‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 161 sur 342 · LXXVIII. — Simon perd une partie de ses conquêtes · texte numérisé non relu

LXXVIII. — Simon perd une partie de ses conquêtes

Les intrigues du roi d'Aragon auprès des anciens vassaux du vicomte Raimond-Roger pour leur faire secouer le joug de Simon de Montfort, eurent le succès le plus favorable', & on vit bientôt la plupart des chevaliers des diocèses de Béziers, Carcassonne & Albi se déclarer avec leurs châteaux contre leur nouveau seigneur. Simon fut averti de ce soulèvement à son départ de Montpellier. Il apprit en même temps que des gens du pays tenoient assiégés, dans un château auprès de Carcassonne, Amaury & Guillaume de Poissy, chevaliers françois ; il vola à leur secours & arriva bientôt sur les bords de l'Aude ; mais il trouva cette rivière si enflée par une inondation qui étoit survenue, qu'il fut obligé d'aller passer à Carcassonne, &, t.^ni°p'5"iS5. dans cet intervalle, les deux chevaliers furent obligés de se rendre prisonniers. Simon eut vers le même temps un nouveau sujet de chagrin : il avoit donné le château de Saissac, au diocèse de Carcassonne, à Bouchard de Marly, qui s'y étoit établi avec soixante François. Bouchard, suivi de Gausbert d'Essigny &t de quelques autres chevaliers de sa garnison, entreprit de faire des courses jusques à Cabaret j mais Pierre-Roger, seigneur de ce château, s'étant mis en embuscade avec quatre-vingts hommes, le surprit, tailla en pièces son détachement, le fit lui-même prisonnier, le mit aux fers par représailles 8i le tint près de dix-huit mois en prison.

Enfin Simon, à son arrivée à Carcassonne^, apprit la défection de Guiraud de Pépieux, chevalier du Minervois, à qui il avoit confié le gouvernement de diverses places situées aux environs de Minerve. Guiraud, pour se venger de ce qu'un chevalier françois avoit tué un de ses oncles qu'il affectionnoit beaucoup, quoique Simon de Montfort lui eût fait satisfaction de cette injure en punissant le meurtrier, se mit à la tête de quelques troupes 8t s'empara par surprise, sur ce général, du château de Puisserguier, au diocèse de Narbonne, 8t fit prisonniers deux chevaliers qui en avoient la garde, 8c le reste de la garnison. Montfort, résolu de tirer vengeance de Guiraud, engagea le vicomte de Narbonne à le suivre 8t s'avança vers Puisserguier; mais ils furent à peine arrivés devant la place que le vicomte refusa de l'aidera en faire le siège 8c s'en retourna à Narbonne avec ses gens. Simon ne se voyant

' Pierre ie Vaux-Cernay, c. 2Ô & suiv. — ce. 39,40. — [Guillem de Tudèle, rers 940-953;

Voyez tome VIII, ce. 40, 41. — [Guillem de Tu- c'est à tort que rAnonyme dit que ce Guiraud de

dele, vers 9J4-968) défaite de Bouchard de Marli,] Pépieux était vassal du comte de Toulouse.] —

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 27. — > Tome VIII, Robertus Altissiodorensis, Chronicon.

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pas assez fort pour l'entreprendre, se retira à Capestang & vint le lendemain à Puisserguier. Guiraud de Pépieux avoit abandonné la place pendant la nuit, après avoir enfermé dans une tour cinquante soldats de la garnison, dans le dessein de les faire périr. Simon les délivra 81 ruina le château de fond en comble ; il se mit ensuite en campagne, quoique au fort de l'hiver, 8c rasa plusieurs châteaux de Guiraud de Pépieux : celui-ci, de son côté, se retira à Minerve, où il conduisit les deux chevaliers françois qu'il avoit fait prisonniers à Puisserguier; il leur fit arracher les yeux, couper le nez, les oreilles & la lèvre supérieure, & les renvoya ainsi à Simon.

LXXIX. — Le pape confirme Simon dans la possession de ses conquêtes 6* tâche de lui procurer de nouveaux secours.

Les croisés', dont le courage comraençoit à s'abattre par ces divers échecs, furent un peu consolés par l'arrivée de Gui, abbé de Vaux-Cernay, qui avoit été solliciter du secours en France, & par celle de Pvobert de Mauvoisin^ que Simon avoit envoyé à Rome, & qui arriva vers la fin de l'année. Robert apporta à ce général une^ lettre d'Innocent III, du 11 de novembre, par laquelle le pape lui témoignoit la joie qu'il avoit de ses exploits contre les hérétiques, le félicitoit de ce qu'on l'avoit choisi pour seigneur de tout le pays, 8c lui en confirmoit la possession pour lui 8c pour les siens, suivant sa demande. Innocent marque ensuite à Simon de Montfort qu'il écrivoit à Othon, empereur des Romains, aux rois d'Aragon 8c de Castille 8c à la noblesse de Provence pour les engager à le secourir. « Nous aurions peut- « être fait davantage, ajoute-t-il , si le besoin pressant de la Terre-Sainte « nous l'avoit permis; car ceux qui combattent dans ce pays se sont déjà « plaints fortement de ce que l'indulgence que nous avons accoi'dée à ceux « qui marchent contre les hérétiques, avoit empêché qu'ils ne fussent secou- « rus. » Enfin le pape exhorte Simon à conserver dans la foi les pays conquis, 8t lui promet son conseil 8c sa protection.

Innocent écrivit, en effef*, le même jour, à l'empereur Othon Se aux rois d'Aragon 8c de Castille pour les presser de donner du secours à Simon de Montfort 8c de punir sévèrement les hérétiques qui se réfugieroient dans leurs Etats. Il marque dans ces lettres que ce général avoit déjà pris cinq cents tant villes que châteaux, d'où il avoit chassé l'hérésie 8c où il avoit rétabli la foi catholique : preuve bien claire qu'on en imposoit au pape 8c que les légats 8c Simon de Montfort le trompoient de concert en lui exagérant extrêmement leurs exploits 8c les progrès de l'erreur pour faire valoir leurs services 8c venir à bout de leurs fins. Innocent écrivit aussi 5 alors aux

' Pierre de Vaux-Cernay, c. i8 & siiiv. ' Innocent. III 1. 12, Epist. ii'i. — [Potthast,

" Auquel le pape concéda, le 10 mai 1209, un n. 3833.]

privilège fort recherché à cette époque, celui d'à- ■• Ibid. Epht. 124. — [Potthast, n™383o, 333 1.]

yoir un chapelain particulier. (Potthast, n. 3827.) ^ Ibid. Ep'nt, 1 26. — [Potthast, n. 3832.)

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. Si? ~

abbés £< aux autres prélats des diocèses de Narbonne, Béziers, Toulouse &. Albi ; il leur marque que les effets que les hérétiques du pays leur avoient confiés devant être confisqués avec tous leurs autres biens, ils eussent à les ,''ni''p^is',j remettre à Simon de Montfort, à moins que ces sectaires ne se convertissent incessamment. Il écrivit le' lendemain à ce général une seconde lettre dans laquelle, après avoir beaucoup exalté ses conquêtes 81 son zèle contre les hérétiques, il approuve l'élection que les chefs de la croisade avoient fait de sa personne, du conseil des légats, pour seigneur des villes de Carcassonne 8(. de Béziers 8c de tout le reste du pays qui avoit été enlevé aux hérétiques. Il le confirme, lui 8c ses héritiers, dans la possession de ces domaines, sauf le droit des principaux seigneurs ; excepté cependant ceux d'entre eux qui seroient hérétiques, fauteurs ou receleurs des hérétiques contre lesquels il cléclare qu'il faut s'armer. Il approuve enfin, 8c il n'avoit garde de ne pas l'approuver, l'établissement que Simon avoit fait d'un cens annuel de trois deniers sur chaque maison du pays en faveur de l'Église romaine.

Innocent, par une autre lettre^, du i3 de novembre, exhorte tous les nobles, les barons 8c les chevaliers qui étoient restés dans l'armée avec Simon de Montfort, à continuer d'y demeurer 8c à se contenter du remboursement de leurs dépenses depuis Pâques jusqu'à ce qu'il pût envoyer un nouveau secours dans le pays. Enfin il chargea Robert de Mauvoisin de deux autres lettres 3, datées du 11 de novembre de l'an 120g. L'une est adressée aux archevêques d'Arles, Besançon, Vienne, Aix, Narbonne, Lyon, Embrun 8c Auch, à leurs suffragans, 8c aux évêques d'Albi, Rodez, Agen 8c Cahors; 8c l'autre aux consuls d'Arles, Avignon, Saint-Gilles, Nimes, Montpellier 8c Tarascon, aux citoyens 8c à Aymeri, vicomte de Narbonne''; aux comtes de Forcalquier, de Savoie, de Genève, de Mâcon, à Sanche, comte (de Roussillon), 8ic. Le pape, après avoir témoigné dans ces lettres la joie qu'il avoit du progrès de l'armée des croisés contre les hérétiques de Provence, 8c de l'élection de Simon de Montfort pour gouverner le pays dont ces hérétiques avoient été chassés, leur enjoint d'exhorter leurs diocésains, leurs sujets 8c leurs concitoyens, à s'employer de toutes leurs forces pour achever de détruire l'hérésie 8c à y contribuer d'une partie de leurs revenus. Il accorde une indulgence plénière à ceux qui se croisent, les dispense de payer les usures (ou intérêts) qu'ils pouvoient devoir, 8c leur donne un délai pour le payement du capital.

LXXX. — Simon fait de nouvelles pertes. — Le comte de Foïx l'abandonne.

Simon, lorsque Robert de Mauvoisin arriva de Rome à Carcassonne, vers la Nativité de Notre-Seigneur de l'an 120g, avoit perdu une grande partie de ses conquêtes. La ville de Castres 8c le château de Lombers, en Albi-

' Innocent. III 1. 12, Ep'nt. 122. — [Potthast, ' Innocent. III 1. 12, Epist. \'i6 & seq. — [Pot

n. 3334.] thast, n°' 3828, 3829.]

• Ihid. Epist. 129. — [Potthast, n. 3838.J * [Potthast, n. 383i.]

■■; 3i8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI.

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geois', avoient secoué depuis peu le joug de sa domination, Si Raimond- Roger, comte de Foix, qui lui avoit fait ses soumissions, s'étoit entièrement brouillé avec lui ^.

Raimond-Roger, voulant faire sa paix avec les légats, leur envoya à Saint- Gilles l'abbé d'Eaunes, de l'ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Toulouse, pour la négocier en son nom. Cette paix ne fut pas conclue, soit parce que l'abbé s'acquitta mal de sa commission, soit plutôt à cause de la dureté des conditions qu'on vouloit imposer au comte, qui refusa de s'y soumettre. L'abbé, s'étant mis en chemin pour retourner dans son monastère suivi de deux de ses religieux & d'un convers, fut rencontré à un mille de Carcassonne par Guillaume de Rochefort, frère de l'évêque de cette ville & ami du comte de Foix; Guillaume les attaqua aussitôt, tua l'abbé 8c le convers £< blessa dangereusement un des deux religieux. Comme le comte de Foix lit ensuite beaucoup d'amitié à ce seigneur & qu'on vit dans ses équipages le cheval de l'abbé, on le soupçonna d'avoir eu part au meurtre & d'avoir voulu se venger sur cet envoyé de ce que sa négociation avoit mal réussi. C'est ainsi que raconte les circonstances du meurtre de l'abbé d'Eaunes l'historien^ de Simon, qui veut en rendre complice le comte de Foix; mais nous apprenons, d'un monument du temps'*, que les croisés firent beaucoup d'accueil aux assassins, qu'ils les admirent à leur table & dans leurs tentes, en sorte qu'il paroît que ce furent les croisés eux-mêmes qui firent attaquer l'abbé d'Eaunes & ses associés. Quoi qu'il en soit, le comte de Foix ne garda plus depuis aucun ménagement avec Simon de Montfort; il reprit sur lui le chât1ii°p'.^i87. ^^'^^ '^^ Preixan qu'il lui avoit livré,' fit sur celui de Fanjaux une entreprise qui lui manqua, 8<. trouva moyen d'attirer^ dans une embuscade, sous prétexte d'une entrevue, plusieurs des principaux bourgeois de Pamiers, qu'il arrêta prisonniers.

D'un autre côté, le château'' de Montréal se retira de l'obéissance de Simon. Aymeri , qui en étoit seigneur & qui étoit l'un des plus puissans chevaliers du diocèse de Carcassonne, l'avoit abandonné durant le siège de cette ville & s'étoit enfui de crainte des croisés. Il étoit venu depuis se sou-

■ pierre de Vaux-Cernay, c. So & siiiv. — Marca, mains de l'atbé, &, pour se venger, le comte de

Histoire de Béarn, 1. 8, c. i5. Foix essaie, le 29 septembre, d'emporter Preissanj

' Le récit de Pierre de Vaux-Cernay, que dom autrement la suite des événements serait ineom-

Vaissete suit ici, est assez embrouillé; au chapi- préhensible. Cette partie de l'ouvrage de Pierre de

tre 24, il parle de la reddition de Pamiers qui eut Vaux-Cernay est du reste fort confuse. [A. M.J

lieu en septembre 1209 (Voir notre Catalogue , ' Pierre de Vaux-Cernay, ce. 3o & suit.

n. 3o); au chapitre 26, du siège de Preissan & de * Voyez tome VIII, Chartes, n. CV, c. 619. —

la première alliance entre le comte de Foix & Si- Ce monument du temps est la lettre des consuls de

mon de Montfort, & au chapitre 32, de la trahi- Toulouse au roi d'Aragon en 121 i; les deux partis

son du comte & d'une tentative sur le château de s'accusant réciproquement de ce meurtre, il est

Preissan, tentative infructueuse qui aurait eu lieu probable que l'auteur, Guillem de Roquefort, était

le jour de la Saint-Michel (29 sept.). Il faut évi- un de ces mercenaires qui passaient avec la plus

, derament placer le premier siège de Preissan dans grande facilité d'un camp à l'autre. [A. M.]

les premiers jours de septembre; dans l'intervalle, ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 46.

Montfort va à Pamiers recevoir le paréage des " Il>i4- ?• -io & suiv.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. 3ig

mettre à Simon, qui lui avoit accordé son amitié & avoit commis la garde de Montréal à un ecclésiastique de France. Aymeri trouva moyen de gagner cet ecclésiastique qui lui rendit le château & qui se lia avec les ennemis de Simon. Ce général punit bientôt l'infidélité de l'ecclésiastique; il assiégea le château de Bram, où il s'étoit renfermé, le força à se rendre, s'assura de sa personne, le fit dégrader par l'évêque de Carcassonne, &, après l'avoir fait promener dans toute cette ville, attaché à la queue d'un cheval , il le fit pendre.

Enfin la défection fut si générale à la fin de l'an 1209 que Simon perdit, dans un très-petit espace de temps, plus de quarante châteaux qui secouèrent le joug de son obéissance. Si qu'il ne restait plus à Noël, de toutes ses conquêtes, que Carcassonne, Fanjaux, Saissac, Limoux, dont on désespéroit même, Pamiers, Saverdun, Albi & le château d'Ambialet, voisin de cette dernière ville. Pour comble de malheur, les gens du pays tuèrent ou mutilèrent plusieurs de ceux qu'il avoit laissés à la garde du camp, 8t il apprit, vers le même temps, la mort du légat Milon, son protecteur, décédé à Montpellier' pendant l'hiver. Mais toutes ces disgrâces ne furent pas capables d'abattre son courage.

LXXXI. — Succès du voyage de Raïmond, comte de Toulouse, à Rome.

Cependant Raimond, comte de Toulouse, étant arrivé à Rome, fut admis à l'audience du pape vers la fin du mois de janvier de l'an 12 10. On raconte différemment le succès de son voyage. Si nous en croyons^ un moderne, Raimond prononça à genoux 8c les mains sur la poitrine, devant le pape 8c le sacré collège, une longue harangue qu'il rapporte; mais cet auteur ne cite aucun garant à son ordinaire, 8c il est assez aisé de s'apercevoir que c'est un discours qu'il a fabriqué à plaisir. L'historien^ de Simon de Montfort assure, d'un autre côté, que Raimond, voulant surprendre Innocent III pour l'engager à lui restituer les châteaux qu'il avoit remis entre les mains des légats, lui fit en apparence toute sorte de soumission Se promit d'accomplir fidèlement tout ce qu'on jugeroit à propos de lui ordonner; mais que le pape l'accabla d'injures, le couvrit de confusion, lui fit de sanglans reproches Si. l'accusa d'être un incrédule, un persécuteur de la croix 8c un ennemi de la foi. Toutefois, ajoute cet auteur, le pape craignant que le comte, réduit au désespoir, ne persécutât encore plus vivement l'Église dans la province de Narbonne, lui permit de se purger sur les deux principaux chefs d'accusation qu'on forinoit contre lui, savoir : du meurtre du légat frère Pierre de Casteinau Se du crime d'hérésie; 8c il écrivit à l'évêque de Riez 8c à maître Thédise pour leur ordonner de le recevoir à se justifier.

Un autre ancien historien'* dit au contraire que le comte Raimond, après

■ Pisrre de Vaux-Cernay, c. 34. ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 33.

* Mézerai, Hi>tolre de France, t. z, p. 146 & * Voyez tome VIII, ce. 42, 43. — Guillem de

l»uiv. Tudéle, Ters 984-994. Aucun des deux récits n'est

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avoit fait quelque séjour à Rome, fut admis enfin à l'audience du pape, qui l'écouta favorablement en présence de tout le collège des cardinaux. « Le « comte, dit cet auteur, exposa devant l'assemblée les griefs qu'il avoit contre « le légat & contre Simon de Montfort, qui ne cessoient de le vexer, nonobs- « tant l'absolution qu'il avoit reçue du premier & le traité qu'il avoit fait « avec lui. Il cita en témoignage un consul ou capitoul de Toulouse, qui « étoit présent & qui, de son coté, forma des plaintes contre le légat & contre « Simon de Montfort. Le saint père, indigné du procédé, prit le comte par « la main, entendit sa confession & lui donna une nouvelle absolution, en « présence de tout le sacré collège. Raimond alla quelques jours après prendre « congé du pape, qui lui fit présent d'un riche manteau Si d'une bague de « grand prix. »

Le récit de cet historien paroît confirmé par diverses lettres que le pape écrivit à l'occasion du voyage de Raimond. II ' adressa la suivante, le 25 de janvier de l'an iiio, aux archevêques de Narbonne & d'Arles Si à l'évêque t. m,°p'.°!s8. d'Agen. « Raimond, comte de Toulouse, s'étant présenté devant nous, nous « a porté ses plaintes contre les légats qui l'ont fort maltraité, quoiqu'il eût « déjà rempli la plupart des obligations très-onéreuses auxquelles maître ,; Milon, notre notaire, de bonne mémoire, l'avoit assujetti. Il nous a fait voir « de plus les certificats de diverses églises qui prouvent qu'il leur a fait satis- « faction ; enfin il nous a assuré qu'il étoit prêt à exécuter entièrement toutes « ses promesses qu'il n'avoit pu encore achever d'accomplir. Il nous a prié « de lui permettre en conséquence de se justifier devant nous touchant la foi « catholique, sur laquelle il est suspect depuis longtemps, quoique injuste- (( ment, 8c de lui rendre ensuite les châteaux qu'il nous a remis; ajoutant « qu'il n'est pas juste qu'on les détienne sans fin, ne les ayant donnés que « pour caution. Quoiqu'on assure que ces châteaux sont dévolus à l'Église « romaine, en vertu des obligations qu'il a contractées, parce qu'il ne les « a pas remplies; cependant, comme il ne convient pas que l'Église s'en- « richisse aux dépens d'autrui, nous avons traité bénignement le comte, 8i K nous avons jugé, du conseil de nos frères, qu'il ne devoit pas perdre le « droit qu'il a sur ces châteaux, pourvu qu'il exécute fidèlement ce qui lui a a été ordonné. Il doit d'ailleurs nous tenir compte de ce que nous lui avons « fait conserver ses domaines par l'armée chrétienne qui, par notre ordre, K est allée combattre les hérétiques. Mais parce qu'entre toutes les causes « nous devons être plus attentifs à celles qui regardent la foi, que nous « devons les peser plus mûrement, nous avons enjoint à nos légats de tenir

«ntièrement admissible; mais le plus éloigné de la plus prospères. La lettre du pape à l'abbé de Cî-

vérité est celui de Pierre de Vaux-Cernay. Inno- teaux, que dom Vaissete analyse plus bas, donne

cent III était un politique beaucoup trop habile du reste, sur les intentions de la cour de Rome,

pour rompre aussi brusquement avec le comte de les renseignements les plus exacts & les plus cir-

Toulouse. Les invectives que le moine cistercien constanciés. [A. M.]

lui prête, n'auraient pu que pousser Raimond VI ' Innocent III, 1. 12, Epist. i5î & 169. —

à quelque extrémité fâcheuse pour la croisade, [Potthast, n"' 3887-3888.] dont les affaires n'éiaient pas en ce moment des

An 1 2 1 o

« un concile dans un lieu commode, trois mois après avoir reçu les présentes, « 8c d'y convoquar les archevêques, les évêques, abbés, princes, barons, clie- « valiers Se autres dont ils jugeront la présence nécessaire, & si avant la fin « du concile il se présente un accusateur contre le comte, à qui nous avons « ordonné d'exécuter en attendant, ce à quoi il s'est obligé, 8t que cet accu- « sateur s'offre de prouver que le comte s'est écarté de la foi orthodoxe & « qu'il est coupable de la mort du légat Pierre de Castelnau; alors les légats, « après avoir ouï les parties 8<. continué la procédure jusqu'à sentence défini- « tive, nous renverront cette affaire suffisamment instruite. Si ils leur assi- « gt)eront un terme précis pour se présenter devant nous Se y entendre leur « jugement. Que s'il ne se présente aucun accusateur contre le comte, les Il légats délibéreront de quelle manière ils recevront sa justification sur les u deux articles, afin que son ignominie finisse dans l'endroit même où elle « a commencé. Si le comte se soumet à taire preuve de son innocence, sui- « vaut la forme qui lui aura été prescrite par les légats, avec l'approbation du « concile, ils l'admettront à se justifier; mais si par hasard il vient à suc- » comber, ils auront soin de nous en donner avis, en conservant toujours en « leurs mains les châteaux qu'il leur a remis 5 ils nous avertiront aussi s'il se (1 plaint qu'on l'opprime injustement, touchant la manière dont ils auront « ordonné de se justifier. Dans l'un Se l'autre cas ils attendront la réponse « du siège apostolique. Que si le comte se justifie canoniquement, de la « manière qui lui aura été prescrite, ils déclareront publiquement qu'ils le « tiennent pour catholique 8< pour innocent de la mort de Pierre de Casci telnau, 8c ils lui rendront ses châteaux après qu'il aura accompli ce qui « lui a été ordonné; ils recevront cependant de lui une autre caution suffiu santé pour l'observation de la paix perpétuelle à laquelle il s'est engagé; « mais qu'ils apportent surtout toute l'attention possible pour que l'exécu- « tion de nos ordres ne soit point retardée par des questions frivoles 8c mali- « cieuses. » Rien n'est plus sage que ces précautions, 8c si elles avoient été employées de bonne foi de part 8c d'autre, elles auroient sans doute rendu la paix au comte de Toulouse 8c à toute la Province.

Le pape écrivit' en même temps à l'évêque de Riez, son légat, 8c à maître Thédise, chanoine de Gênes, pour leur enjoindre d'assembler le concile dont on vient de parler, trois mois après la réception de la lettre, avec ordre d'v recevoir la justification du comte de Toulouse de la manière dont on vient de l'expliquer. Il leur mande par une autre lettre^ d'admettre ce prince, en demandant ou en défendant, à plaider devant eux touchant les affaires qui étoient de leur compétence, 8c qu'il avoit à poursuivre contre ceux qui lui avoient causé du dommage dans le temps qu'il étoit excommunié. t^iii°p^i'8i

Innocent écrivit ■* aussi à l'abbé de Cîteaux une assez longue lettre dans Iac(uelle, après lui avoir donné de grandes louanges sur les soins qu'il s'étoit

' Innocent. III 1. 12, Epist. ii3. — [Potthast, ' Innocent. III 1. 12, Epist. iJC. — [Potthast,

■ léiJ. Epist. iy>. — [Potthast, n. 3884.]

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