HUITIÈME GROUPE
DUONZES A LÉGENDES inÉIlIQUEr.
Il existe des bronzes à légendes tracées en caractères ibériques ' qui se rencon-
' Voir plus haut, p. 462, & Strabon, 1. 4, c. i, p. 2.
' Les monnaies découvertes en Espagne, & sur lesquelles se reconnaissent les mêmes caractères, reçoivent ordinairement le nom de celtibériennes, parce que les deux principaux peuples de ce pays étaient les Ibères 8c les Celtes, & que les anciens eux-mêmes appelaient Celtibérle une partie de la péninsule. Si j'emploie simplement l'épithète iicr'i<jues pour désigner ces pièces & celles du huitième groupe, c'est que, suivant M. A. Heiss {Op. laud. p. 4 8c f)), les premières se rencontrent précisément là où les Ibères étaient restés en majorité 8c qu'il n'est pas démontré que, sur le territoire de Lan-
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
trent fréquemment dans la contrée à laquelle est consacré cet article & dont, suivant M. A. Heiss, la présence n'aurait pas été signalée jusqu'à ce jour dans les trouvailles faites en Espagne. Ces bronzes appartiendraient donc à quelqu'un des peuples, ibères d'origine, qui s'étaient installés au nord des Pyrénées & sur le littoral. Les plus communs portent d'un côté une tête de femme, de l'autre un taureau bondissant; quelques-uns, & ce sont les plus rares, montrent au revers un hippocampe.
Voici, comme spécimens, trois variétés du premier type & un exemplaire du second".
N° I. Tète de femme à droite; devant le visage, P\, sigle qui paraît indiquer la valeur de la pièce.
R. Taureau bondissant; au-dessus de lui une couronne; à l'exergue : POr'A'+^H.
Cabinet de France j bronze j pi. IV, fig. 21.
Cette monnaie, dont il existe plusieurs variétés, se rencontre assez fréquemment dans la Narbonnaise & dans les environs de Béziers. Suivant M. Boudard (p. 266), on devrait y lire Poiaitz & Poathze, & l'attribuer à l'une des villes des Bebryces, peut-être à celle qu'Aviénus" nomme Polygium; suivant M. A. Heiss (p. 487), la légende la plus complète donne Bricitze, Bebryces^ & peut-être même Béziers.
M. H.-G. Phillips^ qui ne paraît pas connaître l'ouvrage de M. A. Heiss, & qui admet généralement les leçons de M. Bou-
gtiedoc, les Longostalètes, peuple inconnu, mais qui paraît bien indo-européen, & les hommes incontestablement gaulois qui signaient, les uns 8c les autres, les bronzes du septième groupe, aient participé à la fabrication de ceux du huitième.
' M. Boudard & M. A. Heiss ont fait graver dans leurs ouvrages toutes celles des monnaies ibériques, qui sont considérées, jusqu'à preuve du contraire, comme frappées au nord des Pyrénées.
' Ora maritlma, v.6i3.
' Voir plus haut, p. 463, un passage concernant I«s Bebryces.
* Iber'ischer Ursprung von Stammes-und St'dJtenamen im Sûdl. Gallien, Mém. de l'Acad. de Vienne, iTyi, LW!!*^ volume, p. 409 & 410.
dard, propose Pézénas, faisant remarquer que cette ville n'est pas éloignée de Béziers. On arriverait à une tout autre lecture si on appliquait l'alphabet & les règles posées par M. A. Delgado qui, s'il n'est pas un philologue de profession, a l'avantage d'être venu le dernier".
N" 2. Tête de face, à droite. Devant le visage 1^1.
R. Taureau bondissant; au-dessus de lui une couronne; sous ses pieds & en une ligne horizontale : KI^<IHK<K.
Coll. Charles Robert j bronze; 10, o5; pi. IV, fig. 22.
N° 3. Tête de femme à droite; devant le visage : H^'M^M.
R. Type & légende semblables à ceux du numéro précédent.
Cabinet de France; bronze; 6,96; pi. IV, fig. zS.
Les monnaies n°' i & 2 comportent de nombreuses variétés & même des dégénérescences. Les spécimens qui ont pris place dans les musées du Midi ou dans les collections Mathon & Bonnet à Béziers, Mazel à Pézénas, Allez à Saint-Thibéry, Ricard & Renouvier à Montpellier, Barry & Chalande à Toulouse, &c., proviennent exclusivement de la Narbonnaise, ainsi que l'a constaté M. Boudard, p. 208.
N" 4. Tète de femme à droite; devant le visage : f^«.
R. Hippocampe à droite; à l'exergue .
Coll. Charles Robert; bronze; 3,99; pi. IV, fig. 24.
Le mot en caractères ibériques, qui se lit au revers des trois numéros précédents, a donné lieu à de nombreux commentaires, les uns peu sérieux% les autres con-
' Op. laud. proleg. p. cxxix.
* M. de Lorichs avait imaginé de traduire KI^^HK^K par : Tredecima exterior'is officina aeris nummorum, curator nummorum. M. Phillips (Op. laud. p. 394), renonçant à trouver, à l'e-xergue du revers, ce qui se lit sur toutes les monnaies, c'està-dire un nom d'homme ou de dieu, de ville ou de peuple, voire même une indication de valeur,
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formes à l'état actuel de la philologie ibéric(ue. La lecture, qui a fait autorité jusqu'à ce jour parmi les collectionneurs de médailles, est celle proposée par M. Boudard (pp. 117 & 128), acceptée par M. de Saulcy ' & rééditée par M. A. Heiss. Suivant ces auteurs, le mot de l'exergue serait 'Ncdhena ou }^erencoen, c'est-à-dire les habitants de Narae ou l^aro, ancien nom de Narbonne. Quant au mot placé au droit du n" 2, M. Boudard y retrouve T^etima, dont il fait Setiena, VArx Setiena d'Aviénus; mais pourquoi cette monnaie auraitelle porté sur chacune de ses faces un nom de lieu différent?
En résumé, si les bronzes à légendes ibériques, dont je viens de donner des spécimens, sont frappés sur notre sol, il est encore impossible de dire sciemment à quels ateliers il faut les rapjiortcr. Pour ne parler que des attributions les plus répandues en France, celles du n" i, à Béziers, & des n"" 2 & 3, à Narbonne, elles soulèvent, à priori, plus d'une objection. On se demande pourquoi Bézicrs, qui avait ses bronzes à légendes grecques, aurait eu d'autres bronzes à légendes ibériques. La même remarque est à faire pour Narbonne, dans le cas où les bronzes de la deuxième subdivision du septième groupe seraient bien de cette ville. Supposera-t-on que le monnayage ibérique est antérieur à l'autre ? Mais, outre que les caractères extérieurs des pièces qu'il a produites & leur ressemblance avec des monnaies bien connues de la péninsule' ne permettent pas
reconnaît dans le sanscrit un équivalent du mot ibérique, voulant dire beuglant, qualificatif du taureau représenté.
" Revue num. i856, p. 4.
' Le monnayage ibérique de la péninsule est, en général, considéré comme ne pouvant pas remonter au delà de la fin du troisième siècle avant J.-C. Cette opinion est basée sur ce fait que les espèces d'argent sont imitées des deniers qui n'ont commencé à Rome qu'en îÎ'-k). On rencontre cependant dans la Tarraconaise quelques bronzes qui rappellent les types du deuxième sous-groupe du septième groupe, &qui semblent également d'imitation grecque, ce qui les reporterait un peu plus haut. 11 en est de même du pégase Se du taureau à tète humaine, qui sont empruntés à la Sicile.
cette hypothèse, on ne saurait admettre que les Ibères aient été les maîtres de Narbonne & de Béziers à l'époque où commence la période monétaire. Ce peuple avait en effet cédé dès lors, sur la plus grande partie du littoral, devant le développement de la race gauloise' déjà puissante par ses nombreuses conquêtes. Quant à l'hypothèse de monnaies ibériques frappées à Narbonne, postérieurement aux monnaies gauloises à légendes grecques, elle est encore moins admissible, car quelques spécimens des unes & des autres de ces monnaies sont évidemment contemporains par leur style. On ne saurait non plus supposer que les Gaulois, maîtres du golfe de Narbonne & des contrées en arrière, faisaient pour eux des monnaies à inscriptions en caractères grecs Sf, pour les Ibères demeurés dans le pays, des monnaies à caractères exclusivement pris dans la langue de ces derniers; des légendes bilingues auraient suffi.
Les bronzes portant des inscriptions ibériques se rattachent parfaitement par leur métal, leur type & leur module, à des monnaies au taureau & à l'hippocampe, qui se rencontrent de l'autre côté du promontoire pyrénéen, chez les Indigètes, les Ausetani & les Cosetani', c'est-à-dire dans les contrées dont le patois actuel se parle également dans une partie du Roussillon; on sera donc naturellement porté, jusqu'à preuve formelle du contraire, à attribuer ces bronzes à des points voisins des Pyrénées & où les Ibères étaient encore en majorité.