XI. — Le comte de Fo'ix défie Montjort
Montfort, au désespoir de tant de pertes, se rendit à Pamiers pour pourvoir à la sûreté de cette ville. 11 y étoit à peine arrivé, que Raimond-Roger, comte de Foix, l'envoya défier, avec promesse de venir dans quatre jours pour le combattre. Montfort lui répondit qu'il l'attendroit non-seulement quatre mais encore dix jours. Raimond-Roger n'ayant pas jugé à propos de tenir sa promesse, Montfort recommence les hostilités. Se détache une partie de ses troupes qui prennent S< rasent un château du pays de Foix; puis il retourne du côté de Fanjeaux, d'où il envoie le châtelain de Melphe & Gausfred, son frère, pour escorter un convoi qu'il faisoit conduire dans ce château; mais le fils du comte de Foix, averti de leur marche, leur dresse des embûches, les attaqvie, tue Gausfred, un autre chevalier parent de ce dernier & quelques autres, fait un autre chevalier prisonnier, & met le châtelain en fuite & toute son escorte.
XII. — Le roi se plaint des conquêtes de Simon au pape, qui se saisit
du comté de Melgueil.
Cependant le roi Philippe-Auguste ayant appris que les croisés avoient dépouillé le comte de Toulouse d'une partie de ses domaines, se plaignit au pape Innocent III de ce que Simon de Montfort s'en étoit emparé au préjudice de sa souveraineté. Le pape, dans la réponse ' qu'il fit au roi, le ^5 d'août de l'an 121 1, lui parle en ces termes : « Le comte de Toulouse s'étant pré- « sente autrefois devant nous, a tâché de s'excuser sur le crime d'hérésie j « c'est pourquoi nous avons enjoint, à sa demande, à nos légats, d'assembler « un concile, après une dénonciation préalable, St de le recevoir à se justi- « fier; à moins qu'il ne se présentât contre lui un accusateur légitime dans « un temps limité, avec détense de lui faire vine nouvelle querelle, après ,'j|i °p'.'^!"j. « cette justification. Si avec ordre de le punir comme hérétique s'il ne pou- (1 voit se justifier. Nous savons qu'il ne s'est pas purgé de ce crime; mais nous <( ignorons si c'est par sa faute, quoiqu'il soit généralement réputé pour héré- (i tique dans le pays : ainsi il a perdu ses domaines, Se nous avons ordonné (( à nos légats de les taire garder soigneusement pour ceux à qui ils appar- « tiennent. Nous leur écrivons donc là-dessus, à vos instantes prières, des « lettres par lesquelles nous avons suffisamment pourvu Si à votre avantage <i S; à votre honneur. »
Il paroît par une autre lettre qu'Innocent^ écrivit, le 9 de mars de l'année suivante à l'évêque de Maguelonne, que le pape s'étoit approprié le comté
bitants de GalIIac & de Doat Alaman. Mnlhei;- ' Innocent. III 1. 14, Epat. i'3. [Pouli.ist,
' iciis::nent la fin de la laisse civ est tellement n. ^i.'ir;?.]
corrompiie que plusieurs vers restent incxplica- ' Innccont. III 1. ij, Epin. ia. [Pottl-.ast,
blés. [A. M.J n, 4403.]
de Melgueil, Se qu'il l'avoit clonnc à terme à un nommé Jean Bocados, sous prétexte que la juridiction de ce comté lui appartenoit immédiatement. Innocent ordonne à ce prélat d'empêcher que quelques personnes puissantes du pays, qui taisoient de la peine à ce fermier, au sujet des revenus Se des domaines du même comté, qu'il posiédoit légitimement & tranquillement , ne l'inquiétassent davantage.
XIII. — Simon reçoit un nouveau renfort de croisés £- continue ses expéditions.
Levêque d'Uzès, légat du Saint-Siège, voulant avancer les affaires de la croisade, avoit donné' commission à Guillaume, archidiacre de Paris, &<. au docteur Jacques de Vitri, curé d'Argenteuil, aux environs de Paris, de la prêcher partout. Ces deux missionnaires parcoururent une partie de la France 81 de l'Allemagne, & engagèrent \in grand nombre de personnes à se croiser contre les albigeois. L'évêque de Toulouse & l'abbé de Vaux-Cernay qui prèchoient en même temps en France, enrôlèrent une centaine de chevaliers-, qui se mirent sous la conduite de Robert de Mauvoisin, lequel étoit allé dans ce pays y solliciter de nouveaux renforts en faveur de Simon de Montfort, Ce général, ayant ranimé son courage à la vue de ces troupes qui arrivèrent à Carcassonne vers la fin de l'année, les conduisit à Fanjeaux, dans le dessein d'attaquer le comte de Foix qui tcnoit assiégé depuis quinze jours Guillaume d'Âure, chevalier du parti des croisés, dans le château de Cher ou Quier. Ce comte, n'osant l'attendre, leva le siège S< abandonna ses machines. Simon se rendit alors dans le pays de Foix, où il fit le dégât, St puit quatre châteaux ([u'il rasa. Etant de retour à Fanjeaux, il marcha avec toute son armée vers le château de la Pommarède, au diocèse de Toulouse, l'assiégea dans les formes Si y donna l'assaut au bout de quelques jours; mais la nuit étant survenue, il fut obligé de l'interrompre £< de remettre l'attaque au lendemain. Les assiégés, se voyant hors d'éiat de résister, firent un trou à la muraille, se sauvèrent dans l'obscurité Si lui abandonnèrent la place. Il marcha de Ik vers Albedun, château du diocèse de Narbonne, qui s'étoit soustrait à son obéissance, 81 dont le seigneur vint au-devant de lui pour lui faire ses soumissions.