LXXXIV. — Assemblée de Saint-Thibéry
de Servian.
Abjuration d'Etienne
Quoi qu'il en soit de cette politesse du seigneur de Montfort, il ne chercha pas moins à s'approprier entièrement les pays qu'il avoit déjà soumis sur le vicomte Raimond- Roger , neveu du comte de Toulouse. Mais comme il n'avoit pas assez de troupes, il se contenta de se tenir sur la défensive & de harceler de temps en temps ses ennemis pendant tout l'hiver. Au commencement du carême il s'avança jusqu'à Pézénas, pour aller au devant d'Alice de Montmorency, sa femme, qui venoit le joindre à la tête d'un bon nombre de croisés qu'elle lui amenoit de France. Simon se rendit alors à Saint-Thibéry^, où Arnaud, abbé de Cîteaux 8c légat du Saint-Siège, les évêques de Béziers, Agde & Maguelonne, les abbés de Valmagne, de Fontcaude, de Saint-Thibéry Si de Saint-Aphrodise de Béziers se trouvèrent. Etienne de Servian, l'un des principaux seigneurs du diocèse de Béziers, comparut devant tous ces prélats 8<. se déclara coupable pour avoir reçu dans ses châteaux Théodoric Baudouin & Bernard de Simorre, deux fameux hérétiques, & leur avoir permis de prêcher leurs erreurs dans ses domaines. Il fit abjuration entre les mains de l'abbé de Cîteaux, Si promit par serment de poursuivre à l'avenir les hérétiques, sous peine de confiscation de ses biens. Il donna pour ses cautions Pons d'Olargues Se Frotard, son fils, Guillaume de Puisalicon, Ratier de Bessan, Pons de Thésan S< plusieurs autres seigneurs du pays. Ensuite Simon rendit à Etienne le château de Servian 8<. lui donna en fief tous les autres châteaux qu'il avoit confisqués sur lui pour crime d'hérésie, avec réserve de la justice criminelle. Il imposa un cens annuel de trois deniers par maison en faveur de l'Eglise romaine dans tous ces domaines dont Etienne lui fit hommage lige, en présence de Rainald, évêque de Béziers,
■ Aux mois de mars & d'avril 1210 eurent lieu, à Nimes, plusieurs événements importants que dom Vaissete n'a pas connus & dont Ménard donne l'histoire détaillée ft. I, p. jÔT-zyo). Encouragés par les baillis du comte de Toulouse & probablement par le comte lui-même, qui devait regretter $6n abdication de 1209 'voyez plus haut, pp. 274, 27')), un certain nombre d'habitants de la ville formèrent un complot pour renverser le consulat. L'expulsion de l'un des meneurs de cette conspiration, G. Imbert, inspira aux conjurés la résolution d'agir au plus vite. Us fixèrent la date de leur coup de main au 27 avril 1210, & se munirent d'armes offensives & défensives. Ils étaient au nombre de deux cent cinquante, 8c leur principal objet
était de faire rentrer le comte dans la ville; Raimond VI leur avait à l'avance donné une charte de rémission pour tous les crimes qu'ils pourraient commettre. L'affaire manqua, & les consuls de Nimcs firent à ce sujet une enquête vers le commencement de mai 1210, enquête qui a fourni à Ménard les renseignements que nous venons de résumer.
La paix fut du reste rétablie, le 23 août de cette année, par l'entremise de l'évêque de Nimes, entre les consuls de Nimes & les baillis du comte, véritables auteurs du complot. [A. M.]
' Voyez tome VIII, Chartes, n. XCVI, ce. .W4, ."iSS. — Ces deux actes sont de lévrier & mars 1210. [A. M.]
An i 2 1 o
de Raiinond-Guillauine, évêc|ue d'Agde, de Gui de Lévis, maréchal, S< de plusieurs autres seigneurs, tant Provençaux que François.
LXXXV. — Suite des expéditions de Simon. — Conjérence de Pamiers.
Montfort amena la comtesse, sa' femme, à Carcassonne. En passant à Capendu, il apprend que les liabitans du château de Montlaur, situé auprès de l'abbaye de La Grasse, tenoient la garnison assiégée dans une tour. Simon laisse aussitôt sa femme dans un lieu assuré, part avec une troupe de chevaliers pour aller au secours de cette garnison, la délivre Si fait pendre sans rémission tous ceux qui la tenoient assiégée. Etant arrivé ensuite à Carcassonne, il ne tarda pas à se mettre en campagne.
Il marcha d'abord vers le château d'Alzonne qu'il trouva abandonné. Après s'en être saisi, il alla attaquer celui de Brom ou Bram, dans le Lauragais, qu'il emporta en trois jours de siège. Il y fit une centaine de prisonniers, à qui il fit crever les yeux 8<. couper le nez, &t qu'il envoya ainsi par représailles à Cabaret, sous la conduite de l'un d'entre eux, à qui il avoit laissé ^ un œil pour conduire les autres. Enfin il soumit en très-peu de temps tout le Minervois, à la réserve des châteaux de Minerve Si de Ventalon. Vers la fête de Pâques, il assiégea^ le château d'Alairac, situé dans les montagnes, entre Narbonne Si Carcassonne, Si environné de rochers S< de précipices. Le siège dura onze jours, au bout desquels les habitans craignant d'être obligés de se rendre, s'entuirent la plupart pendant la nuit. Simon fit main basse sur tous ceux qui restèrent, s'assura de ce château Si revint à Carcassonne.
Ce général alla quelque temps après à Pamiers pour assister à une conférence à laquelle Pierre, roi d'Aragon, qui vouloit le réconcilier avec le comte de Foix, l'avoit invité. Le comte de Toulouse, qui étoit alors de retotir de son voyage de Rome Si de la cour de France, s'y trouva; mais tous les soins du roi d'Aragon furent inutiles, Si on se sépara sans rien conclure. Ce prince Si le comte Pvaimond se rendirent ensuite à Toulouse, Montfort marcha de son côté à la tête de ses troupes vers le château de Foix Si fit le dégât aux environs. Il rencontra aux environs de cette place une partie de la garnison; il la chargea lui second S<. la poussa si vivement qu'il l'obligea à rentrer. Les habitans de Foix, étant revenus de leur frayeur, parurent bientôt sur les remparts Si lancèrent une si grande quantité de pierres qu'ils obligèrent t.'iu,"]!)'."!"'-. Simon à prendre la fuite à son tour Si tuèrent le chevalier qui le suivoit. Après cette excursion, ce général revint à Carcassonne.
Pierre-Pvoger, seigneur de Cabaret -^5 Raimond, seigneur de Termes, Aymeri, seigneur de Montréal, Si les autres chevaliers qui tenoient encore tête aux croisés, sachant que le roi d'Aragon étoit dans le pays, s'assemblèrent k Montréal S< lui députèrent pour le supplier de prendre leur défense,
' Pierre de Vaux-Cernay, c. .'•4. ' Pierie de ^'nux-Cenlay, c. 36.
' Ihid, c. jj.
avec offre de se soumettre à sa domination Si de lui livrer toutes leurs places. Simon alla incontinent assiéger le château de Bellegarde, situé auprès de Montréal, pour faire voir à ses enn&niis qu'il ne les redoutoit pas. Le lendemain, le roi d'Aragon s'étant rendu auprès de Montréal, les chevaliers qui l'avoient appelé allèrent au devant de lui, le prièrent instamment d'entrer dans le château &. lui promirent de lui faire hommage suivant leurs engagemens; mais ce prince les refusa, à moins qu'ils ne lui livrassent en même temps le château de Cabaret & tous leurs autres châteaux. Comme ils ne jugèrent pas à propos de lui accorder sa demande, il se retira après avoir fait prier Simon de Montfort d'accorder une trêve au comte de Foix jusqu'à Pâques. La trêve tut accordée, mais elle tut bientôt rompue.
LXXXVL — Démarches inutiles du comte de Toulouse auprès du légat pour parvenir à sa justification.
Le comte de Toulouse alla trouver l'abbé de Cîteaux & Simon de Montfort pour leur signifier les ' ordres qu'il avoit obtenus du pape pour être reçu à se purger du crime d'iiérésie 8c de la mort de Pierre de Castelnau. L'abbé témoigna extérieurement beaucoup d'amitié au comte, qui étoit suivi du même capitoul qui l'avoit accompagné à Rome & d'une partie de sa cour. Il lui répondit qu'il se rendroit incessamment à Toulouse pour y régler le temps Se la manière de cette justification. Ce légat alla bientôt après, en effet, dans cette ville avec les évêques de Riez Se d'Uzès, ses collègues, ceux de Béziers 8t de Marseille, &c. Le comte de Toulouse leur fit beaucoup d'accueil & les défraya pendant tout leur séjour dans cette ville qui fut assez long. Enfin on entra en contérenccj mais on ne voulut rien conclure, parce que maître Thédise, chanoine de Gênes, que le pape avoit nommé pour principal commissaire dans cette attaire, étoit absent. Pendant la conférence, le roi d'Aragon^ s'avança jusqu'à Portet, au voisinage de Toulouse, Si demanda une entrevue, dont on ne dit pas le sujet, avec l'abbé de Cîteaux St Simon de Monttort, qui se rendirent auprès de lui; mais ils lui refusèrent ses demandes. Ce prince repassa bientôt après les Pyrénées 8<. alla continuer la guerre qu'il avoit entreprise contre les Maures d'Espagne. L'abbé de Citeaux Si Simon de Montfort^, en attendant l'arrivée de Thédise, firent un voyage du côté d'Agen 81 de Sainte-Easeille, pour agir contre les hérétiques d'Agenois. Ils revinrent ensuite à Toulouse, d'où Simon alla à Carcassonne dans le dessein de taire le siège du château de Minerve qu'il commença vers la Saint-Jean.
' pierre de Vaiix-Cernay, c. 38 & siiiv. — Voyez p-Tft; il ne p.irle que du légat Arnaud AmaurI &