‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 159 sur 342 · Innocent. III 1. 12, Epist · texte numérisé non relu

Innocent. III 1. 12, Epist

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prient ensuite le pontife avec beaucoup de vivacité de traiter favorablement les ambassadeurs de Simon, afin qu'il pût entièrement purger le pays d'hérétiques. « Quoique, ajoutent-ils, la plus grande partie de l'armée se soit (( retirée, après avoir fait plus de besogne en deux mois qu'on n'auroit osé « espérer en deux ou trois ans, il est resté auprès de lui un si grand nombre « de braves chevaliers qu'il lui sera aisé, non-seulement de conserver les con- « quêtes qu'il a déjà faites, mais même de se rendre maître de tout le reste « du pays, après en avoir chassé les hérétiques, excepté Toulouse; pourvu « que l'Eglise, dont il fait les affaires, contribue à la dépense; car il est évi- K dent qu'étant en possession, outre les villes, dé deux cents châteaux très- « forts, 6* que tenant dans les j'ers le vicomte de Béjiers, défenseur des héréu tiques, il a besoin de grands secours, soit pour munir les places qui lui « sont soumises, soit pour faire de nouvelles conquêtes. »

Simon écrivit' de son côté au pape 8c lui envoya des ambassadeurs dont le principal étoit^ un chevalier, nommé Robert de Mauvoisin. Il lui expose l'ardeur avec laquelle il étoit allé servir dans les pays d'Albigeois ^ad partes Albienses) contre les hérétiques, Si lui marque qu'il a été élu unanimement, quoique indigne, par la vocation de Dieu, S<. du consentement des chefs de la croisade, pour gouverner S<, administrer le pays conquis; qu'il avoit résolu d'y demeurer pour l'honneur de Dieu Si l'accroissement de la foi, dans l'espérance que l'hérésie y seroit entièrement éteinte, si sa sainteté vouloit bien le soutenir. » Cependant, ajoute-t-il, comme ce travail demande une grande (i dépense par deux raisons, il faut que vous acheviez ce que vous avez com- » mencé. D'un côté les seigneurs qui ont pris part à cette expédition m'ont « laissé presque seul entre les ennemis de Jésus-Christ qui errent parmi les « montagnes 8<. les rochers. De l'autre, je ne saurois gouverner plus long- « temps, sans être aidé de votre secours & de celui des fidèles, un pays « devenu extrêmement pauvre par les ravages qu'on y a commis. Les héré- « tiques ont abandonné une partie de leurs châteaux, après en avoir tout « emporté ou les avoir détruits; ils conservent les autres qui sont les plus « forts, dans la résolution de les défendre. II faut que je soudoie bien plus « chèrement que je ne ferois dans d'autres guerres les troupes qui sont avec « moi, & à peine puis-je retenir quelques soldats en leur donnant une « double paye. » Il marque ensuite au pape, pour gagner sa bienveillance, qu'il a imposé trois deniers de cens annuel sur chaque maison en faveur de l'Église romaine ; imposition dont il demande la confirmation. Il ajoute qu'il a ordonné que les dîmes dont les hérétiques jouissoient fussent entièrement payées à l'Eglise. « Du reste, reprend-il, après avoir ainsi disposé toutes « choses pour l'honneur de Dieu, suivant mon pouvoir, je supplie votre saince teté de vouloir bien me confirmer dans la possession de ce pays, qui m'a (i été donné & à mes héritiers, de la part de Dieu & de la vôtre, par l'abbé « de Cîteaux, votre légat, du conseil de toute l'armée, S<. d'accorder une

' Innocent. III 1. 12, Eplst. loo, ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 29.

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» pareille grâce à ceux qui, ayant participé ati travail, ont reçu une portion « du même pays suivant leur mérite; » enfin il lui rend compte de l'atten- « tion & de la vigilance que l'abbé de Cîteaux avoit apportées dans toute cette affaire & lui recommande Robert de Mauvoisin, son envoyé.

LXXV. — Mort de Raïmoni-Roger, vicomte de Béliers, — Ses enfans.

Les deux lettres dont on vient de parler furent écrites deux mois après le

commencement de l'expédition, & par conséquent vers la fin de septembre

de l'an 1209. La première nous apprend que Simon tenoit encore alors dans

les fers le vicomte Raimond-Roger. Nous savons, d'ailleurs', qu'il le faisoit

garder si étroitement dans une des tours du palais vicomtal de Carcassonne,

où il l'avoit fait renfermer, qu'il ne lui permettoit de parler qu'à ses gardes.

Le vicomte ne survécut pas longtemps à une si dure captivité; il fut attaqué

d'une dyssenterie & mourut dans sa prison, le 10 de novembre suivant*, non

sans soupçon^ qu'on avoit avancé ses jours. 11 paroît, en effet, par un monu-

menf* du temps, qui n'est pas suspect, que Raimond-Roger mourut de mort

violente. Ce vicomte, se voyant sans ressource, se confessa à l'évèque de

Carcassonne, qui lui administra les derniers sacremens. Simon fit exposer

son corps dans la cathédrale, le visage découvert, afin, dit un historien'', ^"l-"'''?'"* I ' c> ' ' ' 1. 111, p. 184.

qu'il fût reconnu de ses anciens sujets, 8<., sans doute aussi, pour écarter les soupçons qu'on pouvoit former qu'il ne l'eût fait périr'^. Il lui fit rendre ensuite tous les honneurs dus à son rang : les peuples des environs assistèrent en foule à sa sépulture Si témoignèrent par leurs larmes un regret extrême de sa mort.

Ainsi mourut, à l'âge de vingt-quatre ans, Raimond-Roger, vicomte de Béziers, Carcassonne, Albi & Razès, seigneur du Lauragais, du Minervois, du Termenois Se de divers autres domaines, neveu à la mode de Bretagne de Philippe-Auguste, roi de France, neveu, par sa mère Adélaïde, de Raimond VI, comte de Toulouse,, S<. parent ou allié de divers autres princes; bien moins coupable d'avoir suivi ou favorisé les erreurs des hérétiques, qui, dans le temps de sa naissance étoient déjà répandus dans ses États, que mal-

• Voyez tome VIII , ce. 3;, 38. — Cf. Guillem (Pierre de Vaiix-Cernay, Guillem de Tiidèle, Giiil-

de Tiidèle (vers 861 & 917-931); il y a Ici dans le laume de Puylaiirens), il mourut de dyssenterie;

pocme -me lacune que la longue paraphrase de au contraire, suivant le continuateur de Guillem

l'Anonyme ne permet pas de combler. [A. M.J de Tudèle (vers 336i) & le biographe d'Arnaud de

■ Voyez tome V, Chroniques, c. 26. Marveil (voir édit. de M. Meyer, t. 2, p. 46), il

' Voyez tome VIII, c. 37. [Guillem de Tudèle, aurai: été tué; le bruit en courut dès l'origine,

vers 862-868.] — Guillelmus de Podio Laurentii, Guillem de Tudèle, qui écrivait peu après 1209, le

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