qui prouveroit qu'Acfred succéda à son frère dans le comté d'Auvergne, comme il est certain qu'il lui succéda dans le duché d'Aquitaine. Mais ce seigneur n'est pas qualifié comte d'Auvergne dans le titre' cité par M. Baluze ni dans aucun autre. On peut inférer seulement de cet acte, daté du 11 d'octobre de l'an 926, & par conséquent du vivant de Guillaume, son frère, qu'il possédoit alors les comtés de Brioude & de Gévaudan.
D'ailleurs Adhémar de Chabannes' assure positivement qu'après la mort de ce dernier, Charles le Simple donna à Ebles le comté d'Auvergne. M. Baluze' ajoute qu'il y a lieu de croire que ce prince s'en repentit, & qu'il révoqua le don quil avoit fait à Ebles ; car Acfred se maintint dans la possession de la comté d'Auvergne & de la duché d'Aquitaine jusqu'à son décès. Mais il n'y a aucune apparence que ce prince, qui ne peut avoir fait ce don qu'en 927, lorsqu'il eut été délivré de prison, s'en soit repenti, puisqu'il y fut remis bientôt après, & que Raoul son compétiteur étoit ennemi d'Acfred ; & on a déjà dit qu'il n'y a aucune preuve que ce duc se soit maintenu dans la possession du comté d'Auvergne.
Ebles, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine. — CIX. Guillaume II & Acfred son frère étant morts sans postérité, Ebles, comte de Poitiers, leur succéda dans le duché d'Aquitaine qui demeura depuis dans sa famille & qui avoit été possédé auparavant par Rainulfe II son père. Quelques annalistes des douzième & treizième siècles^ prétendent qu'Ebles succéda immédiatement dans cette dignité à Guillaume le Pieux & comme son plus proche héritierj mais ils se trompent, du moins pour le premier article. Ebles étoit né d'une
' Baluze, Histoire généalog. de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 19 & suiv.
' Adhémar de Chabanais, p. i65. — Chronicon Malleac, p. 202.
' Baluze, Histoire généalog. de la maison d'Auvergne, t. I , p. 25.
^ Martène, Ampliss. Coll. t. 5, p. 1 147 & 1 167.
NOTB
concubine"; & il est certain qu'il ne fut surnommé M.an':^er*, qui Veut dire bâtard % que parce qu'il étoit né d'un mariage illégitime, quoi qu'en dise le P. Labbe^, suivi parle P. Ange', qui prétend qu'il étoit fils d'Adélaïde, fille du roi Louis le Bègue, laquelle avoit épousé, selon lui, Rainulfe II, comte de Poitiers : mais ce mariage est avancé sans preuve; il paroît cependant que Rainulfe II eut* une épouse légitime dont il n'eut point d'enfans.
ex. Quoique Ebles ne fût que bâtard, cependant, comme il étoit fils unique de Rainulfe II, il prétendit lui succéder dans le comté de Poitiers, dont il s'empara en 902^ sur Adhémar son compétiteur, & dans la possession duquel il fut confirnié% après la mort de ce dernier, par le roi Charles le Simple, à qui il avoit rendu des services^ considérables. Nous ne trouvons à la vérité aucun titre où il prenne la qualité de duc d'Aquitaine : mais il est certain par les anciens historiens '" & par divers monumens du dixième siècle, postérieurs à sa mort arrivée vers l'an 935, qu'il parvint à cette dignité". Le roi Lothaire, parlant d'Adèle, sa veuve, s'exprime en ces termes : Consobrini ducisque potentissimi Eblonis conjux illustris Adela ; ce qui fait voir que le P. Ange " a eu tort de lui refuser le titre de duc d'Aquitaine & de traiter d'erreur le sentiment de Besly qui croit que Guillaume son fils hérita de lui de ce duché. Or il ne parvint à cette dignité que sur la fin de ses Éd.orig. jours & après la mort d'Acfred, neveu de ^.'-ji^ Guillaume le Pieux, puisqu'en 926 & les
' Adhémar de Chabanais, p. i63.
' Ibid. p. i65.
' Voyez Geoffroi du Vigeois. — Labbe, Bihl, nova, t. 2, p. 328. — Marca, Histoire de Béarn, p. 2o5.
t Labbe, Tabl. gén. p. 3o & 386.
^ Le P. Ange, Hist. gén. t. i , p. 35 j t. 2, p. 5 1 3.
" Adhémar de Chabanais, p. i63.
' Chronicon Malleac, p. 202.
* Adhémar de Chabanais, p. i65.
^ Labbe, Bibl. nova, t. i, p. 325.
'" Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 244 & 25 I. — Chronicon Malleac, p. 202. — Martène, Ampliss. Coll. t. 5, p. I 147 8c 1 167. — Chronicon Rotom. — Labbe, Bibl. nova, t. 1 , p. 365.
" Gallia Christiana, nov. edit, t. 2, imtr. p. 36 I
" Le P. Ange, Hist. gén. t. 2, p. 5i3 & suiv.
Note
années précédentes ', il ne portoit encore que le simple titre de comte.
Guillaume Tète-d'Étoupes, comte DE Poitiers et duc d'Aquitaine, et SES successeurs.^ — Ebles fut père de Guillaume Tète-d'Etoupes, comte de Poitiers, que le roi Louis d'Outre-mer confirma' dans la possession du duché d'Aquitaine. Du même Guillaume descendent les autres comtes de Poitiers, ducs héréditaires d'Aquitaine dont la famille, après avoir subsisté jusque vers le milieu du douzième siècle, finit en la personne d'Eléonor , héritière de ce duché.
CXI. Le roi Louis d'Outre-mer donna ^ aussi à Guillaume Tète-d'Etoupes les comtés de Poitou, de Limousin, de Vêlai & d'Auvergne, ou le confirma dans leur possession. Les comtes de Poitiers n'étendoient alors l'autorité ducale que sur une partie de l'Aquitaine; caries comtes de Toulouse, qui exerçoient dans ce temps-là la même autorité sur une autre partie de cette province, continuèrent de se qualifier de leur côté ducs ou princes d'Aquitaine jusque vers la fin du dixième siècle. Ceux-ci possédoient entre autres le Querci, l'Albigeois & le Rouergue, qui avoient toujours fait partie de l'Aquitaine propre , outre le marquisat & comté de Toulouse, compris anciennement dans ce royaume.
CXII. Il résulte de ce que nous venons de dire : 1° que c'est avec raison que les comtes de Toulouse prirent anciennement le titre de ducs d'Aquitaine, dont ils étoient en possession longtemps avant que les comtes de Poitiers ne se l'attribuassent; que s'ils paroissent l'avoir abandonné au onzième siècle, ce ne fut que pour y substituer celui de ducs de Narbonne, & qu'ainsi ils ont toujours joui de l'autorité ducale; 2° que c'est sans fondement qu'un généalogiste'' moderne a avancé que Charles le Chauve supprima le royaume d'Aquitaine érigé par Charlemagne, & qu'il y établit des
' Besly, Hist. des comtes de Poitou, p. 218 & suiv.
' Adhémar de Chabanais, p. 166. — Chronicon Malleac. p. 202.
^ Chronicon Mall/'ac. p. 202.
* Histoire générale des provinces de France, t. 2, p. 5io.
ducs à vie. Car outre qu'il est certain que Louis le Bègue étoit actuellement roi d'Aquitaine lorsque Charles le Chauve, son père, mourut, & que la suppression de ce royaume par ce dernier n'a aucun fondement, nous avons vu d'ailleurs qu'il y eut toujours des ducs en Aquitaine, depuis Charlemagne; 3° que Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, & les comtes de Poitiers ne prirent le titre de ducs d'Aquitaine que parce qu'ils descendoient de S. Guillaume, fondateur de Gellone & duc de Toulouse ou d'Aquitaine; qu'ils appartenoient à sa famille, & qu'ils regardoient ce duché comme héréditaire '.
Il est vrai que, s'il faut en croire quelques modernes, Guillaume le Pieux ne prit le titre de duc d'Aquitaine que parce que l'Auvergne, dont il possédoit le comté ou gouvernement, est qualifiée duché dans quelques monumens, savoir : dans un diplôme de Louis le Débonnaire " de l'an 825, & dans une charte ' de l'an 869. Mais on voit assez, par la suite & le sens de ces monumens, que le mot ducatus y est pris pour un pays ou un gouvernement particulier : situmin ducatum Arvernico ; obtinente ducatum ipsius regionis JVarino, &c. Aussi voyonsnous qu'entre ceux qui ont possédé ce comté sous la seconde race & dont nous avons une assez longue suite, Guillaume le Pieux & Guillaume, son neveu, sont les seuls qui aient pris ou à qui on ait donné le titre de ducs. D'ailleurs, comme il est certain qu'il y eut quelques comtes d'Auvergne qui furent ducs de l'Aquitaine austrasienne ou orientale sous la première race, le terme de duché peut être demeuré à ce pays pendant la seconde; c'est ainsi que le Poitou est appelé iuché dans quelques titres postérieurs au neuvième siècle, parce que ses comtes étoient ducs d'une partie de l'Aquitaine.
' Nous avons déjà signalé à plusieurs reprises l'erreur dans laquelle les Bénédictins étaient tombés au sujet de la descendance de S. Guillaume de Gellone. Voyez la Note addit. suivante. [E. M.]
^ Mabillon, ad ann. 825, n. 70.
^ Justel, Histoire des comtes d'Auvergne, p. 10, & Preuves, p. 11. — Baluze, Histoire généalog, de la. maison d'Auvergne, Preuves, p. 8.
Note
Note
RECTIF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE. LANGUEDOC
[Note rectificative ajoutée par les nouveaux: éditeurs.}