‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 152 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

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noine de Gênes, nommé Thédise ou Théodose, qu'on loue aussi beaucoup pour sa science, sa bonté & sa fermeté. Cette nomination fut fort agréable au comte qui en témoigna publiquement sa joie, comptant que le nouveau légat auroit plus d'égard pour lui &i lui seroit plus favorable que les autres; mais ses espérances furent vaines. Ce nouveau légat étoit déjà nommé le lef de mars de l'an 1209, comme il paroît par une lettre que le' pape adressa alors à l'évêque de Riez, à l'abbé de Cîteaux & à maître Milon, légats du siéae apostolique, pour leur recommander les intérêts des habitans de Montpellier qui s'étoient conservés p^irs dans la foi & leur ordonner d'empêcher qu'ils ne fussent inquiétés, soit dans leurs personnes, soit dans leurs biens, par l'armée des croisés.

. XLVII. — Le comte de Toulouse rend ses bonnes grâces aux habitans de Nimes qui s'étoient révoltés.

Tandis que cette armée se préparoit à marcher, le comte de Toulouse faisoit tous ses efforts pour gagner la bienveillance de ses sujets. Il pardonna entre autres^ aux habitans de Nimes 8t du château des Arènes qui s'étoient révoltés; il manda leurs députés au château de Cayssargues, situé à cinq quarts de lieues de la ville, S<. là il leur promit par serment, le i5 de février de l'an 1208 (1209), de leur remettre les griefs suivans : 1° De s'être liés par serment, dans ses châteaux, contre la défense que Guiraud d'Ami, son connétable, & Estienne Aldemarii, son viguier de Nimes, leur en avoient faite. 2° D'avoir fait mourir ce dernier, ravagé ses domaines, détruit & pillé sa maison. 3° D'avoir aussi détruit & pillé le palais comtal situé au-dessous de Mimes^, 81 un moulin qui en dépendoit aux portes de la ville Si d'en avoir enlevé les matériaux. 4° De lui avoir refusé Si à ses gens l'entrée de la ville 81 du château, 81 d'y avoir introduit ses ennemis. 5° De s'être immiscés, contre ses droits, dans l'exercice de la justice criminelle. Le comte, après avoir accordé le pardon aux habitans de Nimes, confirma leur consulat, tel qu'il avoit été réglé entre eux Si ceux du château des Arènes. 11 confirma aussi leurs statuts Si leurs coutumes de la manière que le comte, son père, Éd. origin. lui-même, Si les vicomtes de cette ville les avoient accordés. Enfin, il déclara

ï. 111, p. ibi. ' ^ . '

que quand quelquun auroit commencé de plaider devant les consuls de Nimes, il ne pourroit plus décliner leur juridiction pour s'adresser à sa cour, jusqu'à ce que le procès fût fini. Le lendemain, le comte s'étant rendu au palais qu'il avoit au château des Arènes, confirma tous ces articles en présence des consuls, des chevaliers Si des principaux habitans; 81 deux chevaliers jurèrent en son nom qu'il les observeroit fidèlement"*. Le comte partit

■ Innocent. III I. 12, Ep'ist. 178. — [Potthast, ^ Cette révolte de Nimes est fixée, parMénard

n. .'!683.J (t. i,.p. 253), à l'an 1207; en effet, cet auteur a

' Tome VIII, Chartes, n. XC, ce. 567, 569. publié [ibid. pr. p. 42 & suiv.) un accord pour le

^ Corrigez, dam la. ville, au quartier du Prat. consulat entre les habitants de la rille & les che-

[A. M.] vnliers des Arènes, qui se rapporte certainement si

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ensuite pour ie Caviar, clans le diocèse de Nimes, où il confirma', deux jours après, les privilèges des habitans du comté de Melgueil^ Il vint quelque temps après dans le Toulousain, & il étoit à Toulouse^ le 4 de mai.

Xl>V(I[. — Arrivée de MiLon en France. — // assemble un concile à Montélimar & ctte à Valence le comte de Toulouse qui se soumet à ses ordres 6" Lui remet sept de ses places fortes.

l,fe pape, dans les instructions'' qu'il donna à Milon, son légat, lui enjoignit d'agir en toutes choses surtout dans l'affaire du comte de Toulouse, par le conseil de l'abbé de Cîteaux, qui, lui déclara-t-il en termes exprès, /<?/•« tout, if vous ne sere-:^ que son organe, parce que Le comte de Toulouse le tient pour uispect i,- qu'il n'a aucune défiance de vous, Milon, étant enfin parti (le Rome, arriva en France avec Thédise, son associé. Il se rendit aussitôt à Aiixeirc, où Arnaud, abbe de Cîteaux, l'attendoit, & où ils concertèrent ensemble les affaires de la légation. Milon le consulta sur divers articles, 5<. Arnaud lui donna ses ordres par écrit sur chacun. Cet abbé lui marqua entre autres d'assembler un concile S< d'y appeler les évêques qu'il jugeroit a propos, avant que de procéder contre le comte de Toulouse, afin de prendre leur avis dans cette affaire. Il lui indiqua quelques-uns de ces prélats en qui il devoit prendre une confiance plus particulière. L'abbé de Cîteaux S< Milon allèrent ensuite trouver le roi à Villeneuve, dans le diocèse de Sens, où ce prince tenoit alors une assemblée ou parlement avec le duc de Bourgogne, les comtes de Nevers & de Saint-Paul Se les autres graiuls du royaume-''. Ils lui remirent les lettres que le pape lui écrivoit pour ie supplier d'envoyer au moins son fils dans la province de Narbonne y prendre la défense de l'Églisc; contre les hérétiques de ce pays, s'il ne pouvoit s'y rendre en personne. Le roi répondit qu'il ne lui étoit pas possible d'entreprendre cette expédition, ni par lui-même, ni par son fils, à cause de deux puissans ennemis, l'empereur Othon Se le roi d'Angleterre, qu'il avoit actuellement sur les brasj que tout

ctHe aflairej l'acte eit élu 16 août U07. Ceit (■ • Voytz Preuves, p. 496. [SiC dans l'aneitnre

règlement Sfr l'électron de« consuls rédigé à cette édition; ce renvo est faux ; il nous a été impui-

époqiie par les habitants, que le comte de Toulouse tible de retrouver dans lei Preavei du toint \'III

fut obligé, deux ans plus tard, d'approuver. On It texte auquel fait allusion dom Vaiiltle.) peut en voir l'analyse dam Ménard, l.l.i tout ce * Pierre de Vaux-Cernay, c. 10.

que nous en dirons, c'est qu'il excluait à peu près ' L'assernon de Pierre de \'3UX-Cernay est <cr-

complétement le comte 81 ses agents de l'adminii- firmée par un acte de Philippe-Auguste, qui prouve

tration de la ville. [A. M.] que le roi était m Vi)|encuve-le-Roi, prés Sent, le

' Mil. i'Aubayt, n. 81. 1" mai lioç; cet acte est un ciablisicmcnt reUiit

' Avant de quitter Nimes, le comte Raimond au paitage des fiefs, fait par le roi, par Eudes, due

avait vendu, pour la somme de trois cents sout de Bourgogne, Hervé, comte de Nevers, Renaud,

Raimondins. le village de Saint-Paul, près Beau- comte de Bourgogne, Gaucher, comte de Saini

cairc, > l'abbaye de la Font. Il s'y réserva la Pol , & plusieurs autres. Cf- Delisle, Acte, ,/«

haute iusiice & la chevauchée. Cf. Ménard, t. 1, Philippe- Aucune, n. Ii36, p i63. [A. M.] p. i63 & suiv.; au même endroit, on trouvera d'intéressants détail» sur l'état âorissantde l'abbaye de In Font à celte époque. (A. M.J

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"TTT^^ — -1^ HISTOIRE GÉNÉRAi^E DE LANGUEDOC. LIV. XXI.

ce qu'il pouvoit faire, étoit de permettre à ses barons de prendre part à cette entreprise, & que c'étoit encore beaucoup dans les circonstances où i! se trouvoit'. Un historien du temps^ assure cependant que ce prince fournit quinze mille hommes de ses propres troupes pour l'armée des croisés.

Les deux légats, après 3 avoir pris congé du roi, se séparèrent. L'abbé de Cîteaux demeura en France pour y rassembler l'armée, & Milon, suivi de Thédise, se rendit à Montélimar sur le Pv.hône, où il convoqua un grand nombre d'évêques pour délibérer avec eux sur l'expédition prochaine & la manière dont on agiroit à l'égard du comte de Toulouse. Milon exigea que tous ces prélats lui donnassent leur avis par écrit sur les articles que l'abbé de Cîteaux lui avoit remis. Tous ces avis se trouvèrent uniformes, suivant un historien du temps ; à quoi l'abbé de Cîteaux ne contribua pas peu sans doute, car on a déjà vu qu'il nomma à Milon les évêques dont il devoit prendre conseil dans cette affaire. Suivant le résultat de cette assemblée, Milon cita le comte de Toulouse à Valence 8<. lui fixa un jour pour comparoître devant lui. Ce prince obéit sans aucune difficulté, 8<, s'étant rendu dans cette ville, à la mi-juin de l'an 1209, il promit d'exécuter fidèlement tous les ordres du légat, lequel lui ordonna de remettre sept de ses châteaux à l'Eglise romaine pour la sûreté de ses promesses; il exigea de plus que les consuls d'Avignon, de Nimes Se de Saint-Gilles lui fissent serment que, s'il venoit à les enfreindre ou à désobéir à ses ordres, ils se regarderoient comme déliés du serment de fidélité qu'ils lui avoient prêté & que son comté de Melgueil seroit alors confisqué au profit de l'Eglise romaine.

Le comte se soumit à tout & prêta serment"*, entre les mains de Milon, de la manière suivante : « L'an de l'Incarnation mil deux cent neuf, au mois « de juin, je, Raimond, par la grâce de Dieu, duc de Narbonne, comte de <( Toulouse, marquis de Provence, me remets moi-même avec sept châteaux, t'ni°r^iû'-> " savoir : Oppède, Montferrand, Baumes, Mornas, Roquemaure, Fourques « Si Fanjaux à la miséricorde de Dieu Se au pouvoir absolu de l'Église « romaine, du pape 6c de vous, seigneur Milon, légat du siège apostolique, « pour servir de caution au sujet des articles pour lesquels je suis excom- « munie. Je confesse dès à présent tenir ces châteaux au nom de l'Église « romaine; promettant de les remettre incessamment à qui vous voudrez Se « quand vous jugerez à propos; d'obliger comme vous l'ordonnerez leurs « gouverneurs Se leurs habitans à jurer de les garder exactement, tout le « temps qu'ils seront au pouvoir de l'Église romaine, nonobstant la fidélité « qu'ils me doivent, 8c enfin de les faire garder à mes dépens. » Milon envoya bientôt après Thédise pour prendre possession de ces châteaux. Ceux d'Oppède, de Mornas Se de Baumes sont situés au delà du Rhône, dans l'ancien marquisat de Provence. Les quatre autres sont en deçà de ce fleuve, savoir : ceux de Roquemaure Se de Fourques sur le Rhône, le pre-

' Voyez plus haut, p. 205. On voit que Pierre ' Pierre de Vaux-Cernay, c. i i.

de Vaux-Cernay a été bien renseigné. [A. M.] ^ Innocent. III Ephtolae, t. 2, p. 3^6.

' Guillaume le Breton, Philippeis, 1, 8, p. 192.

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mier au diocèse d'Uzès & l'autre dans celui d'Arles, le château de Montferrand est dans le diocèse de Montpellier, 8c enfin celui de Fanjaux est le même que celui de Largentière, en Vivarais.

XLIX. — Concile de Saint-Gilles. — Le comte de Toulouse y reçoit l'absolution après avoir fait serment, avec ses barons, d'observer tout ce que le légat leur prescriroît.

Le légat, après avoir reçu ce serment, alla à Saint-Gilles pour y donner l'absolution au comte St le réconcilier à l'Église. Voici les circonstances que les historiens 8c les monumens du temps' nous ont transmises de cette fameuse cérémonie. Milon, accompagné des archevêques d'Arles, d'Aix & d'Auch, & des évêquesde Marseille, Avignon, Cavaillon, Carpentras, Vaison, Trois-Châteaux, Nimes, Agde, Maguelonne, Lodève, Toulouse, Béziers. Fréjus, Nice, Apt, SiSteron, Orange, Viviers 81 Uzès, se rendit dans le vestibule de l'église de l'abbaye, où on avoit dressé un autel sur lequel on avoit exposé le saint sacrement 8t les reliques des saints. On conduisit en cet endroit le comte Raimond, qui étoit nu jusqu'à la ceinture & qui fit d'abord le serment suivant devant toute l'assemblée : « L'an douze du pontificat du « seigneur pape Innocent III, le 18 de juin, je, Raimond, duc de Narbonne, « jure sur les saints évangiles, en présence des saintes reliques, de l'eucha- « ristie 8c du bois de la vraie croix, que j'obéirai à tous les ordres du pape « 8c aux vôtres, maître Milon, notaire du seigneur pape 8c légat du Saint- « Siège apostolique, 8c de tout autre légat du Saint-Siège, touchant tous 8c « chacun des articles pour lesquels j'ai été ou je suis excommunié, soit par « le pape, soit par son légat, soit par les autres, soit enfin de droit; en sorte « que j'exécuterai de bonne foi tout ce qui me sera ordonné, tant par lui- « même que par ses lettres 8c par ses légats, au sujet desdits articles, mais « principalement sur les suivans : i' Sur ce que les autres ayant fait serment M d'observer la paix, on dit que j'ai refusé de la signer. 2° F,n ce qu'on dit (I que je n'ai pas gardé les sermens que j'ai faits pour l'expulsion des hércn tiques 8c de leurs fauteurs. 3° Sur ce qu'on dit que j'ai toujours favorisé « les hérétiques. 4° Sur ce qu'on me regarde comme suspect dans la foi. « 5° Sur ce que j'ai entretenu les routiers ou les mainades. 6° Sur ce qu'on « dit que j'ai violé les jours de carême, des fêtes 8c des quatre-temps, qui « dévoient être des jours de sûreté. 7" Sur ce qu'on dit que je n'ai pas voulu « rendre justice k mes ennemis lorsqu'ils m'offroient la paix. 8° Pour avoir « confié à des juifs les offices publics. 9° En ce que je retiens les domaines (' du monastère de Saint-Guillem 8c îles autres églises. 10° En ce que j'ai « fortifié les églises 8c que je m'en sers comme de forteresses. 1 1" Sur ce que « je fais lever des péages 8c des guidages indus. 12° Pour avoir chassé

' Pierre de Vaiix-Cernay, c. 12. — Acta apud f/istoirc ,lcs comtes de Tolosc , p. 24^ & suiv. — < Innocent. III Epist. z, 3^8 & luiy. — Catel, Marténe, T/icsaurus^ i. 1, c.SiJ.

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« l'évêque de Carpentras de son siège. i3°Surce qu'on me soupçonne d'avoir « trempé dans le meurtre de Pierre de Castelnau de sainte mémoire, princi- « paiement parce que j'ai mis le meurtrier dans mes bonnes grâces. 14° Sur « ce que j'ai fait arrêter prisonniers l'évêque de Vaison 8c ses clercs, que j'ai « détruit son palais avec la maisoa des chanoines, 8c que j'ai envahi le châ- « teau de Vaison. i5° Enfin sur ce qu'on dit que j'ai vexé les personnes reli- « gieuses & que j'ai commis divers brigandages. J'ai fait serment sur tous ces « articles 81 sur tous les autres qu'on pourroit m'objecter, 8<. je l'ai fait faire « à tous ceux que j'ai donnés pour cautions touchant les châteaux de Four- « ques, Oppède, Montferrand, 8ic. Si j'enfreins ces articles Se les autres t.^iu,°p?l63. « qu'on pourra me prescrire, je consens que ces sept châteaux soient confis- « qués au profit de l'Église romaine, 8c qu'elle rentre dans le droit que j'ai « sur le comté de Melgueil. Je veux 8c j'accorde de plus qu'en ce cas je sois <( excommunié; qu'on jette l'interdit sur tous mes domaines; que ceux qui « feront serment avec moi, soit consuls ou autres 8c leurs successeurs, soient « dès lors absous de la fidélité, du devoir 8c du service qu'ils me doivent; 8c « qu'ils soient tenus de prêter serment de fidélité 8c de la garder à 1 Eglise « romaine pour les fiefs 8c les droits que j'ai dans leurs villes &c leurs châ- « teaux. Enfin je m'engage par le même serment à entretenir la sûreté des « chemins. «

Le légat commanda ensuite à Raimond, en vertu du serment qu'il venoit de faire 8c sous la peine qui y étoit comprise : 1° De rétablir l'évêque de Carpentras dans tous les droits qu'il avoit au dedans 8c au dehors de cette ville 8c de le dédommager de toutes les pertes qu'il lui avoit causées; de fournir pour cela des cautions suffisantes ; de renoncer absolument au serment que les habitans de Carpentras lui avoient prêté depuis trois ans, 8c de remettre à lui, légat, la forteresse qu'il avoit fait construire dans cette ville. 2° De restituer à l'évêque, au prévôt Se aux chanoines de Vaison les châteaux 8c les autres domaines qu'il leur détenoit; de donner caution qu'il les indemniseroit, soit pour les dommages qu'il leur avoit causés, soit pour leurs édifices qu'il avoit détruits. Se de remettre le château de Vaison à lui, légat, ou à celui qu'il commettroit pour cela. 3° De chasser entièrement de ses domaines les Aragonois, routiers, Costereaux, Brabançons, Basques, mainades 8c autres brigands, sous quelque nom qu'ils fussent connus; de ne pas les employer ailleurs Se de ne jamais se servir d'eux. 4° De ne donner aux juifs aucune administration publique ou particulière dans ses Etats. 5° De veiller à la sûreté des chemins publics. 6° Enfin d'exécuter fidèlement tous les autres ordres que le pape ou ses légats pourroient lui donner dans la suite.

Seize barons, vassaux du comte de Toulouse, savoir : Guillaume de Baux, prince d'Orange, Se Hugues, son frère, Raimond de Baux, leur neveu, Dragonet (de Bocoyran), Guillaume d'Arnaud, Raimond d'Agoût, Ricard de Carniumpo (Al. de Chamuno ou Carupno) , Bertrand de Laudun 8c Guillaume, son frère, Bernard d'Anduze 8c Pierre Bermond, son fils, Rostaing de Posquières, Raimond, seigneur d'Uzès, Se son fils Decan, Raimond-Gaucelin,

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seigneur de Lunel, & Pons-Gaucelin de Lunel firent ensuite serment entre les mains du légat, suivant le commandement qu'il leur en avoit fait, d'obéir fidèlement à tous ses ordres ou de tout autre légat, & à ceux de l'Eglise. Ils s'engagèrent : 1° De renoncer aux mainade's, c'est-à-dire à l'association avec les brigands. 2° De ne plus confier à des juifs l'administration de leurs domaines. 3° De ne plus exiger ni péages, ni guidages. 4° D'observer la paix & la trêve (de Dieu), suivant l'ordre, du légat du pape. 5° De conserver la liberté des églises. 6° De démolir les fortifications qu'ils avoient faites en quelques églises, de n'en fortifier jamais aucune, Se de restituer les dommages qu'ils leur avoient causés, de même qu'aux ecclésiastiques & aux laïques. 7° De faire justice à tous ceux qui formeroient des plaintes contre eux. 8" D'accomplir exactement tous ces articles 81 les autres qu'on pourroit exiger d'eux 8< de donner des cautions suffisantes. 9° D'entretenir la sûreté des chemins publics. 10° Enfin de punir sévèrement tous les hérétiques, leurs fauteurs 8t leurs receleurs qui leur seroient dénoncés par les évêques. Le légat récapitula tous ces articles, en expliqua quelques-uns d'une manière plus étendue, ordonna aux barons de les observer fidèlement en vertu de leur serment, & leur défendit de se mêler en aucune façon de l'élection des évêques & des autres prélats, 8t de s'immiscer dans le gouvernement des églises, le siège vacant. Ensuite le légat fit mettre ' une étole au col du comte de Toulouse; &. en ayant pris les deux bouts, il l'introduisit dans l'église en le fouettant avec une poignée de verges. Après cette humiliante cérémonie, il lui donna l'absolution; mais la foule étoit si grande que ce prince ne put s'en retourner par le même cllcmiil par lequel il étoit venu & qu'il fut obligé de passer par un des bas côtés de l'église où on avoit transféré le tombeau du bienheureux Pierre de Castelnau; en sorte que plusieurs crurent qu'il lui faisoit amende honorable de sa mort.

L. — Le légat impose de nouvelles lois au comte de Toulouse. — Il reçoit le serment des villes d'Avignon, de Nîmes 6* de Saint-Gilles (S- divers châteaux en gage de la part des barons.

Le lendemain, 19 de juin, le légat^ Milon imposa de nouvelles lois 8< (."in^i^'fi'f renouvela ses ordres au comte de Toulouse. Il enjoignit à ce prince : 1° De garder tous les hérétiques S< ceux qui les favorisoient publiquement pour les livrer avec tous leurs domaines à la merci des croisés, 2° De ne plus protéger à l'avenir les sectaires. 3° De ne jamais violer, ni permettre qu'on violât les jours de dimanche, de carême St les autres exprimés dans le concile de Latran. 4" De rendre justice, quand il seroit requis, aux églises, aux maisons religieuses 81 aux pauvres, £< de la faire administrer par ses officiers à ceux qui s'adresseroient à eux. 5° De détruire, au jugement des évêques dio-

' Pierre de Vaux-Cern.ny, c. il. suiv. — Catel, Histoire Jcs comtes de Talose ,

' Acta npiid Innocent. III Epist. î, p. ^/^1 & p. 2^5 & suiv.

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césains, les fortihcations qu'il avoit faites aux églises Se de les rendre à ceux à qui elles appartenoient. 6° De maintenir les églises 8t les maisons religieuses dans une entière libertéj de n'imposer sur elles ni albergues, ni procurations ou aucune sorte de droit; de ne pas s'emparer de la dépouille des évêques & des autres prélats après leur mort; de ne pas s'immiscer dans l'administration de leurs églises ou dans l'élection de leurs successeurs, de laisser une liberté entière aux électeurs, Sec. 7° De ne lever d'autres péages ou guidages, soit par eau, soit par terre, que ceux qui étoient établis par l'autorité des rois Se des empereurs. 8° De supprimer tous les greniers à sel qu'il avoit établis, de n'en pas établir de nouveaux & de permettre le passage libre à tous les voyageurs par eau & par terre. 9° D'observer la paix Si la trêve. 10° De s'en rapporter à la décision du légat ou de ses délégués touchant les plaintes qu'on formeroit contre lui. 11° De veiller à la sûreté des chemins St de n'obliger personne à se détourner des'anciennes routes. 12° De tenir pour hérétiques S<. pour leurs fauteurs S<. receleurs tous ceux qui lui seroicnt dénoncés ou à ses baillis, comme tels, par les évêques diocésains ou les autres supérieurs ecclésiastiques. i3° De jurer d'observer la paix qui avoit été établie par ses légats ou qu'ils établiroient dans la suite, 8c de faire prêter un pareil serment à tous ses vassaux. 14° De ne rien attenter ni directement, ni indirectement, contre les sept châteaux qu'il avoit donnés en garde à l'Eglise romaine pour la sûreté de ses promesses. i5° Enfin d'observer tous ces articles Se ceux que le pape ou son légat pourroient lui prescrire de nouveau dans la suite.

Le même jour les consuls d'Avignon Se de Nimes firent serment entre les. mains du légat, du consentement du comte, d'agir de tout leur pouvoir pour engager ce prince à observer fidèlement tous les articles pour lesquels il avoit été excommunié, Se à obéir à tous les ordres de l'Église, avec promesse, en cas qu'il vînt à y contrevenir, de ne plus lui donner aucun secours, de ne plus le regarder comme leur seigneur. Sec; mais de prêter alors serment de fidélité à l'Eglise romaine Se de lui obéir, en attendant qu'il eût pleinement exécuté ces mêmes articles; de veiller à la sûreté des chemins publics; d'observer tout ce qui avoit été ordonné au comte; de faire prêter tous les ans un pareil serment à leurs successeurs, entre les mains de leur évêque ; Se enfin de regarder comme hérétique manifeste quiconque refuseroit de faire ce serment. Les consuls de Saint-Gilles avoient prêté le jour précédent un semblable serment, tant pour eux que pour le consulat de la ville 8c de l'église de Saint-Gilles, composé des villages de Seure, de Stagel, Sainte- Colombe Se Speiran Se du territoire de Carmarignan.

Le comte de Toulouse déclara ensuite solennellement, à la demande du légat, en présence des trois archevêques Se des dix-neuf évêques qui avoient été présens à son absolution, qu'il accordoit une entière liberté Se exemption à toutes les églises Se maisons religieuses des provinces de Vienne, Arles, Narbonne, Auch, Bordeaux 8c Bourges, dans lesquelles ses domaines s'ctendoient, avec promesse de n'exiger de ces églises Se monastères aucune

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albergue, procuration ou autre exaction; de ne s'emparer de la dépouille des évêques & des autres supérieurs ecclésiastiques après leur mort ; & d'observer, comme un prince catholique, les autres articles touchant la liberté ecclésiastique que le légat jugeroit à propos de lui imposer. Guillaume de Baux, prince d'Orange, fit alors une semblable déclaration pour toute l'étendue de ses domaines'.

Le 20 de juin, les divers prélats auxquels Milon avoit donné la garde des septs châteaux que le comte de Toulouse avoit livrés à l'Église romaine, firent t.'iu,°p'.''"65. serment entre ses mains de les faire garder fidèlement, de ne les rendre à ce prince que par un ordre exprès ou par une bulle du pape ou de ses légats; d'employer leurs revenus pour les frais de la guerre, Sec. Ceux qui firent ce serment furent Michel, archevêque d'Arles, pour les châteaux de Mornas 8< de Fourques, l'évêque de Viviers pour le château de Fanjaux, l'abbé de Montmajour pour celui d'Oppède, l'évêque & le prévôt d'Avignon pour ceux de Roquemaure & de Baumes, 8t enfin l'évêque de Maguelonne pour le château de Montferrand. Guillaume de Baux, prince d'Orange, Hugues, son frère, Raimond de Baux, leur neveu, Pierre Bermond de Sauve, Raimond Pelet, seigneur d'AIais, Raimond Rascas, seigneur d'Uzès, Rostaing de Posquières & Raimond-Gaucelin, seigneur de Lunel, remirent en même temps entre les mains du légat, pour gage de leur promesse, savoir : les trois premiers, tant en leur nom que pour les seigneurs qui demeuroient au delà du Rhône, pour les fils de Rostaing de Sabran, pour Bertrand de Laudun & pour Guillaume, son frère, les châteaux deVitrole, de Montmirat Se du Clarensans; 8c les derniers les châteaux de Grefeuille, de Roquefourquade & de Sade, avec promesse d'obéir fidèlement aux ordres du légat touchant les péages, les guidages, les juifs, les maînades, les églises fortifiées, la liberté ecclésiastique. Sic, 8t de rendre justice dans les affaires du comte de Toulouse. Le lendemain le légat donna à Guillaume Porcelet les mêmes ordres qu'il avoit donnés aux autres barons. Raimond-Gaucelin, l'un d'entre eux, s'étoit réconcilié quelque temps auparavant avec ce comte qui, étant à Saint- Gilles, lui avoit^ pardonné & lui avoit dit, en lui rendant son amitié : « Parce « que vous revenez à moi, & que vous voulez être de mes amis, comme vous « le devez, je vous rends la connétablie de Melgueil 8t je l'augmente en « vous donnant tout ce que j'ai depuis Massillargues dont vous me ferez hom- « mage. »

' Dans le même concile Us légats terminèrent août 1 109, par Jeux lettres, datées de Montpellier,

les querelles qui divisaient le comte de Toulouse 3c il abandonna à l'abbé toutes ses possessions dans

l'abbé de Saint-Gilles. — Le 10 juillet 1209, l'abbé la rille, & exhorta les consuls à être fidèles au

prétendit que le comte tenait en fief de l'abbaye monastère (Voir ut supra, n"' 84, 85, ce. 1720

tout ce qu'il possédait dans la ville (Voir tome V, & 1721). Cet accord fut confirmé par le pape Iii-

n. 83, c. 1727)) le comte nia le fait & prétendit nocent III , le 14 mai 1216 , après le concile de

y avoir plein droit de propriété. — Mais il fut Latran {ut supra, n. 90, c. 1722). [A. M.| obligé de renoncer à set prétentions, & le 23 ' Gaùtï, Séries praesulum Magalonensium,f.3\i,

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282 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXlo

LI. — Raimond, comte de Toulouse, prend la croix contre les albigeois.

Le 22 de juin, le légat' fit, promettre par serment, au comte de Toulouse Se à tous les barons qui étoient à Saint-Gilles, d'observer la paix entre eux de la manière qu'elle avoit été réglée ou rétablie par les légats de l'Eglise romaine, avec ordre de faire prêter un semblable serment par tous leurs vassaux. 11 leur ordonna, supposé qu'il s'élevât parmi eux dans la suite quelque sujet de dispute, de s'en rapporter à la décision d'Hugues, évêque de Riez, légat du Saint-Siège, de l'archevêque d'Arles, de l'évêque d'Uzès, du prévôt de la cathédrale d'Avignon & des autres qui leur seroient désignés par l'Eglise romaine; il les leur donna pour juges de leurs différends, sans préjudice des ordres du Saint-Siège apostolique. Le comte de Toulouse, pour donner des preuves de sa bonne foi, demanda ensuite la croix à Milon Se offrit de servir contre les hérétiques de la Province. Le légat lui ayant accordé sa demande, le comte fit un nouveau serment conçu en ces termes. « Au nom de Dieu, « l'an douze du pontificat d« pape Innocent 111, le 22 de juin, je, Rai- « mond , par la grâce de Dieu duc de Narbonne, comte de Toulouse & t( marquis de Provence, jure sur les saints évangiles que lorsque les princes (I croisés arriveront dans mes États, je leur obéirai entièrement, tant pour « ce qui regarde leur propre sûieté que dans toutes les autres choses qu'ils (( jugeront à propos de me commander pour leur utilité, & pour celle de « toute l'armée. » Raimond s'engagea par là à prendre les armes contre ses propres sujets 8*. à aider les croisés à les détruire. Mais, si nous en croyons un auteur du temps ^ peu ami de ce prince, il ne prit ces engagemens que par la crainte des croisés, & il n'y eut que deux de ses chevaliers qui prirent la croix avec lui.

LII. — Statuts du concile de Saint-Gilles. — Le pape écrit an comte de Toulouse sur son absolution 6* impose le dixième en France pour les /rais de la croisade,

Milon, averti de l'approche de l'armée, se disposa à aller à sa rencontre. Avant^ son départ de Saint-Gilles, il écrivit une lettre circulaire à tous les archevêques Si évêques, pour leur ordonner, en vertu d'obéissance, de faire publier dans leurs diocèses les statuts qui venoient d'être dressés dans cette ville 8c de les faire observer inviolablement, sous peine d'excommunication 81 d'interdit. Il leur donna de plus les ordres suivans : « Vous relâcherez,

' Jeta ap. Inrtocent. lll Ep'tst. at supri, — ckevaliers; c'était sans doute afin d'empêcher tes

Catel, Histoire des comtes Je Tolose,-p. 24.5&siiiv. vassaux du comte de se prévaloir des privilèges

' Pierre de Vaux-Cernay, c. |3. — Cet auteur accordés par le pape aux croisés. Tel était du

ne dit pas expressément qu'il n'y ait eu que deux moins le biltde Raimond VI en prenant la croix,

des chevaliers de Raimond VI à prendre la croix, si l'on en croit Pierre de Vaux-Cernay. [A. M.] mais que le légat ne la donna qu'à deux de ses ' Acta ap. Innocent. III Epist. z, p. 3ôo.

An 1209

leur dit-il, la sentence d'interdit suivant la forme qui suit & qui vous a été donnée ces jours passés dans la conférence de Saint-Gilles : Les absens qui sont nommément excommuniés ou interdits, si ce sont des personnes d'une grande considération, se présenteront pour recevoir l'absolution à un t.'iii°p!%. des légats, avec des lettres de leur évêque diocésain, qui contiendront la vérité du fait. Quant aux chevaliers moins qualifiés t- au peuple, il suffira que l'évèque diocésain ou quelqu'un de sa part se transporte sur les lieux soumis à l'interdit, t- là, après avoir reçu le serment de tous les habitans d'obéir aux ordres de l'Eglise, il fera exhumer les corps de ceux qui ont été enterrés durant l'interdit (y les fi r a inhumer de nouveau avec les cérémonies accoutumées, après les avoir absous de l'interdit^ à moins que ceux qui seront exhumés ne Jiissent nommément excommuniés , car ceux-ci doivent être privés pour toujours de la sépulture ecclésiastique. Il fera ensuite jurer d'observer la paix 6* les statuts qui la regardent. Tout ce n qu'on vient de rapporter doit être observé dans les lieux où il n'y pas d'hélétiques manifestes. »

Le pape Innocent III ne fut pas plutôt informé de ce qui s'étoit passé à Saint-Gilles qu'il écrivit', le 26 de juillet suivant, au comte de Toulouse : Nous nous réjouissons dans le Seigneur 8c dans la force de sa grâce de ce que, malgré tout ce qu'on avoit publié, & qui paroissoit nuire extrêmement à votre réputation, vous vous êtes enfin soumis entièrement à nos ordres pour la ritablir. Si de ce que vous avez donné toutes les cautions que notre cher fils Milon, notre notaire, légat du Saint-Siège apostolique, vous a demandées. Ainsi, au lieu d'un sujet de scandale que vous étiez auparavant, vous êtes devenu un modèle à suivre, de sorte que la main du Seigneur paroît avoir merveilleusement opéré en vous. Comme nous sommes trèspersuadés que cette démarche vous sera aussi profitable pour le temporel que pour le spirituel, nous vous exhortons à vous comporter dans la suite de telle manière parmi les fidèles que vous fassiez de nouveaux progrès dans la foi catholique; vous qui jusqu'ici vous perdiez en faisant la guerre parmi des perfides. Montrez-vous tel en toutes choses, que nous, qui souhaitons votre avancement Se votre honneur, soyons obligés de vous accorder notre protection : croyez que nous n'avons pas intention de vous imposer un joug injuste 81 onéreux. »

Innocent écrivit* en même temps : 1° A tous les prélats du royaume^ pour leur enjoindre, sous peine de censure, de contribuer d'une partie de leur revenu aux frais Se à la dépense de l'armement, suivant l'état qui en seroit dressé par l'évèque de Riez, l'abbé de Cîteaux 81 maître Milon, ses légats; il marque dans cette lettre qu'il contribueroit lui-même à l'expédition d'une somme considérable. 2° A tous les fidèles établis dans les terres des nobles qui s'étoicnt croises contre les hérétiques provençaux pour leur ordonner la

■ Innocent. III 1. 11, Epist. 90. — [Cette lettre ' Innocent. III I. 12, Eplst. 86 & seq.

est du 27 juillet i 209; Potthast, n. 3784.] ' [Pottliast, n. 3787J cette lettre estdu 28 juillet.]

An 12

Éd. origin.

t. 111, p. iii;

même chose'. 3° Aux trois légats^; il leur marque que, sur la demande qu'ils lui avoient souvent faite d'obliger, par censures, les clercs 8? les laïques des domaines des nobles qui s'étoient croisés, à payer le dixième d'une année de leur revenu pour une si grande entreprise il avoit fait expédier ses lettres; mais, qu'après avoir examiné le tout avec les cardinaux, il avoit trouvé ce moyen trop dur; que, cependant, il s'étoit rendu à leurs instances 81 qu'il leur commettoit son autorité pour engager parleurs exhortations les clercs &i les laïques à payer, non pas précisément le dixième du revenu d'une année, mais ce qu'ils jugeroient à propos; sans cependant y contraindre personne, s'ils ne pouvoient les gagner par leurs persuasions; excepté les ecclésiastiques séculiers St réguliers, qu'ils pouvoient forcer d'obéir par les censures ecclésiastiques, supposé qu'ils crussent que l'expédition ne réussît pas autrement, & qu'il n'en dût pas arriver un grand scandale ; qu'au reste, quant aux laïques, ils ne dévoient pas les y contraindre sans le consentement de leurs seigneurs. 4° Enfin le pape écrivit à Milon en particulier pour lui témoigner la satisfaction qu'il avoit des progrès de sa légation & l'exhorter à continuer.

LUI. — Milon va au devant de l'armée des croisés assemblée à Lyon,

Ce légat, suivi ^ de Thédise, son associé. Se de la plupart des évêques qui s'étoient trouvés à Saint-Gilles, alla à Lyon au devant de l'armée des croisés, qui s'y étoit rassemblée de toutes les parties du royaume vers la Saint-Jean- Baptiste de l'an 1209. Elle étoit l'une des plus nombreuses qu'on eût encore vu en France & même en Europe. Les auteurs ne conviennent pas cependant du nombre des troupes qui la composoient. Quelques modernes la font monter à cinq cent mille hommes & d'autres à trois cent mille; les anciens historiens n'en marquent pas le nombre Si Pierre de Vaux- Cernay'*, contemporain Se témoin oculaire, dit qu'il n'y avoit que cinquante mille combattans quand elle fut arrivée à Çarcassonne^. On y voyoit des Flamands, des Normands, des Aquitains 8c des Bourguignons conduits par les archevêques de Reims, de Sens Si de Rouen, les évêques d'Autun, de Clermont, de Nevers, de Bayeux, de Lisieux Si de Chartres, 8c par un grand nombre d'ecclésiastiques; Si entre les seigneurs séculiers, par Eudes, duc de Bourgogne, Hervé, comte de Nevers, le comte de Saint-Paul, Simon de Montfort, comte de Leycestre, le comte de Bar-sur-Seine, Gui de Beaujeu, Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, Gaucher de Joigny, Sic. On assure*^ que tous les

' [Pofthast, n. îySj.] ^.Pierre de Vaiix-Cernay, c. 17.

' [Cette lettre est du 17 juillet. Cf. n. 3780.] ' Guillem de Tudèle (v. 279-281) dit vingt mille

' Pierrt de Vaux-Ceriiay, c. i3. — Albéric, chevaliers, plus deux cent mille vilains & pay-

Clironicon. — Rigord, de Gcstis P/iilippi Avgusti, sans, sans compter le clergé & les bourgeois. On

p. 55. — Robertus Altissiodorensis, Chronicon. — ne peut permettre de telles exagérations qu'à un

Matthieu Paris, an I2i3. — Innocent. III I. 12, poëte. [A. M.j Eptst. \oi. — Guillaume le Breton, P/ii7i/>^cis, 1. 8. 'Matthieu Paris, an I2i3.

— Caes-irius Heisterbacensis, 1. j, c, 21.

croisés portoient des bourdons de pèlerin à la main pour marquer que c'étoit une expédition toute sainte à laquelle ils s'étoient dévoués, & dans la vue de gagner les indulgences que le pape avoit attachées à cette espèce de pèlerinage, à l'exemple des voyages qu'on faisoit alors dans la Terre-Sainte pour combattre les infidèles. Les croisés, à leur arrivée à Lyon, choisirent leurs chefs pour les commander Si mirent à leur tête, en qualité de généralissime, Arnaud, abbé de Cîteaux Si légat du Saint-Siège.

Milon reçut en passant à Orange, le 25 de juin', du consentement de Guillaume de Baux, prince de cette ville, le serment des consuls & des conseillers. Ils lui firent la même promesse que lui avoient faite quelques jours auparavant les consuls de Nimes & d'Avignon, Si ils s'engagèrent de la renouveler tous les ans entre les mains de leur prince. Le 27 de juillet, Artaud de Roussillon lui prêta serment à Valence Si lui livra son château de Roussillon pour la sûreté de sa promesse. L'évêque, le doyen, le vicaire Si les autres chanoines de Valence promirent aussi par serment, à Milon, d'abandonner le comte de Toulouse si ce prince refusoit d'exécuter les articles qu'il avoit juré d'observer; d'obéir à l'Église romaine. Sic. Le légat continua ensuite sa route Si joignit l'armée des croisés.

LIV. — Le comte de Toulouse va à la rencontre des croisés &• s'accorde

avec l'évêque d'U-^ès.

Le comte de^ Toulouse, qui avoit pris les devants, la rencontra à Valence. La plupart des chefs, entre autres Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre, 81 Robert de Courtenay, ses cousins germains, lui firent beaucoup d'accueil S< furent charmés de le voir. 11 renouvela alors entre leurs mains le serment, qu'il avoit déjà fait entre celles du légat, de leur rendre tous les services possibles 81 de se conduire comme ils le jugeroient à propos. Il leur donna quelques châteaux pour gage de sa promesse Si s'offrit même de leur laisser son fils en otage Si d'y demeurer lui-même. Il passa ^ un accord, le 7 de juillet suivant, avec l'évêque d'Uzès 81 promit de tenir en fief à l'avenir, de lui 81 de son église, les châteaux de Valabris, Aramon, Laudun, Vènejan Si quelques autres, au nombre de treize, 81 ce que ses vassaux possédoient à Monttrin, à Masmolène 81 dans trois autres châteaux, avec promesse d'en faire hommage 81 de servir l'évêque 81 l'église d'Uzès envers tous 81 contre tous, excepté contre le roi. 11 céda de plus à l'évêque le droit de justice dans le lieu de Sainte-Anastasie Si se départit, tant de l'albergue de cent cinquante sols qu'il avoit sur l'église d'Uzès que du droit de garde de l'évêché pendant la vacance du siège. Le viguier 81 les vassaux du comte exécutèrent peu de temps après cette transaction.

' Acta ap. Innocent. III Epist. t. 2, pp. 368 & ' Factum du duc d'Uzès contre l'évêque de cette

ïeq. ville, imprimé en 1718.

' Pierre de Vaux-Cernay, c, i5. — Guillelmus de Podio Laureiuii, c, i3.

An 120Ç)

An i2oy

LV. — Milon & l'abbé de Citeaux font passer le Rhône à l'armée 6* arrivent à Montpellier. — Le vicomte de Bé-^iers tente inutilement de J aire sa paix avec eux.

Guillaume' Ademar Se Lambert, seigneurs de Montélimar, firent, le 12 de juillet, à Milon, le même serment que lui avoient fait à Saint-Gilles les autres barons de Provence 8c lui livrèrent, pour la sûreté de leurs promesses, la ville de Montélimar 61 les autres forteresses dont il confia la garde à l'évêque de Viviers.

L'abbé de Cîteaux 81 Milon ayant fait passer le Rhône à l'armée, ils la conduisirent à Montpellier, où elle s'arrêta pendant quelques jours. Raimond- Roger, vicomte^ de Béziers, informé de son arrivée, se rendit aussitôt dans cette ville pour faire sa paix avec les légats, à l'exemple du comte de Toulouse, son oncle. Il fit tous ses efforts pour justifier sa conduite & protesta qu'il étoit entièrement soumis à l'Église; il avoua qu'à la vérité ses officiers avoient favorisé les hérétiques, mais que c'étoit contre son intention 81 qu'il

Éd.origin. Jétestoit les erreurs des sectaires. Mais toutes ses protestations furent inut. m, p. iCi. , r

tiles, 8<. le légat refusa de recevoir ses excuses; en sorte qu'il se retira trèsmécontent. A son retour à Béziers, il assembla les principaux de ses vassaux, leur fit part du refus que le légat avoit fait de l'écouter & résolut, de leur avis, de défendre ses domaines jusqu'à la dernière extrémité. Il pourvut ensuite à la sûreté de ses places, 81, après avoir laissé une forte garnison dans Béziers, il alla se jeter dans Carcassonne avec l'élite de ses troupes. 11 implora^ cependant le secours du roi d'Aragon, qu'il reconnoissoit pour son suzerain; mais ce prince ne jugea pas à propos de le lui accorder, de crainte de se brouiller avec le pape, 81 il aima mieux laisser périr les catholiques que de donner pour les sauver sa protection aux hérétiques.

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