‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 122 sur 342 · XLI. — Mort de Raimond V, comte de Toulouse, — Son éloge · texte numérisé non relu

XLI. — Mort de Raimond V, comte de Toulouse, — Son éloge

RaimondV mourut' à Nimes, âgé de soixante ans, vers la fin de l'année, Se fut inhumé dans le cloître de la cathédrale où on voyoit autrefois son tombeau; mais il n'en reste plus aucun vestige depuis la destruction de cette église par les prétendus réformés. On y voit seulement l'épi taphe de Pons^, frère naturel de ce prince, qui y fut inhumé en i2o3. C'est tout ce que nous savons des circonstances de la mort de Pvaimond V, duc de Narbonne, comte de Toulouse & marquis de Provence. Il étoit alors de retour d'un pèlerinage, si on peut s'en rapporter^ à Aymeric de Peyrat, abbé de Moissac, qui a écrit vers la fin du quatorzième siècle la chronique de son monastère. « 11 est à « savoir, dit cet auteur, que le seigneur de Monte incensi, abbé-chevalier de « Moissac, voulant aller visiter la Terre-Sainte, engagea, étant à Montcuq, « en Querci, pour un certain prix, l'abbaye militaire à Raimond, comte de « Toulouse, fils d'Alfonse. Bernard n'étant pas revenu d'Orient, le comte « Raimond fut le premier abbé-chevalier de Moissac, à cause de cet engage- « ment. Ce prince avoit épousé madame Constance, fille du roi de France, « Se il fut inhumé dans la ville des Arènes de Nimes, à son retour de son (1 pèlerinage. Il mourut, ajoute-t-il, en iiqS. » Mais cet auteur se trompe sur cet article, car Raimond décéda certainement en 1194.

Un ancien historien"* fait un grand éloge de ce comte, qu'il représente comme un prince qui s'acquit une grande réputation de bravoure. « Rai- « mond, dit un autre auteur du temps^, petit-fils par Alfonse, son père, du « très-illustre Raimond de Toulouse, que le vulgaire appelle comte de Saint- « Gilles, étoit aussi recommandable par ses exploits militaires que par sa a prudence, son affabilité 8c sa grandeur d'âme : égal aux rois, S<. supérieur « aux ducs 8c aux comtes, il soutint pendant très-longtemps la guerre contre « Henri II, dit le Vieux, roi d'Angleterre, 8t contre Raimond-Bérenger, « comte de Barcelone, qui ne cessèrent de le harceler. Il fut toujours vain- « quetir de ces princes, parce qu'il prévint si bien par sa sagesse les desseins « qu'on formoit contre lui qu'il les fit tous échouer. Dans le temps même K qu'il paroissoit devoir succomber 81 être hors d'état de résistera ses ennemis 11 qui étoient les plus forts, il leur enlevoit la victoire par son génie 8c sa K dextérité. » Cet auteur ajoute « que Raimond, ayant un jour épuisé sls ic finances pour soutenir le poids de la guerre, 8c n'ayant plus de quoi souci doyer ses troupes, s'empara de l'abbaye de Saint-Gilles 8c du trésor de

' Rigord, de Gestis Philippi Augusù,^. 38. — ' Msj. de Colhert, n. 2 835, f 167. [Aiij. Int.

Guillelmus de Podio Laurentio, c. 5. — Chroiticon .J991A.J — Baliize, Historia ccclaiae Tutclcm:.',

anonymum, apud Catel, Histoire des comtes de To- p. 5o.

lose, p. 160. [C'est la Chronique dite de Saint- ' Guillelmus de Podio Laurentio, C/irom'con, c. 5.

Sernin, publiée par M. Em. Mabille, tome V, '^ Gervasius Tilberiensis, Otia impcrialia , dans

c, 5o.] Leibniiz, Rerum Brunsvicensium , t. i, p. 999;

' Voyez tome VU, Note XI, pp. 28, 29. t. 2, p. 7?3.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. i6l

An 1194

i< l'église, qui ctoit fort riche à cause des grandes offrandes des pèlerins qui

Il visitoient ce monastère. Le comte, continue-t-il, fut aussitôt excommunié

u pour cette entreprise. Hugues, abbé de Bonneval, dans le diocèse de

Il Vienne, de l'ordre de Cîteaux, religieux d'une vie exemplaire, se rendit

u alors à Saint-Gilles pour le reprendre de son action & le porter à la péni-

II tence. Le saint abbé célébra la messe &, après qu'il l'eut finie, il s'avança

Il revêtu des habits sacerdotaux jusque sur le seuil de la porte de l'église, où

« le comte s'assit à ses pieds, environné de tous les grands de 'sa cour &

« d'une foule de peuple. Hugues, ayant fait silence de la main, prêcha sur

« la communion des saints avec beaucoup de force 8c d'éloquence. Pour

« donner des preuves de la vérité de la communion ecclésiastique & de la

« peine de l'excommunication, il fit apporter un pain tout chaud, qu'il prit,

<i qu'il montra à ses auditeurs Se dont il leur fit admirer la blancheur. Il

« excommunia ensuite ce pain avec les cérémonies ordinaires 8c le rompit j

« mais aussitôt il exhala une odeur insupportable 8c se réduisit en pourri-

« ture. Il prend après le même pain, l'absout 8c lève l'excommunication, 8c hj- ongm,

<i dans l'instant le pain reprend la blancheur 8c la saveur qu'il avoit aupa-

II ravant. Le comte, surpris d'un tel miracle, se jette aux pieds du vénérable

Il abbé fondant en larmes, reconnoît sa faute, restitue à l'abbaye de Saint-

« Gilles ce qu'il avoit enlevé, se soumet à la pénitence qu'il lui impose St

(i est rétabli dans la communion de l'Eglise par ce saint personnage'. »

Quoi c[u'il en soit de la vérité de ce prodige, on voit du moins par là que si Raimond ne fut pas exempt de fautes, il fut docile à les réparer, 8c qu'il écoutoit volontiers ceux qui l'en reprenoient. On ne sauroit disconvenir, en effet, que ce prince n'ait mêlé quelques défauts à de très-grandes qualités j 8c on peut lui reprocher entre autres la répudiation de la princesse ou, comme on l'appeloit alors, de la reine Constance, sa femme, 8c peut-être aussi un penchant trop fort pour l'autre' sexe. Quant au progrès que les hérétiques firent de son temps dans la Province, les guerres continuelles qui l'occupèrent presque depuis son enfance 8c qui l'engagèrent à appeler un grand nombre de routiers d'Espagne dans la Province où ils portèrent la désolation, ne lui permirent pas^ d'y apporter tout le remède convenable, soit pour le bien de l'Eglise en général, soit pour ses propres intérêts 8c ceux de ses successeurs en particulier. On a vu cependant qu'il témoigna un grand zèle

' Dom Vaissete aurait pu laisser cette anecdote tés contribuèrent à irriter Innocent III contre le

dans l'ouvrage de Gervais de Tilbury; elle n'est comte, dont les entreprises étaient parfois quelque

point déplacée au milieu de toutes les historiettes pfti téméraires. [A. M.J

qui remplissent cet ouvrage, d'ailleurs si curieux. ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 4. — II faut se

Le fait est qu'avant l'an 1196 on ne voit pas que tenir en garde contre cet auteur, qui est trop en-

l'abbé de Saint-Gilles ait eu à se plaindre du nemi du comte de Toulouse & trop violent pour

comte de Toulouse (t. V, c. 171g, n. 77, & plus n'avoir jamais dit que la stricte vérité. Remar-

bas, n. 78), & a celte date le comte de Toulouse quons en outre que, dans le cas présent, il ne

était Raimond VI. On peut voir dans cette Ion- parle que par ouï-dire. [A. M.] gue lutte entre les papes 8t ce dernier prince pour ' Guillelmus de Podio Laurentii, Chronicon,

i'abbaye de Saint-Gilles une des causes indirectes c. 6. de la guerre des albigeois; du moins ces difficul-

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