VI
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femme du roi Richard, & Jeanne, sœur de ce prince, veuve de Guillaume II, roi de Sicile, qui traversèrent la Province Tannée suivante. C'est ce que nous apprenons des anciens historiens anglois mêmes. Les deux princesses, uîiup.'m. disent ces historiens, après avoir' suivi Pv^ichard dans la Terre-Sainte & s'être remharquées avec lui, abordèrent en Italie avec la fille du roi de Chypre, & demeurèrent pendant six mois à Rome, n'osant s'exposer à continuer leur voyage de crainte de l'empereur. Le pape Célestin III leur fit l'accueil le plus favorable Se les mit enfin sous la conduite d'un cardinal, qui les mena par Pise Si Gênes jusqu'à Marseille. Le roi d'Aragon, qui étoit alors dans son comté de Provence, les reçut dans cette dernière ville, les traita avec beaucoup d'honneur & de respect, & les accompagna jusqu'aux frontières de ses domaines. Raimond V, comte de Toulouse, 8< le jeune Raimond, son fils, prirent ces trois princesses aux bords du Rhône 8< les conduisirent dans leurs Etats, où le dernier épousa^ la princesse de Chypre, après avoir répudié Béatrix de Béziers, sa femme. Tel est le récit de ces historiens.
Un autre auteur contemporain ^ marque les circonstances suivantes de cette répudiation : « Le jeune Raimond, dégoûté de Béatrix, sœur du vicomte de « Béziers, fit tout son possible pour lui persuader de se faire religieuse. La « jeune comtesse, connoissant le dessein du prince, son mari, lui demanda « s'il souhaitoit qu'elle entrât dans l'ordre de Cîteaux ou dans celui de Fon- « tevrault? Non, répondit le jeune comte, je souhaite seulement que vous « vous fassiez ermite, 8c j'auroi soin de pourvoir à tous vos besoins. Sur « cette réponse, Béatrix exécuta la volonté de Pvaimond, qui, l'ayant répudiée, (' épousa la fille du duc de Chypre. » Il y a lieu de croire'* que cette répudiation étoit déjà faite au commencement de l'an iigS^, lorsque Roger, vicomte de Béziers, donna à Béatrix, sa sœur, la seigneurie & les revenus du château de Mèzc, dans le diocèse d'Agde, pour en jouir tant qu'elle vivroit. Nous observerons encore qu'un moderne '^ n'a pas entendu deux anciens historiens qu'il cite, lorsqu'il assure, sur leur témoignage, que Roger remaria sa sœur avec Pierre-Bermond de Sauve. Nous n'avons, d'ailleurs, aucune preuve que Béatrix se soit remariée.
Le jeune Raimond, se croyant libre de se marier à une autre femme par cette séparation, épousa la princesse de Chypre & célébra sans doute ses noces avec elle lorsqu'elle traversa la Province, en iigS, avec les reines d'Angleterre 8c de Sicile. Cette princesse, nommée'^ Bourguigne, étoit fille d'Amauri de Lézignan, qui étoit alors duc de Chypre 8c qui en fut roi après la mort de Gui, roi de Jérusalem, son frère, arrivée en 1194, 8c d'Esquive
' Radiilplms, Coggeshalae abbas, Chronnon An- ^ Voyez tome VII, Note X, n. m, pp. 20, 26.
g?/ae, p. 83o & seq. — Rogerius de Hoveden, An- '' Voyez tome VIII, Chartes, n. LVI , ce. 421,
nales, p. 417. 422.
■ Voyez tome VII, Note X, n. m, pp. 25, 26. * Besse, Histoire des ducs, mar<juls & comtes de
' Pierre de Vaux- Ceriiay, c. 4. [Remarquons Narionne, p. 33 1 .
que cet auteur, qui ne vint pns dnns la Province ' Le P. Anselme, Histoire généalogique des grands
avant 1210, ne parle ici que par ouï-dire.] officiers, t. 2, p. 689; t. 3, p. S3.
d'Ybelin. Elle étoit parente du jeune Raimond, du quatrième au cinquième degré, & cette parenté servit de prétexte à ce prince quelque temps après pour la répudier. Au reste, le comte de Toulouse conduisit lui-même les reines d'Angleterre & de Sicile jusque sur les frontières de ses États, & elles arrivèrent à Poitiers en toute sûreté.
XXXII. — Le comte de Toulouse termine ses dîjjèrends avec les évêques
de Viviers.
Ce prince fit un assez long séjour aux environs du Rhône, en iiçS, 8c termina alors les différends qu'il avoit depuis longtemps avec Nicolas, évêque de Viviers. Il prétendoit que ce prélat, sous prétexte du diplôme qu'il avoit obtenu en 11 77 de l'empereur Frédéric I, s'arrogeoit, à son préjudice, une trop grande autorité dans le pays dont les comtes de Toulouse, ses prédécesseurs, lui avoient transmis le comté. Enfin ils s'en rapportèrent à l'arbitrage de Robert, archevêque de Vienne, qui, s'étant rendu' avec eux entre le bourg de Saint-Andéol & le château de la Palu, les fit convenir des articles suivans : t° Raimond renonça, tant pour lui que pour ses successeurs, en faveur de l'évêque 8c de son église, à tous les droits qu'il prétendoit sur la ville de Viviers. 2° Il promit de ne faire aucune acquisition de droit ou de jÇf/'dans les domaines de l'église de Viviers, sans le consentement de l'évêque 8c de son clergé. 3» Ce prélat céda de son côté au comte le droit que l'église de Viviers avoit sur le château de la Gorepière L- son mandement (ou district), excepté les églises 8c leurs dépendances, 8c sur le château d'Aiguèse, dans le diocèse d'Uzès 8c son mandement; il lui donna de plus cent marcs d'argent. 4° Le comte promit k l'évêque de lui faire justice avant la Pentecôte au sujet du village de Saint-Marcel d'Ardèche, 8cc.
L'archevêque de Vienne termina^ vers le même temps, par son arbitrage, quelques autres différends qui s'étoient élevés entre le même comte de Toulouse 8c divers seigneurs du Vivarais, entre autres celui du château de Séguelières, qui a pris depuis le nom de l'Argentière, au sujet des mines d'argent trouvées dans leurs domaines. Le comte renonça à tous les droits qu'il prétendoit sur ces mines avec promesse de n'y rien acquérir du fief de l'église de Viviers, moyennant six deniers pogeses que l'évêque de Viviers 8c ces seigneurs lui permirent de lever sur chaque marc d'argent qu'on en tireroit. A cette condition, le comte Raimond promit de défendre 8c de protéger les ouvriers 8c les propriétaires.
XXXIII. — DïJJerends entre les comtes de Toulouse &- les évêques de Vaison.
Raimond avoit alors, depuis longtemps, avec les évêques de Vaison un autre différend qui ne fut pas sitôt terminé. Ce prince, après avoir chassé
' Coliimbi, Vivar'ienscs episcopi, p. 212. ' Coliimbi, fivaricnses cphcopi, p. 219.
An 1 1 f)3
KJ origin.
t. Ili, p. 87.
An 1 ip3
de' Vaison, vers l'an 1160% l'évèque Béienger de Mornas 8<. s'être saisi du domaine épiscopal, le garda jusqu'à la mort de ce prélat, arrivée vers l'an 1 178. Bertrand de Lambesc, successeur de Kérenger, voyant que le comte étoit en possession du palais épiscopal, des châteaux de Crestet S< de Pvâteau, &i du reste du domaine de l'évêché, eut recours à la force, Se recouvra enfin toutes ces choses dont il jouit jusqu'à sa mort, arrivée vers l'an ii85. Bérenger de Reillane lui ayant succédé, le comte somma ce dernier de lui remettre le palais épiscopal de Vaison comme à son seigneur. Je n'en ferai rien, répondit Bérenger; je ne tiens pas ce palais de vous, 8c je le tiens seulement de Dieu & de la Vierge. Sur cette réponse, Raimond, voulant forcer l'évèque à obéir, fit préparer une grande quantité de matériaux pour construire une forteresse de charpente sur la montagne voisine de la ville. Bérenger défendit, sous peine d'excommunication, aux ouvriers de continuer leur travail, S< a^ant fait apporter tous ces matériaux dans son palais, il y fit mettre le feu. Le comte ne garda plus alors aucune mesure avec ce prélat : il le chassa de la ville dont il s'empara de même que de tous les domaines de l'évêché. Bérenger se retira au château d'Entrechaux, Se là, ayant assemblé ses chanoines Si tout son clergé, il excommunia P^aimond avec tous ses adhérens, S< jeta l'interdit sur tout le domaine que ce prince possédoit dans le diocèse. Cette excommunication n'empêcha pas le comte de garder les domaines saisis jusque vers l'an 1188. Guillaume de Laudun, d'une ancienne maison du bas Languedoc, ayant été élu alors évêque de Vaison, il les lui rendit; mais cette paix ne dura pas longtemps, 8<. il s'éleva de nouveaux troubles dans le diocèse, vers l'an iig3, après la mort de Guillaume de Laudun. Les gens du comte s'assurèrent, en effet, du palais épiscopal dans le temps que le convoi étoit en marche pour aller inhumer ce prélat dans sa cathédrale; ils se saisirent en même temps des revenus de l'évêché. Se renforcèrent la garnison du château de Vaison dont ils augmentèrent les fortifications. Ces difféiends duroient encore en 121 1, lorsque Raimond, évêque d'Uzès, légat du Saint- Siège, fit faire une enquête touchant les dommages causés aux évêques de Vaison par les comtes de Toulouse'^ : Si c'est de cet acte que nous avons tiré les faits que nous venons de rapporter. On n'y marque pas d'une manière précise le sujet de ces différends; mais on voit assez par la déposition des témoins que l'évèque de Vaison administra au légat, qu'il s'agissoit d'une partie de la seigneurie de la ville que ce prélat prétendoit posséder sans aucune dépendance du comte de Toulouse; Si que ce prince, en qualité de marquis de Provence, croyoit être en droit de son côté de dominer dans Vaison.
' Columbi, Je Episecpis Vasionens'ihus, p. 386 & 'Voyez tome III, 1. XVIII, n. x\xix, p. S12.
seq. — Boyer, Histoire de Vaison, p. 1 o3 & suiv. ' Columbi, de Efiscopis Vasioncnsihus , p. SSy
— Gallia Chrislianaj nOY. éd. t. 1 , p 927. 8t scq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. ïAq — T
^ -' An 1 ipj
XXXIV, — Richard, roi d'Angleterre, sort de prison, — L'empereur lui donne
le royaume de Provence.
Cependant Richard, roi d'Angleterre, ayant négocié sa rançon avec l'empereur Henri VI, ces deux princes conclurent un ' traité, au mois de septembre de l'an 1193. Ils convinrent qu'Henri donneroit le royaume de Provence à Richard, avec permission de s'en faire couronner roi le dimanche d'après le jour de sa délivrance, qui fut fixé au 18 de janvier suivant. On assure que l'empereur, par cette donation, « céda à Richard la Provence propre, le Vien- « nois, les villes de Marseille, de Narbonne, d'Arles & de Lyon, jusqu'aux « Alpes, avec ce qu'il possédoit en Bourgogne, l'hommage du roi d'Aragon, B celui du comte de Die'^ 8c enfin celui du comte de Saint-Gilles; 8c que a tous ces pays comprenoient cinq archevêchés & trente-trois évêchés. d Mais on convient « qu'Henri n'avait jamais pu s'y faire reconnoître pour roi. Si Il qu'aucun des princes du pays n'avoit jamais voulu se soumettre à ceux qu'il « avoit présentés pour régner sur eux. i> On voit par là : 1° Qu'Henri VI, qui succéda en 1190 à l'empereur Frédéric I, son père, n'avoit pu encore /m""^!,^'»;; ]}arvenir, trois ans après, à se faire reconnoître pour roi de Provence. 2° Que le refus que divers princes, qui possédoient le domaine utile ou immédiat de ce royaume, firent de se soumettre à sa souveraineté, l'engagèrent à le céder au roi d'Angleterre. 3° Enfin qu'il prétendoit étendre son autorité sur la métropole de Narbonne 8<, par conséquent, sur les pars situés en deçà du P\.hône. Il ne pouvoit se fonder pour cela que sur des droits imaginaires; car la province ecclésiastique de Narbonne n'avoit point fait partie du royaume de Provence, cédé par Hugues, roi d'Italie, aux rois de Bourgogne, qui l'avoicnt transmis aux empereurs d'Allemagne. Quant à l'hommage du comte de Saint-Gilles, qu'Henri céda à Pvichard, on peut entendre par là seulement c|u'il lui céda la souveraineté sur le m.arquisat de Provence possédé par les comtes de Toulouse, (|ue les historiens anglois du douzième siècle ne qualifient jamais que comtes de Saint-Gilles. Quoi qu'il en soit, il ne paroît pas que Richard se soit fait couronner roi de Provence après qu'il fut sorti de prison; ce c|ui n'arriva que le 4 de février de l'an 1194, Se on ne voit pas non plus que ni lui, ni ses successeurs aient jamais exercé aucune autorité sur ce pays, dont les empereurs d'Allemagne continuèrent de se regarder comme souverains. Un historien ^ moderne prétend que Richard refusa le royaume de Provence'*.
' Rogeriiis de HoveJen, Annales, p. 416. rcnt pour arbitres Sicard, vicomte de Laiitrec,
• Il y a DlsJen danj Roger de Hoveien, ce qui Frotard de Brens, B. de Boisseson & Dont Alaman. ne signifie rien. [Note de dom Vaisicte.} — Les fiefs de chevaliers, possédés par l'cvêque,
' Le P. Oan\t\, H'titoire de France, i. i,p. i.)35. furent tenus par lui du vicomte, & il dut rendre
* En l'année i 194, le 3 mars, furent rôglces de à celui-ci les devoirs auquels étaient astreints les longues contestations qui divisaient depuis Icng- anciens possesseurs. Dans le Castelviel, le vicomi* temps l'évéque &. le vicomte d'Albi au sujet de la est seul seigneur; de la ville même, l'évéque n Sîigneurie de cette ville. Les deux parties choisi- les deux tiers, le vicomte un tiers seulement. -»-
An 1 ip^
i5o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX.
XXXV. — La guerre se renouvelle entre le roi d'Jragon & le comte de Toulouse. — Le premier dispose du comté de Fenouillèdes, &c., en faveur du comte de Faix.
Raimond-Roger, comte de Foix, revint sans doute de la Terre-Sainte avec le roi Philippe-Auguste. Il étoit, en effet' , au mois de juin de l'an i içS, à la cour d'AIfonse II, roi d'Aragon, son oncle à la mode de Bretagne, qui, à cause de l'amitié ou de la parenté qui étoit entre eux & des services que ce comte lui avoit rendus, fit expédier en sa faveur une charte dont il est hon de rapporter les termes. « J'approuve &: je confirme, dit Alfonse dans ce « diplôme, toutes les conventions que le comte Pierre a faites avec vous, tant « par la donation de la vicomte de Narhonne que des autres choses; & je « vous donne & vous confirme tout ce que le comte Pierre ou tout autre « vicomte de Narbonne, quel qu'il soit, tient Se doit tenir de moi & de mes M ancêtres dans la vicomte, la ville & tout le pays de Narbonne. Je vous « donne encore & je vous confirme le château & le pays de Fenouillèdes, le « château & le pays de Pierre-Pertuse; à condition que vous tiendrez toutes a ces choses de moi & de mes successeurs, que vous me serez toujours fidèle, « que vous me servirez en paix Se en guerre, de même que mes successeurs, « pour tous ces domaines, & que vous ferez la guerre au comte Rainiond ou « à celui qui sera seigneur de Toulouse & de Saint-Gilles. Que si vous « mourez sans enfans légitimes, tout cela me reviendra & à mes successeurs. « Entre ces domaines, vous me donnerez /johvozV sur les châteaux & les pays « de Fenouillèdes & de Pierre-Pertuse, aussitôt que vous en serez le maître, « & vous ne pourrez vous dessaisir de ces pays ou d'une partie qu'en ma « faveur Si de mes successeurs. Et moi je vous promets de vous être, bon « seigneur, de vous protéger dans toutes vos affaires £< de vous secourir dans « la susdite guerre. » L'acte est daté d'Huesca, en Aragon, en présence de Bérenger, archevêque de Narbonne, qui l'approuva, sauf son droit.
Nous comprenons par là : i" Que la guerre se renouvela en iigS entre !e roi d'Aragon Si le comte de Toulouse, & que le comte de Foix & le vicomte de Narbonne, qui reconnoissoient la suzeraineté du premier, se liguèrent alors avec lui contre l'autre, leur ancien seigneur. 2° Que le comte Pierre de Lara, en faveur duquel Erinengarde, vicomtesse de Narbonne, sa tante.
Le même acte fixe les redevances ducs aux deux voirs jusqu'à l'arrivée des officiers royaux. Ceux-ci
seigneurs parles marchands de la ville; ce sont conclurent, en i 229 (t. VIII, ad ann.), avec l'évé-
soit des redevances en deniers, soit des redevances que un accord très-avantageux à celui-ci; accord
en naturej les leudes sont partagées de la même qui fut rompu à la suite de discussions orageuses,
façon; les deux tiers à l'évéque, le reste au vicomte. 8t remplacé en 1264 par une nouvelle convention
La leude du pont appartient au vicomte, qui doit plus équitable & plus conforme à l'ancien état
entretenir le pont à ses frais. Voir dans Com- des choses. (Voir plus bas aux années 1229 £4
payré. Etudes sur l'Albigeois, p. 141 & sulv. une 1164.) [A. M.]
ancienne traduction de cet acte en langue vul- ' Voyez tome VIII , Chartes, n. LIX, ce. 425,
galre.— 'Cet acte régit les rapports des deux pou- 4261
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. i5r
s'étoit alors démise entièrement depuis' peu de cette Vicomte, pour se soutenir contre Raimond, comte de Toulouse, qui n'approuvoit pas cette démission, s'unit étroitement avec le comte de Foix & l'appela^ à sa succession en cas qu'il mourût sans enfans, tant pour la vicomte de Narbonne que poin^ la suzeraineté sur les pays de Fenouil lèdes £v de Pierre-Pertuse, que les comtes de Barcelone avoient donnés à ses ancêtres dès le commencement du douzième siècle. 3° Enfin qu'Alfonse, roi d'Aragon, qui prétendoit dominer sur tous ces pays, approuva la disposition du comte Pierre de Lara.
XXXVT. — Le comte Pierre de Lara se démet de la vicomte de Narbonne en faveur d'Aymeri 111, son fils. — Mort d'Ermen garde, vicomtesse de cette ville.
Pierre s'étant assuré jiar cette ligue la possession des domaines qui avoient appartenu à la vicomtesse Emiengarde, sa tante, prit l'année suivante des mesures pour les transmettre à sa postérité. Dans cette vue, « il fit donation, « à cause de mort, le 28 du mois^ d'avril de l'an 1194, & donna par préciput « sur tous ses autres enfans à Aymeri, son fils, à ses enfans 8<. à ses descen- <( dans la ville & la vicomte de Narbonne, le pays de Béziers Sv tous les « autres lieux qui appartenoient à la seigneurie de Narbonne; excepté le « château de Montpezat qu'il déclara cependant devoir toujours être un fief « mouvant de la vicomte de Narbonne. »
Cette disposition St quelques autres actes dans lesquels Pierre de Lara se qualifie vicomte de Narbonne depuis l'an 1192 ont donné lieu à un généalogiste* espagnol, d'assurer qu'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne étoit déjà morte cette dernière année; mais il est certain qu'elle vécut longtemps après & qu'elle ne mourut au plus tôt qu'au mois d'avril^ de l'an 1194.
Ermengarde mourut à Perpignan, dans les États d'Alfonse II, roi d'Aragon, où elle se retira'' lorsqu'elle se démit, vers la fin de l'an 1192, de la vicomte de Narbonne, en faveur du comte Pierre de Lara, son neveu. Les liaisons étroites qu'elle avoit toujours entretenues avec Alfonse, l'engagèrent sans doute à fixer sa résidence dans cette ville & à y finir ses jours. Elle administra pendant plus de cinquante ans, avec beaucoup de prudence & de dextérité, la vicomte de Narbonne dans des temps difficiles, Se ne se distingua pas moins par les vertus viriles que par celles qui sont propres à son sexe, 8c par la sagesse de son gouvernement; en sorte qu'elle s'acquit une très-grande réputation avec l'estime & la considération des plus grands princes de son temps, entre autres du roi Louis le Jeune. E'ile prit part, en effet, à la tête
' Voyez tome VII, jVofc VI, n. iv & suiv. p. 10 ■* Salaz.ir y C.istro, fiistoria gcnealo^ica du U casa
Se siiiv. de Lara, t. ) , p. lâo.
• Ihii. Note XXVII, n. m, p. 84. ' ^'oyez toins VU, Note VI, n. vu, p. i8.
'Voyez tome VIII; Chartet, n. XXXIV. [Le "Catel, Mémoires de fliisloire du Languedoc,
renvoi de dom Vaissete est fautif j il n'a pas publié p. :'j.")3, & Histoire des comtes de Tolose, i'' jait.
celte pièce dant les Pz-CHvfJ du tome II.] p. 16 J.
An 1 193
Au
Éd. oiii^in.
An 1 ip^
de ses vassaux, à diverses expéditions militaires; S^ elle fut souvent l'arbitre des différends qui s'élevèrent entre "les princes & les grands seigneurs. Elle s'appliqua surtout à rendre elle-même la justice à ses sujets, prérogative dont elle fut fort jalouse; & elle présida' à divers plaids assistée de ses principaux vassaux. Enfin, ses rares qualités la mirent beaucoup au-dessus des personnes de son sexe. Ayant succédé fort jeune au vicomte Aymeri II, son père, elle eut d'abord beaucoup à craindre de l'ambition d'Alfonse-Jourdain, comte de Toulouse, qui vouloit envahir la vicomte de Narbonne, sous prétexte d'en prendre soin pendant sa minorité, en qualité de suzerain; mais son courage &• sa fermeté la mirent à l'abri des entreprises de ce prince & de celles de Raimond V, son fils; & elle se maintint dans la possession de tous les domaines de ses ancêtres, sous la protection des comtes de Barcelone Si des rois d'Aragon, ses parens, avec lesquels elle demeura toujours très-unie, & qu'elle reconnut pour ses seigneurs, non par devoir, mais par amitié 8<. par reconnoissance. Elle donna des marques de sa' religion, tant par les services importans qu'elle rendit au pape Alexandre III que par ses libéralités envers les églises. Elle combla entre autres de ses bienfaits l'abbaye de FDntfroide* dont elle est regardée comme la principale fondatrice & où elle choisit sa sépulture. Elle fit aussi beaucoup de bien au monastère de Quarante qu'elle confirma-^, en 1182, dans la possession de tous les fiefs qu'il avoit acquis dans ses domaines, & ne se réserva que la justice criminelle pour l'etfusion de sang & l'adultère. Elle y fonda en même temps à perpétuité une messe pour elle & pour ses parens, en présence de Frotard, Guillaume & Bérenger de Villes-Passans, d'Ermengaud de Ville-Flairan, maître de la milice de Peiriez, Pierre de Maillac, Pierre de Saint-Félix Sx. diverses autres personnes de condition. Elle rendit à l'église de Narbonne son ancienne liberté par la renonciation qu'elle fit à la dépouille des archevêques après leur mort. Elle. eut cependant quelque différend avec l'archevêque Pons, qui se plaignif* au pape Alexandre III de ce qu'elle s'attribuoit une trop grande autorité sur l'abbaye de Saint-Paul; ce qui engagea le pape à permettre à ce prélat de prendre par lui-même l'administration St le gouvernement de cette abbaye : le pape Honoré III confirma cette permission en faveur des successeurs de Pons. Enfin la cour d'Ermengarde fut une des plus brillantes de la Province; & elle y fit un accueil favorable aux-"» principaux poètes provençaux de son temps; on prétend '^ même qu'elle tenoit cour d'amour dans son palais. Entre ces poètes elle protégea'^ singulièrement Saill de Scola, fils d'un marchand i^d.onsiii. de Bergerac, en Périgord, lequel demeura toujours auprès d'elle, & ne la quitta qu'après sa mort. Saill, dit-on, étoit jongleur, & ne faisoit que de petites chansons; mais elles étoient fort estimées. Ermengarde fut la der-
' Voyez tome VIII, Clinrte;, n. XLIII, ce. 390, ■* Catel, Mémo'res de l'/iistD-rc Ju Lan^ucjcef
Spi . p. 3;i & siiiv.
' Catel, Mémoires de ihiitorre Jtl Lun^ueJac , ^ Voyez tome III, 1. XVIII, n. lvxx, p. 870,
p. 391 & suiv. " Cazeneuve, Jeux Floraux, p. ^.'1 & suiv.
' Archives de l'iibbnyc de Quar.inte. ' Bibliothc.-,ue du roi, mss. 722J.
t. 111, p. yo.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. i53
nière de sa race, & elle transmit tous ses domaines à la maison de l^ara, en Espagne.
Le comte Pierre, chef de cette maison, son neveu, qui lui avoit déjà succédé quelques années avant sa mort, quitta le nom de Lara pour prendre celui de Narbonne, aussitôt qu'il fut établi en France. Il y a lieu de croire qu'il fit une démission absolue de la vicomte de Narbonne en faveur de son fils Aymeri, peu de temps après qu'il lui en eut tait donation à cause de mort. Nous ne voyons pas, en effet, qu'il se soit qualifié depuis vicomte de Narbonne; nous trouvons, au' contraire, qu'il passa le reste de ses jours à la cour d'Espagne, où il possédoit de grandes dignités, & que son fils Avmeri prit de son vivant le titre de vicomte^ de Narbonne par la grâce de Dieu,
Pierre, dans la donation dont on vient de parler, disposa aussi du pays de Bé-^iers en faveur d'Aymeri, son fils. Cette clause pourroit faire croire que le roi d'Aragon lui avoit donné la vicomte de Béziers St qu'il l'avoit confisquée sur le vicomte Pvoger, pour le punir d'avoir fait sa paix avec le comte de Toulouse; mais on peut entendre aussi par le pays de Bé-^îers énoncé dans cette donation, les domaines que les vicomtes de Narbonne possédoient de leur chef dans l'étendue du diocèse de Béziers ■*. Quoi qu'il en soit, il paroît que PvOger, après avoir fait sa paix avec le comte de Toulouse, vécut en paix avec lui jusqu'à sa mort.
XXXVIL — Dernières dispositions de Roger II, vicomte de Bè-:^lers, Carcassonne, (St. — Sa mort.
Pv.oger ordonna^, au mois de décembre de l'an iigS, que les juifs de Limoux & d'Alet contribueroient à l'avenir, avec ceux de Carcassonne, aux tailles 6- aux questes qu'il imposoit sur eux, ainsi que cela avoit été pratiqué du temps de ses prédécesseurs. Il donna des'' lettres de sauvegarde, au mois de janvier suivant, en faveur de Pons de Bram, abbé de Saint-Hilaire, Se des domaines de cette abbaye situés dans le Carcasses 8c le Razès, S< termina "^ ensuite, le 3 du mois de mars, par l'arbitrage de Sicard, vicomte de Lautrec, de Frotard-Pierre de Bérens, de Bernard de Boisseson & de Doat d'Alaman, les différends qu'il avoit avec l'évêque d'Albi touchant la seigneurie de cette ville & de ses dépendances.
Roger ne survécut pas longtemps à ce jugement; il fit un codicille, le
' ^i)l^Z3r y Castro, Historia gcnealogica Je la casa l'Argentiére & les locnlités environnantes. C'est
ife Lara, t. i, 1. 3, c. 3. — Voyez tome V'II, ce territoire que le testament de la vicomtesse Adé-
?/o(e VI, pp. i8, ip. — Archives de la vicomte de laïde, en 966, appelle Nchoiioncnse, & que dom
N.irbonne. ^'ai5scte a pris pour le Nébouzan. (Voyez tome III,
' S.ilazary Castro, Historia gencalngica Je la casa pp. 162, i63, & tome V, c. i.'j.'i.) [A. M.]
Je Lara, t. 4, p. 18. < \'oyez tome V'III , Chartes, n. LX , ce. ^26,
* Ces possessions étaient principalement situcss 427.
dans le nord de l'arrondissement actuel de Bcziers ' Archives de l'abbaye de Saint-Hilaire.
£< d I-.15 celui de Saint-Pons ; c'étaient Vjllemagne- ' Archives du domains de Carcassonne.
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jeudi 17 de^ mars de l'an iir)3 de la nativité de Jésus-Christ, qu'on doit compter cependant de l'Incarnation; ainsi le codicille appartient à l'an 1194. . Il confirme par cet acte le testament qu'il avoit fait quelques années auparavant entre les mains de Bernard, archevêque de Narbonne, & de Gaufred, évêque de Béziers. Il choisit sa sépulture dans le monastère de Notre-Dame de Cassan, au diocèse de Béziers, auquel il lègue sa table d'or ornée de pierres précieuses, cinq mille sols melgoriens, h.c. Il fait d'autres legs pieux en faveur des abbayes de Villelongue, de Caunes & de Saint-Hilaire; il supprime le droit qu'il faisoit lever sur le pont de Carcassonne, 8t ordonne à ses héritiers de réparer le tort qu'il avoit fait à la cathédrale de Saint-Nazaire & à l'église de Sainte-Marie de cette ville; il fait quelques libéralités à plusieurs de ses domestiques, entre autres à Bernard, son notaire ou secrétaire; il veut que Raimond-Trencavel, son frère, soit entretenu pour la nourriture, le vêtement & les équipages, tant qu'il demeurera à la cour de son héritier, & il confirme le legs qu'il lui avoit fait dans son testament. Il institue pour son héritier universel, ainsi qu'il l'avoit tait dans cet acte, Raimond-Roger, son fils, qu'il avoit d' Adélaïde, sa femme légitime, fille du seigneur Raimond, comte de Toulouse, & confirme les substitutions qu'il avoit faites dans ce testament. Il établit Bertrand de Saissac, à la foi, à la protection & au conseil duquel il avoit déjà remis la personne Se les biens de ce fils, pour son tuteur 6- haile {bajulum) pendant cinq ans, à compter depuis la prochaine fête de Pâques. Il le charge de régir les domaines des diocèses de Béziers 6i d'Agde pour l'utilité de cet enfant, avec le conseil de l'évêque de Béziers, d'Etienne de Servian, d'EIzéar de Castries & Déodat de Boussagues. Il le charge aussi d'administrer ses domaines d'Albigeois, de Rouergue £< du Toulousain, avec le conseil de l'évêque d'Albi, de Guillaume de Vassal, de Bérenger de Bonfils de Lavaur & de Guillaume de Saint-Paul. Quant au ,-^jj<"''S'^j Carcasses, au Razès, au Lauragais & au Termenès, Roger chargea Bertrand de Saissac de gouverner ces pays par l'avis de ses viguiers, savoir : Arnaud de Raimond, viguier de Carcassonne, & Guillaume d'Assalit, viguier de Razès, Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires le même Bertrand de Saissac, les évêques 6- les chevaliers dont on vient de parler, 8<. il leur ordonna de payer toutes ses dettes, suivant la décision d'Othon, évêque de Carcassonne, de l'archidiacre Bérenger, de Guillaume Amelii & de maître Bertrand. Il laissa Raimond-Roger, son fils £< son héritier, avec ses tuteurs, viguiers, conseillers, balles, 8c tous ses domaines à la garde 8<. sous la protection & administration de Raimond, fils du comte de Toulouse. Il révoque l'ancien comte de cette ville {comitem Tolosanum maj'orem) Si tous ceux, de quelque sexe qu'ils fussent , c[u'il avoit nommés dans son testament pour gérer la tutelle & être bailes de son fils, excepté ceux qu'il établit dans son codicille, parce qu'il tient les autres pour suspects. Enfin ce vicomte déclare, par ser-
' Bnluze, Hiitoirc gincalo^'ique de la malien d'Auvergne, t. 2, p. joo & siiiv. ^- Martine, T/iemurut anccdotorum, t. 1 , c. 97.
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ment prêté sur les saints évangiles, qu'il avoit ordonné toutes ces choses pour plus grande sûreté, & qu'il faisoit sceller ce codicille de son sceau S<. de celui de l'évêque de Carcassonne. Ce prélat, les viguiers de Carcassonne 8c de Razès, & quelques autres y souscrivirent; Bernard de Canet, notaire de Roger, l'écrivit & le scella, 8c trente-cinq des principaux vassaux de ce vicomte s'engagèrent en même temps, par serment, de tenir la main à l'observation de tous ces articles. Bertrand de Saissac, les deux viguiers de Carcassonne Si de R.azès, Guillaume-Hugues, sous-viguier, Amblard 8c Guillaume de Pelapoul, Guillaume du Puy, Pierre-Roger 8c Jourdain de Cabaret, Pierre-Roger de Mirepoix, Guillaume 8c Jourdain de Saint-Félix, Raimond- Trencavel, Guillaume de Roquefort, Bernard, Pons, Roger 8c Guillaume Ferrol, Pierre de la Tour, Pierre de Penautier, Guillaume de Gordon, Arnaud de Morlane, Sec, furent de ce nombre.
Telle est la dernière disposition de ce vicomte; mais nous n'avons plus le testament dont il y fait mention. Il mourut' trois jours après 8c fut inhumé comme il l'avoit ordonné au monastère des chanoines réguliers de Cassan, au diocèse de Béziers, dans le nécrologe duquel on lit les paroles suivantes : le 20 de mars mourut Roger, vicomte de Béliers, notre frère. Il avoit changé de disposition par rapport à sa sépulture, car dans un codicille^ qu'il avoit fait en 1179 il l'avoit choisie dans la chapelle de Saint-Martin de l'abbaNC de Valmagne, au diocèse d'Agde, fondée par Trencavel, son père. Se il fit par le même acte des biens considérables à ce monastère.
Ainsi finit ses jours Roger II, vicomte de Béziers, de Carcassonne, de Razès 8c d'Albi, à l'âge d'environ cinquante ans, après avoir possédé pendant vingt-sept ans, ces quatre vicomtes, avec les pays de Lauragais, de Minervois, de Termenès 8c plusieurs autres domaines que Raimond-Trencavel, son père, lui avoit transmis, 8c avoir passé une grande partie de sa vie à faire la guerre à Raimond V, comte de Toulouse, son beau-père 8c son seigneur, de concert avec le roi d'Aragon avec lequel il se ligua contre lui. Du reste 3, nous trouvons ici une nouvelle preuve que ce vicomte avoit fait sa paix avec Raimond dès l'an H91, car il révoque dans ce codicille la tutelle de son fils qu'il avoit confiée à ce prince par son testament. Or cet acte est du moins de l'an 1 191 puisqu'il déclare qu'il l'avoit fait entre les mains de Bernard, archevêque de Narbonne, qui mourut cette même année. Roger étoit donc alors en paix avec le comte de Toulouse, son beau-père. 11 paroît qu'il y eut depuis quelque rehoidissement entre eux, puisqu'il le regardoit comme sus' pect dans le temps de son codicille; mais ayant laissé par le même acte le jeune comte de Toulouse, son beau-trère, pour tuteur de son fils, c'est une preuve que cette nouvelle brouillcrie n'eût point de suites.
Pvoger II est encore plus connu dans l'histoire de l'Église par son attachement à la secte des albigeois que dans celle de la Province par ses exploits
■ Voyez tome V, ce. 33 & 36. ' Voyez ci-dessus, n. XXIV, pp. 1^0-1411
' ArchiY«s de l'abbaye de Valmagne.
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miliiaircs. On a parlé ailleurs' de l'accusation (ju'on forme contre lui d'avoir embrassé les erreurs de ces sectaires; mais supposé qu'il ait eu le malheur de les suivre pendant quelque temps, il est du moins certain qu'il les avoit abandonnées sur la fin de ses jours 8t qu'il mourut catholique. Outre le ser- Mi'rp*'"- r'^ent &c les legs pie.ux qu'il fait dans son codicille, on voit par cet acte qu'il étoit alors très-uni avec tous les évoques de ses domaines; & on a déjà remarqué que les chanoines réguliers du monastère de Cassan, où il tut inhumé, !e qualifient leur frère,
XXXVIII. — Raïmond-Roger succède à Roger H, son père. — Mort d'Adélaïde de Toulouse^ jemme de ce dernier,
Pvoger II ne laissa d'Adélaïde de Toulouse, sa femme, que P\.aimond- Pvoger, son fils 8<. son héritier, qui demeura sous la tutelle de Bertrand de Saissac 8< de ses autres tuteurs, jusqu'à ce qu'il eût quatorze ans accomplis; ce qui arriva^ à Pâques de l'an 1199. Il gouverna ensuite ses domaines par lui-même, mais cependant avec le conseil de sa mère, de Bernard de Pelapoul, viguier de Béziers, &. des autres grands {p alïorum procerum meorum) de sa cour, comme on voit dans un acte^ du mois d'août de l'an 1199. Ainsi Adélaïde ne prit part qu'après la majorité de son fils à l'administration de ses domaines; car elle avoit été exclue de sa tutelle dont il paroît que le vicomte, son mari, l'avoit d'abord chargée par son testament, conjointement avec l'ancien comte de Toulouse, son l^eau-père; elle est en effet désignée assez clairement dans la clause du codicille par laquelle Roger révoque tous les tuteurs, de quelque sexe qu'ils fiissent, c[u'il avoit établis par ce testament, parce qu'il les tenait pour suspects. Adélaïde ne mourut pas par conséquent en 1193, comme un moderne"* l'a avancé sur l'autorité d'un ancien auteur qui n'en dit rien. Nous ignorons cependant l'époque précise de sa mort; tout ce que nous savons c'est qu'elle étoit déjà décédéc au mois d'avril de l'an 1201, & qu'il est marqué dans le nécrologe du monastère de Cassan^, où elle fut apparemment inhumée avec le vicomte, son mari, qvi'yidêla'ide, comtesse de Béliers, mourut le 20 de décembre. Elle décéda donc ou à la fin de l'an 1199 ou à la fin de l'année suivante. On a dit ailleurs la raison pour laquelle elle se qualifioit comtesse, tandis que son époux ne prenoit que la qualité de vicomte, car c'est mal à propos que quelques auteurs^ donnent à ce dernier le titre de comte qu'il ne prit jamais.
Nous apprenons quelques particularités d'Adélaïde de Toulouse, femme du vicomte Roger II, dans la vie d'Arnaud de Marvoill ou Marviell, poète provençal, laquelle se trouve en langage du pays dans deux manuscrits de la
' N'oycz ci-dessus, liv. XIX, n. l.vxiv, pp. 8i, ^ Le ?, Anselme, Histo'nc gcticalog':(juc .les grjn.ls
C2. officiers, t. 2, p. 688.
' Voyez tome VII, Note XXXIX, n. vi, p. i 14. ^ Voyez tome V, Chroniques, c. 37.
' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXI, ce. ^t>?>, ' Catel, Mémoires Je l'histoire du LungncJoc,
/Ji^. p. 64 & suiv.
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bibliothèque du roi. « Arnaud de Marvoill, dit l'auteur' de cette Vie, étoit « né de basse extraction dans un château de ce nom en Périgord. Il se fit « clerc; mais ne pouvant vivre il alla chercher fortune parmi le monde. Le « sort le conduisit à la cour de la comtesse de Burlats, fille du preux comte « Raimond Si femme du vicomte de Béziers, lequel avoit nom Tailleferj « comme Arnaud faisoit bien des chansons & lisoit des romans, cela plut à « la comtesse, qui lui fit beaucoup de bien. Il en devint amoureux & il fit « des chansons en son honneur, sans oser toutefois s'en déclarer auteur. Enfin « il fit une chanson qui commence par ces mots : La jranca captenen-^a, dans « laquelle il découvrit sa passion. La comtesse ne la désapprouva pas, Se elle « le combla de bienfaits. Cela l'encouragea à faire de nouvelles chansons « qui témoignent qu'il avoit de grandes qualités 8<. de grands défauts. » On ajoute dans l'autre manuscrit^ « que la comtesse de Béziers, dont Arnaud de (( Marviell devint amoureux, étoit fille du bon Raimond, comte de Toulouse, « &t mère du vicomte de Béziers que les François firent mourir lorsqu'ils « l'eurent pris à Carcassonne; qu'on appeloit cette vicomtesse comtesse de i( Burlats, parce qu'elle étoit née dans ce château (situé en Albigeois sur « l'Agout, à une lieue au-dessus de Castres); que le roi Alfonse, qui étoit « amoureux de la comtesse, s'apercevant de la passion qu'Arnaud avoit pour « elle, en fut jaloux S<. qu'il l'obligea à le congédier; qu'Arnaud au désespoir « se retira à la cour de Guillaume de Montpellier, qui étoit son ami & son « seigneur, 8<. qu'il y pleura longtemps dans ses chansons la perte qu'il avoit « faite. » La chanson d'Arnaud de Marviell qui commence par ces mots : La franca captenen-^a, est dans le premier des deux manuscrits^, mais non pas le sonnet dont parle Nostradamus"*, S;, qui commençoit par ces mots : Anas vous. Cet auteur, qui tait Arnaud de Meyrveilh, gentilhomme provençal St seigneur en partie du lieu de Meyrveilh, près d'Aix, en Provence, lui attribue un traité intitulé : Las recasteiuis de sa comtessa. 11 se trompe également sur le nom de la comtesse de Burlats, qu'il appelle Aléarde, au lieu d'Adélaïde. Il fait mourir Arnaud en i2;o.
XXXIX, — Hérétiques chassés de Bé-^iers, — Troubles dans l'abbaye d'Alet.
Bertrand de Saissac prit la tutelle de Raimond-Roger aussitôt après la td.origin.
i oit. iii^ p. q3,
mort de Roger II & s'engagea'', le 4 du mois d'août suivant, en qualité de tuteur du jeune vicomie, tant en son nom qu'en celui de son pupille, envers Gaufred, évêque de Béziers, 8c Etienne de Servian : 1° A ne faire rien de conséquence, sans les avoir consultés, dans la ville de Béziers & son diocèse, 8t dans celui d'Agde, tant que cette tutelle dureroit. 2° A les protéger l'un 8<. l'autre avec leurs vassaux Si leurs biens, les églises £< les clercs. 3° A n'intro-
' Bibliothèque du roi, m». 7 225. — Rochegude, ^ Nostradamus, Vie ,!es anciens postes proveni^aux,
Parnasse, p. i5, & Mahn, p. 147 & siiiv. p. 6^> & siiiv.
" Bibliothèque du roi, ms. 7698. '' Tome VIII, Chartes, n. LXII, ce. 429 ?. 4"!! .
' liid, ms. 7 22:>.
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duire aucun hérétique ou vaudois clans la ville 8c le diocèse de Béziers ; à chasser ceux qui pourroient y être St à donner une entière liberté à ce prélat pour les expulser. 4° Enfin à n'établir avicun autre viguier à Béziers que celui qu'ils approuveroient. L'évêque 8t Etienne de Servian promirent de leur côté par serment, qui fut prêté au nom de ce prélat par Bérenger de Lignan, à Bertrand de Saissac Se au vicomte, son pupille, de les conseiller fidèlement dans toutes leurs affaires des diocèses de Béziers & d'Agde, 8c de les aider contre tous, à l'exception du comte de Toulouse, de la part de l'évêque, auquel, ajoute-t-il, je suis tenu de garder la fidélité. Le tuteur du jeune vicomte 8c l'évêque de Béziers se promirent ensuite par un serment réciproque de ne pas s'ôter la ville de Béziers 8c leurs domaines, 8c de s'aider l'un 8c l'autre envers tous 8c contre tous, à l'exception du comte de Toulouse de la part du prélat. Enfin Bertrand de Saissac, étant dans le palais vicomtal de Bé-^iers, confirma' comme tuteur du vicomte R.aimond-Pv.oger, en présence de la comtesse Adélaïde, de Bérenger de Thésan 8c de divers autres seigneurs, le dénombrement qui avoit été fait quelques années auparavant des droits que l'évêque 8c le vicomte avoient à Béziers^.
Bertrand de Saissac n'usa pas toujours de modération dans le gouvernement des domaines du vicomte Raimond-Roger, 8c on lui reproche d'avoir exercé de grandes violences dans l'abbaye d'Alet à l'occasion suivante. Pons Amelii^, abbé de ce monastère, étant mort en 1197, après avoir fait clore de murs la ville d'Alet 8c l'avoir environnée de fossés, de même que les principaux lieux de ses dépendances, les religieux élurent dans les formes canoniques pour lui succéder Bernard de Saint-Ferréol, abbé de Saint-Polycarpe. Cette élection déplut à Bertrand, qui avoit la principale autorité dans le pavs en qualité de tuteur du jeune vicomte. Il se rendit à Alet, à main armée, arracha le nouvel abbé de son siège avec effusion de sang, le fit renfermer dans une étroite prison 8c l'y retint durant trois jours. Il fit mettre cependant le cadavre de Pons Amelii dans la chaire abbatiale, 8c fit procéder à une nouvelle élection par quelques religieux qu'il gagna, après avoir obligé les autres à prendre la fuite. Les factieux élurent Bozon, qui, appuyé du crédit de ce seigneur, disputa l'abbaye à Bernard de Saint-Ferréol. Leur querelle fut d'abord portée devant Bérenger, évêque de Carcassonne, qui, convaincu de l'intrusion de Bozon, mais craignant d'encourir la disgrâce du vicomte, n'osa juger cette affaire 8c la renvoya à Bérenger, archevêque de Narbonne, son métropolitain. On prétend que ce dernier, gagné par une
■ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, conséquence directe de l'une des clauses du testa-
p. 644 & suiv. ment de Roger II, qui instituait dans chacune de
* L'acte que dom Vaissete vient d'analyser est ses vicomtes un conseil de régence; Bertrand de
en somme une renonciation à peu près complète Saissac n'était pas assez fort pour faire prévaloir
du vicomte & de son tuteur à leurs droits de sou- son autorité à Béziers. Cet affaiblissement du pou-
veraineté. La ville de Béziers paraît dès lors s'être voir vicomtal fut peut-être l'une des causes du
eouvernée d'une manière presque indépendante, facile triomphe des croisés en 1209. [A. M.]
8c le pouvoir de l'évêque y devint d'autant plus ' Archives de l'abbaye d'Alet. grand. Remarquons d'ailleurs que cet acte est la
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somme considérable que Bozon lui compta, bénit cet intrus, qui, peu de temps après, engagea la plupart des domaines de son abbaye pour subvenir aux dépenses qu'il avoit faites en l'achetant [pro mercatits abhatiae). 11 l'endetta si considérablement qu'à peine au bout d'une année y avoit-il de quoi entretenir quelques religieux. Enfin il tint une conduite très-peu régulière Se favorisa ouvertement les hérétiques du pays.
XL. — Accord entre le comte de Toulouse 6" le seigneur de Montpellier. ——'■'*" Murailles de Nimes.
Raimond V, comte de Toulouse, ne survécut pas longtemps au vicomte Roger, son beau-fils. Il donna' en fief, en qualité de comte de Melgueil, le 29 de mai de l'an 1194, le château de Frontignan à Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, qui lui en fit hommage, avec promesse de le servir contre tous, depuis le Rhône jusqu'à l'Hérault. Il céda en mênie temps à Guillaume tous les droits qu'il pouvoit avoir sur le château d'Omelas & sur ses dépendances. Les évêques de Lodève, d'Agde & de Maguelonne, Bernard, seigneur d'Anduze, Etienne de Servian, Guillaume de Sabran, Rostaing, son fils, Raimond Rascas, seigneur d'Uzès, &C., furent présens à cet acte. Guillaume de Montpellier promit de son côté^, par serment, au comte de Toulouse, de n'exiger à l'avenir aucun nouvel usage, péage, ni guidage éJ origin. dans tout le pays de Substantion; & le comte jura d'observer toutes les promesses qu'il avoit faites à ce seigneur.
Raimond se rendit ensuite à Nimes, où il accorda aux habitans de cette ville, le 14-* de septembre suivant, la permission de la clore de murs 8<. de fossés, avec la jouissance des mêmes immunités pour les frais de justice dont jouissoient ceux du château des Arènes. On prétend '* que Nimes étoit demeuré sans murailles depuis que Charles Martel les avoit fait abattre. Quoi qu'il en soit, celles qui environnent aujourd'hui cette ville furent construites après la concession de Raimond V, comte de Toulouse, dont nous venons de parler^.
' Tome V'III, Chnrteâ, n. LXI, ce. 418, 429. Bernard-Arnaud un local, situé près de l'église de
' D'Achéry, Spic'ilegium, t. lo, p. 172 & seq. la Dalbade, à Toulouse, pour y établir un marché
' Archives de l'hôtel de ville de Nimes. de viande de boucherie. Le comte se réserva un
* Gautier, jinlK/uités de Nimes. — Voyez cet cens annuel de douze deniers toulousains sur cha-
acte dans Ménard, Histoire de Nimes, t. I, pr. que étal & un arrière-acapte de six deniers fCf.
p. 40 & suiv.j & ihid. 1. ?>, p. 248 & suiv. Ces Teulet, Layettes du Trésor, t. i, p. 176; d'après
murs furent construits en grande partie sur l'em- J. 33o, n"' 6 & 40). — Un an auparavant, en
placement des anciens murs romains. — Par la décembre 1192, le même avait autorisé la cons-
mêrae charte, le comte accorda aux habitants la truction de seize moulins sur les bords de la
jouissance des privilèges possédés par les bourgeois Garonne, moyennant un cens annuel de douze
des Arènes, notamment pour les frais de justice, deniers & quelques légères prestations. Le comte
dont ils furent ext :'.;->is dans tous leurs procès, s'engagea à ne point laisser construire d'autres
tant avec les chevaliers des Arènes qu'avec les cha- moulins sur la Garonne, depuis Portet jusqu'à
noines de la cathédrale. [A. M.] Blagnac (Teulet, ut supra, p. 169, d'après J. 33o,
' Vn peu auparavant, le lû février 1194, le n. ;). Voir ihid. p. 177, un acte du i,5 mai 1194
même seigneur avait concédé en fief à un certain relatif à cette dernière affaire). [A. M.]
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