‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 131 sur 342 · LXX. — Paix entre les comtes de Provence 6- de Forcalquier · texte numérisé non relu

LXX. — Paix entre les comtes de Provence 6- de Forcalquier

La fuerrc continuoit d'un autre côté entre les comtes de Provence 8<. de Forcalc[uier. Le premier, ne pouvant^ résister à l'autre, appela à son secours Pierre, roi d'Aragon, son frère, qui tint^ une assemblée à Cervera, dans le Roussillon, au mois de septembre de l'an 1202, à laquelle les archevêques de Narbonnc Se de Tarraa;one assistèrent, 8< où on dressa de nouveaux statuts pour l'observation de la trêve S<. de la paix. Pierre s'avança ensuite dansja Province &, étant arrivé vers le Rhône, il négocia la paix entre les deux comtes & la conclut enfin heureusement avant le mois de novembre de l'an 1202, par l'entremise de divers prélats Se seigneurs de la Province. Les comtes de Provence Sv de Forcalquier étoienl, en effet, réconciliés dans ce temps-là, comme il paroîf* par les actes d'une assemblée tenue alors à Manosque ik dans laquelle le comte de Forcalquier termina les différends qu'il avoit avec quelques seigneurs qui rcfusoient de lui rendre hommrge pour les fiefs qu'ils possédoient dans son comté. Ils avoient remis de concert la décision de ces différends à Raimond, comte de Toulouse; mais ce prince ne pouvant y vaquer par lui-même, à cause que ses affaires dcmandoient S(.ii retour dans sa capitale, il en avoit donné la commission à Guillaume de Baux, à Géraud d'Ami, Guillaume-Laugicr de l'Isle 6c Pvostaing de Sabr-n, son connétable. Ces arbitres condamnèrent les seigneurs qui étoient en différend avec le comte de Forcalquier à lui rendre hommage 8<, après sa mort, à

■ îÇiiritn, Anih's, !. 2, ce, 49, .0?, & 07. ' M.irca Hifpanic-i, c. i3-ij.

' Bouche, f.n chorogtaphic ou description Ac td * V:Oi\i:iiSf Dfscriptioii île la Provence, t. 2, ip. 1S4

Provence, ti ?., p. f78 & siiiv. Ct s-.àv.

AUonsc, comte de Pro\eiicc, son hciitier, à cause de Garsinde, sa fille, femme de ce dernier. E^ntre les garants, que les parties se donnèrent mutuellement pour l'observation du jugement, furent le comte de Provence lui-même, Sanche, comte de Roussillon, Guillaume & Hugues de Baux, Géraud d'Ami, Rostaing de Sabran, Svc, iS- par-dessus tous, ajoutent-ils, Raimond, comte de Toulouse, Nous inférons de là que R.aimond fut un des principaux arbitres de la paix entre les comtes de Provence & de Forcalquier. Géraud d'Ami, dont nous venons de parler, étoit de la maison de Sabran 5 il reçut, en 1 198 ', l'hommage de Raimond de Lunel pour quelques biens situés à Saint-Vincent de Lunel-Vieil.

LXXI. — Accord entre le comte de Toulouse 6* Vévêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

I-e comte Pv.aimond quitta donc les bords du Rhône vers l'automne de l'an iao2 pour aller à Toulouse; mais il retourna bientôt après aux environs de ce fleuve, & il s'y accorda*, au mois de décembre de la même année, le siège impérial étant vacant, avec Bertrand de Pierrelaite, évêque de Saint- Paul-Trois-Châteaux. On prétend^ que Pvaimond avoit fait auparavant une cruelle guerre à ce prélat, qu'après avoir passé le Rhône à la tête d'une armée d'hérétiques, il avoit ravagé tout le diocèse de Saint-Paul & que cette exécution engagea l'évêque à taire la paix; mais ce fait ne paroît fondé sur aucun monument, & il est certain que Raimond, comte de Toulouse, ne se mit pas, du moins si tôt, à la tête des hérétiques. Quoi qu'il en soit, l'évêque Bertrand de Pierrelatte, du consentement des chanoines de son église, des chevaliers Si des bourgeois de Saint-Paul, promit à Raimond & à ses successeurs de le servir en plaid £,• en guerre envers & contre tous, pour la ville de Saint-Paul-Trois-Châteaux & pour les domaines de l'évêché qu'il possédoit actuellement & qu'il posséderoit dans la suite. Ce prélat donna un baiser au comte pour marque de sa fidélité, & il promit de marcher en armes, à ses dépens, toutes les fois qu'il y auroit une chevauchée commune pour le comte dans ce pa\s. Ce prince promit à son tour à l'évêque, en le baisant en signe de sa fidélité , de le protéger à ses dépens, en plaid 6- en guerre, lui, son église & ses domaines. L'archidiacre, un chevalier & un bourgeois de Saint-Paul promirent par serment, tant en leur nom qu'en celui de leurs concitoyens, l'observation de ce traité qu'ils avoient négocié, à ce qu'il paroît, & auquel Guillaume de Baux & Hugues, son frère, l'évêque de Cavaillon, Bertrand de Durfort, Rostaing de Sabran, Sic, furent présens.

' Trésor des chants; Toilouse, snc 7, 11. 6'). ' Ma. Je Br'icnne, n. Sort. — Galll^t Clirhtiana,

(J. 314, orig. TeuUt, Liyt:ttcs du Trésor, t. 1, nov. eJ. t. 1, Instrum. p. 121. p. '99] ' Gallia Chriitïana, nov. ai. iiij,

Au lioi

LXXII. — Vains efjorts de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, pour faire légitimer ses enj'ans du second lit.

Pierre, roi d'Aragon, & AU'onse II, comte de Provence, son frère, ayant mis ordre aux affaires de Provence, se rendirent' à A4ontpellier; ils y étoient à la fin de l'an 1202, La maladie ou la mort de Guillaume VIII, seigneur de cette ville, les y attira sans doute; en effet, ce seigneur, par son testament, mit ses enfans sous la protection du premier.

Le désir extrême qu'avoit le seigneur de Montpellier de faire passer sa succession sur la tète de Guillaume, son fils aîné 8t d'xVgnès, sa seconde femme, qu'il avoit épousée du vivant de la première, fit qvi'il ménagea l'amitié du pape Innocent III, dont il connoissoit le zèle contre ces sortes de mariages illégitimes. C'est ce qui paroît par diverses lettres de ce pontife adressées à Guillaume : par l'une, datée du^ 10 de juillet de l'an 1199, il le prend sous sa protection avec tous ses domaines, à cause de son dévouement au Saint-Siège; &., par une autre qu'il lui écrivit le même jour, en réponse de celle dont ce seigneur avoit chargé le prévôt de Marseille, il le remercie de tout ce qu'il avoit fait en faveur du siège apostolique, à l'exemple de ses ancêtres. Il lui marque, sur la demande qu'il lui avoit faite d'envoyer un légat à latere dans le pays pour y combattre l'hérésie, qu'il avoit destiné frère Raynier pour cette fonction. Innocent écrivit deux autres lettres à Guillaume deux ans après. Par l'une 3, du i" de juillet, il lui donne avis qu'il avoit nommé Jean, cardinal de Sainte-Prisque, pour légat dans la Province contre les hérétiques, & le prie de le favoriser en tout ce qu'il pourroit. Par l'autre, il prend sous sa protection la chapelle que ce seigneur avoit à Montpellier, dans son palais, & qu'il avoit fort augmentée, 81 lui accorda divers privilèges.

Guillaume, comptant sur la protection d'Innocent III, se hasarda enfin, en 1202**, de prier ce pape de légitimer ses enfans du second lit, dans le dessein de leur transmettre sa succession. Il lui fit demander cette grâce par l'archevêque d'Arles, qui étoit alors à la cour romaine, &, pour l'obtenir plus facilement, il fit valoir dans sa supplique les services que lui & ses ancêtres avoient rendus au Saint-Siège. Il allégua de plus l'exemple du roi Philippe- Auguste, dont le pape venoit de légitimer les enfans, nés comme les siens du vivant dune femme légitime. Il représenta qu'il étoit soumis au pape plus spécialement que ce prince, étant vassal de l'église de Maguelonne, qui rcconnoissoit pour le temporel la suzeraineté du siège apostolique. 11 ajouta enfin que le roi de France avoit un fils de la reine Ingelberge, sa première temmc,

' Bouche, Description ie la Provence, t. J, p. 185. ■• Innocent III, 1. 5, cpist. \^%. — Cf. Pottlunst,

■■ — Marca Hispànica, c. iSp.T. Regcsla, t. i, n. 1794, & voyez ce que M. Ccr-

' Innocent IIÏ, I. 2, cpist. 297 & seq, main <îit de cette .iffaire, Commune <ie Monîpclhcr,

' Gaiiel, Séries pracsulum Magalonensium,p. i66 i, lv-i,vii. Le mémoire du seigneur de Montpellier

£4 seq. est remarquable au point devr.e juridique. [A. M.j

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. :oi ~

An 1201

au lieu qu'il n'avoit Je la sienne aucune postérité masculine c[ui pût hériter de ses domaines Se de son dévouement envers le Saint-Siège. Ces représentations ne firent pas beaucoup d'impression sur Innocent, cjui expose à Guillaume, dans la réponse qu'il lui fit, la différence qu'il y avoit entre son second marias;e £< celui du roi Philippe : i° Lui, dit le pontife, le roi a été séparé de sa femme par sentence de l'archevêque de Reims, au lieu que vous ne vous êtes séparé de la vôtre que de votre propre autorité. 2° Philippe a épousé sa seconde femme 8c en a eu deux enfans avant que d'avoir reçu la défense de se marier avec elle; vous, au contraire, avez pris la vôtre au mépris de l'Église qui, pour cela, vous a frappé d'anathème. 3° Le roi s'est séparé de la reine sous prétexte d'affinité qu'il prétend prouver par témoins; pour vous, vous avez répudié votre première temme sans raison; ainsi il n'y a aucune présomption de légitimité en faveur de vos enfans du second lit. 4° Philippe ne reconnoissant personne pour supérieur dans le temporel, continue le pape, a pu se soumettre en ce point k notre juridiction, quoiqu'il eût pu lui-même accorder celte dispense, non comme un père à ses enfans, mais comme un prince à ses jujets; il n'en est pas de même de vous, qui êtes soumis à d'autres, 8c vous n'avez pas assez d'autorité pour vous dispenser 'n ; ""^'"^'"o vous-même sans le consentement de vos supérieurs. Pour toutes ces raisons, ajoute Innocent, je suis obligé de surseoir encore le jugement de cette affaire 8< de différer à vous accorder votre demande jusqu'à ce que vous prouviez, s'il est possible, que votre faute est beaucoup moindre, 8< jusqu'à ce que ma juridiction, pour décider un pareil cas, soit plus clairement établie : d'autant plus que la sainte Ecriture, les canons & les lois civiles détestent les enfans nés d'un adultère. Innocent tâcha cependant de consoler Guillaume par les témoignages d'une tendre affection 8<. d'un désir sincère de lui faire plaisir en tout ce qu'il pourroit, selon Dieu Se l'honnêteté publique.

LXXIII. — Testament de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier,

Nonobstant une réponse si peu f'avorable, le seigneur de Montpellier, espérant toujours obtenir par son crédit auprès du pape une déclaration de légitimité de ses enfans du second lit, les regarda comme s'ils eussent été en effet légitimes. Se, étant tombé dangereusement malade au commencement du mois de novembre de l'an i;o2, il disposa de tous ses domaines en leur faveur par son testament ', daté du 4 de ce mois^ (S< non de l'an 1211 comme il est marqué dans le Spicilêge par une erreur de copiste). Suivant cet acte, il choisit sa sépulture dans le cimetière de l'abbaye de Grandselve, à laquelle il lègue cent livres. Il tonde un anniversaire dans la cathédrale de iMaguelonne 6< un autre dans le monastère de Saint-Félix, 8< fait des legs pieux à

' D \ch»ry, .S/T/'ci/f^j'um, t. 9, p. 1 jj & s«q. * Msi. AAuhdys, n. 82. — C3x\<i\,Scncs pracsa-

lum Magaloncnsium.

An 1202

;oi HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XX.

l'abbaye de Saint-Gcniès, à l'hôpital du Saint-Elsprit, à la maison de Grandmont de Montherbedon, à l'hôpital de Saint-Guillem, aux églises de Saiiu- Firmin & de Notre-Dame, à la chapelle tie son château, aux autres églises & hôpitaux de Montpellier, &. à la chartreuse de Bonnefoy, dans le diocèse de Viviers. Il ordonne d'habiller de pied en cap cent pauvres prêtres &. cinq cents autres pauvres, de nourrir après sa mort, pendant cinq jours, cinq mille pauvres chaque jour, de faire célébrer cinq mille messes pour le repos de son âme, 8<c. Il confirme la donation que Guy, son oncle paternel, avoit faite des moulins de l'Hérault, en faveur de l'abbaye de Valmagne, & nomme quinze des principaux de Montpellier, entre lesquels étoit maître Guy (iondateur de l'hôpital du Saint-Esprit de cette ville), pour payer ses dettes sur la moitié de ses revenus'. Il fait héritier Guillaume, son fils aîné, à qui il donne la ville de Montpellier avec ses dépendances S<. les châteaux & villages de la Palti (ou Lates), de Montferrier, Castelnau, Castries, Loupian, Omelas, Pouget, Popian, Montarnaud, Vindémian, Tressan, Saint-Pargoire, Saint- Pons, Cornonsec, Montbazin, Frontignan, Miraval, Pignan, Saint- Georges, Murviel, Moujolan & enfin tous ses domaines, depuis l'Hérault jusqu'au Vidourle. Il donne à Thomas, son second fils, surnommé Tortose, le château de Paulian, les droits qu'il avoit sur la ville de Tortose, en Catalogne, & tous les biens qu'il possédoit au delà de l'Hérault, dans les diocèses de Lodève Si de Béziers, avec mille sols de pension annuelle. Il lègue cent livres à chacun de ses autres ([uatre fils, nommés Raimond, Bernard-Guillaume, Guv & Burgondion, £< ordonne que le premier sera moine de Grandselve, le second cb.anoine de Girone S<. de Lodève, le troisième moine de Cluny, & le quatrième chanoine du Puy. Il ne donne à Marie, sa fille unique du premier lit, que les deux cents marcs d'argent de sa dot, que le cojnte de Toulouse & le comte de Comminges, son mari, lui dévoient, avec les habits nuptiaux qui consistoient en quatre robes S<. quatre lits, avec clause expresse que si son fils Guillaume étoit obligé de payer ces deux cents marcs, il auroit action contre le comte de Comminges, qiii les avoit reçus, & contre ses cautions, sauf le droit de Marie contre le même comte, contre celui de Toulouse S<. contre Rousselin & les garants que Barrai (vicomte de Marseille, son premier mari) avoit donnés. Il lègue cent marcs d'argent à chacune de ses deux filles, Agnès & Adélaïde, pour les marier. Il ordonne que si sa femme Agnès avoit encore des enfans, les mâles seroient cZ^rc^ Se les filles religieuses. Il lègue à la même Agnès, sa femme, tout ce qu'il lui avoit donné dans le

' Voici le tableau complet des legs pieun que Cun des antres hôpitaux; 1,000 aiiH religiciix Jg

Guillaume VIII fit par son testament, & M. Ger- Grammont; 100 sous à Grandselve; ico sous au5<

jnain ÇCommtme de Montpvlticj-y i, i.vil) est assez infirmes du pont de Castelnau; 100 inarcs d'ar-

disposé à y voir l'indice des remords deconicience gent pour la rédemption des captifs. — A Saint-

âe ce prince; .7,000 sous de Melgueil à la cathé- Firmin & à Nôtre-Dame des Tables deux calices,

drale de Maguelonrte pour \u\ anniversaire; valant chacun un marc &. demi. A la chartreuse

1,000 sDus à Saint-Félix de Montseau; Soo sous de Bonnefoy, dans le Vivarais, une certaine quan-

à Saint-Geniès; 1,000 sous à l'hôpital du Saint- tité de poisson salé par an. [A. M.J Esprit} 200 à celui de Saint-Guillem; 5o à cha-

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. 2o3

An 12C2

temps de son mariage avec elle, Se. l'entretien, tant pour elle que pour ses enj'ans. Il fait une substitution graduelle de tous ses biens entre ses enfans, savoir : d'abord de mâle en mâle 5c après eux de fille en fille, en commençant par Marie, son aînée. A leur défaut, il leur substitue aussi graduelle- [. fn "[ '^,'°' ment Raimond-Gaiicelin, seigneur de Lunel, son neveu, Raimond de Roquefeuil Se Bérenger-Guillaume, ses autres neveux. Il déclare ensiiite qu'en considération de la fidélité des babitans de Montpellier & des services qu'ils lui avoient rendus 8< à ses prédécesseurs : i° Il change la coutume de cette ville qui permettoit à ceux qui étoient majeurs de quatorze ans de disposer de leurs biens, £<. ordonne qu'à l'avenir il faudra, pour cela, avoir atteint l'âge de vingt-cinq ans, conj'ormément au droit écrit. 2° Il leur donne une liberté entière de vendre Se d'acheter du sel. 3° Il leur accorde l'abolition de tous les nouveaux péages. Il charge Guillaume, son fils 8t son héritier, d'acquitter toutes ses dettes & de payer, entre autres, cinquante mille sols qu'il devoit à Bonet, juif de Montpellier, de l'avis de quinze des principaux babitans de cette ville, qu'il lui donne pour conseil S< c[u'il laisse pour administrateurs de tous ses domaines, & défenseurs de sa femme 8c de ses enfans jusqu'à ce que son fils aine eût atteint l'âge de vingt-cinq ans'. Il met les uns 8c les autres sous la protection de Px.aimond, évtque d'Agde, son frère, de Guillaume, évèque de Maguelonne, 8c de Guy, prévôt de cette église, 8c en cas, ajoute-t-il, qu'il s'élève quelque guerre dans le pays, je prie Bernard d'Anduze 8c Etienne de Servian d'en prendre la défense. Il prie aussi ces prélats d'excommunier son fils, par l'autorité apostolique, supposé qu'il n'exécutât pas fidèlement ce testament, avec défense de mettre aucun juif pour baile à Montpellier. Il laisse ses enfans, ses terres 8c ses sujets sous la protection Se la garde de Dieu, de la vierge Marie, de la reine d'Aragon, du roi, son fils, 61 du comte de Toulouse. A la fin de l'acte il change le lieu de sa sépulture, qu'il choisit dans la cathédrale de Maguelonne, Se donne cent marcs d'argent k Clémence, sa sœur, avec ordre à son héritier de lui paver cette somme au bout de l'an, à moins que Rostaing de Sabran, son mari, ne la lui paye. Enfin il donne à sa femme Agnès le lieu de Casfelnau, le château de Montferrier, les bains de Montpellier, la leude du Peyrou 8c de l'Aigadou, Si le cens des juifs, au lieu Se place du douaire qu'il lui avoit assigné dans le temps de leur mariage.

Telles sont les dernières dispositions de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, qui mourut peu de temps après. Guillaume de Fleix, évêque de Maguelonne, procéda en effet, le 9 de novembre de l'an 1202, à l'ouverture de son testament, en présence des témoins qui y avoient souscrit, entre lesquels étoit Raimond, évoque d'Agde, frère de ce seigneur, Se de tous les

' Dom Vaissete n'insiste peut-être pas asses siif chaque mois, je recrutèrent euU-mêmes ert cas de

ce fait & n'indique pas les conditions auxquelles décès de l'un d'entre eux. C'était une dernier*

ces bourgeois durent administrer la ville. Ils pos- tentative de Guillaume VIII pour assurer à son âls

icdèrent à peu près toute la souveraineté, purent la jouissance de sort héritnge, en intéressant à sa

nommer & changer le baile, reçurent ses comptes cause les habitants de Itontpellicr. [A. M.]

An 1202 '

principaux habitaiis de la ville. Guillaume, fils 8< héritier de Guillaume VIII, promit en même temps de l'exécuter fidèlement & affirma qu'il étoit majeur de ([uatorze ans.

LXXIV. — Mort de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier. — Son éloge.

Guillaume VIII mourut âgé d'environ quarante-cinq ans, après s'être acquis l'amour de ses sujets par ses qualités personnelles 81 la douceur de son gouvernement. Il s'appliqua en particulier à faire ceindre Montpellier de nouvelles murailles 8<. donna' pouvoir, en ii96,à huit des principaux bourgeois ou administrateurs de la ville, de conduire cet ouvrage à sa perfection. Il paroît qu'il eut quelque différend avec l'évêque de Maguelonne 8c que leur querelle fut portée devant le roi Philippe-Auguste, qui rendit là-dessus un jugement^ auquel ce prélat promit d'obéir. Entre les monumens que ce seigneur donna de sa piété, il exempta^, en ii8g, la maison du Temple de Montpellier, dont Pierre de Saint-Grégoire étoit commandeur, de toute sorte d'imposition dans ses domaines. Il exerça sa libéralité l'année suivante envers le monastère de Montherbedon, de l'ordre de Grandmont, situé auprès de Montpellier, & confirma'', en 1194, une donation que Guillaume de Montpellier, moine, son aïeul, avoit faite en faveur de l'hôpital de Saint-Lazare de cette ville. Il fit dédier, en i2oo\ l'église de Sainte-Croix de Montpellier, qu'il avoit fait rebâtir, 8< fit du bien^ au monastère de Cassan; mais rien ne fait plus d'honneur à sa mémoire que le zèle qu'il témoigna pour réprimer l'hérésie qui, de son vivant, fit de si grands progrès dans la Province.

Ce zèle de Guillaume engagea un fameux docteur, nommé maître Alain de Lisle, qui mourut^ à Clairvaux, en 1202, à lui dédier un traité qu'il avoit t.^ni °p'°i''''i composé contre les hérétiques de son temps, contre les vaudois, les Juifs Se les Sarrasins, 8<. qu'il avoit divisé pour cela en quatre parties. Alain, dans l'épître dédicatoire^ de cet ouvrage, qualifie Guillaume, par la grâce de Dieu prince de Montpellier, & le loue de ce que la grandeur de son esprit répond à celle de sa naissance 8<. de sa dignité. Il déclare « qu'il le lui oHre 8< qu'il « se soumet à son examen, parce qu'entre tous les princes de son temps, il « étoit spécialement revêtu des armes de la foi, dont il étoit le fils & le <( défenseur. » On'' prétend que cet Alain étoit natif de Montpellier. On se fonde sans doute sur ce qu'il appelle Guillaume, son seigneur; mais il est certain que cet auteur n'est pas différent'" d'Alain, né à Lille, en Flandres, qui, ayant embrassé d'abord letat religieux dans l'ordre de Citeaux, fut

'Gnrlel, lAèe Je lu ville Je Montpellier, i'' part. ^ Gntiel, Séries praesulum Magalonen'ium. p. î6j,

p. 1.5!»} Séries praesulum Mag.iloi:ensiuni ^ p. 244. ^ IhiJ. p. 2.52.

' Tome VIII, Chartes, n. LXXII, ce. 462, 4(j.l. ' Albéric, C/ironieon, ni ailn. 1201.

' C:\t\e], Séries praesulum Magaloiicnrium, 'p. ;33 ' Alain, ÀJv. haeret. éd. 1612.

8t seq. ^ G^iri'^l^Series praesulum Magtilonensium^p, zCjt

■• Mss. J'Aubays, n. il, '" Casimir Ou'iiii, Je script, ceci, t. 2.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. 2c5

ensuite évêque d'Auxerre 8c qui, s'étant démis de cet évêché en 1167, se retira à Claiivaux où, il mourut en 1202, dans un âge extrêmement avancé. Il composa divers autres ouvrages parmi lesquels il dédia à Ermengaud, abbé de Saint-Gilles, son abrégé de l'un &. l'autre Testament'.

Guillaume VIII se rendit recommandable par divers autres endroits, & on a déjà vu que plusieurs poètes provençaux vécurent à sa cour sous sa protection. Il augmenta considérablement son domaine, soit par la réunion de la baronnie d'Omelas 8c de ses dépendances, soit par celle de la viguerie inféodée de Montpellier, avec ses droits, que Guillaume de Montolieu lui vendit en^ 1197- Il acquit aussi, au mois de juillet^ de l'an 1202, les droits cjue l'abbaye d'Aniane possédoit dans la paroisse de Saint-Paul de Frontignan. Enfin il paroît que la conduite de ce seigneur auroit été irréprochable, s'il n'eût répudié sa femme légitime pour en épouser une seconde. Il est vrai qu'il couvrit cette démarche sous le prétexte spécieux de laisser des enfans mâles héritiers de ses domaines ; mais il y a lieu de croire que le dégoût qu'il avoit d'Eudoxe Comnène, sa première femme, 8c la passion qu'il conçut pour Agnès eurent la principale part à la répudiation de la première. Nous savons d'ailleurs que Guillaume ne fut pas insensible à l'amour, 8c nous trouvons'* dans une charte de l'abbaye de Franquevaux, au diocèse de Nimes, datée de l'an 1192, un « frère Bernard de Montpellier, religieux de ce « monastère 8c fils de Guillaume, fils de Mathilde. » On ne sauroit douter que ce Bernard ne fût bâtard. Au reste, il paroît que le testament de Guillaume VIII eut d'abord son exécution; cas nous avons^ un hommage rendu pour la seigneurie de Montpellier par Guillaume, seigneur de cette ville, fils d'Agnès, à Guillaume d'Autignac, évêque de Maguelonne, qui succéda en i2o3, à Guillaume de Fleix dans cet évêché.

LXXV. — Fondation des chartreuses de Bonnefoy ô* de Valbonne, — Seigneurs 6" évêques d'U-^ès. — Maison de Sabran,

La chartreuse de Bonnefoy, au diocèse de Viviers, dont le seigneur de Montpellier fait mention dans son testament, subsistoit déjà dès le milieu''

' Dom Vaissete est tombé dans l'erreur com- Puyj mais il repousse avec raison l'identité éta-

miine qui fait confondre deux & peut-être trois blie entre Alain de Lille & l'auteur de la Summa

théologiens du nom d'Alain, qui ont vécu au ^uijripartilj. C{. Real-Encyclcpaejie fur protestan-

commencement du treizième siècle. Alain de Lille tische Théologie und Kirche, n.a. 1877, t. 1, p. 233

n'a rien à faire ici, & ayant passé la majeure par- & suiv. [A. M.]

tie de sa vie en Angleterre, il n'eut certainement ' Gariei, Séries praesulum Magalonemium, p. iHj.

aucune relation avec le midi de la France. Un ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXV, c. 479.

second Alanus est celui que l'on appelle de Podio — L'acte est du mois de juin.

& qui dédia une .Somme de l'Ecriture sainte, restée ■* Mis. d'Auhays; McUnga, vol. i.

inédite, à Ermengaud, abbé de Saint- Gilles. Le '' Cnr\t\, Séries praesulum Magalonensium , p. i-j^.

troisième serait l'auteur de la Summa ^uaJripjrtita " Voyez tome IV, p. 648 & suiv. une note four-

contra haerelicos W^aldenses. M. C. Schmidt, de nie aux nouveaux éditeurs p.^r M. l'abbé Rou-

Strasbourg, sans se prononcer positivement, tend chier. La fondation de Bonnefoy remonte pioLa-

à identifier ce dernier personnnge & Alain du blcment à l'an iij6. [A. M.|

An 1ZC2

An i2o3

An i2o3

du douzième siècle. Elle est située sur les frontières du Vêlai, Se c'est la plus ancienne que nous sachions avoir été fondée dans la Province'. Celle de Valbonne, dans le diocèse d'Uzès, vient ensuite; elle doit son origine à Guillaume de Vénéjan, évêque d'Uzès, qui échangea^, au commencement de l'an 1204, l'église d'Ornols contre celle de Bondillons, dans son diocèse, avec l'abbé d'Aniane îk le prieur du monastère de Goudargues, dépendant de cette abbaye, pour la donner aux chartreux, qui y établirent une maison de leur ordre Se lui imposèrent le nom de Valbonne. 11 est vrai qu'il paroît qu'il y avoit des religieux à Bondillons en 1198 & 1201; mais ils étoient vraisemblablement bénédictins soumis au prieur de Goudargues.

Raimond, seigneur d'Uzès, fut présent à cet acte d'échange; il enrichit l'année suivante la chartreuse de Valbonne par ses libéralités, 8c confirma ce nouveau monastère dans la possession de tous les biens que les chevaliers, ses vassaux, lui avoient donnés. Decan, son fils, ratifia cette concession au mois de mars de l'an 1207, 8<. Bermond, seigneur d'Uzès, approuva, au mois de juillet de l'an 1212, la donation de Pv.aimond, son père. Se de Decan, son frère. Guillaume de Vénéjan, auparavant évêque d'U-^ès, reçut cette dernière confirmation, tant en son nom qu'en celui de tout l'ordre des cliartreux.

Nous inférons de ces divers monumens que Raimond, surnommé Rascas, seigneur^ d'Uzès, qui vivoit encore au mois de juin de l'an"* 1209, laissa deux fils, Decan Si. Bermond; que Decan lui succéda dans la seigneurie t fu °'^'^ï"', d'Uzès, Se que ce dernier étant mort sans enfans, Bermond, son frère, recueillit sa succession. Il paroît que Bermond avoit déjà succédé à son frère dès la fin de septembre de l'an 1211, car il est qualifié alors seigneur d'Ujès dans le testament^ de Pierre-Constans de Saint-Gilles, qui le nomma pour un de ses exécuteurs testamentaires. Il continua la postérité Se vendit, en 1222, dixhuit pièces de terre, avec Guiraude, sa femme^, à la chartreuse de Valbonne. Il se qualifie seigneur d'Ui^ès &■ d'Aymargues, dans une donation qu'il fit à ce monastère quatre ans après.

Nous avons une autre donation faite à cette chartreuse, en 1228, par Rainon, seigneur d'Uzès, fils de feu Rainon, Se par Guillaume de Martorel, son frère. Ils possédoient la moitié de la seigneurie d'Uzès '' Se étoient^ de la maison de Sabran, dont on voit divers actes dans les archives de la même

' Columbi, De episc. Vivanensihus.f. Ii5&se<j. n. 48. [Cf. Teulet, Layettes, t. i, p. Syi & suiv.

' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXXIII, c. 534 l'acte est du 28 septembre 1211.]

8^ suiv. — [Remarquons que dom Vaissete n'a pas " Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXXII, c. j32.

publié la pièce qu'il indique, mais des donations — Archives de l'abbaye de Valbonne. [L'acte est

faites à la chartreuse de Valbonne par des raem- du 22 décembre 1222, 8c on n'y parle que de huit

bres de la famille d'Uzès, dont la plus ancienne pièces de terre.]

est de juillet i2o5.] — Archives de la chartreuse ' Ces deux frères ne possédaient qu'un quart de

de Valbonne. la seigneurie d'Uzès. Voyez à ce sujet Charvet,

' Voyez tome IV, îiote LU, p. 228. La première maison d'Unes, p. 93. [A. M.]

< Innocent III, Epistolae, t. 2, p. 349. ' Voyez tome IV, Note LU, p. 228.

'Trésor des chartes du roi; Toulouse, sac 2,

chartreuse. Guillaume de Sabran vendit entre autres à ce monastère, en 1207, pour trois cents sols neufs ruimondins, un domaine dans la paroisse de Saint- Paul de Sélérac, S< promit de faire latifier cette vente par Guillelmette, sa femme. Il accorda, en I2i3, à ce même monastère & à tout l'ordre des chartreux, une exemption de péage & d'usage dans le bois de Sabranenc. « Al- (t modis, veuve de Rostaing de Sabran, connétable du comte de Toulouse, (' vendit en I2i5, à la maison de Valbonne, le domaine de Cadenet, du « consentement de Guillaume de Baux, par la grâce de Dieu prince « d'Orange, 5< tuteur de Rostaing Se de Guillaume de Sabran, fils du même (1 Rostaing. » Enfin divers autres seigneurs du voisinage firent beaucoup de bien à cette chartreuse dans le temps de sa fondation '. De ce nombre furent Géraud de Montaigu, Hélène, sa femme, Thibaud 8c Saurine, leurs enfans, Rnimond, Géraud &!. Pierre-Géraud de Montaigu, frères. Sec.

Ouant à Guillaume de Vénéjan, évêque d'Uzès, qui avoit succédé, vers l'an 1197, à Raimond, il se démit de cet évêché peu de temps après avoir fondé la chartreuse de Valbonne & se retira dans cette solitude pour y passer le reste de ses jours. Il vivoit encore en 1207. Ebrard, qui lui succéda dès l'an 1204 8c qui possédoit encore l'évêché d'Uzès au mois d'août de l'an 1207, eut pour successeur Raimond, auquel Rainon 8c Elzéar, seigneurs d'Uzès en partie (de la maison de Sabran), firent hommage, au mois d'août de l'an 1208, pour ce qu'ils possédoient dans le diocèse. Pvaimond Pelet fit hommage, la même année, à Raimond, évêque d'Uzès, pour le château de Resson, qu'il lui remit Se dont il lui fit donner les clefs, 8c, en témoignage de sa fidélité, il fit arborer sur ce château l'étendard de Saint-Théodorit où était un lion rouge.

LXXVl. — Le vicomte Raimond-Roger épouse Agnès de Montpellier; il engage une partie de son domaine à l'évêque de Béliers,

Toutes les précautions de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, pour assurer sa succession à ses fils du second lit, furent inutiles, Pierre, roi d'Aragon, qui connoissoit les prétentions de Marie, sa fille unique du premier lit. Se qui savoit que Bernard, comte de Comminges, son mari, ne cherclioit qu'une occasion de la répudier, songea à l'épouser peu de temps après la mort de Guillaume, afin d'unir par là à son domaine les grands biens de la maison de Montpellier. On prétend*, cependant, que le roi d'Aragon fut d'abord favorable aux enfans du second lit; qu'au mois de décembre de l'an i2o3 il maria Agnès, l'un de ces enfans, avec Raimond-Roger, vicomte de Béziers 8c de Carcassonne, Si qu'il lui assura deux mille cent sols melgoriens en dot ; mais tout ce que nous avons de certain là-dessus c'est que ce vicomte épousa^, en effet, la même année, Agnès de Montpellier; qu'elle

'Archives de l'abbaye de Valbonne. — Mjs. ^ Thulamu! de Montpellier, [^p. z'i ieVéi\ùon ie

d'AuBjys, n. 88. la Société archéologique de Montpellier. Le m?-

' O^Tie\, Séries praesulum Mctgaîonerisium,p, 2'j'\, riape eut lieu en octobre ]

An i2o3

An I20J

;o8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV, XX.

eut' vingt-cinc] mille sols melgoriens en dot, & que le vicomte, son mari, lui assigna les châteaux de Pézénas Si de Torves pour son douaire.

Raimond-Roger confirma, le g d'octobre de l'an i2o3^, les privilèges que Roger, son père, 6- Trencavel, son aïeul, avoient accordés à l'abbaye de Grandselve, en présence de Rainiond, évêque d'Agde, de Calvet, abbé de Saint-Aphrodise de Béziers, Sec. Il donna en fianc-alleu^, au mois de novembre suivant, à l'abbaye de Boulbonne Se à Bérenger Valard, son abbé, une maison située dans le faubourg de Saint-Vincent de Carcassonne, avec ordre à ses baillis de cette ville, chrétiens 6- Jui/s, d'en faire jouir paisiblement ce monastère. Il fit cette donation entre les mains 6- dans l'audience de Bérenger, i.'iii °p'.°i"'2. évêque de Carcassonne, S; en présence de Raimond-Roger, comte de Foix, de ses viguiers de Carcassonne, de Razès S<. de Béziers; de Raimond Lombard, bailli de l'honneur comtal de Carcassonne, Sec. Le comte de Foix, que le comte d'Urgel avoit fait prisonnier, le 26 de février de l'an i2o3, étoit donc alors sorti de prison; à moins que la bataille, dans laquelle on prétend qu'il fut pris, n'ait été donnée au mois de février de l'an i2o3, en commençant l'année à l'Incarnation. Le vicomte Raimond-Roger engagea "*, au mois de mai de l'an 1104, pour six mille sols melgoriens ou cent vingt marcs d'argent, à Guillaume, évêque de Béziers, Se à son chapitre : 1° L'albergue qu'il prétendoit sur eux, sur l'abbé de Saint-Aphrodise Se sur le village de Lignan. 2° La justice pour les crimes d'homicide, d'adultère Se de vol, qu'il avoit sur tous les ecclésiastiques du diocèse de Béziers, sur leurs familles Se sur les lieux de Lignan Se d'Aspiran. Il fit cet engagement, dans lequel il déclare qu'il étoit alors majeur de dix-huit ans, du conseil des barons de sa cour ô» des bourgeois de Bé-[iers. Il met, entre les premiers, les viguiers de Carcassonne Se de Béziers, Se Samuel, juif, haile de ses domaines. On assure^ qu'il déchargea en même temps l'évêque de Béziers de l'obligation où il étoit de lui fournir cinc[uaiite chevaliers durant la guerre'^. Enfin il donna, du conseil des grands de sa cour"^ , en 1206, à Pons de Bessan, la permission de fortifier le lieu de Buat, dans le diocèse de Béziers.

LXXVn. — Consuls de Toulouse. — Chartes de Raimond VI, comte

de cette ville.

Il paroît que Raimond VI, comte de Toulouse, passa la plus grande partie de Fan 1 2o3 aux environs du Rhône, Se qu'il étoit absent de Toulouse lorsque les consuls^ 6" le commun conseil de cette ville Se du faubourg dressèrent une ordonnance touchant le vol, le mercredi 12 de février de l'an 1202 (i2o3).

' Tome VIII, Chartes, n. XCIV, ce. 579 à 584. sur un acte de i2o3 (Voyez t. V, c. 1432, n. 91),

' Archives de l'abbaye de Grandselve. par lequel le vicomte permet aux chanoines de

' Archives de l'abbaye de Boulbonne, Saint-Nazaire de fortifier les églises de plusieurs

* Gallid Christlana, nov. éd. t. 6, Instr. c. 148 de leurs villages, à cause des ravages des gens de

& seq. guerre. [A. M. |

'' Andoque, Catalogue des évèijue! Je Béliers. ' Cartu'.aire du château de Foix.

' Cette assertion d'Ando^ue s'appuie sans doute " Catel, f/i:toire des comtes de Tolose, p. 228.

•' An 120J

On apprend par ce règlement que ce qu'on appeloit alors à Toulouse le chapitre (capitulum) étoit composé de la principale bourgeoisie, de laquelle les consuls, au nombre de vingt-cinq, étoient les cbefs, 8c c'est du nom de ce chapitre qu'on leur donna depuis celui de capitoulsf que cette assemblée ou chapitre composoit la cour du comte, qu'elle exerçoit la justice criminelle dans tout le diocèse 8t que le vicaire ou viguier du comte y présidoit en l'absence de ce prince'. Nous apprenons d'ailleurs que P^aimond VI étoit à Nimes, au mois de septembre de cette année, 8c qu'il y donna alors deux chartes : par la première ^ il confirma, le 1 1 de ce mois, en faveur de Bernard, abbé de Psalmodi, en présence de Rostaing de Sabran, son connétable, un diplôme que le roi Charles le Simple avoit accordé à ce monastère. Par la seconde^, il maintint Hugues de Laudumon, vestiaire de l'église de Nimes 8c prieur de Saint-Saturnin de Cauvisson, dans les privilèges dont lui 8c ses prédécesseurs avoient joui dans ce château. Ce prince confirma vers le même temps, à Montsavez'*, auprès d'Avignon, les privilèges que le comte, son père, avoit accordés autrefois aux frères du pont d'Avignon, en présence de Guillaume, évêque d'Uzès, de Rostaing de Sabran, son connétable, 8cc.

LXXVIII. — Indie, sœur naturelle de Raimond VI, comte de Toulouse^

épouse Guillabert de Lautrec.

Raimond étoit de retour à Toulouse au mois d'octobre suivant, 8c il y conclut^ alors, dans son palais nommé le château Narbonnois, le mariage d'Indie, sa sœur (naturelle), avec Guillabert, fils de Pierre-Ermengaud de Lautrec. Indie eut cent marcs d'argent fin pour sa dot, pour laquelle Pierre-Ermengaud, son beau-père, hypothéqua le château de Fiac, en Albigeois. Ce seigneur étoit sans doute de la maison des vicomtes de Lautrec; mais nous ne trouvons pas sa descendance. Guillabert, son fils, mourut quelque temps après sans laisser d'enfans d'Indie, qui se remaria, en 1206, avec le seigneur de risle-Jourdain. Il avoit un frère, nommé Hugues-Ermengaud, qui hérita de Pierre-Ermengaud, leur père, 8c qui épousa Castelane, fille d'Aymeri de Castelnau. Nous ne trouvons <* pas non plus la descendance de Frédol de Lautrec qui, avec Géraud de Pépieux {de Pipionibus), son fils, fit en 1200, à l'abbaye de Fontfroide, une donation qu'il promet de faire ratifier par Rixovendis, sa sœur. Le comte Raimond donna à Bessières sur le Tarn^,

' L'année luiTantc, en 120^, les consuls de Tou- 'Registre i3i des chartes du roi, n. 370.

louse. continuant leurs tentatives pour diminuer ^ Bouche. La chorographie ou description âe la

les charges qui pesaient sur le commerce de la Provence, t. 2, p. i63. — Acta sanctorum, avril,

ville, firent une enquête contradictoire sur les t. 2, p. 261.

taxes que l'on devait payer à Saint-Jory au pé.ige ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXVIII, ce. .^98,

du comte. Cette enquête se fit par voie de témoi- 499-

gnages. Elle est fort curieuse. Voir tome VIII, ' Archives de l'abbaye de Fontfroide.

c. J07 & suiv. [A. M.) ' Archives de l'abbaye de Candeil.

' Registre 160 des chartes du roi, n. 84. — Mabillon, AnnaUs, I. 3, append. n. ^2.

Page 1