‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 38 sur 186 · LE ROYAUME D'AQUITAINE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME D'AQUITAINE

La véritable conquête de l'Aquitaine par les carlovingiens ne date que de 778, époque où Charlemagne, après son expédition d'Espagne, résolut, avant de retourner dans le Nord, de donner à ce pays une organisation qui pût le garantir contre les révoltes continuelles de ses habitants & permettre aux institutions germaniques de s'implanter sur le sol d'une manière définitive. Il crut qu'en flattant les idées d'indépendance, qui ont toujours fait le fond du caractère des Aquitains, il rallierait plus facilement ce peuple à sa domination. Pour atteindre ce but, il érigea l'Aquitaine en royaume avec un gouvernement particulier, & donna ce nouveau royaume à son jeune fils Louis, qu'il venait de faire baptiser au palais de Casseuil. Les Aquitains pouvaient supposer, grâce à cette adroite combinaison^ qu'ils se gouverneraient eux-mêmes & qu'ils auraient une certaine autonomie. En réalité Charlemagne conservait le pouvoir, c'était lui qui administrait sous le nom de son fils. Il commença par confier toutes les fonctions du gouvernement qu'il insti-

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tuait en Aquitaine à des hommes de race franque; il choisit pour régent un homme dans lequel il avait toute confiance, Arnoul. En 793, quand il dut lui trouver un successeur, ce fut Meginarius, homme sage & profond politique, qu'il investit de ces délicates fonctions.

Sous les mérovingiens , l'organisation germanique n'avait pu être appliquée en Aquitaine qu'en partie seulement, & d'une manière intermittente; elle reçut dès lors une assiette plus stable. Les domaines ap-

rer dans cette liste dressée par l'auteur de la Vie de Louis le Débonnaire des villes comme Angouléme, Rodez & Cahors, qui avaient eu des comtes sous les mérovingiens & qui en ont eu au neuvième siècle, ont prétendu qu'elle était incomplète & que la division de l'Aquitaine faite parCharlemagne en 778 devait comprendre un plus grand nombre de comtés j qu'il était à présumer que l'Astronome ne nous avait transmis que les noms des comtes qui étaient parvenus à sa connaissance. Mais il ne peut en être

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partenant au fisc furent donnés en bénéfice ainsi ; l'Astronome est trop bien instruit des

à des leudes qui s'établirent dans le pays ; choses qui regardent l'Aquitaine, pour ne

des Francs furent nommés aux fonctions nous avoir pas donné une liste complète ;

d'abbés, qui, dans les riches monastères, s'il n'a cité que neuf comtés, c'est que

constituaient aussi d'importants bénéfices. l'organisation du premier royaume d'Aqui-

Puis l'Aquitaine proprement dite, bornée taine n'en comportait pas davantage,

par la Loire au nord, la Loire & les mon- Quelques-unes de ces circonscriptions

tagnes de l'Auvergne à l'est, la Garonne pouvaient, il est vrai, renfermer, à l'exem-

au sud-ouest, fut divisée en neuf comman- pie de la Marche de Toulouse, plusieurs

déments ou comtés, dont chacun fut confié comtés proprement dits; mais y eut-il, dès

à un homme brave & expérimenté, choisi 778, un comte à la tète de chacun de ces

parmi les principaux chefs francs. Ces com- comtés particuliers, comme il y en eut un

tes furent : en Poitou, Abbon; en Berry, plus tard; & ce comte était-il placé sous

Humbert, qui peu après fut remplacé par l'autorité immédiate du comte principal,

Sturmion; dans le Limousin, Roger; dans comme ceux de la Marche se trouvaient

l'Auvergne proprement dite, Itier; en Vêlai, Bull; en Périgord, Wilbod ou Guibaud ; dans l'Albigeois , Haimon ; à Bordeaux , Seguin. La défense de la Marche de Toulouse fut confiée à Chorson'.

Quelques historiens' ne voyant pas figu-

' « Sciens autem rex Carolus regnum esse veluti corpus quoddam & nunc isto, nunc illo incommode jactari, nisi consilio & fortitudine, velut quibusdam raedicis, sanitas accepta tutetur... ordinavit autem per totam Aquitaniam comités, abbatesque necnon aiios plurimos quos vassos vulgo vocant, ex gente Francorum , quorum prudentiae & fortitudini nulla calliditate, nulla vi obviare fuerit tutum, eisque commisit curam regni prout utile judicavit, finium tutamen villarumque regiarum ruralem provisionem. Et Biturigae civitatis primo Humbertum, paulo post Sturmium praefecit comitem : porro Pictavis Abbonem, Petragoricis autem Wilbodum, sed & Arvernis Iterium, necnon Vallagiae BuUum, sed & Tholosae Chorsonem, Burdigalis Siguinum, Albigensibus vero Haimonem , porro Lemovicis Rothgarium. » Vita Hludovici Pu, Pertz, t. 2, p. 608.

' Notamment Pierre de Marca, Marca Hispanica,

sous celle du marquis de Toulouse? c'est ce que nous ne saurions décider. Ce qui paraît certain , c'est que l'Aquitaine fut alors divisée en neuf circonscriptions principales, dont la plus considérable était le duché ou Marche de Toulouse.

Ce duché était borné à l'ouest & au sudouest par les Gascons rendus tributaires, mais non encore soumis, & au sud-est par les Sarrasins d'Espagne, qui occupaient toutes les montagnes. C'était un gouvernement essentiellement militaire, qui renfermait huit comtés, savoir : ceux de Toulouse, de Carcassonne', de Narbonne*, de Maguelonne% d'Agde^, de Nimes', d'Elne

' Le premier comte carlovingien connu de Carcassonne s'appelait Dellonj il vivait vers l'an 800 environ, & peut-être avant.

" Le plus ancien comte carlovingien de Narbonne est cité en 781; il s'appelait Milon,

' Amicus, comte de Maguelonne, est cité en 791.

■* Leibulfe était comte d'Agde en 812.

' Un comte, nommé Raoul, fut institué à Nimes par Pépin, en 759. On ignore les noms de ses successeurs.

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& de Fezensac'. Nous ne faisons pas figurer Béziers dans cette liste, parce que nous croyons qu'Agde & Béziers faisaient partie du même comté, & qu'il n'y avait qu'un comte pour gouverner ces deux villes \ Ces comtés étaient administrés par des comtes ; celui de Toulouse prenait le titre de duc ou de marquis.

Cette première organisation du royaume d'Aquitaine resta à peu près la même jusqu'en 806. Cependant la Marche de Toulouse avait subi, avant cette époque, d'importantes modifications : elle s'était augmentée des comtés d'Ausone, de Girone, d'Ampurias, d'Urgel, de Barcelone & de Besalu, dont les territoires conquis sur les Sarrasins lui furent annexés. Charlemagne, par le partage de ses Etats, qu'il fit à Thionville, en 806, entre ses enfants', augmenta considérablement l'étendue du royaume d'Aquitaine, qui appartenait à son fils Louis. A l'Aquitaine proprement dite, s'étendant depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées & renfermant la Gascogne, la Septimanie & la Marche d'Espagne ou de Toulouse, furent ajoutés le Nivernais, l'Avalonnais, l'Auxois, le Châlonnais, le Maçonnais, le Lyonnais, la Savoie & la Provence, jusqu'aux Alpes & à la mer.

L'Aquitaine subit une modification plus importante encore, lorsque Louis le Débonnaire, en 817, associa son fils Lothaire à l'empire^. Par le partage qui suivit cet acte solennel, fait à Aix-la-Chapelle le trentième jour de juin, Pépin devait avoir l'Aquitaine

' L'Astronome, auteur de la Fie de Louis le Débonnaire, rapporte qu'en 801 Burgund, comte de Fezensac, mourut, « Burgundio cornes Fedentiacus, » que Liutard fut nommé à sa place, & que les Gascons supportèrent difficilement ce changement. Le comitatus Fedentiacus est le comté de Fezensac. Depuis la ruine d'Eause, le château de Fezensac était, à ce qu'il paraît, devenu la capitale de VElusaticus pagus j que l'on trouve encore cité néanmoins sous ce dernier nom dans des chartes du huitième siècle. Le comté de Fezensac fut conquis sur les Gascons indépendants par Guillaume, en 791. Cette contrée fit alors partie de la Marche de Toulouse. (Pertz, t. 2, p. 612.)

' Voyez ci-après $ xv, les comtes d'Jgde,

' Divisio imp. an no 806, Pertz, Leges, t. 1 , p. iç3.

* Ihid. anno 817, Peitz, Leges^ t. i, p. 198.

proprement dite, la Gascogne, toute la Marche de Toulouse & quatre comtés, savoir : Carcassonne, en Septimanie, Autun, Avallon & Nevers, en Bourgogne. L'empereur se réserva pour sa part, qui était aussi celle de Lothaire, la Provence & la Gothie ou Septimanie, à l'exception du comté de Carcassonne donné à Pépin. La Marche de Toulouse fut donc, en 817, séparée en deux parties dont chacune eut son marquis particulier.

Par suite de cet accord, la Marche de Toulouse proprement dite se trouva réduite au territoire du Toulousain, à celui de Fezensac & au comté de Carcassonne.

La Marche d'Espagne ou Gothie avait Barcelone ou Narbonne pour capitale. Outre les comtés placés au delà des monts, elle renfermait toute la Septimanie, à l'exception du comté de Carcassonne, & se trouvait composée des comtés de Narbonne, de Razès, de Maguelonne, d'Agde, de Nimes, d'Elne ou de Roussillon, d'Ausone, de Girone, d'Ampurias, d'Urgel, de Barcelone & de Besalu.

Dans le partage fait en 83o par Louis le Débonnaire au détriment de Lothaire, partage qui n'eut pas d'effet, le royaume d'Aquitaine reçut une augmentation considérable au nord, par l'addition de vingt-huit pagi situés entre la Loire & la Seine ; mais au sud rien ne fut changé aux limites de 817. La Gothie continua à n'en pas faire partie".

Il n'en fut pas ainsi dans le partage définitif fait par l'empereur en 889, entre ses fils Lothaire & Charles'. La Septimanie, avec ses Marches, fit retour au royaume d'Aquitaine, qui était le lot de Charles. Mais cette disposition n'eut pas un effet immédiat, parce qu'après la mort de Louis le Débonnaire, arrivée en 840, Charles le Chauve ne fut pas immédiatement reconnu en Septimanie pour le souverain légitime, comme plusieurs chartes le constatent. Ce ne fut qu'en 848 que Lothaire & Charles, étant parvenus à s'entendre entre eux, firent un nouveau partage, en vertu duquel les limites de l'Aquitaine furent encore re-

' Divisio imperii, anno 83o, Pertz, Leges, t. i, p. 356.

* Ibid. anno SSp, Pertz, Leges, t. i, p. 434.

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maniées. Le Vivarais & le diocèse d'Uzès après il mourut en prison. A partir de cette furent retranchés de ce royaume, & ces époque, le fils de Charles le Chauve régna provinces avec le Lyonnais & les pays limi- sans compétiteur, mais il mourut peu après, trophes du Rhône échurent à Lothaire. A le 29 septembre 866. Le royaume d'Aquila mort de celui-ci, arrivée en 855, le Viva- taine passa alors à Louis le Bègue, son frère, rais & le diocèse d'Uzès furent compris dans qui fut couronné ' roi en 867. le royaume de Provence. Ces deux provin- Ces changements de prince ne purent ces rentrèrent en la possession de Charles s'effectuer sans apporter de nouvelles mole Chauve, en 870, en vertu du partage des difications aux limites de l'Aquitaine. En États de Lothaire II fait alors entre ce 855, lorsque ce royaume fut attribué au prince & son frère Louis, roi de Germanie". jeune Charles, le Poitou, l'Angoumois & la

Depuis l'année 848 jusqu'en 865, l'état Saintonge n'en, furent plus séparés comme politique de l'Aquitaine subit de nom- après le traité de 845. On lui rendit aussi breuses vicissitudes. Pépin II, que Louis le les comtés situés entre la Loire & la Seine, Débonnaire, dans le partage de 889, avait Autun, Nevers, Tonnerre, Auxerre, Avalprivé de la succession paternelle, n'avait Ion, Châlons & Mâcon, en un mot, tout ce pas tardé, après la mort de cet empereur, à qui en 853 formait les circonscriptions du réclamer ses droits; il les soutint les armes onzième & du douzième missatîcum\ à la main, & ses tentatives ayant été quel- En 865, après la retraite définitive de Pcquefois couronnées de succès, Charles le pl"? il y eut une réorganisation complète Chauve lui rendit l'Aquitaine' en 845, par 'le la Septimanie ou Marche d'Espagne. Le le traité de Fleuri-sur-Loire; mais par le comté de Razès en fut distrait & réuni au même traité il en restreignit considérable- duché de Toulouse'. La Gothie fut alors ment les limites. Les comtés d'Autun, de divisée en deux parties* : la première con- Mâcon, de Châlons, de Nevers, de Ton- tinua à porter le nom de Gothie; elle se nerre, d'Auxerre & d'Avallon, c'est-à-dire composa des comtés de Narbonne, d'Elne, toute la portion de la Bourgogne située en- d'Agde, de Maguelonne & de Nimes; la tre la Seine & la Loire qui en avait autre- seconde, à laquelle fut réservée plus partifois fait partie, en furent distraits; il y culièrement la qualification de Marche manquait déjà le Vivarais & rUzège; Char- d'Espagne, renferma les comtés de Barceles en retrancha encore les comtés de Poi- ^one & d'Ampurias, d'Ausone, de Girone, tiers, d'Angoulème & de Saintes, qu'il se d'Urgel & de Besalu \ réserva spécialement^ Telles furent les différentes vicissitudes

Ce traité n'eut, par le fait, qu'une durée P^^- lesquelles passa le royaume d'Aqui-

éphémère; Pépin n'ayant pas tardé à se taine, depuis sa première organisation en

brouiller de nouveau avec Charles le 778 jusqu'à l'année 877, où par l'avéne-

Chauve, fut dépossédé en 848 & rétabli ment de Louis le Bègue au trône de France,

plusieurs fois, en sorte que l'Aquitaine il se trouva définitivement réuni au reste

eut pour rois, de 848 à 85o, Charles le de la monarchie. Chauve; de 85o à 852, Pépin; de 852 à 853,

Charles le Chauve; en 854, Louis, fils de ' 'S.ieWailly, Élém. de Paléographie, t. i, -p. i^g.

Louis, roi de Germanie, & Pépin; en 855, " Ce qui prouve que ces comtés furent retranchés

Charles, fils de Charles le Chauve, qui fut ^^ l'Aquitaine depuis 840 jusqu'en 855, c'est qu'ils

ensuite deux fois remplacé par Pépin & forment deux des douze missatica qui composaient

deux fois rétabli. Enfin, en 865, Pépin 'fut ^^ royaume^ de Charles en 853. Voyez Pertz, Leges, livré à Charles le Chauve, & peu de temps

Noie

RFCTir.

' Divïiio regni Hlotharii, Pertz, Leges, t. i , p. 5 1 7. ' Annal. Berlin. — Recueil des Historiens de France, t. 7, p. 63.

' Annales Bertiniani & Annales Trecenses. — Pertz, t. 1, p. 441.

^ Hincmar, Annales Remenses. — Pertz, t. i, p. 493.

■* lèid. p. 467.

' La Marche d'Espagne ne renferma d'abord que ces six comtés; plus tard elle en comprit un plus grand nombre, par suite de la subdivision de plusieurs d'entre eux.

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