XCVII. — Seigneurs de Rahastens
Après la conférence de Montpellier, qui se tint vers la fin du mois^ de janvier de l'an 121 1, le comte de Toulouse se rendit dans le haut Languedoc. En passant à Rahastens, dans l'Albigeois, le 8 de février, les seigneurs ^ ik les chevaliers, qui possédoient le domaine de ce château, du bourg de ce nom 6- de ses faubourgs, au nombre de plus de cinquante, lui en donnèrent, tant en leur nom qu'en celui de plusieurs autres de leurs collègues, la justice criminelle, &c.
XCVIII. — Concile d'Arles, — Le comte de Toulouse y est excommunié.
Peu de temps après, les légats'* s'étant rendus à Arles, en Provence, ils y convoquèrent un nouveau concile, auquel ils citèrent le comte de Toulouse, & firent prier le roi d'Aragon de se trouver. Ces deux princes étant arrivés, ils leur défendirent de sortir de la ville sans leur permission Si celle du concile, & envoyèrent au comte les articles suivans, de l'exécution desquels ils faisoient dépendre sa paix avec l'Eglise.
i» Le comte de Toulouse congédiera incessamment toutes les troupes qu'il a levées ou qui sont en marche pour son secours. 2° Il obéira à l'Église, réparera tous les dommages qu'il lui a causés & lui sera soumis tout le temps de sa vie. 3° On ne servira aux repas, dans tous ses domaines, que de deux sortes de viandes. 4° Il chassera les hérétiques 8<. leurs fauteurs de tous ses
' Pierre <îe Vaux-C«rrtay, e. 47. — j^i/ii conciZii au nombre d'environ quarante-cinq. — P.ir cet
P'aurensis) ut supra. — Guillelmus de Podio Lau- acte ils s'engagèrent à respecter la liberté person-
i-cntii, c. i8. nelle & les propriétés des habitants de Rahastens.
' Voyez tonle VII, Note XVI, n. v, pp. 47, 48. En outre le comte devint possesseur de toutes les
' Mis. de Colbeft, n. 1069 [lat. 6009], p. 144. justices du château, du bourg & du barrium (en-
•— Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , ceinte extérieure). [A. M.]
p. 356. — Voyez tome VIII, ce. 602 à 6o5. Les ■• Voyez tome VIII, ce. 54 à 57. — [Guillem de
seigneurs & chevaliers de Rahastens (domini & Tudèle, vers 1348 à 1407.] — Temt VII, A'ote XVI,
milites), qui paraissent dans cette charte, sont n.vi,p. 48.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXl.
An 121 1
Etals. 5° Il livrera entre les mains du légat & de Simon de Montfort, dans l'espace d'un an, tous ceux que les légats lui indiqueront, dont ils disposeront à leur volonté, 6° Tous les habitans de ses domaines, soit nobles ou roturiers [vihi ou vilain), ne porteront point des habits de prix, mais seulement des chapes noires & mauvaises. 7° Il fera raser jusqu'au rez-de-chaussée toutes les fortifications des places de défense qui sont dans ses Etats. 8° Aucun gentilhomme ou noble de ses vassaux ne pourra habiter dans les villes, mais seulement à la campagne. 9° Il ne fera lever aucun péage ou usage que ceux qu'on levoit anciennement. 10° Chaque chef de famille payera, tous les ans, quatre deniers toulousains au légat ou à son délégué, ii» Il restituera tous les profits qu'il a retirés des renouveaux' de ses domaines. 12° Le comte de Montfort & ses gens voyageront en toute sûreté dans les pays soumis à l'autorité de Raimond, & ils seront défrayés partout. i3° Quand Raimond aura accompli toutes ces choses, il ira servir outre-mer parmi les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sans pouvoir revenir dans ses Etats que lorsque le légat le kvi permettra. 14° Toutes ses terres & seigneuries lui seront ensuite rendues par le légat 8c le comte de Montfort, quand il leur plaira^.
' Renouties , rcnouti, terme dont on n'entend pns bien la significaiion. [Ce sont les usuriers; voyez le Glossaire de M. Meyer, au mot renorer.]
* Dom V'aissete, qui ne connaissait ce concile d'Arles que par la rédaction en prose, n'en a pas moins admis l'existence, & a donné à l'appui de son opinion des raisons d'une grande valeur (Cf. tome VIII, ut supra). Il ne pouvait connaître le témoignage de Guiilem de Tudèle, :;ans quoi il aurait été encore plus affirmatif. Que ce concile se soit tenu à Arles, comme le dit Guiilem de Tudèle, ou qu'il faille l'identifier avec la conférence de Montpellier, plus haut mentionnée, comme l'estime M. Meyer (t. 2, p. 76), il faut en admettre l'existence. Mais on doit bien avouer que c'était siinplement un acte de haute comédie, l'épilogue du drame qui se jouait depuis plusieurs années entre le comte de Toulouse & les légats. Le plan de ceux-ci, les actes cités par dom Vaissete (pp. 27") & 322) sont là pour le prouver, était de traîner les choses en longueur & de laisser Simon de Montfort s'établir fortement dans les Etats du vicomte de Béziers, avant d'attaquer le comte de Toulouse. La prise de Minerve & deTermes, qui, en soumettant la partie orientale du Languedoc, assurait les derrières de l'armée de la croisade, leur parut décisive. Si ils n'hésitèrent plus à dévoiler leurs projets. Les conditions posées au concile d'Arles étaient évidemment inacceptables, & étaient destinées, dans leur pensée, à amener une rupture. La version de Guiilem de Tudèle, différant quelque peu de celle de l'Anonyme, nous la donnons d après la traduction de M. Meyer, t. 2, pp. 76-78. — n La
charte dit ceci aux premiers mots : Que le comte observe la paix, & de même ceux qui seront avec lui, & qu'il renonce aux routiers aujourd'hui ou demain. Qu'il rende leurs droits aux clercs, qu'ils soient en possession de tout ce qu'ils lui demanderont; qu'il mette hors de sa. protection tous les perfides juifs & les adhérents des hérétiques, ceux que les clercs lui dénonceront, qu'il les livre tous, & cela d'ici à un an, pour en faire à leur plaisir & volonté; & plus de deux sortes de viandes ils ne mangeront, ni par la suite ne vêtiront étoffes de prix, mais de grossières capes brunes, qui leur dureront plus longtemps. Ils détruiront entièrement les châteaux & les forteresses, & jamais plus chevalier ne résidera en plan, mais dehors dans la campagne, comme les vilains. Ils ne prendront sur les chemins aucun péage illégitime, mais seulement les vieux usages anciennement établis. Ils donneront chaque année quatre deniers toulousains aux paziers de la terre que les clercs établiront; tou» les usuriers devront renoncer au prêt à usure, & s'ils ont pris un intérêt, tout d'abord ils le rendront. Et si le comte de Montfort & le» croisés qui viendront chevaucher sur eux, comm« font tant d'hommes, leur prennent de ce qui leur appartient, ils ne s'y opposeront pas. En toute* choses ils se conformeront à la volonté du roi de France. Le comte devra passer la mer jusque vcrâ le Jourdain & y rester autant que le voudront les moines ou les cardinaux de Rome ou leur fondé de pouvoir. Enfin, qu'il entre dails un ordre, celui du Temple ou celui de Saint-Jean. Et, quand il aura fait cela, ils lui rendront ses châteaux, &
An
Raimond, après avoir lu ces articles, les communiqua au roi d'Aragon qui lui dit : On vous l'a bien payé. Ils en furent également indignes, & ils partirent bientôt sans prendre congé des évêques. Les légats, irrités à leur tour du départ précipité du comte, ne gardèrent' plus depuis aucun ménagement : ils l'excommunièrent, le déclarèrent publiquement ennemi de l'Eglise 8c apostat de la foi, 8t disposèrent de ses domaines en faveur du premier occupant. Ils députèrent en même temps Arnaud, abbé de Saint-Ruf, qui fut ensuite évèque de Nimes, à Rome, pour informer le pape Innocent III de tout ce qui s'étoit passé. Se ils eurent soin de le prévenir en leur faveur; en sorte qu'Innocent confirma la sentence d'excommunication, le 17 d'avril de l'an 1211, par une lettre^ adressée à l'arclievêque d'Arles, à ses suffragans Se à l'évêque de Viviers. « Ayant cru jusqu'ici, dit le pape dans cette bulle, que « le noble Raimond, comte de Toulouse, se rendroit à nos exhortations 8t (( qu'il honoreroit l'Eglise comme un prince catholique doit faire; séduit par « un mauvais conseil, il n'a pas seulement frustré notre attente; mais il s'est « opposé avec méchanceté aux dispositions de l'Eglise & a enfrçint sans « pudeur ses promesses & ses sermens. C'est pourquoi notre vénérable frère, « l'évcque d'Uzès, & notre cher fils l'abbé de Cîteaux, légats du siège aposto- « lique, ayant rendu contre lui une sentence, du conseil de plusieurs prélats, « à cause de sa contumace manifeste, nous vous ordonnons de la faire publier. « dans vos diocèses 8t de la faire observer, sous peine des censures ecclésias- « ti([ues, jusques à une entière satisfaction. )> Le pape défendit^ aux mêirves t.'i'[i°p'."2o5. piélats de restituer au comte les châteaux 8<. les autres domaines qu'il tenoit de leurs églises. Nous comprenons'*, par ces lettres, que l'évêque de Riez n'assista pas à ce concile d'Arles Se que ce fut l'évêque d'Uzès S<. l'abbé de Cîteaux qui prononcèrent alors la sentence d'excommunication contre le comte 8<. qui y présidèrent.
XCIX. — Le pape fait saisir le comté de Melgueil sur le comte de Toulouse
6* déposer divers évêques.
Le pape, en confirmant cette sentence, ordonna aux deux 5 légats de saisir en leurs mains le comté de Melgueil, qu'il prétendoit appartenir à saint Pierre, & de le taire garder jusqu'à nouvel ordre : preuve qu'il en dépouilla alors le comte de Toulouse. Nous apprenons d'ailleurs*^ qu'il enjoignit aussi alors à ses légats de saisir tous les autres domaines de ce prince 8c de les donner en garde à ceux à qui il appartenoit de droit. Il donna ordre en même
s'il ne le fait, ils le chasseront à outrance, de 'Innocent. III 1. 14, Ep'ist. S?. — [Potthast,
sorte qu'il ne lui restera rien. » [A. M.] n. 4îJ7.]
' Acta conciVti Vaurensis , ap. Innocent. III, ^ Voyez tome VII, ?/o(t' XVI, n. vu, pp. 48, 49.
Epist. t. ï, p. yÔE & seq. — Robertus Altissiodo- » Innocent. III 1. 14, Epin, 35. — [Potthast,
• rensis, Chronicon. n. 4:2.1.]
' Innocent. III 1. 14, Ep'ist. 36 & 38. — [La " /iiV. Ep'nt. i63. lettre est du i5 avril, Potthast, n. 422^.]
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. 3a(, ~
T / An 12 1 1
temps aux légats : 1° D'engager' rarchevêque d'Auch à se démettre de son archevêché, comme étant incapable de l'occuper, avec menace, s'il refusoit, d'y pourvoir comme il seroit à propos. 2° D'accepter la^ démission que l'évêque de Rodez avoit offerte de son évcché. 3° De recevoir celle de l'évêque de Carcassonne, qui avoit demandé d'être déchargé du fardeau de l'épiscopat, 8<. d'enjoindre au chapitre de son église de procéder à une nouvelle élection dans l'espace de huit jours; sinon, il leur ordonne d'y nommer de leur autorité 3.
fkrnard de la Barthe, alors archevêque d'Auch, fut déposé en"* effet; mais ce ne fut que quelc[ues années après. Hugues, évêquede Rodez, de la maison .les comtes de cette ville, se démit de bonne foi de son évêché, qu'il avoit possédé plus de soixante ans; on lui avoit déjà élu un successeur, le i"de juillet de l'an 1211, 8c il vécut longtemps après. Quant à l'évêque de Carcassonne, qui se nommoit Bernard-Raimond de Rochefort, 8t qui avoit succédé à Bérenger, que les habitans avoient chassé, il fut^ obligé de se démettre malgré lui de son évêché. On lui donna pour sa subsistance une prévôté dépendante du chapitre de Carcassonne, composé alors de chanoines réguliers. Il prit cependant toujours le titre d'évêque; mais sans ajouter de Carcassonne. Le pape Innocent lll ôta ainsi de leurs sièges les évêques qui pouvoient encore être favorables au comte de Toulouse, & eut soin de leur en faire substituer qui fussent dévoués à Simon de Montfort.