XLV. — Le roi Philippe-Auguste donne à Ralmond VI la garde
de Figeac.
Le roi Philippe-Auguste, cousin germain de Raimond VT, lui donna des niartiues de sa bienveillance aussitôt après la mort de Raimond V par une charte' dans laquelle il déclare « que pour l'amour qu'il portoit envers son V très-cher ^ fiai cousin Raimond, illustre comte de Saint-Gilles, & pour le « désir qu'il avoit de son agrandissement, il lui donne & à ses héritiers, en <i augmentation de fief £<. d'hommage, la garde de Figeac avec tout le droit, « le domaine 8<. la puissance qu'il y avoit ou qu'il devoit y avoir. » Pour entendre cette concession, qui est datée du mois de février de l'an 1 194 (i igS) St non de l'an 1190, comme un moderne* l'a avancé, il faut se rappeler que Richard, roi d'Angleterre, avoit enlevé le Querci à Raimond V, comte de Toulouse, & que par le traité que le roi Philippe-Auguste avoit fait en Sicile avec lui, au mois de mars de l'an i igi, il lui avoit laissé ce pavs, à la réserve des abba\es de Figeac 8c de Souillac, parce qu'elles étoient royales. Ainsi Philippe remit par là Raimond VI en possession d'une partie du Querci, en attendant que ce comte pût recouvrer le reste sur Richard, qui le lui détenoit toujours.
XLVI. — Traité entre les comtes de Toulouse &< de Forcalquîer.
Raimond VI, après avoir pris possession de la ville de Toulouse, fit un voyage dans le bas Languedoc & en Provence. C'est ce qui paroît : i° par les privilèges^ qu'il accorda à Nimes, au mois de mai de l'an iiço, aux habitans de cette ville de ne pouvoir être arrêtés dans leurs maisons, &C.; 2° par le bail à fief qu'il fît^ vers le même temps, comme comte de Melgueil, en faveur de Raimond de Lambert, du lieu de Boutonnet, auprès de Montpellier; 3° enfin par le traité qu'il conclut la même année avec Guillaume, comte de Forcalquier, ([u'on^ qualifie Guillaume IV.
Ce traité'' renferme deux articles réciproques entre les deux comtes. Par le premier, ils se promettent par serment un secours mutuel envers tous &c Kf ongin.
I ' r I t. Ul, p. 100,
contre tous Se de veiller k la conservation de leurs domaines. Dans le second, Guillaume remet à Raimond la donation que le père de ce dernier lui avoit faite de son comté, & toutes les acquisitions qu'il pouvoit y avoir faites, promettant par serment de n'en plus faire de nouvelles, sans son consentement, dans les limites de ce comté, savoir : depuis le mont d'Alverne, près de Cavaillon, jusques au Rhône, à la Durance 6- à l'Isère, ainsi que ces limites
' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXIII, c. ^'ii. ^ Ganel, Séries ptaesulum Mttgaloncmium, p. 244.
' Brussel, Usage îles fiefs , t. 1, p. |35; t. 1, ' Ruffi, Dissertations historiques sur l'origine Jes
p. 38o. comtes de Forcalquier, 8vC.
' Hôtel de ville de Nimes. — [Méiiard, Histoire "^ Voyez tome VIII, Chnrtes, n. LXIV, ce. 4.32
Je Nimes, t. 1 , p. 249, & Preuves, p. 41.] à 4^4.
An 1 19J '
étaient marquées dans les anciennes chartes ^ il lui cède enfin la moi lié de risle & d'Avignon. Raimond, de son côté, renonce en faveur de Guillaume à la donation que ce dernier avoit faite à Raimond V, son père, du comté de Forcalqtiier, & lui cède toutes les acquisitions qu'il y avoit faites, avec promesse de n'en pas faire de nouvelles, sans son agrément, dans l'étendue de ce comté, qui étoit limité dans les anciennes chartes par le mont d'Alverne jusques à Pont-Haut «S- le col de Câpre. Il lui cède aussi la moitié de l'Isle & d'Avignon, & la jouissance pendant sa vie du village de Germain. L'évêque de Cavaillon, Guillaume d'Ami, Pv.aimond-Rascas, seigneur d'Uzès, £<. plusieurs autres seigneurs du bas Languedoc & de Provence furent présens a ce traité, dont un historien' moderne rapporte le précis, mais qu'il date mal à propos de l'an iigi.
Cet auteur est en peine de savoir le droit qu'avoient les comtes de Toulouse sur le comté de Forcalquier; mais il est aisé d'inférer de cet acte que Raimond V, comte de Toulouse, ik Guillaume IV, comte de Forcalquier, s'étoient appelés mutuellement^ à la succession l'un de l'autre, s'ils venoient à mourir sans postérité masculine, savoir : dé la part de Raimond, du marquisat de Provence, dont les bornes sont ici marquées; Se de la part de Guillaume, du comté de Forcalquier. Or, comme Guillaume IV n'eut qu'une fille, qui épousa P\.ainon de Sabran, dont elle eut une fille, nommée Garsinde, que le même Guillaume, son aïeul maternel, avoit donnée deux ans auparavant en mariage à Alfonse, fils puîné d'Alfonse II, roi d'Aragon, avec son comté de Forcalquier; Raimond VI, comte de Toulouse, avoit lieu d'espérer de succéder un jour à ce comté & pouvoit le disputer au prince d'Aragon, C'est ce qui engagea sans doute Guillaume IV, pour favoriser Alfonse, à rompre ces conventions Se à faire un nouveau traité avec le comte de Toulouse, suivant lequel ils se remirent leurs prétentions réciproques sur le marquisat de Provence &c le comté de Forcalquier, Au reste, ce traité nous donne occasion d'ajouter ici deux réflexions, La première, que le marquisat de Provence comprenoit les pays situés entre la Durance & l'Isère & par conséquent la mouvance sur les comtés de Valentinois & de Diois, La seconde, que le domaine de la ville d'Avignon étoit alors partagé entre les comtes de Toulouse & de Forcalquier : nouvelle preuve que le comte de Barcelone, après avoir partagé l'ancien comté de Provence, en 11 25, avec le comte de Toulouse, avoit rendu aux comtes de Forcalquier la moitié d'Avignon^, qu'il s'étoit réservée par ce partage, Guillaume IV fut le dernier comte de Forcalquier de la maison d'Urgel, On remarque "* que ces comtes portoient les armes de Toulouse en 1168, 1174 S<. 1180, & on ignore le motif pour lequel ils les avoient prises. Nous croyons qu'il n'en faut pas chercher d'autre que l'association mutuelle faite entre eux Se les comtes de Toulouse, pour se succéder les uns aux autres par défaut de mâles,
• Columbi, Opéra, ei. \668, p. 90. '' Colinnbi , Opcra, éd. 1668, p. 90. — Ruffi,
' Voyez ci-dessus, 1. XIX, n. xxvi, p. 32. Dissertations historiques sur l'origine des comtes de
' Voyez tome IV, Note XV, n. m, pp. 76, 77. Forcalquier, &c.
XLVII. — Raimond VI est excommunié pour quelques entreprises sur
l'abbaye de Saint-Gilles,
Durant le séjour de Raimond VI aux environs du Rhône, en iigS, il fit sur l'abbaye de Saint-Gilles quelques entreprises qui lui attirèrent de sanglans reproches de la part du pape Célestin III. Ce pontife lui écrivit', en effet, le i^'de mars suivant, une lettre dans laquelle il lui déclare : « Qu'il étoit « dans la disposition de lui donner des marques de l'attection sincère qu'il « avoit témoignée avant son élection au pontificat, au comte, son père, d'ho- « norable mémoire; mais que ses actions l'avoient fait différer, & qu'il ne « devoit pas compter sur son amitié, à moins qu'il ne fît une satisfaction Il convenable des excès téméraires dont il s'étoit rendu coupable. » Entre ces excès, Célestin reproche à Raimond d'avoir détruit plusieurs églises dépendantes de l'abbaye de Saint-Gilles, d'avoir pillé les domaines de ce monastère & fait construire une forteresse dans ses dépendances contre la teneur de son serment. Il lui ordonne de raser incessamment ce château, de réparer tous les dommages & de maintenir l'abbaye dans ses droits. « Sinon, ajoute-il. Il sachez que nous avons donné ordre aux archevêques de Bourges, de Nar- II bonne, d'Arles St d'Aix, 8t à leurs suffragans de vous excommunier avec (I tous vos officiers & vos fauteurs; de jeter l'interdit sur vos États j de Il faire renouveler tous les dimanches l'anathème avec les cierges allumés & r, au son des cloches dans toutes les églises de leurs diocèses; & de défendre Il de célébrer les offices divins dans tous les lieux où vous vous trouverez, « jusqu'à ce que vous ayez pleinement satisfait. Enfin vous devez tenir pour <i certain que si vous persévérez dans votre malice, nous avons absous tous Il vos sujets du serment de fidélité qu'ils vous ont prêté. » Nous apprenons d'un autre monument^ que Raimond donna le nom de Mirapetra au château qu'il avoit fait construire dans le territoire de l'abbaye de Saint-Gilles, Se qui donna principalement occasion à une lettre si fulminante. Nous savons enfin que le comte n'eut aucun égard aux remontrances du pape & qu'il fut bientôt après excommunié. Il paroit qu'il avoit fait quelque temps auparavant un traité avec l'abbc de .Saint-Gilles & qu'il l'avoit rompu dans la suite : c'est ce que nous inférons du premier canon du troisième concile de Montpellier.
XLVIlI. — Troisième concile de Montpellier. — Èvêques de Lodève.
Ce concile se tint^ au mois de décembre de l'an iigS. Il fut composé des évêques de la province de Narbonne, & il y a lieu de croire qu'ils s'y trouvèrent tous; car il est marqué dans le quatorzième canon que le concile étoit
' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXVI, ce. 436 ' Baluze, Concilia Galliae Narioncnsis, p. 28 &
à 43s. «UIT.
' Gallia Chrlstlana, t. 6.
An 1 19a
Kd. oiisiii.
t. ni, p. 101,
An 1 190 '
plénier. Maître Michel, légat du pape, y présida £<. on y dressa vingt canons. Le premier ordonne l'observation exacte de la paix dans toute la Province, « ainsi qu'on avoit déjà fait serment de l'observer, de la volonté du seigneur, (( comte de Toulouse, Si qu'elle avoit été confirmée ensuite à Saint-Gilles, « en présence du même légat, par les évêques d'Uzès Si de Nimes, tant pour <( eux que pour toutes leurs terres. » Le légat déclare excommuniés, du con- « sentement du concile, tous ceux qui violeroient cette paix, met leurs terres en interdit &. délie leurs vassaux, dans le second canon, du serment de fidélité. Le troisième canon anathématise tous les hérétiques, les Aragonois (ou brigands), leurs compagnies qu'on appeloit mainades, & ceux qui tournissnient des armes aux Sarrasins. Il déclare aussi excommuniés les princes séculiers qui, en étant avertis par l'Eglise, ne les punissoient pas conformément au concile de Latran 6- à celui que le pape Alexandre III avoit tenu à Montpellier. Les canons suivans regardent l'usure, la trêve de Dieu 8c l'établissement des nouveaux péages. Le neuvième défend aux juifs & aux Sarrasins d'avoir des domestiques chrétiens S<. d'exercer quelque autorité sur eux. On donne par les deux canons suivans divers privilèges aux juih Si aux païens qui se convertissoient au christianisme. Les autres canons sont contre les usuriers, pour ordonner la décence des habits des ecclésiastiques 8t des laïques, 81 retrancher la somptuosité des repas de ces derniers. Le quinzième défend aux religieux de professer le droit St la médecine, à peine de punition, suivant le décret du même concile tenu à Montpellier par Alexandre IIL Le dix-neuvième confirme la sentence d'excommunication portée contre les habitans de Capestang, dans le diocèse de Narbonne, qui, ayant fait prisonnier l'évoque de Lodève, l'avoient fort maltraité 8<. obligé de payer sa rançon; il soumet leur territoire à l'interdit, jusqu'à ce qu'ils aient fait une satisfaction convenable. Enfin le vingtième ordonne, qu'à cause qu'il y avoit .plusieurs hérétiques dans la province de Narbonne, l'archevêque & les évêques aviseroient entre eux sur la manière dont ils feroient publier l'interdit contre les infracteurs des décrets du concile; « de crainte, ajoute le canon, que ces (i sectaires ne se servent de l'occasion d'un interdit général Se de trop longue « durée pour surprendre la simplicité des fidèles. «
L'évêque de Lodève qui avoit été pris Si maltraité par les habitans de Capestang, on ne sait pour quel motif, est le même (jue Rairaond, oncle paternel de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier. Il m.ourut en 1197 8(. eut pour successeur Pierre Frotier, qu'on fait' de la maison des comtes de Périgord, sans en donner la preuve. Ce dernier transféra en 1198 le corps de saint Fulcrand Se eut de grands différends avec les habitans de sa ville ild orisin^ cpiscopale, qui se saisirent du palais épiscopal, le mirent au pillage 8< obligèrent ce prélat, aussi bien que les chanoines, à faire serment d'observer certains statuts.
On croit que maître Michel, qui présida au concile de Montpellier en
' Plantavit de la Panse, C/ironohgin pracsulum LoAovens'nim, p. ico & Sîo.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. lyS
qualité de légat du pape Célestin III, ne faisoit alors que passer dans la Province pour aller en Espagne au secours des chrétiens consternés du progrès que les Maures avoient fait depuis peu dans ce royaume'. En effet, le sixième canon du concile accorde divers privilèges à ceux qui serviroient en Espagne. Nous inférons de là que les peuples de la Province s'armèrent & passèrent les Pyrénées pour aller combattre les Sarrasins. On voit du moins par le serment* de fidélité que Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, prêta en 1193 à l'évèque de Maguelonne, que Grégoire, cardinal de Saint-Ange étoit alors légat ordinaire dans la Province.
XLIX. — Paix entre Richard, roi d'Angleterre 6- Ralmond VI, qui épouse Jeanne, sœur de ce prince, après avoir répudié Bourguigne de Chypre.
Le comte de Toulouse se rendit sur les frontières du Querci, vers l'automne de l'an iiçS, pour résister à Richard, roi d'Angleterre, qui s'étoit avancé avec un corps d'armée & qui prit quelques places sur lui. Cela paroît par le traité de paix qui fut projeté, le 7 de décembre de cette année, entre ce roi &. Philippe- Auguste, mais qui ne fut entièrement conclu que le i5 de janvier suivant, dans une nouvelle entrevue qu'eurent ces deux princes auprès de Gaillon, en Normandie. Par ce traité ^ Richard céda à Philippe tout ce qu'il avoit en Auvergne, 8c Philippe rendit à Richard Issoudun, Grassay, &c., dans le Berrv; Souillac, dans le Querci, avec ses dépendances, « excepté ce que le <i comte de Saint-Gilles & les siens, ou le vicomte de Turenne & les siens y « possédoient la veille de Saint-Michel précédente. » Après cet article on lit le suivant : « Le comte de Saint-Gilles 8c moi, dit Richard, conserverons « réciproquement tous les domaines que nous possédions la veille de Saint- « Nicolas; je fortifierai toutes les places que je jugerai à propos dans ces « domaines, comme dans ceux qui m'appartiennent en propre; 8c le comte « de Saint-Gilles pourra faire la même chose dans les siens. Si le comte ne « veut pas être compris dans cette paix, le roi de France ne le secourra pas « contre moi : il me sera permis de lui faire tout le mal que je pourrai 8c de «i ravager ses Etats. Que si je voulois, au contraire, retenir les conquêtes que u j'ai faites, tandis que le comte de Saint-Gilles voudra faire la paix, je serai « obligé de lui rendre tout ce que j'ai pris sur lui depuis la veille de Saint- <i Michel, 6- il en sera de même de ce comte. Si enfin ce prince refuse la <( paix, je ne ferai aucune entreprise contre lui, tant qu'il voudra s'en rapt porter au jugement du roi de France. »
Cet article ne plut pas au comte Raimond qui refusa de l'accepter; 8c la paix n'ayant duré que quelques mois entre les deux rois, ils reprirent bientôt les armes. Cependant Raimond, lassé enfin de cette guerre, eut recours à la négociation 5c envoya en ambassade Guillabert, abbé de Castres, pour faire
' Ralaze, Concilia Galliae Narioncmh. 'Du Chesne, ffislor, Ncrm. SS. p. io5j. — ■
' Voyez tome VIII, Chartes, n. LVII, c. 41?!. Rigord, p. 3.p.
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An I ipo ' ~
des propositions à Richard, qui les approuva' : ainsi la paix fut conclue entre le roi d'Angleterre &. le comte Raimond aux conditions suivantes : 1° Richard renonça^ à toutes ses prétentions sur le comté de Toulouse en qualité d'héritier de la maison de Poitiers. 2° Il restitua à Raimond le Querci qu'il avoit V envahi sur lui depuis l'an^ 1188. 3° Il lui donna'' en mariage Jeanne, sa sœur, veuve de Guillaume II, roi de Sicile, avec l'Agenois qu'il constitua en dot à cette princesse; à condition que Raimond 8c les enfans qui naîtroient de ce mariage tiendroient ce pays en fief des rois d'Angleterre comme ducs d'Aquitaine, &. qu'ils les serviroient avec cinq cents hommes d'armes pendant un mois à leurs dépens, lorsque l'Anglois feroit la guerre en Gascogne. Un moderne^ prétend que Pv.ichard donna aussi en dot à Jeanne, sa sœur, en la mariant à Raimond, le Rouergue & le Querci; mais il n'y a aucune preuve que le Rouergue ait jamais appartenu à Richard, ni qu'il en eût dépouillé le comte de Toulouse : ainsi il ne peut l'avoir donné en dot à sa sœur. Pour le Querci on peut croire que Richard, en le restituant à ce prince, le fit en quelque manière dépendre de la dot^ de Jeanne, & qu'il s'y réserva l'hommage en qualité de duc d'Aquitaine. Enfin un ancien auteur' nous apprend que Richard vendit en cette occasion à Tancrède, roi de Sicile, le douaire t.'ia°"^'oï "-P^ ^^^ Guillaume II, roi de Sicile, avoit assigné à la même Jeanne, sa femme, dans le temps de leur mariage, Se que Tancrède le paya en argent comptant.
Raimond, pour pouvoir épouser Jeanne d'Angleterre, répudia^ Bourguigne de Lézignan ou de Chypre, sa troisième femme; sous prétexte qu'ils étoient parens du quatrième au cinquième degré. Bourguigne, après sa répudiation, se retira à Marseille^, où elle fixa son séjour en attendant quelque occasion favorable pour repasser en Orient. Elle étoit encore en cette ville vers l'an 1204, lorsque plusieurs chevaliers françois qui s'étoient croisés pour la Terre-Sainte y débarquèrent. Gaucher de Montbelliard, l'un d'entre eux, parent de Baudouin, comte de Flandres, l'épousa alors, la ramena en Orient & en eut des enfans; mais, à ce qu'il paroît, cette princesse n'en donna aucun au comte de Toulouse.
Pvaimond, étant libre parce divorce, épousa la reine Jeanne'° au mois d'octobre de l'an 1196. Il y a lieu de croire qu'il se rendit pour cela à la cour d'Angleterre, & que leurs noces y furent célébrées. Jeanne n'avoit alors
■ D'Achéry, Spicilegium, t. 7, p. 34.3. ' Guillaiiine de Tyr. Contin. ap. Martène, Co!-
' Catel, Histoire des comtes de Tolose, p. 208. — lectio amplissima, t, 5, c. 682. — [Ernoul & Ber-
Rapin Thoiras, Histoire d'Angleterre, 1. 7, nard le Trésorier, édit. de Mas-Latrie, p. 269.]
^ Voyez tome VII, Note IX, n. v, pp. 23, 24. ' Voyez tome VII, NoteX, n. m & suiv. pp. 25
■• Rogerius de Hoveden, p. 436. — Guillelmus à 27. de Podio Laiirentii, c. 5. — Chronicon aiionymum, ^ Guillaume de Tyr, Contin. ap, Martène,
ap. Catel, p. 160. — [Voyez tome V, c. 5i.] — CoUectio amplissima, t. 5, c. 667. — [Ernoul, édi-
Pierre de Vaux-Cernay, c. 63. — Du TiUet, Tra/ïc tion de Mas-Latrie, p. 3â2 & suiv.; tome VII,
de 1269 entre la France & l'Angleterre. p. 25.]
^ Langlois, Histoire des croisades contre les alhi- '" Chronicon anonvmum, apud Catel, p. i6o. —
geois. 1. 2, p. 58. [Voyez tome V, c. 54.]
" D'Achéry, SpiciUgium, t. 7, p. 348.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. ijo
que trente 8c un ansj car elle étoit' née au mois d'octobre de l'an ii65. Elle avoit épousé^ en 1177 Guillaume II, roi de Sicile, dont elle étoit veuve depuis plusieurs années; c'est pour cela qu'elle garda le titre de reine, même après son second mariage.
Suivant un ancien monument, <( le comte de Toulouse, après^ avoir épousé « Jeanne, sœur du roi d'Angleterre, se rendit, le 12 de novembre de l'an 1 196, « dans le cloître de Notre-Dame (de la Daurade) de Toulouse, dans la salle « du prieur, 8c là il reconnut 8c accorda, en présence des consuls, au nombre « de ciix-huit, du conseil de la ville Se du faubourg, 8c des principaux liabi- « tans, qu'il n'avoit sur eux aucun droit de quête, de tolte, d'albergue 8c de « prêt, à moins qu'ils ne le lui permissent volontairement. » Il confirma en même temps les libertés, coutumes, usages 8c privilèges de" la ville de Toulouse, ainsi que le comte Alfonse, son aïeul, Se le comte, son père, les avoient accordés 8c approuvés'*.
L. — Mort d' Alfonse II , roi d'Aragon. — Partage de ses domaines
entre ses fils.
Raimond VI, par le traité qu'il conclut avec Ricbard, roi d'Angleterre, recouvra non-seulement ses anciens Etats que ce prince lui détenoit depuis longtemps, mais il y ajouta encore l'Agenois, situé des deux côtés de la Garonne, Il se vit délivré la môme année d'un voisin formidable, ancien ennemi de sa maison, en la personne d'Altonse II, roi d'Aragon, qui mourut à Perpignan, le^ 25 d'avril de l'an 1196, 8c fut inhumé dans l'abbaye de Poblet.
Les historiens"^ font un grand éloge d'Alfonse II. L'un d'entre eux^ assure que ce prince étoit reconnu pour souverain, dans le temps de sa mort, en divers pays situés en deçà des Pyrénées, « entre autres dans le Béarn, la « Gascogne, le Bigorre, le Comminges, à Carcassonne, à Béziers 8c à Montci pellier. » Mais : 1° l'on ne sauroit dire qu'Alfonse fût proprement souverain d'aucun pays situé en France, car nos rois dominoient alors non seulement sur tous ceux dont on vient de parler, mais encore sur toute la Catalogne. 2° Il s'en faut bien que ce prince fût maître, dans le temps de sa mort, de tous ces pays; il est vrai qu'il prétendoit la suzeraineté sur Carcassonne, Béziers
' Robertus Je Monte, Chronieon. ziers, on sait (juellej relations étroites existèrent
' Rogerius de Hoyeden , p. 3i5. — Martène, entre ces princes & les rois d'Aragon aux doii-
Velerum SS. amplissima collectio, t. 3, c. 898. zième & treizième siècle. [A. M.]
' Catel, Histoire des comtes de Tolosc, p. 216. — ' Thalamus de Montpellier, [édition de la Société
[Voyez tome VIII, c. 439 & «iiiv. on nous pu- archéologique de Montpellier, p. 22 j même texte
blions à nouveau cet acte d'après JJ. xxi.] latin dans la Chronique de Saint-Sernin, tome V,
* Dom Vaissete n'a ici qu'à demi-raison. Il est c. 5o.] bien certain que le roi d'Aragon, Alfonse, n'avait ' Gesta comitum Barcinonensium, c. 22 &$eq..—
aucun droit sur Montpellier & Béziers; mais il Zurita, Anales de la corona de Aragon, 1. 2, c. 47.
n'en était pas moins le suzerain des seigneurs de — Bouche, La chorographie de la Provence, p. 17;^
Montpellier, qui tenaient de lui des terres dans & suiv. la Marche d'Espagre Quant aux vicomtes de Bc- ' Zuritn, Anales delà corona de Aragon, 1. 2, c. 47.
An
An 1 19!)
15j. orisin.
l. 111, p. lo.t.
& Montpellier; mais, outre qu'il n'en jouissoit pas alors, les prétentions qu'il pouvoit avoir sur ces deux dernières villes n'étoient appuyées que sur de^ fondemens chimériques'.
Alfonse laissa trois fils & quatre filles de Sancie de Castille, sa femme. Pierre, l'aîné, lui succéda dans le royaume d'Aragon, la principauté de Catalogne & les comtés de Roussillon, de Pailhas, de Besalu 6<. de Cerdagne, qu'il gouverna jusqu'à l'âge de vingt ans sous la tutelle de la reine, sa mère. On ajoute^ que le roi, son père, disposa aussi en sa faveur de tous les droits qu'il avoit depuis la ville de Béziers jusqu'au port d'Aspe; c'est-à-dire qu'Alfonse le fit son héritier pour les comtés de Carcassonne & de Razès, ou. plutôt pour les prétentions qu'il avoit sur ces deux comtés; car le vicomte Pvaimond-Roger, qui en possédoit le domaine utile, reconnoissoit alors pour suzerain le comte de Toulouse, son oncle, son seigneur naturel. On doit encore remarquer qu'il y avoit quelques comtés dépendans de l'Aragon ou de la Catalogne sur lescjucls le roi Alfonse II ne dominoit que médiatemcnt dans le temps de sa mort; tels que ceux de Besalu & de Cerdagne dont il avoit disposé en faveur du prince Sanche, son oncle, qui lui survécut; celui de Pailhas qui avoit encore alors ses comtes particuliers, £\c.
Alfonse, fils puîné d'Alfonse II, eut pour son partage le comté de Provence dont il fut le second comte de son nom. On prétend^ que le roi, son père, disposa aussi en sa faveur des vicomtes de Millau & de Gévaudan, Se du droit qu'il avoit sur Montpellier dont le seigneur lui avoit, dit-on, fait hommage. On a vu cependant que Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, qui possédoit cette ville sous l'hommage de l'évêque de Maguelonne, ifconnoissoit alors pour son suzerain dans le reste de ses domaines le comte de Toulouse Si de Melgueil. Quant aux vicomtes de Millau & de Gévaudan, il paroît que Pierre, roi d'Aragon, les eut dans son lot, puisqu'il les engagea, en"* 1204, à Pvaimond VI, comte de Toulouse; peut-être que ces deux vicomtes échurent d'abord à Alfonse II, comte de Provence, & que les deux frères les échangèrent quelque temps après. Quoi qu'il en soit, le même Alfonse II, fils du roi d'Aragon, unit^ le comté de Forcalquier au comté de Provence par le mariage qu'il avoit contracté, en iigS, avec Garsinde de Sabran, à laquelle Guillaume IV, comte de Forcalquier, son aïeul maternel, donna alors ce comté en dot. Enfin Alfonse II, roi d'Aragon, eut un troi-
' Peu après, en avril 1197, le vigiiier de Tou- cien privilège, avaient le droit d'employer telle
louse, Pierre-Roger, fit, de concert avec les con- mesure qu'il leur convenait. Ce furent seulement
suis, un règlement sur les poids & mesures publics. des mesures publiques destinées à contrôler les
Cet acte nous apprend qu'il y avait des mesures en fraudes. (Cf. t. VIII, c. 440 & suiv.) [A. M.]
pierre à Saint-Pierre-des-Cuisines, à Saint-Géraud ' Gesta comitum Barcinonensium, q. 22 & seq. —
& à Saint-Sernin ; elles avaient même capacité Zurita , Anales de lu corona de Aragon, 1, 2, c. 47.
que deux autres mesures en cuivre (servant d'éta- * Zurita, Anales de la. corona de Aragon, 1. 2,
lonsi"), placées à Saint-Sernin & à Saint-Etienne. c. 47.
La quartière est fixée par cet acte à la moitié d'une ''Voyez tome VIII , Chartes, n. LXXX, c. 5i8
émine, & le carton vaut huit quartières. L'usage 8t suiv.
de ces mesures ne fut pas du reste obligatoire pour ^ Bouche, La chorographie ou description de la
içs habitants de Toulouse qui, en vertu d'un an- Provence^ t. 2, p. 173 & suiv.
' ' Au 1 1()6
sièine fils, nommé ' Ferdinand, qui kit religieux de l'ordre de Cîteaux 8c ensuite abbé de Mont-Aragon. Entre les hiles de ce roi, la seconde Se la troisième, nommées Éléonore 8c Sancie, épousèrent dans^ la suite, l'une Raimond VI, dit le Vieux, comte de Toulouse, 5c l'autre Raimond VII, surnommé le Jeune, fils de ce prince.
Le roi Alfonse se rendit recommandable par ses exploits 8c ses excellentes qualités. Il protégea ceux qui cultivoient de son temps la poésie provençale 8c ne dédaigna pas lui-même de taire des vers en cette languej ce qui l'a fait mettre au nombre des poètes provençaux sous le nom à'Aljbnse, roi d'Aragon, celui qui trouva, pour le distinguer du roi Alfonse I. On voit un poëme ou, comme on disoit alors, une chanson de sa façon dans un des manuscrits^ de la Bibliothèque du roi. Il est représenté à cheval, dans la lettre grise, armé de toutes pièces; le caparaçon de son cheval chargé des armes d'Aragon, paie d'or Se de gueules. Il est, d'ailleurs, fait mention de lui dans les anciennes"* vies des poètes provençaux, St en particulier dans celles de Bertrand de lîorn ou d'Hautefort, d'Arnaud de Marviel, de Pierre Rogier, de Pierre Vidal, du Moine de Montaudon, de Foulques de Marseille, 8cc.