XXI. — Simon assiège 6- prend le château d'Hautpoul
Cette expédition fut très-glorieuse à Pierre, roi d'Aragon; mais elle l'empêcha de soutenir le comte de Toulouse, son beau-frère, contre les entreprises de Simon de Monttort qui, après' avoir fait quelque séjour à Albi, se rendit à Castres, d'où il alla assiéger le château d'Hautpoul, dans le Toulousain, Les croisés arrivèrent le second dimanche d'après Pâques devant ce château, situé entre Castres £c Lavaur, sur une haute colline escarpée, environnée de rochers presque inaccessibles. Simon, qui n'avoit pas beaucoup de troupes, ne put faire qu'une partie de la circonvallation. 11 fit dresser un pierrier St le fit jouer le troisième jour du siège. Ayant ensuite fait mettre ses chevaliers à pied, il fit la descente du fossé, donna l'assaut & emporta le premier faubourg; ses troupes ne pouvant cependant résister aux ettorts des assiégés, qui faisoient pleuvoir une grande quantité de pierres, furent enfin obligées de reculer Se d'abandonner l'entreprise. Le lendemain, le pierrier ayant fait de plus grandes brèches, les assiégés prirent la fuite 8c se retirèrent sur le soir. Les croisés s'en étant aperçus s'emparèrent bientôt de la place 8c ne firent aucun quartier à tous ceux qui y étoient demeurés. Simon rit raser le château d'Hautpoul 8c se rendit à Sorèze, où il donna en fief, le 23 d'avril* de cette année, du consentement de la comtesse Alice, sa femme. Se d'Amauri, son fils aîné, à Philippe Goloyn, chevalier françois, sous le service d'un homme d'armes, les lieux de Vilarzel, de Montclar, de Pomars, Sec. confisqués sur les hérétiques Se les fugitifs^.
XXn. — Émeute de Narbonne contre Gui 6- Amauri de Mont/ort.
Gui de Montfort 8c Amauri, son neveu, fils de Simon, firent un voyage peu de temps'' après à Narbonne, où ils donnèrent occasion à une grande émeute. Gui étoit logé dans l'archevêché, 8c Amauri dans la maison des Templiers. Ce dernier, qui étoit encore fort jeune, étant allé voir par curiosité le palais du vicomte, voulut ouvrir une fenêtre de ce bâtiment qui étoit fort ■rieux, 8c la fit tomber avec quelque bruit. Aussitôt tout le peuple de Narbonne s'attroupe 8c accuse publiquement le jeune Montfort d'avoir voulu forcer le palais vicomtal. Amauri se réfugie dans la maison des Templiers : le peuple ameuté l'y poursuit, l'y assiège 8c l'oblige à se retirer dans une tour. Enfin un citoyen trouva moyen d'apaiser le tumulte durant lequel deux écuyers de Simon de Montfort furent tués.
' Pierre de Vnux-Cernay, c. 6i . — [Le siège loyn, sénéchnl de Carcissonne; ce nom décèle une
d'Hautpoul n'est pas indiqué par Guillem de Tu- origine anglaise. Sa famille resta dans le pays &
dèle.] le roi Louis IX confirma à ses descendants une
' Manuscrits de Colbert, n. zinit. — Voyez notre partie des possessions que les Montfort lui ayaient
Catalogue, n. "ii. données. |A. M.]
' Nous retrouverons plus Için ce Philipp'.' Go- '' Pierre de ^^•^'.!\•-Cernay, c. (12,
An i z 12
XXIII, — Simon reçoit un nouveau secours de croisés ^ reprend diverses places sur le comte de Toulouse.
Montfort étoit allé alors du côté de Toulouse à la rencontre d'un grand nombre de pèlerins allemands, lombards Se auvergnats qui, s'étant joints, venoient à son' secours. L'arrivée de ces nouveaux croisés jeta l'épouvante dans tout le pays, Se la plupart des peuples de la campagne quittèrent leurs habitations pour se réfugier à Toulouse Se à Montauban, les deux plus fortes nlaces crui restoient au comte Raimond, lequel étoit dans la dernière avec les i;f oiigin.
J » , ^^ ' ^ t. Ul, p. 21:7.
comtes de Foix Se de Comminges. Simon, soutenu dun renfort si considérable, reprit bientôt la plus grande partie des places qu'il avoit perdues, 8c soumit en trois semaines les châteaux de Cuc, de Montmaur, Saint-Félix, Casser, Montferrand, Avignonet, Saint-Michel 8t plusieurs autres du Toulousain. Gui, nouvel évêque de Carcassonne, après avoir été sacré à Narbonne, joignit l'armée des croisés à Saint-Michel, à une lieue de Castelnaudary, 8t la suivit toujours depuis. Le comte Raimond s'avança cependant jusqu'à Puylaurens; mais Montfort ayant fait semblant de vouloir attaquer cette place, Raimond se retira Se l'abandonna aux croisés qui s'en saisirent. Un corps de noblesse allemande, commandé par le prévôt de l'église de Cologne, joignit en cet endroit Montfort, qui rendit le château de Puylaurens à Gui de Lucé, auquel il i'avoit donné autrefois. Ce général, après avoir campé pendant deux jours aux environs, détacha Gui, son frère, Se Gui de Lévis, son maréchal, pour aller à Carcassonne au devant de Robert, archevêque de Rouen, de Robert, élu évêque de Laon, Se de Guillaume, archidiacre de Paris, c[ui conduisoient un grand nombre de croisés françois. Son armée étant ainsi extrêmement augmentée, il la partagea en deux corps : il fit marcher une partie composée de ce nouveau renfort sous les ordres de Gui, son frère, 8e s'avança avec le reste vers Rabastens, dans le diocèse d'Albi. Ce château Se ceux de Montaigu 8e de Gaillac n'attendirent pas son arrivée, 8e se soumirent sans coup férir. Les bourgeois de Saint-Marcel, craignant son ressentiment, lui envoyèrent alors les clefs de leur château 8c implorèrent sa clémence; mais ce général ayant refusé de recevoir leur soumission, ils abandonnèrent la place Se cherchèrent leur salut dans la fuite. Simon s'empara ensuite du château Se le fit détruire de fond en comble^. Il traita de même celui de La Guépie, sur la petite rivière de Biaur, qu'il trouva aussi abandonné. Il marcha enfin vers Saint-Antonin, dans le dessein de faire le siège de cette ville, située en Rouergue, sur la rivière d'Aveyron, dans un vallon très-agréable, au pied d'une colline.
■ Pierre de Vaux-Cernay, c. 62. — Voyez tome V de son édition, p. 5o), les traces de cet
tome VIII, c. 83. — [Guillem deTudéle, vers incendie se voyaient encore à Saint-Marcel, an
235^-23.54.] commencement de ce siècle. [A. M.]
' Suivant M. Diimége (additions & notes du