‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 166 sur 342 · LXXXVII. — Siège 6- prise de Minerve · texte numérisé non relu

LXXXVII. — Siège 6- prise de Minerve

L'évêque de Riez^, l'abbé de Cîteaux 8t Thédise se rendirent de leur côté devant le château de Minerve dont Simon de Montfort avoit déjà entrepris le siège. Ce général s'y étoit déterminé à la demande des habitans de Narbonne que la garnison de ce château incommodoit beaucoup par ses courses. Sur cette demande, il manda à Aymeri, vicomte de Narbonne, & aux habitans de cette ville que, s'ils vouloient l'aider plus efficacement qu'ils n'avoient fait par le passé & demeurer dans le camp jusqu'à la reddition de la place, il en teroit volontiers le siège, 81 ils le lui promirent.

Le château de Minerve étoit alors une des plus fortes places du royaume. Il est situé dans la partie septentrionale de l'ancien diocèse de Narbonne, comprise aujourd'hui dans celui de Saint-Pons 81 non dans le diocèse de Carcassonne, comme quelques modernes'* l'ont avancé. Il a donné son nom au pays de Minervois qui, anciennement, a eu titre de comté & de vicomte. Il est élevé sur un rocher escarpé, environné de précipices qui lui servent de fossés. Outre l'avantage de sa situation, qui '.z faisoit regarder comme une place imprenable, il étoit détendu par une nombreuse garnison, commandée par un brave chevalier, nommé Guillaume ou, selon d'autres, Guiraud de Minerve, lequel en possédoit le domaine sous la mouvance des vicomtes de Carcassonne.

Simon, après son arrivée devant'^ ce château avec ses troupes 81 celles de la vicomte de Narbonne, investit la place 8c distribua les quartiers; entre les chevaliers qui servoient sous ses ordres étoient Robert de Mauvoisin, Pierre de Pvichebourg, Gui de Lucé, Jean de Monteil, Ferrin d'Issy, Gui de Lévis Si Ancel de Coëtivi. Il paroît aussi qu'Alice de Montmorency, sa femme, £< Amauri. son fils aîné, se trouvèrent à ce siège. Simon prit son quartier du côté du levant^; Gui de Lucé, chevalier trançois, à la tête des Gascons, établit le sien au couchant; le vicomte Aymeri se posta vers le nord avec ses vassaux 8t les bourgeois de Narbonne; enfin le reste de l'armée entreprit l'attaque du côté du midi. On dressa aussitôt les machines pour battre la

' Corrigez Ric.nud. [A. M.] tion en prose, probiiblement d'après un texte du

• Corrigez del Far. [A. M.] poëme plus complet, parle de la disette d'eai: qui

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 37. — Tome VIII, aurait décidé les assiégés à se rendre. [A. M.|

c. 40 & $ui». — Guillem de Tudèle, vers 10.G6- < Fleury, //l'jloirc «c/f-sinstif uf, — Daniel, «rî-

1087. loire de France, &c.

Le récit dn poëie & celui de l'Anonyme sont ' Voyez tome VIII, n. CI, c. 606.

extrêmement abrégés Sifournissent beaucoupmoins " Pierre de Vaux-Cernay, c. 37. — Tome VIII,

de détails que celui de Pierre de Vaux-Cernay, qui c. 46 & suiv.

paraît avoir été témoin oculaire. Seule la rédac-

An izio

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place ; les Gascons construisirent un mangonneau, Se Simon fit élever un pierrier si lourd qu'il en coûtoit vingt S<. une livres par jour pour le mettre en mouvement; les assiégés se défendirent de leur côté en désespérés & firent périr un grand nombre de croisés dans leurs fréquentes sorties. Ils entreprirent entre autres un dimanche de mettre le feu au pierrier de Monfort qui les incommodoit beaucoup; dans ce dessein ils y appliquèrent des paniers pleins d'étoupes 8< d'autres matières combustibles imbibées de graisse, &<. y t In""^'!"' mirent le feu sans que les assiégeans s'en aperçussent. Ceux-ci accoururent cependant S< éteignirent le teu.

Les machines des croisés ayant fait une brèche considérable aux murailles de Minerve, les assiégés, qui d'ailleurs n'avoient presque plus de vivres Si à qui l'eau avoit manqué à cause de la chaleur excessive de la saison, perdirent courage Se demandèrent à capituler après avoir soutenu un siège de sept semaines. Guillaume de Minerve fut député avec un autre chevalier pour aller régler les articles de la capitulation. Il étoit déjà d'accord là-dessus avec Simon de Montfort lorsque l'abbé de Cîteaux 8c maître Thédise étant survenus, Simon déclara au seigneur de Minerve qu'il ne pouvoit rien déterminer touchant la reddition de la place sans l'aveu de cet abbé, qui étoit le maître de tous les croisés St à qui il appartenoit d'ordonner tout ce qui conviendroit. L'abbé se trouva fort embarrassé, dit' l'historien de Simon, il souhaitait extrêmement la mort des ennemis de Jésus-Christ, mais étant prêtre 6* religieux il n'osoit opiner â faire mourir les hahitans de Minerve. Il imagina un expédient pour se tirer d'affaires Si faire échouer la capitulation. 11 ordonna à Simon de Montfort Se à Guillaume de Minerve de rédiger chacun en particulier, par écrit, les articles dont ils étoient convenus verbalement, dans l'espérance qu'ils ne seroient pas d'accord Si. que ce seroit une occasion de rompre le traité. En effet, Guillaume ayant lu les conventions, Simon en contesta la vérité Si lui déclara qu'il n'avoit qu'à retourner dans son château Si à le détendre comme il pourroit. Guillaume dit alors qu'il faisoit Simon le maître de décider des conditions; mais ce général en déféra l'honneur à l'abbé de Cîteaux qui les régla de la manière suivante ; i° Il accorda la vie sauve à Guillaume de Minerve, à tous les catholiques qui étoient dans le château Si même aux fauteurs des hérétiques. 2° Il ordonna que Simon demeureroit maître de la place. 3° Il consentit que les hérétiques parfaits, qui y étoient en grand nombre, eussent aussi la vie sauve s'ils vouloient se convertir. Robert de Mauvoisin, qui étoit présent, se récria beaucoup sur ce dernier article, disant qu'on étoit venu pour exterminer les hérétiques Si non pour leur taire grâce. Il ajouta qu'il étoit à craindre que ceux de Minerve ne fissent semblant de se convertir pour sauver leur vie, Si, résistant en face à l'abbé de Cîteaux, il protesta que les croisés ne passeroient jamais cet article. L'abbé lui répliqua : Rassure-^-vous, vous n'avej rien à craindre, parce que peu se convertiront,

* Pierre de Vaux-Cernay, c, 3^.

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La capitulation étant ainsi arrêtée, les croisés entrèrent dans Minerve, le 2 2 de juillet de l'an 1210, en chantant le Te Deum, précédés de la croix St des drapeaux de Simon de Monttort. Ils se rendirent aussitôt dans l'église qu'ils réconcilièrent, & ils arborèrent sur le clocher, d'un côté l'étendard de la croix, £< de l'autre celui de Simon. Gui, abbé de Vaux-Cernay, alla ensuite trouver les hérétiques qui s'étoient rassemblés dans deux maisons, les hommes dans l'une 8c les femmes dans l'autre. Il exliorta d'abord les premiers à se convertir 8c entra en conférence avec eux. Un historien' moderne rapporte les discours qui furent faits alors de part 8t d'autre^ mais par malheur cet auteur a donné carrière à son imagination 6t il les a composés à plaisir. Ce qu'il y a de vrai, c'est que les hérétiques refusèrent de se rendre aux exhortations de l'abbé de Vaux-Cernay, dont l'éloquence ne put rien gagner sur eux non plus que sur les femmes. Simon de Montfort étant alors entré dans Minerve, fît de nouveaux efforts pour engager les hérétiques à abjurer leurs erreurs; mais, voyant qu'ils demeuroient toujours obstinés, il ordonna qu'on les arrêtât. Il fit ensuite dresser un grand bûcher 8t les condamna à être brûlés vifs. La sentence fut exécutée sur-le-champ; plus de cent quarante de ceux qu'on appeloit parjaits, ou même plus de cent quatre-vingts, suivant d'autres*, moururent dans les flammes. Il ne fut pas nécessaire qu'on les jetât dans le bûcher, ils s'y précipitèrent d'eux-mêmes avec un courage digne d'une meilleure cause. De ce grand nombre il n'y eut que trois femmes qui furent sauvées, 8c que la mère de Bouchard de Marly (Mahaud de Garlande) fît retirer du bûcher 8c réconcilier à l'Eglise. Après cette exécution, tous les autres habitans de Minerve renoncèrent à l'erreur Se se convertirent. Quant à Guillaume, seigneur ou vicomte de ce château, Simon lui donna en échange divers domaines aux environs de Béziers: mais Guillaume lui manqua de , "îf; "'''S'"-.

' 1 1. lu, p. 19 5.

fidélité bientôt après.

Outre l'abbé de Cîteaux, l'évêque de Riez 8< maître Thédise, Bérenger, archevêque de Narbonne, Foulques, évêque de Toulouse, Raimond, évêque tl'Uzès, Se i'abbé de Vaux-Cernav, se trouvèrent au siège de Minerve, comme nous l'apprenons d'une donation que Raimond-Trencavel, fils de Jeu Raimond'Trencnvel ^ de S. (Saure), sa femme, fit alors -^ de tous les droits qu'il avoit soit par son père, soit par sa mère, sur les vicomtes de Béziers, Carcassonne, Albi, Razès Se Agde, en faveur de Simon de Montfort. Quelques auteurs"* prétendent que ce Raimond Trencavel étoit lils du vicomte Raimond-Roger, mort en 1209, après la prise de Carcassonne, 8c d'-i^gnès de Montpellier, sa femme; mais ils se trompent. Raimond-Trencavel dont il s'agit ici étoit oncle paternel de ce vicomte 8c fils puîné de Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers Se de Carcassonne, tué en 1167, Se de Saure, sa seconde femme. Comme il avoit été simplement apanage, Simon de Montfort ne fît pas une grande acquisition par cette cession qui, outre qu'elle

' L.Tngloi5, Histoire de U croisaJe contre les alii- ' Tome VIII, Chartes, n. CIII, ce. Ocç, 6i i.

geois,l. i, p. i6d & siiiv. ' De Vie, Chronicon episcoporum Carcassonen-

' Robertus Altis&iodorsr.sîs, Chronicon. sium, p. 86.

An

étoit forcée, ne pouvoit se faire au préjudice du fils légitime de Raimond- Roger.

Nous inférons que Réginald, évêque de Béziers, se trouva aussi au siège de Minerve, d'une ' donation que Simon, comte de Leycestre, seigneur de Montjbrt, & par la grâce de Dieu vicomte de Bé-^iers 6" de Carcassonne, fit à ce prélat, le 20 de juillet de l'an 12 10, du Châteauneuf, dans la paroisse de Vendres, au diocèse de Béziers, « qui avoit été confisqué sur Bernard de « Riussec, quoique ce seigneur, après avoir été condamné comme hérétique, « eût été réconcilié à l'Eglise. » Simon se réserva l'hommage, & l'évêque de « Béziers déclara qu'il le reconnoissoit comme son prince spécial, son protec- « leur Se celui de son église. L'acte fut passé en présence d'Arnaud, abbé de Cîteaus, Guillaume, archidiacre de Paris, Bernard, abbé de Saint-Aphrodise de Béziers, Robert de Mauvoisin, chevalier françois, 8tc.

LXXXVIII. — Le pape confirme Simon dans la possession de la ville d'Albi, £* jàit lever de nouveaux subsides pour la croisade.

Le pape confirma à Simon la possession de la ville d'Albi par une bulle ^ du 28 de juin de cette année. Il écrivit-*, le même jour, aux abbés & aux autres prélats des diocèses de Narbonne, Béziers, Carcassonne, Toulouse Si AIbi, pour leur ordonner de remettre entre les mains de Simon tous les effets que les hérétiques qui retuseroient de se convertir leur avoient confiés, Si donna pouvoir"* à l'évêque de Riez Si à l'abbé de Cîteaux de faire lever dans les provinces de Besançon, Bordeaux Si Vienne, Si dans les diocèses de Pampelùne, Limoges, Clermont, le Puy, Mende, Cahors Si Rodez, les subsides qui étoient destinés pour l'entretien des troupes contre les hérétiques de la Province. 11 leur marque qu'ils dévoient user de prières Si d'exhortations dans les autres provinces pour obtenir un pareil subside. Le pape chargea^ ces deux légats d'informer sur les plaintes qu'on lui avoit faites contre les archevêques de Narbonne Si d'Auch qu'on accusoit, non-seulement d'une grande négligence dans l'exercice de leur ministère, mais encore de mauvaises mœurs; il leur enjoint de régler là-dessus tout ce qui sera convenable Si d'employer les censures ecclésiastiques pour se faire obéir.

' Trésor des chartes de Carcassonne. — Voyez le plus I.irge & mettre le commencement du siège

tome VIII, ce. 599 à 601. L'acte est daté de Bc- vers le 1" juin, la reddition de la place le 18

ziers, & ne prouve pas que l'évêque de cette ville juillet. [A. M.]

ait assisté au siège de Minerve; il nous montre ■ Innocent. III 1. |3, Epist. 86. — [Potthast,

seulement que le siège de Minerve finit quelques n. 4026.]

jours .luparavant. Pierre de Vaux-Cernay (c. jçj) ' Innocent. III Epist. ap. Pierre de Vaux-Cer-

place la prise de Minerve vers la fête de la Ma- nay, édition de i6i5, p. 32.5 & suiv.

deleine (22 juillet); ailleurs il dit que le siège < Innocent. III 1. i.î, Epis:. 87. — [Potthast,

dura sept semaines (t. By). Enfin, il dit qu'il n. 4022.]

commença yen [cire a) la Saint -Jean (24 juin). Il ^ Innocent, III 1. i3, Epist. 88. — [Potthast,

faut prendre l'expression de circa dans son sens n. 4027.]

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LXXXIX. — Suite des expéditions de Simon. — Arrivée de nouveaux

croisés.

La prise du château de Minerve' fut suivie de la soumission de celui de Ventalon, dans le Minervois, dont le seigneur vint se soumettre volontairement à Simon de Montfort. Ce général s'y rendit aussitôt 8c le fit raser, en punition de ce que la garnison avoit beaucoup incommodé les croisés. Aymeri, seigneur de Montréal, 8c les habitans de cette ville lui députèrent en même temps pour demander à se réconcilier avec lui, avec offre de la part du premier de lui céder cette place, à condition qu'il le dédonrmageroit par quelque autre domaine. Simon accepta ces offres 8c prit possession du château de Montréal ; mais Aymeri lui manqua bientôt de parole 8c se joignit à ses ennemis.

Simon reçut peu de temps ^ après un renfort de divers croisés de France, conduit par un chevalier, nommé Guillaume de Caïc, qui lui annonça la prochaine arrivée d'un corps de Bretons. Ces peuples s'empressèrent à l'envi de prendre part à la croisade contre les hérétiques de la Province dans la vue de gagner les indulgences qui y étoient attachées. Un renfort si considérable détermina Simon à entreprendre quelque expédition de conséquence, &c il , '"j')} °'''*''"c résolut d'aller assiéger le château de Termes, l'une des plus fortes places qui fussent au pouvoir des hérétiques. Dans ce dessein, il se rendit avec l'abbé de Cîteaux à Penautier, dans le diocèse de Carcassonne, Se ayant mandé la comtesse, sa femme, il lui donna ses ordres pour les préparatifs du siège 8c la garde du pays pendant son absence, 8c nomma Verles d'Encontre pour commander à Carcassonne sous l'autorité de cette dame.

XC. — Accord entre le comte de Toulouse 6- Bertrand de Baux, prince d'Orange. — Raimond Pelet, seigneur d'Alais, rend hommage au premier.

L'évêque de Riez 8c maître Thédise, voulant cenir le concile qu'ils avoient indiqué à Saint-Gilles pour y recevoir la purgation canonique du comte Raimond, s'acheminèrent vers le Rhône, après la prise de Minerve. Ce prince, qui avoit déjà pris les devants, passa un^ accord, le 12 de juillef*, dans son palais de Saint-Gilles, avec Guillaume de Baux (prince d'Orange), fils de Bertrand. Par cet acte : 1° Guillaume cède à Raimond le château de Vachères avec ses dépendances. 2° Il lui pardonne tout le mal que ce comte lui avoit fait Se à ses alliés. 3° Raimond donne en fief à Guillaume le château d'Uchaut, au diocèse de Nimes, tout ce qu'il y avoit à Frigoulet, Se

■ Pierre de Vaiix-Cernay, c. 39. s''g' ^' Termes fut décidé. Guillaume de Contres

' /AiV, c. 40. — Robertiis Altissiodorenscs, CAro- fut chargé de garder la cité de Carcassonne sous

nlcon. — Voyez tome VIII, ce. 47, 48. — Guillem l'autorité de la dame de Montfort. (A. M.] de Tudèlc, yen 1089-1154. Cet auteur donne le ' Tome VIII, Chartes, n. XCVII, ce. i59o, 591 .

récit du conseil tenu à Penauiier, dans lequel le '' Corrigez le 14 juillci. |A. M.|

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divers autres domaines. Après cet accord, le comte de Toulouse fit un voyage à Uzès, où il reçut, le 18 de juillet, l'aveu de Raimond Pelet qui déclare qu'il teiioit de lui en fief tout ce qu'il possédoit au dedans Se au dehors de la ville d'Alais, le château de Bocoiran, au diocèse d'Uzès, 8c tout le reste de ses domaines.

XCI. — Accord entre Raimond, comte de Toulouse, &> l'évêque de Viviers.

Raimond se rendit ensuite à Saint-Saturnin, aujourd'hui le Pont-Saint- Esprit, sur le Rhône, où il joignit l'évêque de Riez 8t maître Thédise, qui autorisèrent l'accord qu'il passa alors avec Bernon , évêque de Viviers. Ce prélat 81 ses chanoines' se plaignoient : 1° De ce que le comte avoit tait construire dans leur fonds le château de Fanjeau, dans le pays de Largentière. 2° De ce qu'il avoit acquis & possédoit injustement plusieurs fiefs dans leur mouvance ou dans leurs propres domaines. 3° Ils soutenoient que la transaction^ que feu Raimond, comte de Toulouse, avoit faite avec Nicolas, évêque de Viviers, étoit nulle, 8<. demandoient la restitution des châteaux d'Aiguèse, de Groupière 8<. de Remoulins, de deux cents marcs d'argent Si de six deniers par marc sur tout l'argent qu'on tiroit des mines. 4° Ils prétendoient que le comte Raimond, le comte, son père, 81 leurs officiers leur avoient causé de grands dommages à Largentière, avec les Agenois qu'ils avoient pris à leur solde. Raimond se plaignoit de son côté de ce que l'évêque de Viviers ne vouloit pas ratifier Si sceller de son sceau la transaction qu'il avoit passée avec Nicolas, prédécesseur de ce prélat. Enfin, après que le comte Se l'évêque eurent tait valoir leurs raisons devant Hugues, évêque de Riez, légat du Saint-Siège, S<. maître Thédise, délégué par le pape, ils convinrent des articles suivans par la médiation de Raimond, évêque d'Uzès : 1° L'évêque de Viviers céda en fief au comte le château de Fanjeau avec la partie de la maison qu'il y avoit Si celle que le même comte pourroit acquérir de Bernard d'Anduze, de Pierre de Bermond, son fils. Si d'Aymar de Poitiers (comte de Valentinois). 2° Ce prélat se désista de toutes les autres demandes Si confirma en faveur de Raimond les transactions passées entre ce prince ou le comte, son père, d'un côté, 81 les évêques de Viviers de l'autre; excepté la moitié des revenus des mines de Largentière qu'il se réserva, au lieu qu'il n'en avoit que le tiers par les transactions précédentes. Il se réserva de plus la dîme de la dîme du profit des mines comme auparavant. 3^ Le comte restitua à l'évêque 81 à l'église de Viviers quelques fiefs qu'il avoit acquis dans leur domaine, sans leur consentement. Sic. 4° Il prêta serment de fidélité sur les saints évangiles à l'évêque, jura d'observer tous ces articles 81 promit que lui Si ses successeurs feroient hommage pour ce fief au martyr saint Vincent, sur son autel, dans la cathédrale de Viviers, avec la cérémonie que l'évêque tiendrait

' Voyez tome VIII, Chartes, n, XCIX, ce. Spz ' Voyez dans ce volume, livre XX, n, xx\ii,

à 598, pp. i,T8, I 3n,

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lu chaîne que le comte porterait au col en baisant l'autel, 5° Le comte Si levêque se donnèrent réciproquement pour cautions Pons de Montlaur 8t Dragonet de Montdragon, avec la plus saine partie des habitans de Largentière, 8t, s'étant rendus ensuite à Viviers, dans le cloître de l'évêque, ils firent sceller cet accord de leur sceau de plomb y le 17 d'août suivant, en présence du comte Baudouin, frère du comte de Toulouse, 8t de divers seigneurs.

XCII. — Concile de Saint-Gilles ; on y refuse au comte de Toulouse de se purger du crime d'hérésie &< de la mort du légat Pierre de Castelnau.

On voit par cet acte que Raimond, pour ôter tout prétexte aux légats de ('^,''ii°'''''',"" refuser de. le recevoir à se purger du crime d'hérésie & de la mort de Pierre de Castelnau, faisoit tous ses efforts pour satisfaire à leurs ordres & s'accorder avec les évêques Si les autres prélats de ses Etats qui se plaignoient des dommages qu'il leur avoit causés; mais tous les soins du comte pour parvenir à une justification qu'il souhaitoit avec tant d'ardeur furent inutiles. En effet, le concile de Saint-Gilles s'étant assemblé au temps marqué, c'est-à-dire vers la fin de septembre' de l'an 1210, on ne voulut pas permettre qu'il se purgeât sur ces deux articles, malgré ses pressantes sollicitations Si les ordres précis que le pape avoit donnés, mais que les deux légats interprétèrent comme ils voulurent. C'est ce qui paroît par le témoignage de Pierre de Vaux-Cernay, qu'on ne peut assurément soupçonner d'être favorable à ce prince. « L'évêque de Riez Si maître Tliédise ayant convoqué à Saint-Gilles, Il dit cet historien^, les archevêques, les évêques Si plusieurs autres prélats, « le comte de Toulouse se présenta devant eux pour se purger du crime Il d'hérésie Si du meurtre du légat Pierre de C^^astelnau. Maître Thédise ayant « pris la parole déclara au comte, du conseil des prélats, qu'on ne recevroit « pas sa justification sur ces deux articles, parce qu'il n'avoit pas exécuté les Il ordres du pape qu'il s'étoit engagé d'accomplir plusieurs fois. Il fit entendre Il au concile que Raimond axant négligé d'obéir en des choses de peu de Il conséquence, il ne lui seroit pas difficile de se parjurer, soit par lui-même, « soit par ses complices, sur des articles plus considérables, savoir : sur le Il crime d'hérésie Si sur la mort du légat, Si qu'ainsi il ne falloit pas l'admettre Il à se justifier, jusqu'à ce qu'il eût entièrement satisfait à tout ce qui lui Il avoit été ordonné. Le comte, se voyant frustré de ses espérances, se mit à 11 pleurer; maître Thédise, qui s'en aperçut Se qui étoit persuadé que ses Il larmes n'étoient pas des larmes de componction 81 de pénitence, mais plutôt " de méchanceté Si de chagrin, lui adressa alors ces paroles de l'Écriture : I' Quelque^ grand que soit le débordement des eaux, elles n'arriveront pas Il jusqu'à lui. » Cet historien ajoute que le comte Raimond fut alors excommunié derechef avec tous ses tauteurs Si ses coadjuteurs, du conseil 81 du

Voyez tome VII, Nate XVI, pp. 46, 47. ' Psauine 3i, ^ 8,

Pierre dç Vaux-Cernay, c. 35.

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consentement des prélats qui composoient l'assemblée, & cela pour plusieurs raisons très-légitimes; mais il nous paroît' qu'il se trompe sur cet article ik que Raimond ne fut excommunié que quelques mois après.

C'est ce qu'on peut inférer aisément d'une lettre^ que l'évêque de Riez 8c Tliédise, chanoine de Gênes, qui présidèrent au concile de Saint-Gilles, écrivirent, en I2i3, au pape Innocent III, pour lui rendre compte de la manière dont ils s'étoient comportés envers le comte de Toulouse. « Nous u faisons savoir à votre sainteté, disent-ils dans cette lettre qui nous apprend « quelques autres circonstances du concile de Saint-Gilles, ce que nous avons Il fait dans l'affaire de Raimond, comte de Toulouse, qu'elle nous a commise (( autrefois. Nous avons tenu un concile à Saint-Gilles au bout de trois mois, i< suivant la teneur du rescrit^ apostolique, & les archevêques, les évêques, « les autres prélats, les barons mêmes, Se tous les autres dont nous avons cru « la présence nécessaire s'y sont trouvés. Nous avions ordonné au comte, par « nos lettres, de chasser avant toutes choses de ses Etats les hérétiques 8t les « routiers, Si d'exécuter tous les autres articles qu'il s'étoit engagé d'accom- « plir, de crainte, s'il y manquoit, qu'il ne mît obstacle à sa justification. Ce « comte ayant été cité au concile y parut; mais comme nous vîmes manites- « tement qu'il n'avoit pas exécuté ou qu'il n'exécutoit pas les ordres qu'il « avoit reçus de la part de divers légats, surtout de celle de maître Milcn, de « bonne mémoire, tout le concile fut d'avis de ne pas le recevoir alors à se « justifier, car il n'étoit nullement vraisemblable qu'on pût s'en rapporter à « son serment sur les deux crimes capitaux dont il étoit accusé, savoir : sur « celui d'hérésie Si sur la mort du légat, après qu'il avoit transgressé si sou- « vent ses sermens sur des choses d'une moindre importance. Les pères du « concile Si nous lui enjoignîmes donc de chasser de ses domaines les héré- « tiques Se les routiers 8c d'accomplir fidèlement tous les autres articles, afin « de se rendre digne de recevoir de notre part, quand il le demanderoit, t^iii"'^'"8 " l'exécution des ordres du siège apostolique. Après s'être retiré du concile, « non-seulement il n'a pas exécuté ce que nous lui avons ordonné, mais il « s'est livré absolument à son sens réprouvé. Se, oubliant la grâce que le « Saint-Siège lui avoit faite, Se qu'il ne méritoit pas, il a ajouté iniquité sur « iniquité 8c a commis des crimes encore plus énormes, en sorte que les légats « l'ont plusieurs fois excommunié Se l'ont dépouillé de tous ses domaines, H dont ils ont disposé en faveur du premier occupant. Au reste, que votre K sainteté ne croie pas que nous ayons apporté la moindre négligence dans Il l'exécution de ses ordres, car nous avons cité plusieurs fois le comte, 8c il n'a « pas daigné se présenter devant nous ; il a refusé en notre présence de satis- « faire les évoques de Carpentras Se de Vaison Se leur clergé. Se de payer la « somme de près de mille marcs d'argent k laquelle, moi, évêque de Riez, Se « maître Milon, de bonne mémoire, l'avions condamné autrefois, sous peine

' Voyez tome VII, Note XVI, n, 7, pp. 48, 49. ' Innocent. III I. 12, Epist. |36.

' Innocent. III 1 lû, Epist. Sp.

« d'excommunication, en dédommagement des pertes qu'il avoit causées à ces « prélats Se à leurs églises, aux autres ecclésiastiques Se aux pauvres misé- « râbles qu'il a dépouillés de leurs biens, comme nous avons eu soin de vous « en instruire par l'évêque de Nimes, alors abbé de Saint-Ruf, par nos lettres (> 8c par moi-même Thédise, qui ai été ensuite à vos pieds vous faire le rap- « port de tout ce qui s'étoit passé, &C. »

Cette lettre fait voir manifestement : i° Que le but des légats, dans le concile de Saint-Gilles, fut d'éluder les preuves que le comte de Toulouse étoit prêt de leur donner de son innocence touchant le crime d'hérésie Se le meurtre de Pierre de Castelnau, afin de se dispenser de lui rendre les places qu'il avoit remises entre leurs mains. 2° Que pour avoir un motif plausible du refus qu'ils lui firent de recevoir sa justification sur ces deux chefs, ils supposèrent qu'il n'avoit exécuté aucun des articles que le légat Milon avoit exigés de lui. 3° Qu'ils ne l'excommunièrent pas d'abord dans le concile de Saint-Gilles, mais seulement quelque temps après, sous prétexte de cette inexécution. Nous verrons, en effet, plus bas, qu'il se tint plusieurs conférences après ce concile pour négocier la paix de ce prince avec les légats & avant c[ue ceux-ci en vinssent à l'excommunication. Il paroît, d'ailleurs, que le comte de Toulouse n'étoit pas encore excommunié, le 17 de décembre de cette année, lorsque le pape, à qvii les légats avoient rendu compte de ce qui s'étoit passé dans le même concile, 8c à qui ils avoient fait entendre que le comte n'obéissoit pas à ses ordres, lui écrivit la lettre suivante :

« Il n'est pas décent', dit le pape dans cette lettre, à un personnage d'un (( aussi grand nom que le votre, d'être négligent dans l'exécution des justes <( promesses qu'il a faites, quand il souhaite qu'on lui tienne celles qu'on lui « a données. Puisque vous avez donc promis de chasser les hérétiques de vos « domaines, nous sommes également surpris 8c afiligé d'apprendre qvi'ils y « habitent encore par votre négligence, pour ne pas dire par votre permission. « Outre le péril de votre âme, comme votre réputation en pourroit souffrir « considérablement, nous vous prions 8c nous vous exhortons de ne pas dif- « férer à les exterminer, ainsi que vous l'avez promis en notre présence; « autrement leurs biens seront accordés, par le jugement de Dieu, à leurs Il exterminateurs. »

Si le comte de Toulouse eût été alors excommunié, le pape lui auroit parlé dans des termes bien plus forts; ce qu'on peut confirmer par une autre lettre* qu'il lui écrivit le même jour, ainsi qu'aux comtes de Foix 8c de Comminges, pour leur recommander Simon de Montfort. Aussi voyons- nous qu'Innocent III ne confirma^ que le 17 d'avril de l'année suivante l'excommunication que ses légats avoient lancée contre ce prince. On peut ajouter enfin que le pape, à qui ses légats firent entendre tout ce qu'ils voulurent, étoit persuadé c[ue le comte de Toulouse avoit refusé de se justifier au concile de

' Innocent. III I. r3, Epist. 188. — [Potthast, 'Innocent. III 1. 14, Epiit. 36. — [Potthast,

' Voyez tome VIII, Chartes, a. C, ce. 601 , 602.

VI, }a

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Saint-Gilles sur les deux articles qui, suivant ses ordres, dévoient lui procurer la restitution des châteaux qu'il avoit donnés pour gage de son innocence. C'est ce qui paroît par une lettre' que ce pontife écrivit, au mois d'août de l'an mi, au roi Philippe-Auguste, Se dans laquelle il lui parle en t.'^iii°p.''i9o. ces termes : « Nous savons que le comte ne s'est pas justifié, mais nous igno- « rons si c'est par sa faute, quoiqu'on dise communément qu'il passe pour Il hérétique dans le pays. » Nous avons cru devoir entrer dans ce détail pour étahlir l'ordre Si la vérité des faits.

Si nous en croyons un ancien^ auteur, les évêques qui assistèrent au concile de Saint-Gilles ne furent pas tous également opposés au comte Raimond. « Le légat ayant assemblé le concile, dit cet historien, à l'instigation de <c Foulques, évêque de Toulouse, qui cherchoit tous les moyens de dépouiller « le comte de ses domaines, ce prince s'y rendit, comme vrai obéissant à « l'Église, sans penser au piège qu'on lui tendoit. Raimond ayant montré « les lettres du pape qui lui permettoient de se justifier, les avis des évêques « furent partagés. Les uns vouloient le recevoir à faire preuve de son inno- « cence Se tâchoient d'excuser sa conduite; les autres le regardoient comme « criminel & refusoient de l'entendre; ainsi on se sépara sans rien conclure. « Le comte, averti du dessein qu'avoit le légat de le déposséder de ses Etats, « se retira alors 8< prit la route de Toulouse pour aller mettre ordre à ses « affaires. » Il se rendit, au mois de décembre, dans l'Albigeois, où il eut une conférence avec Simon de Montfort.

XCin. — Siège & prise du château de Termes par Simon de Montjort,

Maison de Termes.

Nous avons dit que Simon de Montfort, après la prise de Minerve, avoit ordonné, sur la fin de juillet, de préparera Carcassonne toutes les machines nécessaires pour le siège de Termes. Lorsque ^ tout fut prêt, il prit les devants à la tête de ses troupes & laissa à Verles d'Encontre, qui commandoit à Carcassonne, le soin de faire partir toute cette artillerie. Verles l'ayant fait charger sur des chariots hors la ville, Pierre-Roger, seigneur de Cabaret, qui en fut averti par ses espions, sortit de ce château avec trois cens hommes choisis, 8t s'étant avancé vers Carcassonne, il s'approcha pendant la nuit 6i tâcha avec sa troupe de rompre à coups de hache les machines qu'on avoit préparées pour le siège de Termes. Les sentinelles ayant fait du bruit, la

' Innocen*. III 1. 14, Eplst. i63. — [Potthast, monta immédiaiement à clieval pour s'en retour-

n. 4300; la lettre est du 25 août m i.] ner à Toulouse. [A. M.]

• Voyez tome VIII, ce. 53, 54. — Guillem de ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 4 & suiv. — Rober-

Tudèle, vers i32o-i343. Le texte du poète a été, tus Altissiodorensis, CAronicon. — Voyez tome VIII

comme toujours, développé dans un sens favo- de cette édition, ce. 48 à 5o. — Guillem de Tudèle,

rable au comte de Toulouse, par l'Anonyme. vers 1 160-1239. Le récit du poëte est le plus com-

, Guillem de Tudèle se contente de dire que les plet & de beaucoup le plus clair. L'Anonyme a

exigences des légats furent telles que le comte dit : ajouté l'historiette de Pierre-Roger échappant 9.

En fin de compte tout mon comté y passerait,^ t^u'il ses ennemis par un stratagème. [A. M.]

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garnison de Carcassonne accourt au secours S<. oblige Pierre-Roger à prendre la fuite; mais ayant rallié sa troupe il se met en embuscade dans un endroit par où le convoi devoit passer. Verles d'Encontre, de son côté, se doutant de quelque surprise, fit accompagner les machines par une grosse escorte dont une partie s'avança pour battre l'estrade. Ceux, de Cabaret, voyant passer le détachement à la pointe du jour, sortent de l'embuscade, l'attaquent & le mènent battant jusqu'aux chariots qui étoient encore dans un pré voisin de l'Aude. Le choc devient alors très-vit de part & d'autre jusqu'à ce qu'enfin le gotiverneur de Carcassonne, étant accouru avec de nouvelles troupes, oblige Pierre-R-oger à céder après avoir combattu avec beaucoup de valeur. Ce seigneur évita plusieurs fois d'être tait prisonnier dans la mêlée par un stratagème qui lui réussit. Se voyant pressé par les croisés, il crioit de toutes ses forces : Montjbrt, Montjbrt, 6c on le prit en effet pour un ami. De crainte de nouvel accident, on reconduisit à Carcassonne les machines qui, d'ailleurs, avoient besoin d'être raccommodées. On les fit partir quatre à cinq jours après sous l'escorte d'un corps de Bretons qui étoient arrivés & qui allèrent joindre Simon devant Termes.

Ce château a donné son nom à l'ancienne viguerie du Termenois, portion considérable du diocèse de Narbonne, laquelle s'étend vers les Pyrénées S< Te Roussiilon ; il est situé sur une montagne élevée qui est environnée de toutes parts de vallées profondes, de précipices 8c de rochers affreux, 8c qui n'est accessible que par un seul endroit, où les rochers ne sont pas tout à fait si escarpés. Il étoit alors entouré de deux faubourgs séparés par une bonne muraille. Le plus haut étoit situé sur la cime de la montagne, 8c l'autre, qui lui servoit d'enceinte, sur le penchant. Ce dernier étoit défendu par une seconde muraille, 8c ces fortifications étoient soutenues par une tour construite sur le sommet d'un rocher, appelé Tumet, éloigné d'un jet de pierre du château. La garnison étoit très-nombreuse 8c composée de bons soldats, parmi lesquels il y avoit plusieurs Catalans; elle étoit commandée par Raimond de Termes, vaillant capitaine, qui avoit vieilli dans l'exercice des armes Se avoit eu soin de pourvoir la place de toute sorte de munitions de guçrrc 8c de bouche; en sorte qu'elle passoit pour imprenable &c qu'il paroissoit que c'étoit une grande témérité que d'en entreprendre le siège.

Raimond de Termes descendoit d'une des plus anciennes maisons de la i,'u!,°3™. Province qui possédoit depuis longtemps le château de ce nom 8c tout le pays de Termenois, partie sous la mouvance des vicomtes de Eéziers 8c de Carcassonne 8c partie sous celle de l'abbaye de La Grasse. La maison de Termes étoit alors partagée en deux branches de l'une desquelles il ne restoit plus que Rixovende, fille d'un autre Raimond de Termes, laquelle restitua', en i2o8, à l'abbaye de La Grasse, le château 8c le village de Palairac, avec plusieurs autres domaines voisins, qu'elle, Pvaimond &c Pierre- Olivier de Termes, ses cousins, 8c leurs ancêtres avoient usurpés sur ce monastère 8c dont

■ Tréîor des chnrtesj La Grnsse, n. i . — [J. 3/j3 Cf.. TeuUt, Layctta, t. i, p. 322 & siiiv.]

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ils avoient conservé la possession, malgré l'excommunication que Pons d'Arsac, archevêc[ue de Narbonne, & ensuite Bérenger, son successeur, avoient lancée contre eux par ordre du pape. Pvix.ovende, en faisant cette restitution, prit le voile, & l'abbé de La Grasse la reçut dans le chapitre des religieuses de ce monastère. Raimond de Termes, chef de l'autre branche, épousa Ermessinde de Courtsavine ', cfui fit un accord^ en 1197, du consentement du même Pv.aimond, son mari, avec Pvobert, abbé d'Arles, en Pvoussillon, au sujet de la restitution de ciuelques domaines. Ce seigneur fut père du célèbre Olivier de Termes, l'un des plus grands capitaines de son siècle, dont nous aurons occasion de parler dans la suite. Il s'étoit-^ rendu si formidable par ses exploits qu'il avoit tenu tête, lui seul, tantôt au roi d'Aragon, tantôt au comte de Toulouse £< tantôt au vicomte de Béziers, son seigneur. Mais s'il étoit recommandable par sa naissance & par sa bravoure, il avoit eu le malheur de donner tellement sa confiance aux hérétiques, qu'on assure qu'on n'avoit pas célébré les saints mystères dans l'église de Termes depuis plus de trente ans^ quand Simon de Montfort mit le siège devant ce château'^.

Le peu de troupes que ce général avoit avec lui lorsqu'il commença cette entreprise ne lui permit pas d'abord de faire toute la circonvallation de la place. Aussi les assiégés, peu alarmés de son attaque, sortoient 8< entroient librement, sans qu'il fût possible de l'empêcher. L'armée des croisés avant grossi quelque temps après par l'arrivée de plusieurs pèlerins françois 8< allemands, Montfort serra le château de plus près, malgré les fréquentes escarmouches qu'il étoit obligé de soutenir contre la garnison de Cabaret, qui portoit ses courses jusque dans son camp, se |>ostoit sur les grands chemins 8c ne faisoit grâce à aucun de ceux qu'elle pouvoit rencontrer. Cet obstacle fit durer longtemps les travaux du siège, même après l'arrivée des évêques de Chartres Si de Beauvais, de P\.obert, comte de Dreux, & du comte de Ponthieu, qui amenèrent un renfort très-considérable à Simon.

Ce général, après beaucoup de peine & de travail, fit dresser enfin de grands pierriers pour battre les murailles du premier faubourg. Guillaume, archidiacre de Paris, se donna beaucoup de mouvemens, soit pour animer les croisés, soit pour avancer la construction des machines, soit enfin pour combler les vallons &c aplanir les rochers. Après que les pierriers eurent fait une brèche considérable, les croisés se disposèrent à donner l'assaut. Les assiégés ne l'attendirent pas. Se, ayant mis le feu à ce premier faubourg, ils l'abandonnèrent. Les croisés accoururent aussitôt pour l'éteindre 8< se saisir de ce poste; mais la garnison ayant fait alors une sortie vigoureuse, elle tomba si rudement sur eux qu'elle les obligea à se retirer après une grande perte. Cet

' Corrige^ Couitsavi. [A. M.] des habitants de Termes à l'hérésie avait été bien

' Mcirca Hispanica, c. r33 & seq. prompte, car, dans le courant de l'année ii(.3

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 40 & suiv, — '^^oyez (Voyez tome V de cette édition, c. 1278), eux

tome VIII de cette édition, ce. 5o à 52. — Ro- & leurs seigneurs se cotisaient pour faire cons-

bertus Altissiodorensis, Chronicon, truirc une nouvelle église en dehors du château. ■* Il faut convenir que, dans ce cas, l'adhésion [A. M.]

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échec ne découragea pas les assiégeans; ils travaillèrent ensuite à couper la communication qui étoit entre le château de Termes & la tour de Tumet, qui les incommodoit beaucoup, Se trouvèrent moyen, quoiqu'avec une peine infinie, de placer un mangonneau entre l'un & l'autre. Cette machine fit un tel fracas, malgré les eftorts des assiégés pour la détruire, que ceux ([ui gardoient la tour de Tumet, ne pouvant ni soutenir l'attaque des assiégcans, ni espérer aucun secours, l'abandonnèrent pendant la nuit. Les troupes de l'évêque de Beauvais, c[ui avoient attaqué ce poste, s'en saisirent dès le lendemain & y arborèrent l'étendard de ce prélat.

Les pierriers firent cependant plusieurs brèches aux murailles de la place; mais les assiégés les réparèrent aussitôt en substituant derrière une nouvelle muraille avec des poutres & des pierres. Montfort fit dresser un mangonneau sur un rocher escarpé peu éloigné des murailles Se en confia la garde à cinq t.'iu,°p!*^io'i. chevaliers 8< trois cents sergens. Les assiégés, que cette machine incommodoit beaucoup, détachèrent huit cens hommes qu'ils soutinrent par un plus grand nombre pour tâcher d'y mettre le feu. Ce détachement débusqua bientôt les troupes qui gardoient le mangonneau, Se il n'y resta qu'un chevalier, nommé Guillaume de Scuret, cjui résista lui seul à tous les efforts des assiégeans. Les croisés, vo}ant qu'ils ne pouvoient le secourir, firent mine de monter à l'assaut pour le délivrer Se sauver leur machine. Ce stratagème leur réussit. Ceux de Termes abandonnèrent aussitôt cette attaque pour aller au secours de la place.

La longueur du siège 8< le défaut de vivres commençoient déjà à décourager les croisés, lorsque l'eau vint à manquer entièrement aux assiégés par le soin que Simon avoit pris de boucher ou de détourner toutes les sources qui pouvoient leur en fournir; les habitans de Termes, réduits aux abois, demandèrent alors à capituler. Simon leur envoya (Gui de Lévis) son maréchal, pour traiter avec eux. Raimond de Termes offrit de remettre la place, à condition que Simon lui donneroit ailleurs un domaine équivalent Se qu'il la lui rendroit après Pâr[ues. Les évêques de Beauvais Se de Chartres 8< les comtes de Dreux Se de Ponthieu, comptant que l'expédition étoit finie, se disposèrent alors à partir, malgré les instantes prières que Simon Se la comtesse, sa femme, leur firent de ne pas les abandonner jusqu'à ce que le château de Termes fût rendu; mais toutes leurs sollicitations furent inutiles; l'évcque de Chartres promit seulement de demeurer un jour de plus. Cela engagea Montfort à accepter les offres.de Raimond de Termes, qui demanda jusqu'au lendemain pour évacuer la place. Pendant la nuit il tomba une pluie très-abondante qui remplit les citernes des assiégés, lesquels regardant cette eau comme un présent du ciel retirèrent leur parole. Cette circonstance n'empêcha pas l'évêque de Beauvais Se les comtes de Dreux Se de Ponthieu de partir, nonobstant les nouvelles instances de Simon pour les retenir. Se quoiqu'ils n'eussent pas encore accompli les quarante jours de service nécessaires pour gagner l'indulgence de la croisade; deux chevaliers de la garnison se rendirent cependant, selon la promesse qu'ils en avoient faite le jour pré-

~~r 342 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. I.IV. XXI.

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cèdent au maréchal de Simon. L'évêque de Chartres devant partir le lendemain, pressa ce général de renvoyer ce maréchal à Termes pour tâcher de renouer quelque négociation, & il lui conseilla de laisser Raimond maître des conditions, pourvu qu'il lui livrât la place. Il lui conseilla aussi de joindre à ce député Bernard-Raimond de Rochefort, évêque de Carcassonne, qui étoit dans le camp, parce que ce prélat, étant du pays 8c ami particulier du seigneur de Termes, 8c ayant d'ailleurs son frère 8c sa mère dans la place, il pourroit contribuer beaucoup à faire réussir la négociation. Simon suivit cet avis; mais ni son maréchal, ni l'évêque de Carcassonne ne purent rien obtenir de Raimond de Termes, soit par caresses, soit par menaces; ce seigneur refusa même au second la permission de s'aboucher avec son frère. Le lendemain, l'évêque de Chartres étant parti, Simon de Montfort le conduisoit par honneur jusqu'à une certaine distance, lorsque les assiégés font une sortie dans le dessein de mettre en pièces le mangonneau des croisés. Simon, averti de cette entreprise par les cris de ses soldats, revient aussitôt sur ses pas 8c ayant ranimé par sa présence le courage de ses troupes, il oblige les assiégés k rentrer dans le château; mais il n'eu fut pas moins embarrassé. D'un côté, il ne vouloit pas avoir la honte de lever le siège, 8c il voyoit de l'autre c[u'il n'étoit pas en état de forcer la place avec le peu de monde qui lui restoit Se que l'hiver, qui est très-rude dans ces montagnes, approchoit. L'arrivée de plusieurs Lorrains qxù s'étoient croisés le tira de cette perplexité. Il continua le siège k la vue de ce secours inopiné 8c ayant enfin par des travaux infinis fait avancer ses machines beaucoup plus près des murailles, il y fit une grande brèche ainsi qu'à la tour du château : il y attacha le mineur le jour de Sainte-Cécile, donna ensuite tous ses ordres pour monter k l'assaut dès le lendemain Se se retira sur le soir dans sa tente. Pendant la nuit les assiégés, qui se voyoient Éj oriRin. saiis rcssourcc, cherchèrent leur salut dans la fuite 8c abandonnèrent la place.

On assure que ce qui les porta' à cette extrémité fut que l'eau de pluie qu'ils avoient ramassée, étant très-mauvaise, elle avoil causé parmi eux une dvssenteiHe qui en avoir fait périr un grand nombre; ainsi ceux qui restoient prirent le parti de sortir pour se réfugier en Catalogne. Les fuyards furent cependant découverts par les croisés qui les poursuivirent, en tuèrent plusieurs 6t firent les autres prisonniers. Raimond de Termes, voulant rentrer dans la place pour y prendre quelques bijoux qu'il avoit oubliés, fut pris entre autres par un pèlerin ou croisé de Chartres. On le conduisit aussitôt k Simon de Montfort, qui le fit renfermer, les fers aux pieds, dans le cul d'une basse fosse d'une des tours de Carcassonne, où il le retint pendant plusieurs années. C'est ainsi que fut pris le château de Termes, après une grande perte de la part des croisés 8c un siège de près de quatre mois, durant lequel Simon ne se distingua pas moins par sa vigilance que par son activité, 8c exposa plusieurs fois sa vie. Ce comte y entra le 28 de novembre de l'an 12105 il fit grâce à toutes les femmes que les assiégés y avoient laissées 8c, les ayant

'Voyez tome VIII, ce. 3i, !ji. — [Guillein de Tudcle, vers lîpo-iîjfi.]

mises en lieu de sûreté, il empêcha qu'on ne fit aucun tort ni à leur honneur, ni à leur vie.

XCIV. — Simon soumet plusieurs places &- va en Albigeois, où il a une entrevue avec le comte de Toulouse.

La prise de Termes jeta l'épouvante dans tous les châteaux des environs, & ceux qui en avoient la garde prirent aussitôt la fuite pour chercher un asile de côté & d'autre. On courut après eux & on en amena plusieurs à Simon, qui les fit brûler vifs sans miséricorde. Après avoir laissé une bonne garnison dans le château de Termes, il décampe Se s'avance jusqu'à celui de Coustaussa, qu'il trouve vide & dont il s'assure. Il s'empare aussi de celui d'Albas que les habitans avoient abandonné. De là il entre dans le diocèse de Toulouse 8c attaque le château de Puyvert, qu'il prend au bout de trois jours de siège. Il part ensuite pour l'Albigeois afin d'y soumettre les places qui lui avoient manqué de fidélité. Il vient d'abord à Castres dont les bourgeois lui promettent toute sorte d'obéissance; puis il se rend au château de Lombers que les habitans avoient déserté à son approche, & où il trouve une grande quantité de vivres; il y laisse une garnison pour les garder, achève de soumettre toute la partie du pavs située à la gauche du Tarn & arrive enfin au château d'Ambialet, auprès d'Albi, où R.aimond, comte de Toulouse, lui avoit donné rendez-vous pour la conférence dont on a déjà parlé, mais dont nous ignorons le motif'.

On assure^ que Raimond amena alors avec lui quelques-ttns des ennemis capitaux de Simon, qui tentèrent de le surprendre 8<. de se saisir de sa personne; que ce général, averti du complot, évita leurs pièges &. fit des reproches amers au comte de Toulouse d'avoir amené des traîtres pour attenter sur sa vie; que le comte protesta qu'il n'en connoissoit aucun, & qu'enfin Simon avant voulu les arrêter, Raimond l'en empêcha. L'historien, partisan de Simon, sur la foi duquel nous rapportons ces circonstances, ajoute que le comte de Toulouse commença dès lors à exercer la haine qu'il avoit conçue

' Dans riiincr.iirc <te Simon de Morttfort, îm- dans le passage correspondant ici à l'Anonyme

médiatement après la prise de Termes, il y a quel- (vers i3i4), donne Alhcjcs (Albigeois), & le mot,

ques difficultés que dom Vaissete n"a pas essayé quel qu'il soit, doit avoir trois syllabes pour faire

d'expliquer. Pierre de Vaux-Cernay (c. 42) men- le vers. Le mot Albejes est d'ailleurs peu compré-

tionne la soumission du pays environnant & cite hensible, puisque le poëte dit ensuite ju't ne fut

les ch&teauxde Constantin (Coustaussa, Aude, arr. assiégé, expression qui s'applique mal à un pays.

de Limoux, cant. de Couiïa) & de yirijepojlum M. Meyer (Chanson Je la croisade, t. 1, pp. 71,

(Puivert, Aude, arr. de Limoux, cant. de Cha- 72) traduit ^/ii, sans trancher la difficulté. Quant

labre). De là le comte ra dans l'Albigeois qui à y voir le mot Alhas, avec dom Vaissete, c'est,

l'était révolté. La rédaction en prose (tome VIII nous le répétons, une chose impossible) levers de

de celte édition, c. 53) mentionne un château, Guillem de Tudèle, si on admettait la correction,

Alhios, qui fut pris sans résistance; dom Vaissete serait trop court d'une syllabe. [A. M.]

y voit le château d'Albas, près Termes (Aude, * Pierre de Vaux-Cernay, c. 42. — Kous ne

nrr. de Narbonne, cant. de Durban). Mais il y a connaissons aucun autre texte mentionnant ce

k cela une petite difficulté; Guillem de Tudèle, guet-apens de Raimond VI. [A. M.]

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contre ce général ; c'est-à-dire que leur inimitié réciproque, qu'ils s'étoicnt contentés jusqu'alors de garder dans le cœur, éclata & se inanifesta depuis aux yeux dvi public.

Après cette conférence, qui se tint vers la mi-décembre, Raimond retourna à Toulouse & là ', étant dans le château Narhonnois, il emprunta cent marcs d'argent des habitans de Moissac. Le pape Innocent III* lui écrivit, vers le môme temps, ainsi qu'aux comtes de Comminges & de Foix, &^ à Gaston, vicomte de Béarn, pour leur ordonner de favoriser Simon de Montfort dans la poursuite des hérétiques, à peine d'être traités comme fauteurs de ces sectaires. Le pape écrivit^ aussi à Simon pour lui ordonner de lever le cens de trois deniers par maison imposé en faveur de l'Eglise romaine, dans tout le pays conquis sur les hérétiques, & de l'employer comme il le lui ordonneroit.

XCV. • — Conférence de Narbonne. — Le roi d'Ârngon reçoit l'hommage de Simon de Montjbrt pour Carcassonne.

Le comte de Toulouse assista à Narbonne, au mois de janvier suivanf^, à une nouvelle conférence à laquelle le roi d'Aragon, son beau-frère, Simon de Montfort, Raimond, évèque d'Uzès, & Arnaud, abbé de Citeaux, légats du Saint-Siège, se trouvèrent avec maître Thédise. On y agita les moyens t.'iii°p'".'o3 qii'on pourroit prendre pour réconcilier entièrement le comte Raimond à l'Église''. I/'abbé de Citeaux lui offrit, dit-on, de le conserver dans la paisible possession de tous ses domaines 8c des droits qu'il avoit dans les châteaux possédés par les hérétiques, s'il vouloit les chasser de ses Etats. On ajoute même que ce légat consentit encore, sous la même condition, que la propriété du tiers ou du quart de plus de cinquante châteaux (d'autres'^ disent de plus de cinq cents), qui appartenoient aux hérétiques & qui n'étoient pas de la mouvance de ce prince, lui fût acquise; mais qu'il refusa toutes ces ofhes.

On traita aussi dans la conférence de^ Narbonne de la réconciliation du comte de Foix à l'Eglise. Le roi d'Aragon demanda grâce pour lui aux légats, qui l'accordèrent, à condition que ce comte feroit serment d'obéir entièrement aux ordres du pape & de ne plus attaquer à l'avenir les croisés, spécialement Simon de Montfort, lequel promit de lui rendre, moyennant ce serment, toutes les terres dont il s'étoit emparé sur lui, à la réserve du château de Pamiers. Le roi d'Aragon, de sou coté, comme seigneur su-^erain d'une partie du comté de Foix^, mit garnison dans le château de ce nom

■ Hôtel de ville de Moissac. l'aurcnsls, ap. Innocent. III Eplst. t. 2, p. 760

' Voyez tome VIII, Chartes, n. C, ce. 601, 602. & seq. — Voyez tome VHI, ce. ,"i3, Ô4, & tome VII,

5 Innocent. III 1. i3, Epist. 189. — [Pottliast, Note XVI, n. iv, p. 41. n. 4i5o.] " Acta concilii faurcnsis, ap. Innocent. III

■• Elle eut lieu vers le 22 janvier, fête de Saint- Epist. t. 2, p. 76,5 & seq. • \'incent. (Giullem de Tiidcle, vers i.'>4.').) [A. M.] ' Pierre de ^'a iix-Cernay, c. 4.3.

= Pierre de Vaux-Cernay, c. 43. — Acta concilii » Tome IV, Note XXII, n. 23, p. 1 20 & suiv.

8t promit à l'évêque d'Uzès S< à l'abbé de Cîteaux que les croisés n'auroient rien à souffrir dans ce pays. Il jura de plus que, si le comte de Foix venoit à se séparer de la communion de l'Eglise 8c de l'amitié de Simon de Montfort, il remetiroit le château de Foix entre les mains des légats & de Simon; de quoi il donna des lettres authentiques qu'il remit à ce dernier; mais on assure que le comte de Foix se mit peu en peine d'exécuter ces conditions. L'évêque d'Uzès & l'abbé de Cîteaux, après avoir accordé cette grâce au roi d'Aragon, lui en demandèrent' une autre à leur tour. Ce fut de recevoir, en qualité de comte ou de seigneur suzerain de Carcassonne, l'hommage de Simon de Montfort pour cette ville; mais le roi rejeta absolument leur demande. Le lendemain les deux légats & Simon renouvelèrent leurs instances auprès de ce prince, & ils le pressèrent tellement qu'enfin il consentit de recevoir cet hommage. Un historien moderne^ prétend que le roi d'Aragon possédoit la seigneurie de Carcassonne au nom de Marie de Montpellier, sa femme, & qu'il la tenoit en fief de la couronne de France. Cet auteur se trompe également sur ces deux articles : 1° Les ancêtres du roi d'Aragon possédoient le comté de Carcassonne depuis la fin du onzième siècle''. 2° Il est certain que ce comté étoit mouvant de celui de Toulouse & qu'il n'étoit, par conséquent, qu'un arrière-fief de la couronne de France.

XCVI. — Conférence ou concile de Montpellier. — Le roi d'Aragon donne son fils à Simon de Montjbrt. — Mariage du fils du comte de Toulouse avec la sœur de ce roi.

Quelque temps après"*, le roi d'Aragon, le comte Raimond, Simon de Montfort, l'évêque d'Uzès Se l'abbé de Cîteaux se rendirent à Montpellier, où ils tinrent une nouvelle conférence en présence de plusieurs prélats. Les deux légats firent les offres qu'ils avoient déjà faites au comte de Toulouse, qui promit de les accepter & d'en régler le lendemain les conditions; mais il partit dès le grand matin, à l'insu des légats, sans avoir rien conclu. Si l'on en croit un historien, qui n'omet rien pour dénigrer la conduite de Pv.aimond, ce prince, qui croyoit aux augures, ayant vu voler à sa gauche un oiseau, appelé de Saint-Antoine dans le pays, en tira un mauvais pronostic, 8t cela l'engagea à se retirer avec précipitation.

Simon, qui souhaitoit extrêmement de se lier avec Pierre, roi d'Aragon, sous la protection duquel il espéroit pouvoir se maintenir dans la possession des domaines de la maison de Béziers, offrit de donner sa fille en mariage au jeune prince Jacques, fils unique du même roi, qui agréa la proposition 8c s'engagea avec lui, par un serment réciproque, d'accomplir ce mariage quand

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I' Pi«rra de Vaux-Ceriiay, c. 47. — Acta conetlii Ae Carcassonne, en se reconnaissant vassaux des Vaurcnùs, ap. Innocent. III, Episl, t. 2, p. 76.J rois d'Aragon, s'étaient soustraits à la suzeraineté & s.

& seq. des comtes de Toulouse. [A. M.]

* Daniel, Histoire Je France, t. 1, p. i38,"i. * Pierre de 'Vaux-Cernay, c. 47. — Acta concilii

' Il serait plus exact de dire que les vicomtes Vturcnsis, ut supra.

"TTirrr" ^^^ niSTomE générale de Languedoc, liv. xxl

leurs enfans seroient parvenus à un âge compétent. En attendant, le roi Pierre, pour la sûreté de ses promesses, donna ce fils unique, qui n'avoit alors que trois ans, à Simon de Montfort. Celui-ci, ravi d'avoir en son pouvoir un otage de cette importance, se chargea de l'éducation du jeune prince qu'il amena à Carcassonne, où il le garda bien soigneusement. Du reste, le roi il'Aragon conserva toujours l'étroite liaison qu'il avoit contractée avec le comte de Toulouse, son beau-frère, 8c il la cimenta ' peu de temps après par le mariage de Sancie, sa sœur, avec le jeune Raimond, fils du comte de Toulouse, âgé de quatorze ans; alliance qui causa beaucoup de chagrin à t.'iti°p'.^204. Montfort. Raimond fit alors donation du comté de Toulouse en faveur de R.aimond, son fils, dans la vue sans doute de mettre cette ville à l'abri des entreprises des croisés, en cas qu'ils lui déclarassent la guerre.

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