VI
lemui", qui n'étoit que son arrière-vassal sous la mouvance du comte de Foix, t. iii,°p!"ri4. Se ((ui lui promit de le lui rendre, toutes les fois qu'il en seroit requis. Il paroît par là que le comte de Toulouse, sur le refus que fit le comte de Foix de lui rendre cet hommage, s'empara du château de Saverdun. Quoi qu'il en soit, les deux comtes s'accordèrent' là-dessus dans la suite par l'entremise de Bernard, comte de Comminges, 8c d'une quinzaine de gentilshommes ou de jurisconsultes qui s'assemblèrent pour cela à Toulouse. Raimond VI demandoit que le comte de Foix fût obligé de réparer les fortifications de ce château, qu'il lui en fit hommage & qu'il fût condamné à le renouveler toutes les fois qu'il en seroit requis. Le comte de Foix convenoit de l'obligation de l'hommage; mais il s'excusoit sur le rétablissement des fortifications, en ce qu'elles n'avoient pas été détruites par sa taute & qu'elles avoient été ruinées durant la guerre qu'il avoit eu à soutenir contre ses vassaux. Les arbitres le condamnèrent à réédifier la tour 8c le château de Saverdun, & la paix fut ainsi rétablie entre lui &t le comte Raimond.
LXVI. — Le vicomte de Béjîers engage une partie de ses domaines,
Raimond-Roger confirma^, le 27 de mars de l'an 1201, l'engagement qu'il avoit fait, pour quinze mille sols melgoriens dont cinquante valoient un marc d'argent, du château de Balaguier Se du pays de Chercorb, lequel comprenoit la "partie méridionale du diocèse de Mirepoix. Il se qualifie dans l'acte, par la grâce de Dieu vicomte de Carcassonne, de Béziers, de Razès SccrAlbi-*. Il déclare dans une autre charte avoir passé l'âge de quatorze ans. Il donna en fief au seigneur de Faugères, du conseil de ses barons, le 6 d'avril suivant, le château de Lunas, dans le diocèse de Béziers, avec tout ce qu'il y possédoif à l'occasion de son père Roger &- de feue dame Adélaïde, sa mère : il le déchargea de l'obligation de le lui rendre moyennant une somme qu'il reçut en engagement, 8c lui assigna son remboursement sur les mines de Villemagne 8c de Boussagues, dans le diocèse de Béziers. Il permit"^ la même année aux églises d'Albigeois, de construire les bâtimens qu'elles jugeroient à propos dans leurs domaines, sans prétendre aucun droit à cette occasion. Divers seigneurs, entre autres Bernard de Villeneuve 8c Sicard de Puylaurens, furent présens à cette concession. Il acquit^, au mois d'août de l'an 1202, pour vingt mille sols melgoriens, de Guillaume-Pierre de Vintron, tout ce que ce seigneur possédoit dans la paroisse de Saint-Amans de Val-
' Voyez tome VIII, Chartes, ce. 267 à 271. outre dans toutes les causes que les chevaliers du
' Ibid, Chartes, n. LXXIV, ce. 467, 468. Temple, leurs donats ou leurs hommes auront à
' C'est ici le lieu de mentionner les privilèges plaider devant la cour comtale, ils ne payeront
que le même vicomte accorda un peu plus tard à ni droits de justice, ni dépens. [A. M.] l'ordre du Temple. (Acte d'octobre 1202, t. VIII, ^ Archives de l'église d'Albi. — [Voyez tome V,
ce. 483 à 485.) Renouvelant les chartes de son c. i335, n. 32j cet acte contient aussi concession
grand-père, Raimond-Trencavel, & de son père d'amortissement.] Roger II, il leur confirma toutes leurs possessions '■' Cartulaire du château de Foix.
pribcntes & futures, sauf ses droits supérieurs. En
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. igS
toret, dans le château de Hautpoul, dans l'abbaye de Caunes, dans tout le Cabardès, S<. depuis Saint-Pons jusques à Castres. 11 accorda', au mois de novembre, des lettres de sauvegarde en iaveur de l'abbaye de Candeil, avec divers privilèges. Enfin Bernard-Raimond de Capendu lui vendit-, l'année suivante, pour treize mille sols melgoriens, le château de Vias, dans le diocèse d'Agde, 8t le vicomte céda en même temps à ce seigneur la portion qu'il avoii au château de Capendu, Se se réserva seulement le pouvoir de s'en servir pour Jaire la guerre à ses ennemis & y plaider avec eux^.
LXVII. — Accord entre le comte de Toulouse &< l'abbé de Cluny, touchant le lieu de Saint-Saturnin du Fort,
An 1201
La part que Raimond VI, comte de Toulouse, prit à la guerre qui s'éleva en I20Î, entre Alfonse II, comte de Provence, St Guillaume IV, comte de Forcalquier, l'obligea à résider aux environs du Rhône. Guillaume, mécontent"* d'Âltonse, à qui il avoit donné en mariage Garsinde, sa petite-fille, avec la plupart de ses domaines, révoqua une partie de cette donation en faveur de Béatrix, sœur de Garsinde, son autre petite-fille, qu'il maria au mois de juin de cette année avec André de Bourgogne, dauphin de Viennois. Cette disposition ayant augmenté la brouilierie entre les comtes de Provence Se de Forcalquier, ils eurent recours aux armes S<. se firent la guerre. Guillaume pour se soutenir se ligua avec divers princes, entre autres avec le comte de Toulouse, Se trouva moyen de mettre dans ses intérêts Sanche, comte de Roussillon Se de Cerdagne, qui se déclara contre le comte de Provence, son neveu ^.
Durant cette guerre le comte de Toulouse passa un accord à Saint-Saturnin du Port*^, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit, le i" de mai ou, selon d'autres'', le i" de juin do l'an iio:, avec Hugues V, abbé de Cluny.
An I loi
' Archives de l'abbaye de Candeil.
' Cartuhiire du château ie Foix.
'En cette même année 1201 furent accordées de nouvelles franchises au bourg de Rodez. On peut voir dans de Gnujal, Etudes sur le Roucrgue, t. 1, p. 295 & suiv. le texte de cet acte. Il porte en substance confirmation des libertés concédées par le précédent comte, exemption de tout péage pour les marchands & gens de métiers dans un rayon de quatre lieues autour de la ville. — Droit pour tous les habitants de disposer de leurs biens. — Ceux-ci peuvent construire librement des maisons hors des murs; à l'intérieur des murs & dans Ils fossés, chaque maison payera une albergue d'un cavalier. — Les prud'hommes jugent entre le comte, son baile & les bourgeois qui se prétendent lésés par eux. [A. M.]
' Bouche, La chorographic ou description de la Provence^ t. 2, p. 178.
* A cette année lîoi st rapporte un traité fort curieux entre les Génois îk les habitants de Montpellier. Nous analyserons sommairement cet acte que rapporte M. Germain {^Histoire de la commune de Montpellier, t. 2, pp. 422 à 426). — 1" Sauvegarde réciproque entre les habitants des deux villes, sauf quand les habitants de Montpellier se trouveront associés avec des gens de Pise ou de Vintimille, ennemis de Gênes. — 2° Exemption de tous péages à établir par la suite. — 3" Promesse des deux parties de remettre k la justice le soin de terminer leurs différends. — 4° Le traité ainsi conclu est valable pour vingt-neuf ans. Ce traité fut renouvelé plus tard, en 1225 (Voir plus bas ad annum). [A. M.]
"• Gallia Christiana , nov. edit. t. 6, Instrum. p . 3 o I .
' Guichcnon, Biitiothcca Scbusicir.a, p. 33r).
An 1202
Hugues, du consentement du prieur du monastère de Saint-Saturnin du Port, & en considération des services que le comte Raimond avoit rendus à t^ii°"°i"i5 l'ahbaye de Cluny Si aux autres monastères de sa dépendance, lui donna en fief Se à ses successeurs un emi^lacement dans la ville de Saint-Saturnin pour y construire un palais, à l'endroit où le comte avoit commencé à bâtir une tour, à condition de payer tous les ans un marabotin à son abbaye. Il convint en même temps que le comte avoit un droit d'albergue à Saint-Saturnin. En conséquence de cet accord, Raimond fit hommage à l'abbé de Cluny Se confirma la transaction ' que le comte, son père, avoit faite autrefois avec le même monastère de Saint-Saturnin, Si promit que ses successeurs feroient un semblable hommage aux abbés de Cluny, à chaque mutation de comte ou d'abbé, sans être obligés néanmoins de sortir pour cela des limites de leurs domaines. Sec. L'acte est daté de la grande église de Saint-Pierre, en présence de divers religieux de l'ordre de Cluny, entre autres de Rostaing de Sauve, prieur d'Anduze, Se de Rostaing d'Anduze, prieur de Vernède, de Géraud, abbé de Cruas, de Raimond-Guillaume, juge &< chancelier du comte Raimond, d'Adalbert de Novis, son juge Se assesseur au château de Beaucaire. Sic
L^VIII. — Guerre entre les habitans de Toulouse i- ceux de Rahastens, en Albigeois^ 6* entre les premiers &- le vicomte de Lomagne,
Pendant l'absence de Raimond, les consuls de Toulouse^, ayant assemblé les communes de celte ville, se rendirent en corps d'armée au lieu de Saint- Bas sur l'Agoût, situé vers le confluent de cette rivière Se du Tarn, pour venger les injures qu'ils avoient reçues des seigneurs, des chevaliers Se des habitans de Rabastens, en Albigeois. Ils étoient sur le point de passer l'Agoût lorsque Pilfort de Rabastens Se un autre député de Rabastens vinrent, le 10 de juin de l'an 1202, demander à s'accommoder Se offrir de s'en rapporter au jugement de Raimond, comte de Toulouse, 6* de sa cour. Les consuls de Toulouse ayant accepté ces offres, les députés de Rabastens firent serment entre les mains de Raimond de Récalt, viguier de Toulouse, qui le reçut au nom du comte, de s'en tenir à la décision de ce prince Se de sa cour qui termineroit ce différend à Toulouse; cela fait, l'armée des Toulousains se retira. C'est ici le plus ancien monument que nous ayons trouvé où il soit fait mention de la ville de Rabastens, l'une des principales du diocèse d'Albi.
On voit encore que les consuls de Toulouse étoient alors dans l'usage de venger à main armée leurs propres querelles, par un accord^ qu'ils passèrent, deux ans après, avec Vézian, vicomte de Lomagne, Se Odon , son fils, sur lesquels ils avoient assiégé le château d'Auvillar, situé sur la Garonne, à la tête des communes de leur ville. Par cet acte les consuls de la ville Se des
' ToiTie V, Chartes & Diplômes, ce. 1293 à I2(;:>. ' Lafaille, Aniiala de Toulouse, Preuves, p. 55
' Lafaille, Annales de Toulouse, t. 1, Preuves, & suiv. p. ,13 & S'.iiv.
Ali 1202
faubourgs de Toulouse, au nombre de vingt-cinq d'un côté, & le vicomte de Lomagne & son hls de l'autre, se pardonnèrent toutes les entreprises qu'ils avoient faites les uns contre les autres. Se convinrent que les habiians de Toulouse ne payeroient à Auvillar que la leude ancienne; exaction qui avoit donné occasion à la guerre. L'acte est daté du siège du cbâteau d'Auvillar, le 14 de juin de l'an 1:04, en présence de Géraud, comte d'Armagnac, d'Odon de Lomagne, son cousin, de Raimond, évêque de Toulouse, de Bernard de Marestang, de Pierre-R.iimond, frère du seigneur Raimond, comte de Toulouse, de Bernard-Jourdain de l'Isle, de Jourdain de l'Isle, son fils (ou plutôt son frère), de Bernard d'Orbessan, Sec. Ce dernier étoit aussi alors en guerre contre les habitans de Toulouse avec lesquels il fit la paix la même année. Il promit à quelc[ues-uns des consuls de cette ville, de les servir à l'avenir dans leur armée avec quatre chevaliers, Sic. Ils reçurent sa promesse, tant en leur nom que des autres qui étoient alors du chapitre {de capitula). Géraud, comte d'Armagnac, dont nous venons de parler, tut le quatrième de son nom; il accorda', en iigS, divers privilèges à l'abbaye de Grandsclve, par un acte daté Philippe étant roi de France, Raimond comte de Toulouse, 6» Fulcrand évêque^,
LXIX. — Le comte de Folx marie son fils avec l'héritière de Castelbon. Le comte d'Urgel le fait prisonnier.
Raimond-Roger, comte de Foix, fut présent à l'accord passé, le 10 de juin de l'an 120?., entre les consuls de Toulouse & les seigneurs de Rabastens. Comme il étoît toujours en guerre avec le comte d'Urgel il s'allia^, pour for-
■ Archives de l'abbaye de Grandselve.
' Ou troiiveri les actes indiqués par dom Vaissete au tome VIII de la présente édiiion, avec plusieurs autres que nous avons tirés du cartulaire du Bourg, conserve aux archives municipales de To'.ilouse. Remarquons que ces actes, dont la liste suit, ne sont que des préliminaires de paix 8c n'indiquent pas le motif de ces {guerres que Us habitants de Toulouse soutinrent contre la plupart des seigneurs Se des petites villes du voisinage : i" c. 476, 10 juin 1202, paix entre les habitants de Rabastens & la commune de Toulouse; dom V'aissete vient d'analyser cette pièce. — 2" c. 48c, ;> août 1202, traité de paix avec les seigneurs, chevaliers & prudhommes de Villemiir; cette dernière communauté dut se soumettre entièrement, s'engager à réparer tous les torts trjpinac & maUficiaj, qu'elle avait faits aux Toulousains, 8c se soiimettre nu jugement des consuls de Toulouse; le plus coupable, Bertrand de ^'lllemur, vint lui-même faire amende honorable; ils durent payer une indemnité de quatre mille sous, deux mille pour les frais de l'expédition faite par les Toulousains, deux nulle a ré-
partir entre les plaignants, par les consuls de cette ville. — 3° c. 491, 19 mars i2o,l, traité de paix définitif avec la communauté de Rabastens. Les consuls de Toulouse renoncèrent à toute demande pécuniaire, mais les seigneurs de Rabastens supprimèrent toutes les leudes 81 nouvelles coutumes établies depuis moins de cinquante ans. Ce seul fait prouverait que ces guerres étaient avant tout commerciales & que les consuls de Toulouse voulaient s'ouvrir les routes qui aboutissaient à leur ville. — 4° i2c3, 29 mai, c. 493. Accord tout semblable avec les consuls de Saverdun; seulement l'abolition des leudes, toltes & usages établis nu pont de Saverdun est absolue & ne souffre aucune restriction. — .'»" c. 496, 24 octobre i2o3. Paix avec la ville de Gaillac; les deux parties se remettent leurs griefs réciproques. — 6" c. 5oo, i3 avril 1204. Paix avec les seigneurs de l'Ile- Jourdain; mêmes clauses que pour Caillac. —. 7" r. 502, iCi avril 1204. Accord avec Bernard d'Orbessan, analysé par dom \'aissete. — S" c. J04, 14 juin 1204. Traité de paix avec le vicomte da Lomagne. (Voir dom Vaissete.) [A. M.J
' De Marca, H'ntoirc de Béarn, p. 720 8t suiv.
An 1202 -'
tifier son parti, avec Arnaud, vicomte de CastcUxin ou de Ccrùagne, par le mariage de Roger-Bernard, son fils aîné, avec Ermessinde, fille unique Si héritière de ce vicomte. Le contrat fut passé à Tarascon, dans le pays de Foix, le 10 de janvier de l'an 1202. Le vicomte Arnaud donna en dot à Ermessinde, sa fille : 1° la comtorie de Caboed & tous les autres biens qui t.'iu,''p!^uc. avoient appartenu à sa femme, mère de la même Ermessinde; 2° la vicomte de Castelbon, dont il se réserva la jouissance, excepté les vallées d'Andorre & de Saint-Jean. Le comte de Foix assigna en même temps, pour le douaire de sa belle-fille, le Lordadois avec tout le pays situé jusqu'aux Pyrénées, &" établit son fils comte & la femme de son fils comtesse. Enfin le comte de Foix S<. le vicomte de Castelbon substituèrent tous ces biens en faveur des enfans (jui naîtroient de ce mariage, lequel occasionna l'union de la vicomt» de Castelbon, située au delà des Pyrénées, au domaine des comtes de Foix, Raimond-Roger, appuyé de cette alliance, passa les Pyrénées' avec un corps d'armée, se joignit au vicomte de Castelbon Se à divers seigneurs catalans, alla chercher le comte d'Urgel S<. lui livra bataille, le 26 de février de l'an i2o3; mais il eut le malheur d'être battu Se de demeurer prisonnier avec ce vicomte, cinquante chevaliers &t cinq cents fantassins de son armée.