‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 127 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

VI

An 1 lyô

cas ([ue ce prévôt, dont il ne dit pas le nom, mais qui est le même' que Guillaume, alors prévôt de l'abbaye de Brioude £<. fils puîné de Guillaume VIII, comte d'Auvergne, ne voulût pas se charger de son éducation, ce cinquième fils seroit religieux de Saint-Victor de Marseille avec deux mille sols de Rode^. Il donna pour tuteurs & défenseurs à ses fils Hugues, évêque de Pvodez, & Richard, ses frères. Enfin il ordonna de rendre à (Agnès d'Auvergne^) sa femme quatre mille sols du Puy Sv vingt-cinq marcs d'argent sur le château d'Entraigues, qu'il avoit reçus pour sa dot, &t lui donna de plus voitr son douaire {in sponsalitium) l'usufruit de la moitié du Carladois ou de cette partie du même pays qui avoit appartenu à Richard, son aïeul, avec réserve de la propriété pour son fils.

Richard , frère de Hugues II , fut présent à cet acte avec la mère & la femme de ce dernier. R.ichard s'y qualifie comte, de même que dans un titre ^ de l'an 1195. Il avoit eu pour son partage la vicomte de Lodève avec la moitié du Carladois, mais il n'eut sans doute ces domaines qu'en apanage, car nous venons de voir que le comte Hugues II, son frère, disposa de ce dernier pays en 1176 Sn. qu'il vendit la vicomte de Lodève aux évêques de cette ville. On ne trouve plus rien de Richard après l'an 1195. Il mourut, à ce qu'il paroît, sans postérité; ses biens furent du moins réunis au comté de Rodez.

Hugues, comte de'* Rode-^, &• Hugues, son fils &• de la comtesse Agnès, firent une donation, en iiçS, à l'abbaye de Conques. Hugues II se démit entièrement de son comté, au mois de' mai de la même année, en faveur d'Hugues, son fils; cela causa quelque contestation entre le comte & l'évêque de R.odez, son frère; elle'' fut terminée bientôt après par la médiation de l'iibbé d'Aurillac &. du comte R.ichard , leurs frères. Donat, viguier (en R.ouergue) pour Raimond, comte de Toulouse, dont le comte de Rodez étuit vassal, fut présent à cet accord. Hugues III jouit depuis du comté de Rodez, mais ce ne fut pas pour longtemps, car il mourut sans postérité''', en 1196. Hugues II, son père, qui lui survécut, disposa du comté de R.odez en faveur de Guillaume, son cinquième fils, & cela nous donne lieu de croire que Gilbert, son second fils, qu'il avoit substitué à Hugues, son aîné, étoit alors décédé. Raimond £<. Henri avoient embrassé l'état monastique, conformément au testament de Hugues II, leur père. Ce dernier avoit déjà donné, en 1199,

' Voyez tome VII, Uotc XII, pp. 3d n 33. sion (Cf. de Gaujal, EtuJes sur le Rouergue, t. 2,

' IhiJ. p. 8i. Voir dans le même auteur, ibiJ. pp. Si à

' G allia ChrUùana, nov. cd. t. i , /is!''"'". p. 5i . 83, le cérémonial de ce couronnement; quoi qu'en

* Biiluzc. Histoire gLnt'c:log':<jue de h ni-iison d'Au~ disent cet auteur St Bonal, dans son Histoire des

vcrrne, t. 2, p. 761. comtes de Rode^, c'était bien un hommage que

■' Archives du domaine de Rodez. prêtait le comte). — A l'occasion de cette investi-

'• Gallia Christiana, nov. e;l. t. \,lnstrum. p.5r. turc, les deux comtes accordèrent aux habitants

Ces contestations provenaient de ce que l'évêque du bourg de Rodez des privilèges dont le texte est

prétendait qu'avant d'être couronné, le nouve.iu perdu ; ils ;ont rappelés dans une diarte dj i,-!ci

comte lui devait l'hommage; les arbitres choisis (Voir plus bas, & de Gaujal, ut suprj, t. 1, p. 29J lui donnèrent raison, & les deuK comtes, dont il ■ & suiv. Si. t. ;, p. 83). [A. M.) était le fièrc !k l'oiule, se sojmiient à leur décl- - Voyez tone ^'11, No:c XII, pp. 3o à 33.

' I An 1 iç6

le comté de Rodez à Guillaume, son fils, qui en jouit absolument pendant la vie de son père, lequel vécut jusqu'en 1:08. Guillaume conliima' en qualité de comte de Rode-^, au mois d'avril de l'an 1204, la vente que son père 5v son frère avoient faite, sei^^^e années auparavant, en faveur de Raimond, évêque de Lodève, de tout ce qu'ils possédoient dans le Lodévois.

LU. — Raimond VI rentre en possession du Çuerci. — Coutumes de Moîssac,

Raimond VI, comte de Toulouse, après avoir fait sa paix avec Richard, ^n 1 197 roi d'Angleterre, rentra en possession du Querci. Il se rendit, le 20 d'avril de l'an 1197, à Moissac, où il déclara par un^ acte authentique, qu'ayant recouvré cette ville, il promettoit une entière sûreté aux habitans & reconnoissoit que lorsqu'il recevroit pour la première fois leur serment de fidélité en qualité de seigneur, il devoit jurer de les protéger, avec dix de ses barons, Raimond reçut ensuite dans le cloître de l'abbaye de Saint-Pierre le serment de fidélité des mêmes habitans 81 autorisa-*, vers ce temps-là, les coutumes du bourg de Moissac, après qu'elles eurent été rédigées par Bertrand, abbé régulier du monastère, Bertrand de Fumel & les principaux habitans. Suivant ces coutumes, Raimond se disoit seigneur de Moissac en qualité de comte de Querci &c d'abbé-cAfVrt/zVr du monastère de ce nom. Elles sont écrites en langage du pays St renferment les articles suivans.

1° L'abbé-chevalier, le jour de son entrée dans Moissac, fera serment aux habitans de les défendre ik de les protéger, de n'imposer sur eux aucunes mauvaises coutumes ou maltotes, Stc. Il fera prêter le même serment par dix de ses barons, ensuite tous les habitans de Moissac au-dessus de douze ans lui jureront fidélité.

2° Les différends qui pourront s'élever entre l'abbé-chevalier 8c sa famille d'un côté 8<. l'abbé religieux 81 sa communauté de l'autre, seront terminés par les prud'hommes de Moissac, sans qu'il soit permis de recourir à aucun étranger} 8t, en cas que ces prud'hommes ne puissent s'accorder, les seigneurs de Durfort, de Montesquieu Si de Malause seront seuls juges du différend.

3° Le seigneur ou son viguier 81 les habitans de Moissac ne doivent pas non plus recourir à des étrangers pour juger leurs différends.

40 Les habitans de Moissac paveront tous les ans, en carême, au seigneur ûJ.origin. abbé-chevalier cinq cents sols de C.ahors pour tout droit de chevauchée 81 de queste} 8t ils ne doivent personnellement aucune chevauchée, à moins qu'il

' Plantavit de la Pause, Chrono'.og'ia praeiulum bert de Fuinel d'environ iiîo. Quelques articles

Lodoveniiuin, p. io5 & scq. pourtant en furent supprimés, notamment celui

' Tome VIII, Chartes, n. LXVII, ce. 441, 442. qui établissait l'égalité judiciaire entre les bour-

' Titres de l'abbaye & de la ville de Moissac. geois & les chevaliers, & un autre qui déclarait

ATis. Colhcrt. [Au). Doat, 117, f" 1.] — Voyez les moines de l'abbaye justiciables des prud'hom-

Lngrèze-Fossat, Etudes sur Moissac, t. 1, p. 63 & mes. (Voyez ut supra, p. 112 à 114.) En somme, •

sutv. — Ces coutumes ne sont que la reproduction cette charte restreignait dans une certaine mesure

à peu près intégrale de la grande charte de C.a'.iz- les privilège; des habitants. [A. M.]

An 1 197

n'y eût J5;ucrre pour le Jhit de JMoïssac; dans ce cas là ils seront ternis de suivie !e seigneur en aimes, pourvu qu'ils puissent être de retour à Moissac le jour même.

5° Les adultères pris en flagrant délit ne seront punis d'aucune peine afflictive ; leur honneur 8< leurs biens seront mis seulement à la discrétion du seigneur. Quant au vol & à l'homicide, le seigneur fera telle punition corporelle des coupables que les prud'hommes de Moissac le jugeront à propos; &C après la réparation des dommages, tous les biens seront confisqués au profit du même seigneur.

60 Celui qui surprend un homme qui dérobe Si le tue n'est sujet à aucune peine.

70 II n'y aura que l'abbaye de Moissac qui puisse servir d'asile aux malfaiteurs, &C.

LUI. — Raimond confirme les privilèges de l'église de Nimes, — Naissance

de Raimond VU, son fils.

Le comte Raimond fit', vers le même temps, un voyage à l'abbaye de Grandselve, où il confirma, en présence de Guillaume, seigneur de Montpellier, les privilèges que le comte, son père, avoit accordés à ce monastère. 11 alla ensuite dans le bas Languedoc, où il exempta, au mois^ de juin de l'an 1194, les chanoines de la cathédrale de Nimes de tous frais de justice lorsqu'ils plaideroient devant lui & devant ses viguiers (y ses barons, conformément au privilège que le comte, son père, leur avoit accordé. Il les confirma en même temps dans la possession des étaux que le feu vicomte Bernard-Aton, fils de Cécile, &c ensuite Bernard-Aton, son fils, & Guillelmette, mère de ce dernier, leur avoicnt donnés 81 des nouveaux étaux qu'ils avoient acquis par l'accord qu'ils avoient fait avec le vicomte & l'évêque. Il ajoute : (( J'accorde semblablement aux savetiers 8t aux tanneurs la permission de « débiter leurs marchandises dans les autres étaux, c(ui, en vertu de cet <( accord, sont échus dans mon partage 8c dans celui de l'évêque. » Il confirma aussi le traité que Guillelmette, mère de Bernard-Aton, autrefois vicomte, avoit fait avec les chanoines &<. avec l'évêque au sujet des nouveaux étaux, &c la permission que le même Bernard-Aton, autrefois vicomte de Nimes 6d'Agde, leur avoit accordée de construire un four. Nous comprenons par cette clause que les comtes de Toulouse avoient succédé à ce vicomte dans la vicomte de Nimes, comme nous l'avons observé ailleurs^. Enfin Raimond reconnoît que lui 8< ses prédécesseurs n'ont jamais eu aucun droit d'albergue sur l'église de Nimes. Il se qualifie comte de Toulouse &- de Nimes dans cet acte, qui est daté du château de Beauvoisin, dans la vigne de l'église, durant le siège de ce château'^.

' Archives de l'iihb.iye do Grandselve, ' Voyez ci-dessiis, n. vi, ].p. 120 à iî3.

• Voyez t9m« VIII, Chiutes, n. liXVIII, çc. .^^3 ' Min.ird, Histoire de Nimes, t. 1, p. 2ji, con-

à ^^i' jîçturc ^ue «e siège avait pont objci d« çhiisser

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. i8

Ail 1 lyy

Cette date prouve que Raimond VJ, comte de Toulouse, ctoit alors en armes du coté du Rhône; mais nous ignorons le motit qui l'avoit engagé à les prendre & à assiéger le château de Beauvoisin, situé à deux lieues de Nimes vers le sud-est. La comtesse ou la reine Jeanne, sa femme, étoit en même temps à Beaucaire', où elle accoucha, au mois de juillet suivant, d'un iîls qui fut nommé Raimond.

11 V a lieu de croire que le comte de Toulouse passa le reste de l'année auK environs du Rhône, & qu'il étoit ahsent de sa capitale lorsque son viguier^ y Ht une ordonnance, au mois de novembre, de l'avis des consuls (Sdu commun conseil de lu ville 6- des faubourgs, touchant les moyens que les créanciers dévoient employer pour se faire payer de leurs débiteurs. Nous apprenons d'ailleurs que le comte de Toulouse étoit à Montpellier à la fin de l'an 1197, 6t qu'il favorisa le mariage ([ui fut célébré alors entre Marie, fille de Guillaume VIII , seigneur de cette ville, & Bernard VI, comte de Comminges.

LIV. — Mariage de Marie de Montpellier, veuve de Barrai, vicomte de Marseille, avec Bernard V , comte de Comminges.

Marie avoit épousé^ en premières noces, dans un âge où elle étoit à peine nubile. Barrai, vicomte de Marseille, dont elle devint veuve en 1192, peu de temps après son mariage. Son père, qui vouloit la déshériter pour avantager les enfans qu'il avoit d'Agnès, sa seconde femme, ne lui constitua que cent marcs d'argent en dot, en la promettant à Barrai, Se l'obligea de renoncer à sa succession. Ce vicomte, par son testament, outre la restitution de ces cent marcs, légua à Marie quatre cents autres marcs avec ses robes, bagues, jo\aux Sv meubles de chambre. Geoffroy, évêque de Béziers, Si Rousselin, frères de-Barral Se ses exécuteurs testamentaires, firent difficulté d'acquitter ce legs; mais le pape Célestin 111, sur les plaintes de Marie, ayant ordonné en 1194 aux archevêques de Narbonne & d'Arles de les v contraindre jiar censures ecclésiastiques, ils furent obligés de la satisfaire. On prétend '•que

quelques routiers qui se sernient emparés du chji- débiteur passe d< l'un à l'autre jusqu'à ce qu'il

leiii. [A. M.| s'en trouve un qui consente à le retenir en pri-

' \'oyez tome V, c. 3.^. — Rogerius de Hovt- son. .— Si le débiteur s'échappe & se réfugie dans

den. Annales Anglicani, p. ^ÎS. — Guilleltnus de le cloître (de Saint-Sernin?), 1« créancier peut l'y

Podio Laurentii, c. 5. — Chronique anonyme d^m poursuivre & l'y faire détçnir. — Si un créan-

Catel, p. lôo. [Voyez tome V, c. Si.] cier laisse aller librement un débiteur, un autre

' Caiel, Hhtoire des comtes Je ToUie, p. 2:7 & créancier peut le saisir, & les droits du premier

tuiv. — N'oyez tome VUI, ce, j^^f) à 448. Après sont annulés. [A. M.]

plainte faite au viguier, le débiteur est enfermé ' C3t\<:\, Séries pracsulum Magalonemium , z'' ei.

huit jours au château Narbonnais; le neuvième p. 24^1 & seq. — Ruffi, Histoire Je Ma'seille,

jour, le créancier doit prouver que le débiteur a 2'' éd. t. 1 , p. 7.Î & suiv. — Chronicon Massi-

de quoi le payer; sinon on lui livre celui-ci, & licnsc, dans Labb:, Bihliotheca nov. manuscript,

il peut le tenir chez lui, aux fers, au pain & à t. 1, p. '{4.

l'e.iu, jusqu'à ce que les consuls aient examiné * Ruffi, Histoire Je Marseille, z' éd. t. 1 , p. fj

l'alTaire. — Quand il y a plusieurs créanciers, le & suiv.

I"d. Giipin.

An 1 ly/

Banale, fille du même Banal, vicomte de Marseille, !ac(Ufcllc cpousr^ Hugues de Baux, prince d'Orange, étoit née du mariage de ce vicomte avec Marie de Montpellier, Se on s'appuie pour le pjrouver sur quelc|ues conjectures; mais elles n'ont aucune vraisemblance, tant à cause de la parenté qui étoit entre Hugues de Baux ik Marie, que parce que cette dernière n'avoit, en 1 197, guères plus de quinze ans, comme nous le verrons bientôt; & qu'enfin en parlant de tous ses enfans, dans son testament de l'an I2i3, elle ne dit rien de Barrale. Ainsi Barrai aura eu cette fille d'Adélaïde de Roque-Martine, sa ])remièrc femme, doiu il est fait mention dans la Vie' de Foulques de Marseille ik de queltjues autres anciens poëtcs provençaux.

La mort de ce vicomte a\ant rompu toutes les mesures du seigneur de Montpellier, celui-ci chercha à remarier Marie, sa fille, &< à l'engager par de nouveaux, liens à renoncer à sa succession. 11 jeta les yeux sur Bernard, comte de Comminges, quoique ce comte eût actuellement deux femmes vivantes. La première étoit Béatrix, comtesse de Bigorre, qu'il avoit répudiée sans aucune forme de procès, sous prétexte de parenté, après en avoir eu une fille, pour épouser Comtois de la Barthe. Bernard, voulant répudier aussi cette dernière^, prétendit que son mariage avec elle ne pouvoit subsister, à cause de la parenté qui étoit entre eux; Se s'étant rendu avec elle dans l'église, au mois de novembre de l'an 1197, il se présenta à Raimond, évoque de Comminges, & prouva devant ce prélat qu'il étoit parent de Comtors du quatrième au cinquième degré. Cette dame convint du tait en présence de tous ses parcns qui l'accompagnoient, des abbés, de tout le clergé fk du peuple; &<, ayant donné son consentement à la dissolution de son mariage, l'évêque prononça la sentence de séparation que l'archevêque d'Auch, métropolitain de la Province, confirma sur-le-champ. Il est marqué dans l'acte qui en fut dressé que le mariage du comte de Comminges avec Comtors avoit duré peu de temps; preuve, ou que les deux fils &c la fille qu'on leur donne -^j n'étoient pas tous nés pendant ce mariage, ou que Bernard les eut d'une autre femme.

Ce comte, se voyant ainsi entièrement libre, se rendit k Montpellier, au mois de décembre suivant, avec le comte de Toulouse, son cousin germain, l'arclicvêque d'Auch, l'évêque de Comminges, Fulcrand, évêque de Toulouse, Raimon.d, évêque d'Agde, frère du seigneur de Montpellier, & plusieurs seigneurs séculiers; St là il épousa Marie de Montpellier. Suivant le contrat^ de mariage, Guillaume, seigneur de Montpellier, Jili de /eue ALithilde (de Bourgogne), duchesse, déclare que, voulant marier Marie, sa fille, avec le comte de Comminges, il lui donne en dot deux cents marcs d'argent £< les habits de noces. Bernard assigne de son côté pour le douaire de Marie, qu'il prend pour épouse, la jouissance pendant sa vie du château de Muret S< de ses dépendances, qu'il lui hypothèque de plus pour sa dot; avec clause

' Mss. de !a Bibliothèque du roi, n'" 7 22;j & ' Le P. Ansclint, Histoire gcncalogi^ue Jts gr.tiuU

7698. tifficiers, &c. t. 2, p.63i.

' Tome Vin, Chartes, -.i. LXIX, ce. .}.)8, 449, ■• D'Achéry, Spiùh-gium, t. 1 1 , p. 35-.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. i83

expresse que !e fils c|ui viendra c'c ce mariage succédera au comte, son père, dans tous ses domaines, £< (jue s'il n'y a qu'une hlle elle recueillera également sa succession, excepté du pays de Comminges; en sorte que Bernard ne se réserva que quatre châteaux pour en disposer en faveur de Bernard, son jils , & de Comtors , fille d' Arnaud-Guillaume de la Barthe, lequel ne pourroit prétendre autre chose. Marie de Montpellier se réserva de son côté les droits Si les actions qu'elle avoit sur les biens St les héritiers de Jeu Barrai, son mari, jusqu'à la somme de trois cents marcs d'argent; reconnoissant que celle de deux cents marcs que son père lui donnoit en dot, lui avoit été payée en déduction des cincj cents marcs que le même Barrai lui avoit légués par son testament, & que dans ces deux cents marcs étolent compris les cent marcs qu'elle avoit eus en dot en se mariant avec Barrai. Raimond, comte de Toulouse, Vijal de Montaigu 8c quatre autres seigneurs promirent par serment, au nom du comte de Comminges, qu'il ohserveroit toutes ces choses; & l'archevêque d'Auch, les évêques de Comminges 8t de Toulouse promirent de leur côté, de l'aveu du même comte, de l'excommunier Si de jeter l'interdit sur toutes ses terres, en cas d'infraction de sa part. Bernard fit le comte de Toulouse donnèrent de plus, pour garans du traité, Guillaume de Baux, Hugues, son frère, S< Bernard d'Anduze, avec promesse de la part du comte de Toulouse, si le comte de Comminges ne l'accomplissoit pas iîdèlement, de lui faire la guerre à la tête de tous ses vassaux. L'acte qui est daté de Montpellier, dans la chambre de Guillaume, seigneur de cette ville, fut passé en présence de Raimond, évêque d'Agde, du prévôt de Maguelonne Se de plusieurs seigneurs de la Province ou du diocèse.

Le même jour, Guillaume, seigneur de Montpellier, fit faire à Marie, sa fille, un acte' dans lequel elle s'exprime de la manière suivante : « Il est « notoire à tous ceux qui savent la morale fi< le droit que les femmes ne c. peuvent être juges, ni avoir part à l'examen des procès Se à la pronon- « dation des sentences; que c'est une coutume établie de tout temps dans <i la seigneurie de Montpellier Se dans ses dépendances, que le domaine, la 0 tlomination, la puissance, la juridiction Se l'empire ne peuvent jamais être I' transmis aux filles, tant tju'il y a des mâles; Se que les lois impériales « interdisent aux femmes la possession des royaumes, duchés, principautés, Il comtés, mar(|uisais Se juridictions quelconques. C'est pourquoi, moi, Marie, '< fille de Guillaume de Montpellier, instruite du fait Se du droit, Se recon- (1 noissant que je suis âgée de quinze ans Se plus, j'abandonne entièrement, Il tant pour moi que pour mes héritiers Se successeurs, à vous, Guillaume, « mon père, Se à vous, Guillaume, son fils Se de madame Agnès, m.on frère, « toute la ville de Montpellier avec tout ce qui en dépend; le bourg de « Latcs, ceux de Montferrier Se de Castelnau; les châteaux de Castries, » dOmclas, du Fouget Se de Paulhan; les lieux de Cornon-Sec, de Mont-

' G,i ri el , 5crifi praesulum Magaloncnstum, 2' éd. p. î.ï^ & suiv. — Lice de Montpellier, i'' pnrt. 18:1 Si siiiv.

An II y7

l-'d. origin.

t. Ul, p. lui.

An 1 ip7 ^

« bazin & de Mont-Arnaud, les cliâteaux de Pignan, de Frontignan, de « Loupian, £cc. & tous les droits que je pourrois avoir à cause de la suc- « cession de mon père & de ma mère; &, en toutes ces choses, je renonce « expressément à tout droit écrit S<. non écrit, parce qu'on dit que Guil- « laume, mon frère, fils d'Agnès, est né du vivant de ma mère 5 Se je renonce « de la même façon en faveur de tous les mâles qui naîtront d'eux par degrés. « Que si, ce qu'à Dieu ne plaise, Guillaume mon frère, fils de madame « Agnès, vient à mourir contre notre espérance, je fais les mêmes renoncia- « tions en faveur de Guillaume de Tortose, fils de madame Agnès, &. de tous « les fils qu'elle aura de monseigneur Guillaume, mon père. Il est à savoir, « cependant, que si monseigneur Guillaume, mon père, décède sans enfans <i mâles, son héritage m'appartient, comme à la fille aînée, par le droit accou- « tumé de Montpellier. » Marie fait ensuite serment d'observer fidèlement tous ces articles. Bernard, comte de Comminges, son mari, en fit autant & donna pour ses garans Raimond, comte de Toulouse, Vital de Montaigu & les autres qu'il avoit donnés pour cautions dans son contrat de mariage, avec une égale promesse de la part de l'archevêque d'Auch Se des évêques de Comminges Si de Toulouse, de l'excommunier en cas d'infraction. Mais toutes ces précautions de Guillaume de Montpellier, pour assurer sa succession à ses fils du second lit, furent inutiles.

LV. — Guerre entre les comtes de Commînires 6 de Foîx, b entre ce dernier if le comte d'Urgel. — Union de l'abbaye de Vajal à celle de Boulbonne. Fondation de celle de Valnègre.

Le comte de Comminges eut un différend l'année suivante avec Raimond* Pvoger, comte de Foix, son voisin, qui se ligua' contre lui, au mois de novembre, avec les seigneurs de Ganag. Le comte de Foix étoit en guerre en même temps avec le comte d'Urgel, au delà des Pvrénées. On prétend^ que leur querelle s'éleva à l'occasion des limites de leurs Etats j qu'elle partagea toute la Catalogne, & que le comte de Foix a\ant assiégé, en 1198, la ville d'Urgel, il l'emporta de force, la mit au pillage avec la cathédrale, fit les chanoines prisonniers, exigea d'eux une grosse rançon 8v désola tout le pays.

Raimond-Roger étoit en deçà des Pyrénées, au mois de mars de la même année, 8<. fut présent à-' la consécration de l'église de l'abbaye de Boulbonne, qui fut faite le dimanche i5 de mars, l'an de l'Incarnation 119H, Philippe étant roi de France, 6* Raimond comte de Toulouse : preuve certaine (|ue, quoique l'acte .de cette consécration soit daté de l'Incarnation, on y coml'd.oiisin. mencc cependant l'année à la Nativité. Le comte de Foix accorda à cette

Page 1