ADMINISTRATION PUBLIQUE
Dans leur administration intérieure, les municipes jouissaient d'une liberté à peu près complète, mais, comme membres d'un grand corps, ils étaient astreints à certains devoirs généraux & soumis au pouvoir du gouverneur de la province. On sait qu'à partir d'Auguste les provinces furent divisées en provinces sénatoriales & impériales; les premières depuis longtemps soumises & déjà à demi-romaines, les autres, provinces frontières, récemment conquises ou animées d'un esprit dangereux. Parmi les premières fut la Narbonnaise, qui, dès le premier siècle de l'ère chrétienne, était déjà à demi-romaine; elle continua donc à être gouvernée comme auparavant par un préteur; mais là comme dans les pays dont il s'était réservé l'administration, l'empereur conserva la plus grande autorité, & ce fut généralement de lui que les agents du pouvoir central reçurent leurs instructions & leurs pouvoirs. Le préteur, comme son nom l'indique, réunissait tous les pouvoirs : chef militaire, il commandait les troupes chargées de garder la province & d'y maintenir l'ordre; juge, il traçait les circonscriptions judiciaires du pays, indiquait les chefs-lieux de chacune d'elles & y tenait chaque année les conventus judiciales; il jugeait les causes les plus importantes, dont ne pouvaient connaître les magistrats municipaux; enfin administrateur, le préteur faisait dresser les tables du cens (tabulae censoriae) d'après le recensement quinquennal des duumvirs, qui répartissait les impôts & les redevances entre chaque cité; il s'occupait encore du soin des routes & de l'entretien des édifices de l'Etat; au point de vue religieux, il présidait les sacrifices célébrés au nom de la province. Pour l'aider dans
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' Herzog, pp. 217, 218.
' Herzog, p. 222.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
ses fonctions, le proconsul a des lieutenants, legati pro praetore, qui ne sont guère que des espèces de lieutenants sans initiative personnelle. A côté du préteur est le questeur de la province qui tient le compte de l'impôt, le reçoit & en donne quittance; pour les assister dans leurs fonctions ces magistrats ont de nombreux employés inférieurs, pris souvent parmi les affranchis & que l'on appelait assesseurs. En outre, ils avaient une chancellerie, des scribes & des notaires'.
Les principales charges qui pesaient sur les villes étaient les impôts & les redevances. Les impôts étaient établis d'après la tabula census, qui fut dressée pour la première fois dans tout l'Empire par ordre de César & terminée pour l'Occident en 27 avant J.-C. C'était à la fois un dénombrement & un cadastre : elle contenait la description des terres & l'énumération des personnes, & servait à asseoir & l'impôt foncier & la capitation. Elle divisait les habitants en trois classes : les propriétaires du sol, les marchands & les artisans, enfin les pauvres qui étaient exempts.
Les principaux impôts étaient le trîbutum soîi ou foncier & le tributum capitis ou capitation. On percevait de plus des revenus en nature : en vins, en huile, en froment, & les magistrats avaient droit de réquisition; c'est ainsi que les Gaules fournissaient le lin & les voiles des vaisseaux. Ajoutons encore la vîcesîma libertat'is &■ manumissîonum , le patrimonîum Cae~ saris, dont les produits appartenaient au trésor impérial. On levait encore le quarantième sur toutes les marchandises passant de la Narbonnaise dans les autres provinces (quadragesîma Gallîarum).
Les impôts étaient levés par les magistrats ou plutôt par les décurions; cependant le blé exigé pour les armées de passage dans la province était reçu soit par le procureur de César, soit dans la Narbonnaise par le procureur du blé dans la Narbonnaise & la Ligurie, & d'autre part le vingtième sur les héritages était payé à Vaerarium mîlitare, qu'administrait un bureau spécial'.
Herzog, p. 240.
= Herzog, p. 247.
D^ns l'intérieur de chaque cité c'était à l'ordre des décurions que revenait le soin de percevoir & d'acquitter l'impôt; on sait qu'ils en étaient responsables & que ce système fut une des principales causes de la destruction des municipalités romaines au cinquième siècle. L'ordre nommait des employés, exactores tributorum, qui se mettaient en relation directe avec les contribuables. Au cas où le chiffre marqué n'était pas atteint, Vexactor comblait le déficit ou à son défaut les décurions.
Outre ces impôts payés par les colonies à l'Etat, elles avaient encore à subvenir à leurs charges intérieures. Ces charges étaient l'entretien des monuments publics, les jeux, les sacrifices, le payement des médecins & des professeurs d'arts libéraux, &c. Les recettes consistaient dans la location des terrains appartenant à la ville, dans les droits indirects que les marchandises payaient à leur entrée, dans des taxes sur les courtisanes, &c. En outre, on avait des impôts qui atteignaient les citoyens proportionnellement à leur fortune. A toutes ces ressources venaient s'ajouter les largesses privées; on voit des statues dressées à des citoyens qui avaient construit un bain gratuit, donné de beaux jeux ou fait respecter les privilèges du municipes. A l'origine, toutes ces charges étaient acceptées volontairement par les magistrats; ce n'est qu'à partir de l'empire & du deuxième siècle que d'honorifiques elles devinrent obligatoires'.