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« demandera; mais qu'ils ne manquent pas de nous instruire de la vérité. « Le pape Innocent III écrivit dans les mêmes termes à l'évêque de Riez St à maître Thédise, & leur ordonna de ne rien négliger dans cette atfaire, comme on dit qu'ils avaient fait jusqu alors.
Nous voyons par cette lettre : i° Que l'évêque de Riez 8c maître Thédise, commissaires dans l'affaire du comte de Toulouse, avoient refusé jusqu'alors de recevoir la justification de ce prince touchant le crime d'hérésie & la mort du légat Pierre de Castelnau dont on l'accusoit, malgré les ordres précis d'Innocent III qu'ils avoient éludés, &, qu'a}ant excommunié le comte 8c disposé de ses États en faveur du premier occupant, ils le regardoient comme pleinement condamné 8c déchu de sous ses domaines, mais que le pape eut assez d'équité pour ne pas approuver leur procédé. :° Que l'évêque d'Uzès, qui avoit conseillé à Arnaud, ahbé de Cîteaux, après son élection à l'archevêché de Narbonne, de se qualifier duc de cette ville, prétendoit que le comte de Toulouse n'avoit plus aucun droit à ce duché. Se qu'il lui étoit libre d'en disposer, en qualité de légat, sous le bon plaisir du pape; qu'il demanda à Innocent la confirmation de cette disposition, Se que le pape la refusa. 3° Enfin qu'Innocent gardoit toujours en son pouvoir les sept châteaux que le comte de Toulouse lui avoit livrés en 1209 8c à l'Eglise romaine, pour gage de sa conduite, sans compter le comté de Melgueil qu'il avoit saisi sur lui, sous prétexte de sa prétendue suzeraineté. Les chevaliers 8c le peuple du château de Melgueil lui écrivirent, en effet, pour le féliciter de ce qu'eux 8c leur comté étoient spécialement soumis en propriété à l'Eglise romaine, 8c pour le prier de ne pas les soumettre à d'autre que lui. Le pape, par sa réponse', du 5 de juin de l'an 121 2, les exhorte à persévérer dans leur fidélité &c les assure de sa protection.
XIX, — Guillaume dispute la seigneurie de Montpellier à la reine d'Aragon,
sa sceur.
Innocent III écrivit^ le lendemain, en qualité de comte de Melgueil, à Marie, reine d'Aragon 8c aux habitans de Montpellier, avi sujet de Guillaume, frère consanguin de cette princesse, lequel prétendoit que la seigneurie de Montpellier lui appartenoit, 8c que cette reine la détenoit injustement. Le pape marque dans cette lettre que la Juridiction sur le pays lui appartient, 8c ordonne à Marie 8c aux habitans de Montpellier, ou de restiluer^ette ville à Guillaume, qui avoit eu recours k son autorité, ou de se présenter à son tribunal, à la fête prochaine de la Toussaint, pour y être jugés.
Nous ignorons de quelle manière l'évêque de Riez 8c maître Thédise exécutèrent les nouveaux ordres d'Innocent touchant la purgation canonique du comte de Toulouse; il paroît cependant qu'ils évitèrent toujours d'en venir à
■ Innocent. III 1. |5, Epist. io3. — [Pottliast, * Innocent. III 1. i3, Epist. 104, — [Potthr.st,
l'exécution afin d'achever d'opprimer ce prince. Thédise entreprit', en effet, exprès un voyage à Rome pour y taire l'apologie de sa conduite 6<. y noircir de plus en plus celle du comte.
XX. — Le roi d'Jragon fait un voyage à Toulouse. — Arnaud, archevêque de Narhonne, va servir en Espagne contre les Sarrasins.
Arnaud, archevêque de Warbonne^, peu de temps après sa consécration, se disposa à aller servir en Espagne contre les infidèles. Miramolin^', roi de Maroc, avoit passé la mer 8c fait une irruption dans ce royaume, où il portoit la désolation. Alfonse, roi de Castille, dont il avoit attaqué les États, n'étant pas assez fort pour lui résister, appela à son secours tous les autres princes d'Espagne, 6c envoya l'archevêque de Tolède en France, pour y solliciter les peuples à s'armer en sa faveur, Se à profiter de l'indulgence que le pape avoit accordée à ceux qui prendroient part à cette expédition. Pierre, toi d'Aragon, fut un des premiers qui se préparèrent à marcher au secours du roi de Castille. Il fit un voyage à Toulouse, au commencement de l'an 12 12, 8c y établit pour son vicaire, c'est-k-dire sans doute pour son ambassadeur auprès du comte, son beau -frère, un chevalier, nommé Guillaume de l'Echelle. Il repassa bientôt les Pyrénées 8c, ayant assemblé ses troupes, il marcha vers Éd. origin. Tolède. Arnaud, archevêque de Narbonne, partit de son côté à la tête de 'P-- ■ cent chevaliers françois Se d'un corps d'infanterie, le mardi d'après l'octave de la Pentecôte de l'an 1212. Il visita en passant le roi de Navarre 8c persuada à ce prince, quoique ennemi du roi de Castille, de se joindre à lui contre leur ennemi commun. Arnaud se rendit ensuite à Tolède à la tête de ses troupes, qui avoient été levées pour la plupart dans les diocèses de Lyon, de Vienne 8c de Valence. Il rencontra à Tolède plusieurs autres prélats 8<. chevaliers françois qui avoient passé en Espagne dans le même dessein, entre autres l'archevêque de Bordeaux, le comte d'Astarac, le vicomte de Turenne, Sec. Tous ces François formoient un corps d'armée composé de deux mille chevaliers, qui avoient chacun leur écuyer, de dix mille sergens à cheval 8c de cinquante mille à pied. Ces troupes s'étant jointes à celles d'Espagne, commandées parles rois de Castille, d'Aragon 8c de Navarre, remportèrent divers avantages sur les infidèles 8c les défirent entièrement en bataille rangée, le 16 de juillet, dans un lieu appelé les Naves de Toulouse '^. On compte que soixante mille Sarrasins y demeurèrent sur la place, tandis que les chrétiens n'y perdirent que cinquante hommes. L'archevêque Arnaud contribua beaucoup au gain de cette bataille, dont il nous a laissé une relation fort détaillée : les chrétiens ayant pris la fuite au commencement de l'action, il fit tant par ses exhortations qu'il ranima leur courage 8c les ramena au combat.
' Innocent. III 1. 16, Ep'ut. 35. ' [Par corruption, pour Emir al Mouraenia,
' Guillaume de Puylautens, c. 20. — Gallia prince des croyants.]
Christiana, t. i, p. 379. — Zurita, Anales de U ^ [Los Naves deïolosa.] corona de Aragon,
An I2IZ