‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 64 sur 186 · III. Ce prélat nous fournit encore des · texte numérisé non relu

III. Ce prélat nous fournit encore des

' Adrevald, Miracuî. S. Bened. 1. ! , c. 33, B'ibl'iotheca Flor. t. i, p. 65.

' V^oyez Note XCI.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Note

Éd.orig.

armes contre lui en avouant, dans le même la mort de ce pape, arrivée en 867, piiisendroit", que la primatie de Bourges n'étoit que Frédol, son prédécesseur, étoit encore

pas encore établie en 786, ce qu'il prouve fort bien. Elle n'a donc pas été instituée dans le temps de l'érection du royaume d'Aquitaine par Charlemagne.

IV. Les principes établis par M. de Marca' nous conduisent à la véritable origine de cette primatie, & il ne faut pas la chercher ailleurs que dans les fausses décrétales d-'Isidore Mercator. Or, comme elles ne furent' reçues au plus tôt en France que vers le milieu du neuvième siècle, du temps d'Hincmar, archevêque de Reims, il s'ensuit que la Septimanie ne dépendant plus alors du royaume d'Aquitaine, les archevêques de Bourges n'ont pu

en place l'an 871 ' & même en 873.

Ces raisons ont engagé nos plus habiles critiques, entre autres le P. Sirmond% M. Baluze & le P. Mabillon, à regarder cet article de la lettre du pape Nicolas I comme faux & supposé. Il aura été fabriqué, sans doute, par quelque partisan du prétendu patriarcat de Bourges, & aura été ensuite inséré dans le décret d'Yves', de Chartres & dans celui de Gratien où il se trouve. Il y a lieu de s'étonner qu'un aussi habile critique que M. de Marca ne se soit pas aperçu de cette supposition , lui qui a si bien défendu, d'ailleurs, le droit des anciens métropolitains contre les en-

avoir aucune raison solide pour étendre trepriscs & la nouvelle juridiction des leur juridiction sur cette province, quand primats.

même leur ville auroit été dans ce tempslà capitale du même royaume pour le civil; de quoi il n'y a aucune preuve. Il paroît, au contraire, comme on l'a déjà vu, que la ville de Toulouse fut toujours le principal siège des rois d'Aquitaine.

V. Ce qui fait voir évidemment que les archevêques de Bourges n'ont jamais prétendu avoir une autorité primatiale que depuis les fausses décrétales, c'est qu'on ne sauroit produire aucun monument antérieur qui favorise leurs prétentions. Le seul qu'on cite par rapport à la province de Narbonne, estun article d'une épître du pape Nicolas I, où ^ il est parlé des plaintes que lui avoit faites Sigebode, archevêque

VI. On pourroit peut-être opposer le témoignage de Théodulphe'*, qui, dans un poëme qu'il adresse à Agiulphe, archevêque de Bourges, prédécesseur de Raoul, se sert de ces termes :

Es patriarchali primae praelatiis honore

Sedis, & aima patriim est subdita tiirba tibi.

Mais il est aisé de voir que Théodulpho parle ici seulement de l'autorité métropolitaine d'Agiulphe qui, étant archevêque du premier siège d'Aquitaine, avoit sous lui plusieurs suffragans, ce qu'on ne conteste pas. Mais de ce que Théodulphe a employé dans un poëme le mot patriarchali

de Narbonne, contre les entreprises de au lieu d'archiepiscopaîi, dont la quantité

Raoul, archevêque de Bourges, qui vouloit exercer dans sa province une autorité patriarcale -, mais cet article est visiblement supposé & fabriqué longtemps après.

Il y en a deux preuves certaines : la première, qu'il ne se trouve pas dans les anciens manuscrits' des lettres de Nicolas Ij l'autre, que Sigebode ne fut archevêque de Narbonne que plusieurs années après

' Marca, de Primat, p. i^S & seq.

» Ihid.

'Constant, Ep'ist. Sanct. Pontif. praof. t. i,

p. CXXXVIII.

* Conciles, t. 8, p. 5o5.

5 Sirmond, Concil. Gall, t. 3, p. 683 & seq.

ne sauroit convenir aux vers hexamètres & pentamètres, on veuille conclure que, dans ce temps-là, les archevêques de Bourges étendoient leur juridiction primatiale non-seulement sur toute l'ancienne Aquitaine, mais encore sur la Narbonnoise première, province étrangère & séparée,

' Le P. d'Achery, Spicilegium, t. 8, p. 349 & seq,

' Sirmond, Concil. Gall. t. 3, p. 683 & seq. — Baluze, Marca Hispanica, c. 36o, — Mabillon, ad ann. 871, n. 27, ad ann. 873, n. 48.

^ Yves, part. 5, c. 56. — Gratian. Cap. conquetus, q. 9.

''Théodulphe, Carmina , 1. 4, n. 4, vers 277, p. 1084.

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on n'en voit pas la conséquence. Il est cependant très-vraisemblable que ces vers mal entendus sont la principale source du prétendu patriarcat de Bourges.

VII. On doit en dire de même du titre de patriarche donné au septième siècle par S. Didier, évoque de Cahors, dans une de ses lettres' à Sulpice, évêque de Bourges, son métropolitain. Comme le nom d'archevêque n'étoit pas encore alors en usage, Didier' s'est servi de celui de patriarche qui, dans son sens, répond à celui d'évèque du premier siège de la province , primas sedis antistitem, comme il s'exprime lui-même dans cette lettre. Mais ce qui prouve évidemment qu'on ne sauroit faire aucun usage de l'autorité de Théodulphe & des lettres de S. Didier que nous venons de citer, en faveur de la prétendue primatie de Bourges, c'est que d'Hauteserre% l'un de ses plus zélés défenseurs, n'en fait aucun cas; qu'il convient qu'à la mort de Charlemagne l'église de Bourges n'étoit encore que simple métropolitaine, & qu'il donne pour principal fondement à sa primatie la lettre de Nicolas I, dont nous avons déjà montré la fausseté ^ d'où il s'ensuit que cette primatie n'est appuyée sur aucun fondement solide.

VIII. Le P. le Cointe% qui paroît favoriser le système de M. de Marca' sur la dépendance de Narbonne de la primatie de Bourges dès le règne de Charlemagne, se sert, après ce prélat, pour appuyer son sentiment, du testament de cet empereur, de l'an 8ii. Il prétend que comme il n'est point parlé des métropoles de Narbonne , d'Eause & d'Aix, dans l'énumération* de toutes celles des Gaules auxquelles ce prince veut qu'on distribue une partie de ses bijoux, on doit distinguer deux sortes de métropoles; les unes qu'il appelle autocépha- Ics , qui s'étoient maintenues dans toute

' Didier, Epist, i 2.

Basnage, Praef. in ep'ist. DesUeriij t. 1 lectionum ant. Canis. p. 633.

^ Hauteserre , Rerum Aqukaiiiae 1. ^ , c, ^j

■• Le Cointe^ ad ann. 811, n. 8.

* Marca, i?e«eam. 1. 1 , c. 29.

* CapituUireSj t. i, p. ^87.

leur autorité, &dont quelques-unes, comme Bourges & Arles, l'avoient même étendue sur d'autres. Il appelle les autres : métropoles du second ordre (imminutae auctoritatis) ou d'une autorité subordonnée, parce qu'elles dépendoient de quelque autre métropolitain'; mais tout ce système se détruit aisément.

1° C'est vouloir deviner pourquoi ces trois métropoles sont omises dans le testament de Charlemagne & une pure pétition de principe; il n'y a qu'à nier que la raison pour laquelle ces églises ne sont pas comprises dans cet acte est qu'elles étoient soumises à d'autres, & on ne pourra donner aucune preuve de cette soumission.

2° Les archevêques de Bourges avoient certainement moins de droit sur la province de Narbonne que sur celle de Bordeaux , puisque cette dernière avoit toujours été de la province civile d'Aquitaine, & avoit fait même anciennement partie de la province ecclésiastique de Bourges; au lieu que Narbonne étoit la plus ancienne métropole de la Narbonnoise , qui avoit toujours fait un corps séparé dans les Gaules. Cependant la métropole de Bordeaux qui devoitétre dépendante, suivant le principe du P. le Cointe, est nommée dans le testament de Charlemagne, tandis que celle de Narbonne est omise.

3° Nous avons des preuves que sous les règnes de Charlemagne & de Louis le Débonnaire, Narbonne étoit métropole indépendante & du nombre de celles que le P. le Cointe appelle autocéphales. Daniel, archevêque de Narbonne, présida' au concile qui fut tenu dans cette ville l'an 791, en présence d'Elipand, archevêque d'Arles. Or, ce dernier étoit archevêque autocéphale, de l'aveu du P. le Cointe; Daniel qui avoit la préséance sur lui devoit l'être aussi à plus forte raison.

4° Si lorsque Charlemagne ordonna, l'an 8i3 , qu'on tiendroit en même temps cinq conciles dans différentes villes du royaume, Narbonne n'eût été que métropole du second ordre , soumise à celle de Bourges ; & si toute la dépendance des métropoles du second ordre consistoit à se trouver aux

' Conciles, t. 7, p. 964.

Éd.orig.

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conciles des principales métropoles, comme l'avance M. de Marca", les évêques de la Narbonnoise première auroient dû se rendre alors au concile où assista l'archevêque de Bourges. Cependant, de l'aveu du P. le Cointe% ce dernier prélat se trouva avec les évêques de sa province au concile de Tours, tandis que ceux delà Narbonnoise première ou de la Septimanie assistèrent à celui d'Arles.

5° Par la même raison, lorsqu'en 829, Louis le Débonnaire ordonna' la convocation de quatre conciles dans les Gaules, ce prince ne devoit pas nommer l'archevêque de Narbonne parmi les quatre mé-

IX. Le testament de Charlemagne fait mention des métropoles de Tarentaise & d'Embrun , & il ne dit rien de celle d'Aix. Le P. le Cointe ' conclut de là que les deux premières étoient du premier ordre ou autocéphales , & que la dernière étoit soumise à celle d'Arles. Le huitième canon ' du concile de Francfort, de l'an 794, confirme cependant la décision des anciens papes touchant la soumission de quatre évêchés , du nombre desquels étoit celui de Tarentaise, à la métropole de Vienne j ce qui fait voir que quoique l'église de Tarentaise fût déjà alors devenue métropole , elle relevoit néanmoins toujours de celle

tropolitains qui dévoient se trouver à celui ^^ Vienne. Ainsi , selon les principes du

de Toulouse , puisque ce prélat, suivant le P* ^^ Cointe, elle ne pouvoit être comprise

système de M. de Marca & du P. le Cointe, ^'^^^s le testament de Charlemagne. Il est

devoit suivre de droit le métropolitain de vrai que ce concile ne voulutpas prononcer

Bourges, son supérieur. Mais non-seule- ^" particulier, au préjudice de l'arche-

ment Louis ordonna nommément à Barthé- vêque de Vienne , sur la requête du mé-

lemy, archevêque de Narbonne , d'assister tropolitain de Tarentaise qui demandoit

au concile de Toulouse , mais encore d'avoir une autorité indépendante sur les

Agiulphe, archevêque de Bourges, qui de- évêques de sa province , & qu'il renvoya

voit s'y trouver aussi, n'est nommé qu'a- '^^ ^ pape la décision de cette demande;

près lui & après Adalelme d'Eause qui n'é- ™^*s le jugement du souverain pontife fut

toit encore que métropolitain du second lavorable aux droits de l'église de Vienne,

ordre, suivant le P. le Cointe. Quelle ^'^st ce qui paroît par une épitre de

étoit donc alors la prétendue primatie de Léon III à Volférius de Vienne, laquelle

Bourges, puisque son archevêque avoit le ^ ^^^^ les caractères de vérité. Le P. le

dernier rang parmi les métropolitains qui Comte la rejette sans autre raison que

assistèrent à ce concile ? parce qu'elle est contraire au système qu'il

Nous venons de dire qu'Adalelme étoit ^ inventé sur la différence des métropoles

archevêque d'Eause , quoique les derniers ^^^^s le siècle de Charlemagne. Mais comme

éditeurs du Gall'ia Chrïstlana ^ prétendent ce système n'est appuyé d'ailleurs d'aucune

qu'il l'étoit de Bordeaux ; ce qui est indif- preuve , & qu'il est détruit par les monu-

férent pour la question présente. Cepen- "^^ns que nous venons de rapporter, il faut

dant , comme nous ne connoissons le siège que ce soit pour toute autre raison que

de ces quatre métropolitains que par les mo- nous ignorons , que les trois métropoles

numens qui nous restent, & que le siège de de Narbonne , d'Eause & d'Aix aient été

Bordeaux se trouve rempli vers ce temps-là omises dans le testament de ce prince, par Sicharius qui siégeoit sous Louis le Dé- Le P. le Cointe ' se sert encore du té-

bonnaire, il nous a paru plus vraisembla- nioignage d'Hincmar, archevêque de Reims

ble qu'Adalelme, qui n'est pas connu d'ail- qui, écrivant aux archevêques de Bourges

leurs, devoit être plutôt métropolitain de & de Bordeaux, les appelle les évêques des

la Novempopulanie que de la seconde Aqui- premiers sièges du royaume d'Aquitaine. Mais

taine. i° cette épître détruit la prétendue primatie

' P. de Marca, Histoire de Béarn, 1. i , c. 2p.

^ Le Cointe, ad ann. 8i3, n. 3 & 33.

^ Conciles, t. 7, c. iSpi.

* Gall'ia. Christianaj nov. edit. t. 2, p. 796.

' Le Cointe, ad ann. 8 1 3, n. 3 8t 33, & ad ann. 794, n. 48 & seq.

" Conciles, t. 7, p. loSp.

' Le Cointe, ad ann. 011, n. 8.

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Édoric.

de la métropole de Bourges sur toute l'Aquit^iae, puisqu'elle met celle de Bordeaux de niveau avec elle; 2" la Septimanie ou province de Narbonne , du vivant d'Hincmar , éloit séparée depuis longtemps du royaume d'Aquitaine. Ainsi l'archevêque de Bourges pouvoit être alors évéque d'un des premiers sièges de ce royaume, sans que la métropole de Narbonne fût soumise à sa primatie.

X. M. Baluze' suit un système opposé à celui de M. de Marca & du P. le Cointe, touchant l'omission des métropoles de Narbonne, d'Eause & d'Aix dans le testament de Charlemagne. Il nie , par rapport à la première , que ce soit à cause de sa dépendance de celle de Bourges , & prouve fort bien qu'elle a toujours été indépendante de cette dernière qui n'a point prétendu exercer sa primatie sur elle ni pendant le règne de ce prince , ni sous celui de Louis le Débonnaire. Il avoue cependant qu'il ignore la raison qui l'a fait oublier dans cet acte & soutient enfin que les deux autres n'ont été omises que parce qu'elles ne subsistoient plus alors ; en quoi il se trompe.

Il prétend que celle d'Eause avoit été éteinte après la destruction de cette ville par les Vandales 3 que depuis ce temps-là les évêques de la Novempopulanie étoient demeurés sans métropolitain , & avoient été soumis à celui de Bordeaux , ville , ajoute-t-il, nommée capitale de la Novempopulanie dans la Chronique de Fontenelle. Mais M. Baluze n'a pas assez examiné ce qu'il avance ici ; car, soit que la ville d'Eause ait été détruite par les Vandales ou non , il est certain qu'elle subsistoit au sixième & au septième siècles, & que nous avons une suite' des métropolitains d'Eause pendant tout ce temps-là. Rien n'empêche donc qu'il n'y eût un archevêque dans le temps du testament de Charlemagne. Nous savons 3 d'ailleurs que cette ville fut ruinée par les Normands, au neuvième siècle, longtemps après la mort de ce prince; elle pouvoit donc avoir alors un évéque. Aussi

Baluze, not. in Capital, t. 2, p. 1071 8c seq. Galha Christiana, nov. edit. t. i , p. 3o2. ' Ibid.

voyons-nous que l'église d'Auch ne devint métropolitaine qu'après la ruine de celle d'Eause par les Normands. Pour ce q^ui est du témoignage pris de la Chronique de Fontenelle, nous convenons que dans le temps qu'elle a été écrite , Bordeaux étoit capitale du duclié de Gascogne; mais l'auteur n'en parle que par rapport au civil.

M. Baluze' prétend prouver qu'il n'y avoit point d'évêque à Aixdans le temps du testament de Charlemagne : 1° parce qu'on n'en connoît aucun depuis l'an 596 jusques en l'an 866.11 avoue cependant qu'il y en avoit un en 828; mais si cette raison doit avoir lieu, il faudra dire que les sièges épiscopaux ont été supprimés autant de fois que nous trouvons des lacunes dans le catalogue de leurs évêques; 2" suivant cet auteur, l'église d'Aix demanda de rentrer dans les droits de métropole au concile de Francfort de l'an 794 , ce qui fait voir, dit-il , qu'elle étoit alors sans évéque : nous concluons, au contraire, de cette demande, qu'elle devoit en avoir' un. Or, si cet évéque obtint ce qu'il demandoit, il étoit donc métropolitain en 811 dans le temps du testament de Charlemagne; & s'il ne l'obtint pas, les évêques d'Embrun & de Tarentaise , qui avoient fait avec lui la même demande à ce concile, ne durent pas l'obtenir, puisqu'ils étoient dans le même cas. Cependant les églises de ces derniers sont nommées parmi les métropoles dans ce testament; ce qui montre qu'on ignore la véritable raison de l'omission de celle d'Aix & des deux autres.

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