‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 173 sur 342 · VI. t · texte numérisé non relu

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Bernard & plusieurs autres chevaliers, ils les obligèrent de se réfugier avec précipitation dans leurs tentes. Le comte de Foix s'empara néanmoins du village de Saint-Martin-de-Landes, situé à une demi-lieue de Castelnaudary vers Carcassonne, & de plusieurs autres postes avantageux des environs, qu'il fit fortifier. Le comte de Toulouse reçut d'un autre côté la soumission des peuples du pays, qui vinrent à l'envi lui offrir leurs services; quelques abbés qui y possédoient des châteaux, abandonnèrent en même temps le parti de Simon St lui prêtèrent serment de fidélité. Enfin les habitans de Cabaret, château très-fort, situé à cinq lieues de Castelnaudary, lui offrirent de le rendre maître de ce château. Raimond envoya un détachement pendant la nuit pour en prendre possession; mais il manqua son coup, parce que ses troupes ayant erré longtemps dans les ténèbres s'égarèrent & furent obligées de revenir au camp.

Le comte de Toulouse fit dresser un mangonneau pour battre les murailles du château de Castelnaudary. Le succès de cette machine ne répondant pas à son attente, il en fit élever une autre beaucoup plus grande, qu'on appeloit trébuchet, S< qui servoit à lancer une grande quantité de pierres. Celle-ci eut un sort plus heureux, & on prétend' même qu'elle abattit une tour du ^Kd.orig|n^ château. Simon, que cette nouvelle machine incommodoit beaucoup, entreprit de la rompre; mais ses gens voyant qu'il yavoit de la témérité dans ce dessein, parce que le trébuchet étoit très-bien gardé 8t environné de fossés très-profonds, s'y opposèrent; St ayant pris la bride de son cheval, l'obligèrent malgré lui à rebrousser chemin & à abandonner son entreprise.

Vin. — Divers corps de croisés marchent au secours de Simon, — Bataille

de Castelnaudary,

Simon se vovant serré de plus près, envoya Gui de Lévis, son maréchal, sur la fidélité Se la bravoure duquel il comptoit beaucoup, à Fanjeaux Se à Carcassonne, tant pour prendre des vivres, dont le château de Castelnaudary' commençoit à manquer, que pour rassembler les milices des diocèses de Carcassonne & de Béziers, 8c les amener à son secours. Gui partit, mais personne ne voulut le suivre, & il revint seul à Castelnaudary. Simon l'envoya de nouveau bientôt après, avec Mathieu de Marly ou de Montmorenci, frère de Bouchard. Ils se donnèrent en vain divers mouvemens dans ces diocèses, & employèrent à pure perte les caresses & les menaces pour obtenir du secours. Ils s'adressèrent enfin aux habitans de Narbonne, qui leur déclarèrent que si Aymeri leur vicomte vouloit se mettre à leur tête, ils marcheroient volontiers sous ses ordres ; ce vicomte refusa de le faire. Les deux envoyés amenèrent cependant avec eux trois cens citoyens de Narbonne à Carcassonne, où ils rassemblèrent cinq cens hommes du pays; mais leur ayant proposé de les suivre à Castelnaudary, ils se débandèrent tous, & pri-

■ Voyez tome VIII, c. 77. — [Giiillem dç Tvidèle, vers 1028- 2o36.]

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rent la fuite. Simon manda alors à Bouchard de Marly Ik à Martin d'Algais, chevalier espagnol, qui étoient en garnison à Lavaur avec la comtesse de Montfort, sa femme, de venir le joindre incessamment : il envoya d'un autre coté à Fanjeaux un chevalier du pays, nommé Guillaume Cat, pour ramasser des troupes dans tous les environs de ce château. Il comptoit heaucoup sur la fidélité de ce chevalier qu'il avoit comblé de grâces. Guillaume étoit, en effet, redevable à Simon de divers fiefs qu'il possédoit; & ce général, après lui avoir conféré l'ordre de chevalerie, l'avoit admis si avant dans son amitié, qu'il lavoit fait parrain d'une de ses filles née dans le pays, £<. l'avoit établi gouverneur de son fils aîné. Guillaume paya cependant tous ces bienfaits d'ingratitude : il rassembla à la vérité quelques troupes, suivant les ordres qu'il avoit reçus; mais au lieu de les amener à son bienfaiteur, il s'en servit pour dresser des embûches au maréchal Gui de Lévis, qui conduisoit le secours de Carcassonne, £< qu'il vouloit livrer au comte de Foix : heureusement le maréchal évita les pièges qu'on lui avoit préparés. Simon fut si indigné du procédé de Guillaume Cat, qu'il ne voulut plus avoir depuis aucun commerce avec les chevaliers de notre langue, dit un ancien ' historien du pays, &l qu'il les eut en exécration encore plus qu'auparavant.

Gui de Lévis ^ se joignit avec sa troupe à Bouchard de Marly 8v à Martin d'Algais, qui amenoient deux cent vingt hommes bien armés & pleins de courage, entre lesquels on met le fils du châtelain de Lavaur"^. L'évêque de Cahors 8c l'abbé de Castres "* se joignirent aussi à ces deux chevaliers avec un renfort considérable. Après leur jonction, ils prirent un chemin détourné pour éviter toute surprise, £< passèrent à Saissac, château dont Simon avoit donné le gouvernement au même Bouchard. Enfin ce général détacha Gui de Lucé, le châtelain de Melphe, le vicomte d'Onges 8c quelques autres chevaliers au nombre de quarante, pour aller au-devant de ce secours, 8c ne garda avec lui pour la défense de Castelnaudary que soixante, tant chevaliers qu'écuyers, avec l'infanterie,

Raimond-Roger, comte de Foix, informé de la marche de ces croisés, résolut de les surprendre. 11 se posta d'abord à Saint-Martin-de-Landes; mais ne se croyant pas assez fort, il revint au camp pour y prendre d'autres troupes. Tous vouloient le suivre à cause de l'extrême confiance qu'ils avoient en sa valeur : il se contenta d'un gros détachement. Se laissa le reste de l'armée au comte de Toulouse 8c à Savaric de Mauléon, qui demeurèrent pour la garde du camp. Il alla ensuite se mettre en embuscade entre Castelnaudary 8c Las Bordes, à une lieue de cette ville. Le lendemain, Gui de Lévis, Bouchard de Marlv 8c les croisés de leur suite, ayant entendu la messe de grand matin,

' Guillaume de Puyiaurens, c. 19. ■• La chronique en prose dit <t l'évêque de Cas- Pierre de Vaux-Cernay, c. ,06. — Guillaume très. « Le poëme ne parle ni de l'évêque (dont le

de Puylaurens, c. 19 Voyez tome VIII, c. 77 & siège n'existait pas encore), ni de l'abbé de Cas-

suiv. — [Guillem de Tudèle, vers 2037-2072.] très; il dit seulement (vers 2045) que les Français

'Voyez tome VIII, ut supra. [On ignore quel marchèrent vers Castres. [A. M.] est ce châtelain de Lavaur.]

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s'étant confessés Se ayant communié, maiclièrent clans un ordre plus serré, se t. iii,''p'."j'i'ç). doutant de quelque surprise, 8c détachèrent quelques-uns d'entre eux pour battre l'estrade. Ceux-ci ayant découvert l'embuscade, rebroussent chemin 8t en donnent avis à leurs camarades. Les croisés marchent alors avec encore plus de précaution, 6i se préparent au combat. Raimond-R.oger, comte de Foix, étant sorti de sa retraite, partage ses troupes en trois corps. Il met les chevaliers pesamment armés dans le centre, 8c la cavalerie légère avec l'infanterie sur les ailes. Il marche ensuite en ordre de bataille contre les croisés, que l'évêque de Cahors 8c un religieux de l'ordre de Cîteaux, substitut de son général pour les affaires de la croisade, exhortoient à combattre. On en vient aux mains : les croisés donnent d'abord avec fureur sur la cavalerie de R.aimond-[loger, pesamment armée; mais ce comte soutient le choc avec I)eaucoup de bravoure, repousse vivement les croisés 8c les met en fuite après en avoir tué un grand nombre. Martin d'Algais fut un des premiers qui lâcha le pied; mais l'évêque de Cahors lui fit des reproches si vifs, qu'il se remit au combat. Raimond-Roger voulant profiter de son avantage, marche cependant contre un corps de croisés qui s'étoient retirés du côté de Las Bordes. Géraud de Pépieux, qui conduisoit l'avant-garde, les attaque brusquement, en criant : Foix, Foix, Toulouse ; 8c après avoir percé d'outre en outre d'un coup de lance un chevalier trançois qui vouloit s'opposer à son passage, il détait entièrement ces troupes'.

jMontfort, voyant cette déroute de la porte du château de Castelnaudarv, où il s'étoit posté pour favoriser l'entrée des croisés, consulta ceux qui étoient autour de lui : les uns lui conseilloient de demeurer à la garde du château; les autres prétendoient, au contraire, qu'il devoit marcher incessamment en personne au secours de ses troupes. 11 préféra ce dernier parti, parce que l'affaire lui paroissoit décisive, 8c ayant assemblé les soixante chevaliers qui lui restoient, il n'en laisse que cinq à la garde de Castelnaudary avec l'infanterie, Se s'avance avec les autres vers le comte de Foix. Bouchard de Marly, Gui de Lévis, 8c tous ceux qui s'étoient dispersés, le voyant venir de loin, raniment leur courage, se rallient Se reviennent à la charge. Le comte de Foix les reçoit en brave, 8c les met de nouveau en fuite, après avoir tué le fils du châtelain de Lavaur, en sorte que l'évêque de Cahors Se Martin tr.A.lgais ne pouvant plus résister, sont obligés de céder Se de se réfugier à Fanjeaux; ainsi le champ de bataille demeura pour la seconde fois à Raimond- Roger; mais ses gens, au lieu de profiter de leur avantage, s'étant amusés au pillage Se à dépouiller les morts, Bouchard de Marlv trouve moyen cependant de rallier de nouveau les fuyards, 8e tombe sur les troupes du comte avec tant de furie, qu'il en fait un carnage horrible. Raimond-Roger, au désespoir de se voir enlever la victoire, fait des, prodiges de valeur pour tâcher de rétablir le combat. 11 tue de sa main trois autres fils du châtelain de Lavaur, Se rompt son épée à force de frapper. Roger-Bernard, son fils, suivi de Sicard

' [Guillem de TuiUIç, vers 2^71-2 1 rç.]

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tle Puvlaurens & de plusieurs autres chevaliers, accourt Se tait reculer les

croisés; mais ceux-ci redoublent de leur côté leurs etïorts, viennent enlîn k \

bout de mettre en fuite la cavalerie du comte, font ensuite main basse sur son '

infanterie, S<. l'obligent k s'enfuir lui-même malgré la supériorité du nombre

de ses troupes; car on prétend qu'il avoit trente hommes contre un '. 1

Simon de Monttort, quelque soin qu'il eût de hâter sa marche, n'arriva-

qu'après la fin du combat. 11 se met aussitôt k la poursuite des fuyards Se •

les pousse vivement. La plupart, pour éviter la mort, feignent d'être de son !

parti & crient : Montjbrt! Montjort! Puisque vous vous déclarez des nôtres, > leur disent les croisés, donnez-en des preuves, S<. tuez ceux qui fuient

devant vous. Plusieurs exécutèrent cet ordre dans l'espérance de sauver leur •

vie, 8t par ce stratagème, les croisés armèrent leurs ennemis les uns contre \ les autres, S<. en firent périr un plus grand nombre. On assure que le comte

de Foix perdit dans cette action la plus grande partie de ses troupes, tandis <

que les croisés n'eurent qti'environ trente des leurs de tués. Enfin Simon, las \

de poursuivre les fuyards, retourna au champ de bataille, où il rallia toutes \

ses troupes, & s'étant mis k leur tête, il arriva triomphant devant Castelnau- i darv. Durant l'action, Savaric de Mauléon ayant marché enseignes déplovécs l'J oriRin. !

, . ■' "^ 1 ^ t. UI, p. 220. !

avec une partie des assiégeans, s'approcha de la porte de Castelnau, où il

attendit avec beaucoup d'impatience des nouvelles du succès du combat. Il '

lit cependant quelques efforts pour se rendre maître du château; mais les '

cinq chevaliers qui le gardoient avec l'infanterie, repoussèrent son attaque î

avec force Se rendirent sa tentative inutile. \

C'est ainsi qu'un liistorien^, qui étoit alors sur les lieux, rapporte les cir- \

constances de cette action, durant laquelle Simon de Montfort ne combattit ï

pas, parce qu'il arriva trop tard. Un autre historien fait entendre néanmoins j le contraire : « Il arriva un jour, dit ce dernier'' auteur, cjue (|uelques-uns des

I' clievaliers de Simon de Monttort conduisant k Castelnaudary un convoi ;

« qui venoit du diocèse de Carcassonne, le comte de Foix alla k leur ren- j " contre 6c leur livra bataille. Simon, averti du péril où étoient ses gens, « pourvut k la défense de la place Se sortit k la vue de l'armée ennemie, k

« la tête d'environ soixante chevaliers, pour secourir les siens, qui étoient j « presque entièrement défaits. Etant arrivé au lieu du combat, il se joignit au

«1 petit nombre de ceux qui restoient encore k cheval, 8c s'étant jeté dans i

« la mêlée comme un lion, ses ennemis c[ui sentirent bientôt sa présence, ;

« furent obligés de prendre la fuite. Il les poursuivit, en fit un grand car- j « nage 8c rentra victorieux dans le château, Sec. » Enfin, si nous en croyons

un autre ancien historien'', Simon de Montfort arriva avec un puissant j

' Guillem d« Tudcle, v<is îi î;-î2i6. — Ce der- ' Guillaume de Piiy la u ren s, c. 19. — La version :,

nier, qui donne des détails beaucoup plus précis de Guillaume de Puylaurens est presque entière- J que Pierre de Vaux-Cernay, attribue la victoire à ment conforme i celle de Guillem de Tudèle; le l'arrivée de Montfort, contre l'assertion du chro- récit de Pierre de Vaux-Cernay doit donc être lé-

niqueur latin. [A. M.) gèreir.ent inexact dans cet endroit. [A. M.] ' ■ Pierre de Vaux-Cernay, c. 56. ' Tome VTII, ce. 79, 80. [Voyez plus haut ce ' Ibid. que nous disons du récit de Guillem de Tudèle. J

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secours pendant le combat, & s'élant jeté à corps perdu dans la mêlée, il Ht périr bien du monde. Roger-Bernard, iiJs du comte de Foix, étant survenu, ajoute cet historien, repoussa vivement les croisés, rétablit la bataille Se fit durer l'action jusqu'à la nuit, qui sépara les combattans; en sorte que les croisés se retirèrent à Castelnau, 8c le comte de Foix avec les siens dans le camp du comte de Toulouse.

Ce dernier historien assure que le comte de Foix, en arrivant au camp, trouva' que Raimond, comte de Toulouse, avoit déjà fait plier bagage, &t qu'il étoit prêt à décamper, supposant que toutes ses troupes avoient été tuées dans le combat; qu'il le rassura par sa présence; que Raimond, comptant que Simon de Monttort ne manqueroit pas de venir l'attaquer, pour tirer vengeance de la perte qu'il avoit faite, se mit en état de défense, 8t qu'enfin Simon ayant attaqué le camp durant la première veille de la nuit, fut vivement repoussé & contraint d'abandonner son entreprise^. D'autres""' prétendent que Simon résolut seulement, avant que de rentrer dans Castelnaudary, de faire une irruption dans le camp du comte de Toulouse, mais qu'il changea de sentiment S<. qu'il différa cette attaque au lendemain, par le conseil des officiers de son arinée, parce qu'on ne pouvoit approcher du camp qu'à pied, à cause des retranchemens dont il étoit environné. Se que les croisés étoient extrêmement fatigués, au lieu que les troupes du comte de Toulouse étoient toutes fraîches. Quoi qu'il en soit de ces circonstances rapportées différemment par les historiens, il est certain que le comte de Foix fut battu & obligé de se retirer après une grande perte. Quant à Simon, ce général étant arrivé devant la porte de Castelnau, se déchaussa & \narcha nu-pieds jusqu'à l'église, où il fit chanter le Te Deum, en action de grâces de la victoire qu'il venoit de remporter.

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