‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 37 sur 186 · LE ROYAUME D'AQUITAINE, SES COMTES, SES DUCS ET SES MARQUIS · texte numérisé non relu

LE ROYAUME D'AQUITAINE, SES COMTES, SES DUCS ET SES MARQUIS

Nous avons vu comment la charte d'Alaon avait surchargé l'histoire du huitième siècle de personnages apocryphes & d'événements imaginaires. Dom Vaissete, qui, sur la foi de ce trop célèbre document, admettait que l'Aquitaine avait été érigée en fief par les rois mérovingiens & que depuis Charibert elle n'avait cessé d'être possédée à ce titre par la famille du duc Eudes, n'a vu pendant toute la période carlovingienne que la continuation du même ordre de choses. Il veut que le duché dont Toulouse était la capitale renfermât sous Charlemagne & Louis le Débonnaire l'Aquitaine tout entière, depuis les Pyrénées jusqu'à la Loire. « Sous Charlemagne & Louis le Dé- « bonnaire, dit-il, les comtes de Toulouse V étoient ducs ou gouverneurs généraux de « tout le royaume d'Aquitaine, à l'excep- « tion de la Gascogne, qui avoit ses ducs « particuliers, car les titres de ducs deTou- « louse & de ducs d'Aquitaine étoient alors « synonymes. » Plus tard, après la mort de Louis le Débonnaire, il prétend que ce duché fut divisé en deux : celui de Toulouse proprement dit, qui renfermait les provinces méridionales, & celui de Poitiers qui comprenait les provinces du nord. Aujourd'hui on sait combien les institutions germaniques ont été modifiées par l'avéne- -ment des carlovingiens, & il est aisé de voir que ces divisions sont arbitraires & qu'elles ne reposent sur aucune base solide.

L'idée préconçue d'un duché de Toulouse, embrassant toute l'Aquitaine, a eu pour conséquence de forcer les auteurs de VHistoire de Languedoc à attribuer dès l'origine aux ducs de Toulouse une qualité & des prérogatives qu'ils n'ont jamais possédées. Elle les a entraînés aussi à comprendre dans la série de ces ducs des personnages qui n'ont exercé aucune autorité sur ce pays.

Il faut toutefois le dire à leur décharge, c'est comme malgré eux que les savants Bénédictins paraissent s'être engagés dans

Note

cette voie, & leur hésitation se trahit sou- '^^^V^vent par les expressions qu'ils emploient ; « Il y a lieu de croire, » — k il est toutefois assez vraisemblable, » — « il y a de fortes présomptions, » &c.

Une remarque faite par dom Vaissete, & qu'il a eu le tort de vouloir ériger en règle trop absolue, a été pour lui une autre source d'erreur. Il dit que, sous les règnes de Charlemagne & de Louis le Débonnaire, les dignités de duc & de comte, quoique non héréditaires, étaient néanmoins presque toujours accordées par le prince aux enfants de ceux qui les avaient déjà occupées, ou, à leur défaut, à leurs plus proches parents; remarque qui peut être vraie, mais à la condition qu'on n'en tire pas trop de conséquences & qu'on tienne compte des nombreuses exceptions que constate l'histoire. C'est ce que n'a point fait dom Vaisçete, qui, après avoir formulé ce qu'il croyait être une des lois de l'administration carlovingienne, s'est trouvé pour ainsi dire forcé, pour rester conséquent avec lui-même, de rattacher à la famille de S. Guillaume de Gellone la plupart des comtes qui, au neuvième siècle, ont gouverné l'Aquitaine & la Septimanie. Nonseulement pour lui les marquis de la Marche d'Espagne & les comtes nommés en Septimanie descendent de S. Guillaume, mais les comtes de Poitou & ceux d'Auvergne se rattachent à la même famille par un lien collatéral.

Le savant Bénédictin, par cette fiction, était parvenu à créer, pour l'époque carlovingienne, un système analogue à celui qu'avait enfanté, pour la période mérovingienne, la charte d'Alaon. L'Aquitaine du neuvième siècle se trouvait aux mains d'une même famille, comme celle du huitième siècle avait été le domaine des descendants de Caribert. On conçoit tout ce qu'il peut y avoir d'exagéré dans un pareil système qui, ne reposant que sur des conjectures, ne peut être accepté par la critique moderne.

Il faut avouer du reste que dom Vaissete, en abordant l'étude de ces questions de généalogies & de succession des comtes, a eu à lutter contre des difficultés presque insurmontables. Il n'avait pas à sa disposi-

Note

RECTIF.

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

tioii l'ensemble des textes que nous possédons aujourd'hui; il a cru pouvoir accepter souvent les opinions de ceux de ses devanciers dont la réputation parfaitement établie devait, à ce qu'il croyait du moins, le dispenser de recourir aux sources originales, & la critique historique n'avait pas atteint de son temps le degré de précision scientifique qu'elle a acquis de nos jours. L'historien faisait peu de différence entre les diverses sources : il mettait sur le même rang la Légende de S. Genou & la Chronique d'Eginhard. Ne soyons donc pas étonnés de ce qu'il n'est pas toujours arrivé juste au but.

Peut-être trouvera-t-on que nous mettons trop d'insistance à signaler, chez les auteurs de l'Histoire de Languedoc, des erreurs qui ne sont après tout que des imperfections de détail & qui n'affectent guère l'ensemble de leur oeuvre. Si nous agissons ainsi, c'est parce que l'histoire du Midi de la France antérieure au onzième siècle n'a été l'objet d'aucune étude nouvelle, après la publication de VHistoire de Languedoc. La plupart des ouvrages d'érudition publiés depuis plus d'un siècle n'ont fait que reproduire celui des savants Bénédictins. L'An de vérifier les dates, quand il a voulu donner la chronologie des comtes d'Auvergne, de ceux du Poitou, & du Languedoc, s'est borné à le copier; c'est d'après lui que dom Bouquet & ses continuateurs ont rédigé celles de leurs annotations qui se rapportent aux événements de l'Aquitaine. De leur recueil ces annotations sont passées dans celui de M. Pertz. Une nouvelle étude de ces questions, entreprise au point de vue d'une saine critique, peut donc avoir quelque intérêt; quant à son utilité, elle est incontestable. Mais une semblable étude ne peut avoir de valeur que si elle est faite exclusivement d'après les sources originales, & à la condition de ne tenir compte des faits allégués par les auteurs précédents qu'autant qu'ils auront été comparés avec ces sources & reconnus dignes de foi; c'est la méthode que nous comptons employer. Nous ne nous dissimulons point les difficultés que nous devons rencontrer sur notre route, mais quand même nous ne les surmonterions pas toutes, nous croyons cependant

que ce travail offrira des faits nouveaux, & que, sur quelques points, nous approcherons plus près de la vérité que n'ont pu le faire les auteurs de VHistoire de Languedoc; non pas que nous ayons la prétention de les surpasser en sagacité, mais parce que la critique moderne est un instrument trèsperfectionné & qui , par cela même, doit conduire à de meilleurs résultats.

Pour introduire un peu de clarté dans un sujet si compliqué, nous exposerons d'abord en quelques lignes quelle était l'organisation politique de l'Aquitaine sous les carlovingiens & quelles ont été ses principales divisions. Nous tracerons ensuite la généalogie des familles qui ont joué un certain rôle dans les événements de ce pays, puis nous donnerons, pour chaque ville, la liste chronologique des comtes & des marquis qui les ont gouvernées.

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