XXII. — Archevêques de Narbonne
Célestin III confirma^, au mois de juillet de l'an iigi, l'élection que le clergé de Narbonne avoit faite de Bérenger, évêque de Lérida, pour archevêque de cette ville. Bernard-Gaucelin, prédécesseur de Bérenger, étoit donc
' Gar'ie\,Serieipraesalum Magalonen.sium,-p, î^o. valent désarmés contre lui. Malgré son amitié
' Cette tulle mettait en partie le seigneur de pour Guillaume VIII, Célestin III n'en fut pas
Montpellier à l'abri des conséquences canoniques moins sévère &, en 1194, il déclara nul ce m.i-
que pouvait entraîner son second mariage, si Scan- riage adultérin. (Voir M. Germain, Commune Je
Qaleux. Le pape seul pouvant l'excommunier, les MontpeUier, t. 1, p. XLix.) [A. M.]
évéques & archevêques de la Province se trou- ^ Baluze, Mïsccllanea, t. 2, p. 241.
t. IJI, p. 82.
décédé avant le 2 d'octobre de la même année, &. par consé(|uent le nécrologe ' de l'église de Narbonne, qui rapporte sa mort sous cette époque, est fautif. Le seigneur de Saint-Nazaire, dans le diocèse de Narbonne, prétendoit^ alors que le service Se la dépouille de la table de l'archevêque, avec le cheval que ce prélat montoit le jour de son entrée dans cette ville après sa conéscration, dévoient lui appartenir. Guillaume-Alfaric, seigneur de Saint- Nazaire, s'accommoda là-dessus en 1188 avec l'archevêque Bernard-Gaucelin, moyennant deux marcs d'argent ouvré, à quoi le tout fut évalué.
Bérenger, nouvel archevêque de Narbonne, étoit^ oncle de Pierre, roi d'Aragon &t fils naturel de R.aimond-Bérenger, comte de Barcelone, aïeul de ce prince. Avant sa promotion à l'épiscopat il avoit été abbé'* du Mont- Aragon, dans la province de Tarragone. Le pape Célestin III, en confirmant son élection à l'archevêché de Narbonne, déclare « qu'elle avoit souffert « d'abord quelque contradiction, mais qu'il croyoit n'y devoir pas faire atten- « tion, tant à cause du mérite de ce prélat que pour l'utilité de l'église de « cette ville S< la nécessité des temps, le pays étant infecté de diverses erreurs Il & agité par le fléau de la guerre. » Il ajoute à la fin de la bulle que Bérenger s'étoit comporté avec beaucoup de sagesse, d'abord dans le gouvernement d'un monastère & ensuite dans celui d'un évêché, 8< qu'il y avoit tout lieu d'espérer que l'église de Narbonne augmenteroit en biens spirituels & en temporels sous son épiscopat; mais nous verrons dans la suite que les successeurs de Célestin ne jugèrent pas si favorablement f'" ce prélat, qui termina'', en iiyS, par un accommodement la guerre que Gaucerand, seigneur de Capestang, 8i les habitans de ce château avoient entreprise contre son prédécesseur 81 continuée contre lui.
XXIII. — Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se démet de cette vicomte en faveur du comte de Pierre de Lara, son neveu.
Le crédit qu'Alfonse II, roi d'Aragon, avoit à Narbonne, contribua sans doute beaucoup à placer Bérenger, son oncle, sur le siège métropolitain de cette ville. Le comte Pierre de Lara, que la vicomtesse Ermengarde, sa tante, avoit appelé depuis longtemps auprès d'elle St en faveur duquel elle se démit entièrement peu de temps après de la vicomte de Narbonne, étoit en effet lié très-étroitement"^ avec ce prince. Ermengarde fit cette démission^ vers la fin de l'an 1192, 8<. on voit qu'elle lui avoit déjà fait part, dès l'an 1188, du gouvernement de ses domaines par un acte de cetre année, dans letiuel « Ermengarde, par la grâce de Dieu vicomtesse de Narbonne, 81 Pierre,
' Gallia Chriitiana, t. 3, p. 378. ' Catel, Mémoires Je l'histoire du Languedoc ,
' Catel, Mémoires Je l'histoire Ju Languedoc, p. 790. p. 790. •• Voyez tome VIII, Chartes, n. LIX , ce. 425,
' Gallia Christiant, t. 3, p. 378. — Zurita, Ana- 426. Us Je la corona Je Aragon, c. 25. ' Voyez tome VII, Note VI, n. vr, p. 17.
■* Marca Hispanica^ c. ;jo6.
fln 1 içji '
« comte par la même grâce, confirmèrent', pour eux & pour leurs successeurs, « la vente du lieu du Terrail que Bernard, archevêque de Narbonne, avoit « faite à Bernard, abbé de Fonthoide. » Cette vicomtesse confirma^, au mois de septembre de l'année suivante, l'union du monastère de Sainte-Eugénie, situé auprès de Narbonne, à la même abbaye, avec «toutes les donations qu'elle y avoit faites. Il ne restoit plus alors dans le monastère de Sainte- F.ugénie, qui avoit eu titre d'abbaye^ dans le neuvième siècle &. qui n'étoit depuis longtemps qu'un prieuré conventuel, que cinq à six religieux iors([ue, conjointement avec Guillaume du Lac, leur prieur, ils se donnèrent d'un commun accord pour jrères à Bernard, abbé, êk. à l'abbaye de Fontfroide avec tous leurs biensj tant à cause que leur maison étoit située dans un mauvais air que par le désir d'une plus grande perfection; à condition qu'on entretiendroità Sainte-Eugénie deux clercs, dont l'un seroit prêtre, pour y faire le service divin. Les sœurs £,• les conjrères du monastère de Sainte-Eugénie consentirent à l'union, de même que l'archevêque de Narbonne.
XXIV. — Le vicomte Roger fait sa paix avec le comte de Toulouse. — Ils établissent la paix en Albigeois de concert avec l'évéque d'Albi.
Il paroît que Roger, vicomte de Béziers 8c de Carcassonne, étoit encore en
guerre avec le comte de Toulouse en 1190; mais qu'ils avoient fait leur paix
l'année suivante, c'est ce que nous inférons : 1° d'une permission"* que
Guillaume-Petri, évêque d'Albi, accorda en 1190 avec le consentement de
son clergé, aux recteurs & aux frères de l'hôpital du Vigan, situé hors la
Éd. origirr. ville, de faire construire une chapelle & d'avoir un prêtre pour leur célébrer t. m, p. 83. ' ,. ' . .1 ' ., ....
la messe, « attendu quils ne pouvoient pas assister aux offices divins dans
« les églises de la ville, dont on tenoit les portes fermées depuis vêpres jus-
« qu'au lendemain quand toutes les messes étoient dites, à cause du passage
« des troupes qui mettoient le pa}S dans une désolation continuelle^. »
2° Des statuts que ce prélat & Raimond, comte de Toulouse, dressèrent
en 1191, du conseil de Roger, vicomte de Béjiers, le Sicard, vicomte de I.au-
trec, & des barons &. notables d'Albigeois, pour faire observer la paix dans
le pays.
' Catel, Mémoires Je l'histoire iu. LangueJoc , concéder à cette petite église du Vigan les droits
p. 594. pnroissinux. On ne put ni y baptiser, ni y dire
" Archives de l'archevêché de Narbonne & de des messes de relevailles, sinon pour les pauvres
l'abbaye de Fonifroide. — Gallia Chnsticna, nov. femmes qui auraient accouché dans l'hôpi'.al
éd. t. 6, même; ni y bénir de mariage, ni y donner la s?-
^ Voyez tome I, 1. IX, n. i.\x\v, p. 949. pulture excepté aux pauvres morts dans Ihosj-ic?,
* Voyez tome VHI, Chartes, n. L, ce. 40Û à & aux frères ayant vécu à la table commune. Le
v(o3. dimanche, les jours de fcte & pendant le carême,
'' Nous avons complété cet acte intéressant, d'à- le recteur doit exclure de l'église tout individu prcs la copie fournie par Doat, Il fallait que les appartenant à une paroisse connue. Les chapegens de guerre fussent bien nombreux pour qu'une lains chargés de célébrer le culte sont nommés & ' ville comme Albi ne fut pas à l'abri de leurs institués par l'évéque. [A. M.J incursions. L'évéque du reste se garda bien de
Par ces statuts' : 1° Les églises, les monastères, les lieux saints, les clercs, les marchands, les chasseurs, les pêcheurs, les chevaliers, les bourgeois, les paysans St généralement tous les habitans du diocèse d'Albi avec tous leurs biens sont compris dans la paix, & tenus de la garder entre eux. 2° Le comte Raimond donne saut-conduit contre les entreprises des gens de guerre aux laboureurs & à toutes les bêtes de labourage ou de charge qui porteroient le signe de la paix : il les met tous sous sa sauvegarde. 3° On défend à tous les chevaliers 8c habitans du diocèse d'Albi de causer aucun dommage dans le Rouergue, le Toulousain Se les autres diocèses voisins. 4° On ordonne à tous les seigneurs particuliers de faire observer fidèlement cette paix par leurs vassaux. 5° Les traîtres, les infracteurs de la paix Se tous ceux qui, après qu'elle aura été établie, seront cités au tribunal du comte 8<. de l'évêque 8< qui refuseront de comparoître pour répondre sur les plaintes qu'on aura portées contre eux, n'auront aucune sûreté. 6° Les prêtres 8t les curés avertiront leurs paroissiens d'observer cette paix pendant cinq ans; ils leur en feront prêter serment sur les saints évangiles & déclareront excommuniés ceux qui refuseront d'en garder les conditions. 7° On payera au comte & à l'évêque pour le soutien de cette paix, un setier de grain par charrue, dix deniers, monnoie d'Albi, pour chaque bête de charge, 81 six deniers pour chaque âne ou ânesse. 8° Enfin il est défendu de saisir, sous quelque prétexte que ce soit, les animaux qui porteroient le signe de la paix. Ces statuts ont donné l'origine au droit de pesade [pacata ou passata) dont les comtes de Toulouse 8c les évêques d'Albi partagèrent les émolumens. Se qu'on continue encore de lever en Albigeois, quoique le motif qui l'a fait établir ait cessé depuis bien longtemps. Il n'y a que quelques villes, le clergé 81 la noblesse du pays qui en soient exempts^.
XXV, — Privilèges de l'abbaye de Candeil. — Vicomtes de Saint-Antonin.
Le comte de Toulouse, l'évêque d'Albi Se le vicomte Roger accordèrent^ de concert, vers le même temps, de l'avis de plusieurs personnes notables du pays, aux religieux de l'abbaye de Candeil, le privilège d'être crus en justice dans toutes leurs affaires sur leur simple serment, jusqu'à la somme de deux cents sols, soit en demandant, soit en défendant, sans qu'on pût leur opposer ni témoins, ni titres. Isarn, vicomte de Saint-Antonin, fut présent à cette concession. Il étoit frère de Frotard, aussi vicomte de Saint-Antonin, avec lequel iH vendit, en 1197, aux habitans de Saint-Antonin, le pré de la ville pour mille sols de Cahors. Frotard vendit de son côté^, en 1198, à Ratier de Caussade, ce qu'il avoit à Caussade 8e à Saint-Cyr. Ils avoienf^ un
■ GaUii Chnit'iana, nov. eJ. t. i, append. p. 6. * Archives de l'hôtel de ville de Saint-Antonin.
' Sur cette pesade, qui semble originaire du • Trésor des chartes de Toulouse, sac 19, n. 3
Rouergue, on peut voir au tome VII la A^olc XLVI, [Auj. J. 328. — Cf. Teulet, Layettes du Trésor,
n. II. [A. M.] t. I, p. 19(3.]
» Tome VIII, Chartes, n. XLIX, ce. .403, 406. « IhU.
An 1 1 pi
An 1 191 '
troisième frère, nommé Sicard. Frotarcl eut un fils, nommé Isarn, qui continua la postérité '.
XXVI. — Précautions du vicomte Roger pour assurer sa succession à son fils.
Le vicomte Roger, en faisant sa paix avec le comte de Toulouse, le reconnut sans doute pour son suzerain dans tous ses domaines & se délia en même temps des engagemens qu'il avoit pris avec le roi d'Aragon, qu'il avoit déclaré son héritier en 11 79. Mais comme il craignoit que cette déclaration ne donnât lieu quelque jour à AUonse de chercher querelle à Raimond-Roger, son fils, il crut devoir prendre ses précautions pour assurer sa succession à ce fils. Dans cette vue il assembla^, au mois de mai de l'an iigi, ses principaux vassaux. Trente d'entre eux, s'étant rendus par son ordre à Sausens, dans le diocèse de Carcassonne, « promirent amour, confiance 8c fidélité à Raimond- « Roger, fils de ce vicomte & d'Adélaïde, sa légitime épouse, & firent ser- « ment de le maintenir de tout leur pouvoir, après la mort de son père, dans « la possession de tous ses domaines. » Trente-trois autres chevaliers, vassaux de Pvoger, prêtèrent un semblable serment dans le château de Carcassonne, Éd. origin. sous l'ormcau. Ce vicomte^ se rendit, au mois d'octobre suivant, à Béziers où il reçut l'hommage de Guillaume de Faugères pour le château de Lunas. Il fit alors un accord'* avec l'évêque, suivant lequel ils promirent de s'entr'aider St partagèrent la justice de la ville, à l'exception des cas d'homicide & d'adultère dont la connoissance fut réservée au vicomte.