‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 158 sur 342 · LXIX. — Mort d'Alfonse II, comte de Provence · texte numérisé non relu

LXIX. — Mort d'Alfonse II, comte de Provence

Nous apprenons de la première lettre qu'Alfonse, comte de Provence, étoit allé alors en Sicile avec Constance, sa sœur, veuve d'Emeri, roi de Hongrie, pour le mariage de cette princesse avec Frédéric, roi de Sicile, qu'elle épousa en secondes noces. Alfonse vivoit donc encore au mois de septembre de l'an 120g, & il ne mourut pas dans cette île au mois de février de cette année, comme on le prétend ' ^ mais il ne survécut pas longtemps, car Garsinde de Sabran, comtesse de Forcalquier, sa femme, étoit déjà veuve^ le i" de décembre de l'an 1209. Il laissa de cette comtesse un fils & une fille : le premier, nommé Raimond-Bérenger, âgé^ seulement de quatre ans ou environ, lui succéda dans les comtés de Provence & de Forcalquier, sous la tutelle de Pierre, roi d'Aragon, son oncle, qui l'emmena en Aragon; la fille, nommée Garsinde, comme sa mère, épousa** dans la suite le comte de Savoie.

LXX. — Raïmond, comte de Toulouse, fait son testament, va à la cour de France 6» part ensuite pour Rome,

Le comte de Toulouse, étant résolu d'aller à Rome, fit son testament ^ le onzième jour de l'issue du mois de septembre de l'an 1 209, c'est-à-dire le 20 de ce mois. Dans cet acte il lègue aux templiers 81 aux hospitaliers, supposé qu'il vienne à décéder durant le voyage, tout le blé Se le vin qu'on aura recueilli pendant l'année dans ses terres. Il donne de plus aux premiers son cheval de bataille, ses armes, sa cuirasse. Sic, 8c aux autres son jeune cheval. 11 donne à Baudouin, son frère, 8< aux enfans de ce prince, nés en"^ légitime mariage, l'engagement du comté de Millau & de la Roque de Valsergue, en Rouergue, qu'il substitue à son fils Raimond, à condition que Baudouin tiendra tous ces domaines du même Raimond, son fils. Il donne à Eiéonore d'Aragon, sa femme, ce qui lui avoit été constitué en dot dans son contrat de mariage. Si lègue à Bertrand, son fils (naturel '), les châteaux de Caylus Se de Bruniquel en Querci; à condition qu'il les tiendra en fief de Raimond, son fils, en faveur duquel il les substitue, si Bertrand vient à décéder sans postérité. Il donne à Guillemette, sa fille, ce qu'il possédoit à Montlaur Se à Saint-Georges (dans le Toulousain), avec une pareille substitution en faveur de Raimond, son fils, qu'il déclare son héritier légitime 6< universel; avec défense à lui de rien aliéner de ses domaines jusqu'à ce qu'il eût atteint l'âge de trente ans. Il lui substitue Baudouin, son frère, 8t met tous ses

■ Zurlta, Anales Je la coronct de Aragon, 1. i, * Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. 187 &

c. .Ï8. suiv.

' Bouche, Histoire Je Provence, t. 2, pp. 188 & ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XCII, ce. SyS

io3. à ■'177.

* Chron'ica 0 commenîari Jet rey Jacme, c. 1 2. ^ ^ Voyez tome VII, }^oîe XVIII, pp. 55 & suiv.

Voyez tome VII, Note XIV, p. 38 8c suiv. ' Ih'id. Note X, n. iv & suiv., pp. 26 à 28.

An 1Î09

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domaines sous la protection de Philippe, roi de France, son cousin, St d'Othon, empereur des Teutons. Il donne pour tuteurs à Raimond, son fils, ' Bernard, comte de Comminges, son cousin, Baudouin, son frère, £< les consuls de Toulouse; il ordonne au second de prendre la défense de ce jeune prince jusqu'à ce qu'il eût atteint l'âge légitime; & enjoint à Raimond, quand il sera parvenu à cet âge, de ne rien entreprendre sans le conseil de Baudouin. Il lègue de plus à ce dernier 8c aux enfans qu'il aura en légitime mariage dix mille sols melgoriens de rente sur les péages, avec substitution, en cas qu'il décédât sans enfans légitimes, en faveur de son fils Raimond, auquel Baudouin sera tenu de faire hommage de cette rente, & qu'il sera obligé d'aider durant la guerre, envers tous Si contre tous. Enfin en cas que Raimond, son fils, & Baudouin, son frère, vinssent à décéder l'un & l'autre sans postérité légitime, il appelle à sa succession Philippe, roi de France, pour les domaines qu'il possédoit dans le royaume, & l'empereur Othon pour ceux qu'il avoit dans l'empire au delà du Rhône j sans préjudice des legs qu'il avoit faits en faveur de Bertrand, son fils. Si de Guillemette, sa fille. Raimond, comte de Toulouse, fit remettre ce testament dans les archives de l'abbaye de Saint-Denis, d'où nous l'avons tiré; ainsi ce prince étoit à la cour de Philippe-Auguste vers la fin de septembre de l'an 1209. Nous savons, d'ailleurs', qu'il s'y rendit alors pour engager le roi à le confirmer dans la possession des péages qu'il levoit dans ses domaines, parce que le légat Milon lui avoit fait promettre à Saint-Gilles de n'en exiger aucun qui ne fût autot'ui'"^'"'si "^^ P'^^ ^^^ chartes des empereurs ou des rois. On assure^ que Philippe refusa cette confirmation au comte; mais un ancien auteur témoigne^ au contraire que le roi lui fit beaucoup d'accueil. Il ajoute que Raimond ayant fait des plaintes à Philippe, au duc de Bourgogne, au comte de Nevers Si à la comtesse de Champagne des vexations que les légats 81 Simon de Montfort commettoient dans la Province, & que leur ayant fait part du dessein qu'il avoit formé d'aller à Rome, tous ces princes 8<. plusieurs autres prirent ses intérêts avec chaleur Si lui donnèrent des lettres de recommandation auprès du pape. Le comte fit bientôt après ce voyage, accompagné de divers seigneurs 81 des députés"* de la ville de Toulouse qui allèrent poursuivre l'appel ({u'ils avoient interjeté au pape des griefs qu'ils avoient contre l'abbé de Cîteaux. Reprenons la suite des expéditions de Simon de Montfort.

LXXI. — L'abhé de Pamîers livre cette ville à Simon de Montfort. Ses griefs contre le comte de Foix.

Simon de Montfort, après le départ du duc de Bourgogne 81 de la plupart des autres croisés, partagea les troupes qui lui restoient; il en envoya une

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 37. très des seigneurs français au pape ne se retrouve

' Ihid. c. 42. pas dans le poëme; c'est sans doute une addition

' Voyez tome VIII, ce. 42, 44. — Guillem ,de de l'Anonyme. [A. M.]

Tudèle, vers 976-988; cette circonstance des let- ^ Voyez tome VIII, ce. 38, 39.

* HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. 3oo

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dartîe dans' la vicomte de Béziers, sous les ordres de Guillaume de Contres, dit aussi Verles d'Encontre, à qui il donna le gouvernement de cette vicomte 6< qui mit des garnisons dans les châteaux qui en dépendoient. Il confia le gouvernement de la ville de Limoux & des environs, c'est-à-dire de la partie du Razès qui s'étoit soumise, après la prise de Carcassonne, à un autre chevalier, nommé Lambert de Creichi, 81 établit lui-même sa principale résidence à Carcassonne. Il partit quelque temps après pour Fanjaux', où Vital, abbé de Saint-Antonin de Frédélas ou de Pamiers, le vint prier de se rendre dans cette dernière ville dont il vouloit le mettre en possession à la place de Raimond-Roger, comte de Poix, qui la possédoit en pariage avec son abbave.

Vital, pour avoir un prétexte de rompre le pariage auquel ses prédécesseurs a%'oient appelé les comtes de Foix, alléguoit divers griefs contre R.aimond- Roger. Ce comte, dit un historien du temps^, non content de favoriser les hérétiques dans tous ses domaines, avoit fait construire une maison dans le château de Pamiers, qu'il tenoit en fief de l'abbaye de Saint-Antonin de Frédélas, située à une demi-lieue, 5c l'avoit donnée à sa femme £< a ses sœurs, hérétiques de profession ; lesquelles y avoient établi leur demeure Sv y tenoient des écoles d'erreur, malgré tous les soins que l'abbé 8c les chanoines réguliers du monastère se donnoient pour les en empêcher. Quelque temps auparavant, deux chevaliers hérétiques, ses cousins germains 8c ses intimes amis, ayant amené leur mère, tante du comte, dans le château de Pamiers, l'abbé 8c les chanoines les chassèrent ignominieusement : l'un des deux chevaliers, résolu de tirer vengeance de cet affront, ayant rencontré bientôt après, dans une église voisine de Pamiers, un chanoine de l'abbaye qui disoit la messe, il le tua impitoyablement, le mit en pièces, 8c arracha les yeux à un frère du monastère. Dans une autre occasion, le comte de Foix étant venu à Pamiers accompagné de routiers, de batteleurs 8c de courtisanes, demanda les clefs du monastère à l'abbé qui refusa de les lui donner 8c les déposa sur la châsse de saint Antonin, martyr, placée sur l'autel avec plusieurs autres reliques. Le comte ne fit aucune difficulté de les enlever de cet endroit, 5c après avoir renfermé l'abbé 8c les chanoines dans l'église, il les y retint pendant trois jours, sans permettre qu'on leur donnât ni à boire, ni à inanger. Il mit le monastère au pillage durant cet intervalle 8c coucha dans l'infirmerie avec des femmes débauchées qu'il avoit amenées. Il chassa ensuite de l'église l'abbé 5c les chanoines presque nus, 8c fit défendre à son de trompe, dans tout Pamiers, de leur donner retraite, à peine de punition corporelle; il détruisit enfin une grande partie de l'église 8c du monastère pour employer les matériaux aux fortifications du château. On reprochoit de plus à Rai-

' Voyez tome VIII, ce. .38, Sp. seconde partie du poëme, aussi bon catholique «jiie

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 24. le moine cistercien, donne à Raimond-Roger les

' Ih'ti. — Tout ce que Pierre de Vaux-Cernay plus grands éloges, & le pape ne le traita j.niiais

dit du comte de Foix est évidemment exagéré & arec la rigueur qu'auraient méritée les méfait»

inspiré par la passion j en tout cas l'auteur de la dont l'accuse le chroniqueur latin. [A. Mj]

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mond-Roger ' de n'avoir donné aucune marque de respect pour les reliques de saint Antonin lorsqu'il passoit un jour à cheval dans le temps qu'on les portoit en procession, suivant l'usage, dans une église située sur une montagne voisine. L'abbé du Mont-Sainte-Marie, l'un des douze de l'ordre de Cîteaux qui faisoient la mission dans le pays 8c qui étoit présent, s'écria alors, ajoute-t-on, d'un ton prophétique : « Comte, vous ne rendez aucun hon- « neur au saint martyr, votre seigneur; sachez que vous serez bientôt privé t 'in°'^'''i'"'. " '■'••^ domaine que vous avez sur cette ville, 81 le saint fera que vous en serez (( dépouillé de votre vivant. » Autre griefs : dans le temps que Raimond- Roger, à la tête des routiers, faisoit la guerre au comte d'Urgel, il assiégea les chanoines de la cathédrale de cette ville dans leur église, 5<. ils furent, obligés de se rendre, parce que mourant de soif, ils étoient obligés de boire leur propre urine; il pilla entièrement cette église, n'y laissa que les quatre murailles & la fit racheter pour cinquante mille sols, après qu'il y eut commis diverses impiétés avec ses soldats, de même que dans toutes les autres églises d'Urgel. Un autre jour Raimond-Roger demanda une conférence aux évêques de Toulouse &i de Conserans; mais, au lieu de se trouver au rendez-vous, il assiégea un château dépendant de l'abbaye de Saint-Antonin , disant publiquement qu'il croiroit rendre un grand service à Dieu, s'il pouvoit tuer tous les croisés de sa main. On achève son portrait en assurant qu'il pilloit les monastères, qu'il détruisait les églises & qu'il avoit eu toute sa vie une soif inaltérable du sang des chrétiens. C'est avec des traits semblables, accompagnés de termes dictés par un zèle plein de fieP 8< d'amertume, qu'un"* auteur contemporain, l'un des plus ardens partisans de la croisade contre les albigeois, dépeint Raimond-Roger, comte de Foix, qu'il traite de tyran, de bête féroce, de chien, de cruel, de barbare, en un mot comme le plus scélérat 81 le plus misérable de tous les hommes. Nous avons cependant divers monumens de ses libéralités^ envers les églises.

LXXII. — Simon de Montfort soumet le château de Mirepo'ix & prend

possession de Pamiers.

Simon de Montfort n'eut garde de refuser les offres avantageuses de l'abbé de Pamiers; il se mit^ aussitôt en marche, prit en passant le château de Mirepoix, qui appartenoit au comte de Foix, lequel en avoit fait, à ce qu'on prétend, le réceptacle des hérétiques 8c des routiei-s, 8c en disposa'' en faveur de Gui de Lévis qui faisoit les fonctions de maréchal dans son armée^. Il se rendit ensuite à Pamiers, où l'abbé le mit en possession dvi château de cette

■ Pierre de Vaiix-Cernay, c. 24. - Nous n'avons pas retrouvé le texte de la do-

' Ihid. c. ifi. nation de Mirepoix à Gui de Lévis; il existait

^ Marca, Histoire Je Béarn, 1. 8, c. l5, n. 3. encore du temps de Besse. Voyez notre Catalogue,

■• Pierre de Vaux-Cernay, c, 46. n. 107. [A. M.]

* Archives de l'abbaye de Boulbonne, &C. ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXVIII, c. 660. '' Pierre de Vaux-Cernay, c. 24.

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ville & le lui donna en pariage aux mêmes conditions' que le comte de Foix, qu'il en dépouilla ainsi sans autre forme de procès, l'avoit tenu auparavant. Simon- en fit hommage à cet abbé, par un acte daté du mois de septembre de l'an 1209, en présence de Foulques, évêque de Tjulouse, de Bouchard de Marly (de la maison de Montmorency), de Guillaume de Lucé, de Gui de Lévis, alors maréchal, de Simon 81 de Robert de Poissy, chevaliers français f 6cc.

LXXIII. — Les châteaux de Saverdun £- de Lomhers, la ville d'Albi 6" une grande partie de l'Albigeois se soumettent à Simon.

Le comte de Montfort, après s être mis en possession^ de Pamiers, alla à Saverdun, château qui appartenoit aussi au comte de Foix 8t dont les habitans lui ouvrirent les portes & se soumirent volontairement. Il revint de là à Fanjaux & s'avança jusqu'à Lombers, en Albigeois, où environ cinquante chevaliers, qui habitoient ce château, le reçurent avec honneur & promirent de le reconnoître le lendemain pour leur seigneur; mais, sur l'avis qu'il eut qu'ils tramoient un complot contre lui, il sortit dans l'instant sous quelque prétexte, ces chevaliers le suivirent 8c, craignant qu'il ne fût averti de leur dessein, 8t qu'il ne s'en vengeât, ils lui remirent aussitôt le château, lui firent hommage &c lui prêtèrent serment de fidélité. Simon se rendit de là à Albi, dont la seigneurie appartenoit au vicomte Raimond-Roger Se à l'évêque : ce prélat lui fit beaucoup d'accueil & lui remit la ville. Simon soumit ensuite tout l'Albigeois, à la réserve de quelques châteaux. Son historien dit que ce pays appartenoit au comte de Toulouse & que ce prince l'avoit enlevé au vicomte de Bé-[iers. Cet auteur ignoroit sans doute que les comtes de Toulouse possédoient le comté particulier d'Albigeois, & qu'en cette qualité, outre le domaine principal qu'ils avoient dans tout le pays, ils y occupoient diverses places qui leur étoient immédiatement soumises. Montfort revint enfin à Carcassonne, où il trouva le légat Milon qui, après le concile d'Avignon, avoit rejoint dans cette ville l'abbé de Cîteaux, son collègue.

LXXIV. — Les légats 6- Simon rendent compte de leurs conquêtes au pape 6- lui demandent de confirmer le dernier dans la possession du pays.

Les deux légats écrivirent alors conjointement au^ pape pour lui rendre compte du succès de la croisade. Ils lui racontent la prise de Béziers 8c de Carcassonne, 8c l'élection qui avoit été faite de Simon de Montfort pour prince 6" seigneur du pays. Après un grand éloge de ce général, ils font remarquer au pape le soin qu'il avoit eu d'imposer un cens de trois deniers

,-,,,• J. • 1 1 • Il Ed. orîgin.

par maison en taveur de 1 Eglise romaine dans tous ses nouveaux domaines. Ils 1. 111, p. mi.

' Voyez tome VIII, Chartes, n. XCIII, et. 377, ' Pierre lîe Vaux-Cernay, c. 24 & suiv.

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