XIV. — Gui de Montjbrt vient au secours de Simon, son frère
Simon ^ célébra la fête de Noël à Castres, où Gui, son frère, qui l'avoit suivi autrefois dans la Terre-Sainte, Si qui y étoit toujours demeuré depuis,
' Pierre de Vaux Ceni.iy, c. 58 & suiv. trOL.pe, à en iuger par le p.irii qu'en tir.i inl-
U est évident qu'il ne faut piis confonJre ces médiutcmeni Simon, devait être plus utile que Us
dievuliers avec les pèlerins ordinaires, qui, au renforts que lui envoyaient les prédications de
)-rin!cmps de chaque année, descendaient dans le Jacques de Vitri & de Guy de Vaux-Cernay. L.'iitjuedoc. C'étaient probablement de petits no- (A. M.]
bles soudoyés par Simon de Montfort, & cette ' Pierre de Vaux-Ccrn..y, c. 60.
An lin
An 1212
vint le joindre. Gui amena avec lui Helvise d'Ybelin, dame de Sidon, sa femme, qu'il avoit épousée en Orient, 81 plusieurs enfans qu'il en avoit eus. Il avoit repris en passant quelques châteaux d'Albigeois qui s'étoient soumis au comte de Toulouse leur seigneur. Les deux Montfort se mirent en campagne, malgré la rigueur de l'hiver, & assiégèrent le château de Tudelle, en Albigeois qui appartenoit au père de Géraud de Pépieux. Ils l'emportèrent dans peu, firent passer par le fil de l'épée tous ceux qui le défendoient, & n'accordèrent la vie qu'au seigneur du château, qui demeura prisonnier 8i qui fut échangé contre Drogon de Compans, cousin de Robert de Mauvoisin, que le comte de Foix' tenoit dans les fers. Simon assiégea ensuite le château de Cahusac dans le même pays^.
Les comtes de Toulouse, de Foix & de Commingcs, pour retarder ses progrès, assemblèrent alors leurs troupes, vinrent camper à Gaillac, à deux lieues de Cahusac, & firent mine diverses fois de, vouloir aller l'attaquer; mais ce général continua tranquillement le siège sans s'embarrasser de leurs menaces, &c après avoir soumis ce château vers l'Epiphanie, il marcha droit à eux. Les trois comtes n'osant l'attendre, se retirèrent à Montaigu, où Simon les xSf\"p!^"l'i, poursuivit sans pouvoir les atteindre, 8<. ils se rendirent enfin à Toulouse. Ce général revint à Cahusac, d'où il consulta Arnaud, abbé de Citeaux, qui étoit alors à Albi, sur la suite de ses expéditions. Arnaud lui conseilla d'entreprendre le siège de Saict-Marcel, château situé sur la petite rivière de Sérou, k trois lieues d'Albi vers le nord, dans lequel le comte de Toulouse avoit mis Géraud de Pépieux pour gouverneur.
XV. — Simon est obligé de lever le siège de Saint-Marcel en Albigeois.
Montfort, résolu de suivre ce conseil, envoya à Bruniquel prier le comte Baudouin de venir l'aider. Après leur jonction qui se fit à Cahusac, ils attaquèrent le château de Saint-Marcel qu'ils ne purent investir que d'un côté, parce qu'ils n'avoient que cent chevaliers & peu d'infanterie. Les comtes de Toulouse, de Foix & de Comminges étant retournés avec leur armée composée de cinq cens chevaliers & d'un corps d'infanterie, pour s'opposer aux desseins des croisés, campèrent aux environs de Saint-Marcel, dont ils avoient l'entrée libre. Le comte de Foix s'y jeta, défendit si bien la place, que Simon, au bout de plus d'un mois de siège, n'étoit pas plus avancé que le premier jour. La disette s'étant mise d'ailleurs dans son camp, à cause que le comte de Toulouse, qui avoit occupé tous les passages, empêchoit qu'on n'y apportât des vivres, il fut obligé enfin, après avoir manqué de pain pendant plusieurs jours, de lever le siège la veille de Pâques (24 de mars)^. Simon
' Pierre de Vaux-Ceriiay, e. 60. — Voyez la levée du siège de Saint-Marcel (vers 234Û-
' iome VIII, c. 82 & suiv. 2349); mais il le fait commencer immédiatement
' Le siège dura deux jours, d'après Guillem de après la prise de Cahuzac, & le fait ainsi durer
Tudèle, vers 2333. [A. M.] un mois & demi de plu» que Pierre de Vaux-Cer-
' Guillem de Tudèle donne la même d>ite pour nny. [A. M.]
se rendit à Albi, où il célébra cette fête, Se. le comte de Toulouse partit le même jour pour Gaillac. Simon s'avança le lendemain vers cette dernière ville & défia ce prince au combat; mais Raimond, ne jugeant pas à propos d'accepter le défi, se tint enfermé dans Gaillac. Ainsi Simon retourna à Albi, où il passa quelques jours, & où il donna' en fief, le 3 d'avril suivant, à Guillaume, évêque de cette ville, & à ses successeurs, les châteaux de Rouffiac & de Marsac, sauf ses droits régaliens.
XVI. — Evèques de Carcassonne, — Arnaud, abhé de Citeaux, est élu archevêque de Narbonne; il s'érige en duc de cette ville.
Simon de Montfort^, à son retour à Albi, y trouva Gui, abbé de Vaux- Cernay, son ami, qui venoit de France, Se qu'on avoit élu alors évêque de Carcassonne à la place de Bernard-Raimond de Rochefort, qu'on avoit enfin obligé à se démettre. Arnaud-Amalric, abbé de Cîteaux, fut élu d'un autre côté archevêque de Narbonne le jour de Saint-Grégoire, 12 de mars de la même année j l'évêque d'Uzès, son collègue dans la légation, qui étoit présent à l'élection & qui y eut sans doute beaucoup de part, la confirma le même jour, par l'autorité du pape, 8c persuada ensuite à Arnaud de prendre possession du duché de Narbonne. Le nouvel élu suivit volontiers ce conseil, 84 en se mettant en possession du palais archiépiscopal, il fit arborer sur la tour le drapeau de l'église de Narbonne, en signe du domaine 6" du duché, en présence du même évêque d'Uzès, des évêques de Béziers, Agde, Maguelonne, Lodève, Elne, Toulouse, Comminges 81 Conseransj des abbés de Saint-Paul dé Narbonne, de Saint-Aphrodise de Béziers; du clergé 8c du peuple de Narbonne. Le lendemain, Arnaud fit appeler devant lui le vicomte Aymeri Se reçut, en qualité de duc de Narbonne, l'hommage 8c le serment de fidélité de ce vicomte. Ces circonstances sont rapportées dans diverses' lettres qu'Arnaud 8c son chapitre écrivirent, trois ans après, à l'occasion du |Mocès que ce prélat eut k soutenir contre Simon de Montfort au sujet du duché de Narbonne. Au reste, nous ignorons si Bérenger, prédécesseur immédiat d'Arnaud, mourut archevêque de Narbonne, car il pourroit bien avoir été déposé, comme il en étoit menacé depuis longtemps par le pape, qui avoit ordonné, au mois'* de juin de l'an 1210, à l'évêque de Riez 8c à l'abbé de Citeaux ses légats, d'informer de la conduite de ce prélat, 8c de le déposer s'ils le trouvoient répréhensible.
' GallU Chnstliim, tiov. ei. t. r, Instrum. p. 10. n. 40Î7.] — Par la même lettre, le pape donnait
[Catalogue des Montfort, n. ôo.] une commission semblable à ses lég.its, contre l'ar-
' Pierre de Vaiix-Cernay, c. 60. chevèque d'Aiich. Bérenger, archevêque de Nar-
' Catcl, Hutoire des comtes de Toulouse, p. 28 bonne, ne mourut que le 11 août iirS d'après le
& suiv.j Mémoires de l'histoire du Languedoc, nécrologe de l'église métropolitaine (cf. t. VIII,
p. 599 & suiv. — Besse, Narbonne, p. 466 ik suiv. c. 218). La conjecture de dom Vaissete se trouve
— Gallia Christiana, nov. éd. t. 1, p. 378. donc justifiée par les textes. [A. M.]
^ Innocent. III 1. i3, Epist, 34. — [Potthast,
An 1212
■■; 38o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXll.