‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 181 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

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XXIV, — Simon de Montfort assiège iS* prend Saint-Antonin.

L'évêque d'Albi, qui conduisoit l'avant-garde de l'armée, s'étant hâté d'arriver à Saint-Antonin, exhorta les habitans à se soumettre; mais Adhémar Jourdain, chevalier de mérite que le comte de Toulouse y avoit mis pour gouverneur, lui répondit fièrement : « Que le comte de Montfort sache que (i jamais les hourdonniers ne viendront à bout de prendre mon château. » Il appeloit hourdonniers les croisés, à cause qu'ils portoient des bourdons pour marque de leur pèlerinage. Simon, informé de cette réponse, promit d'en faire repentir le gouverneur. 11 arrive à Saint-Antonin St, ayant planté son camp dans la plaine au pied du château, il est assailli le soir même par les habitans qui font une sortie. Les sergens de son armée les repoussent avec vigueur jusque dans la place & ils en font aussitôt l'atiaque sans la participation de leur généraux. Enfin, après un combat d'une heure, ils se rendent maîtres de trois barbacanes ou ouvrages extérieurs; la nuit qui survint les ayant empêchés de continuer leur entreprise; les assiégés, effrayés d'une action si vigoureuse, commencent à perdre courage, & plusieurs tâchent de se sauver par une porte opposée au camp ; les croisés, qui s'en aperçoivent, les poursuivent & font main basse sur tout ce qu'ils rencontrent. A minuit, Pons, vicomte de Saint-Antonin, jugeant que la ville seroit prise infailliblement le lendejnain, envoie offrir à Montfort de la lui remettre, à condition qu'il auroit la liberté de se retirer où il voudroit. Ce général lui refuse sa demande & le vicomte se rend enfin à discrétion. Les croisés entrent dans. la place de grand matin 5c après avoir fait mourir trente des principaux habitans', pillé Si. saccagé la ville, sans épargner ni le monastère, ni le clergé, Simon pardonne à tous les autres pour ne pas la dépeupler entièrement. Il fait ensuite conduire à Carcassonne le gouverneur, le vicomte Pons, & plusieurs autres chevaliers qu'il ordonne de renfermer dans une étroite prison. Il dispose enfin du gouvernement de Saint-Antonin en faveur de Baudouin, frère du comte de Toulouse, & l'y laisse avec une bonne garnison, Baudouin engagea bientôt^ après ceux du château de Caylus, en Querci, à se soutMti°'p"'>"'s. ""lettre à Simon, qu'ils avoient abandonné l'année précédente pour retourner sous la domination du comte de Toulouse, leur ancien maître.

XXV. — Simon de Montfort soumet VAgenois, où il assiège 6" prend

le château de Penne,

Montfort, après la prise de Saint-Antonin, délibéra sur la suite des opérations de la campagne avec les évêques d'Uzès, de Toulouse & de Carcas-

' C'est du moins le chiffre donné par la rédnc- droit. La prise de Saint-Antonin eut lieu le di-

, tion en prose. Guillem de Tudèle dit vingt-huit manche en l'octave de la Pentecôte (6 mai 1212'!,

des principaux habitants & dix bourgeois; le texte d'après Pierre de Vaux-Cernay. [A. M.] <ie ce dernier par<iît du reste corrompu en cet en- ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 63,

sonne. On résolut de marcher vers l'Agenois, pays que Raimond, comte de Toulouse, tenoit de la succession de Jeanne d'Angleterre, sa mère. L'évêque d'Agen pressoit depuis longtemps ce général des croisés de s'y rendre, avec oft're de l'aider de toutes ses forces S< de l'appuyer du crédit de ses parens, qui étoient très-puissans dans le pays. Simon, s'étant mis en marche, se saisit en passant de divers châteaux que la crainte de ses approches avoit fait abandonner à leurs habitans; il les fait raser 8c ne conserve que celui de Montcuq qu'il donne au comte Baudouin. Étant arrivé devant le château de Penne, en Agenois, place très-forte, située sur le penchant d'une colline, au bas de laquelle coule la rivière de Lot, dans un pavs aussi agréable que fertile, il forme le dessein d'en faire le siège. Le conite de Toulouse y avoit mis pour gouverneur Hugues d'Alfar, chevalier espagnol, homme brave Se intelligent, qu'il avoit fait sénéchal du pays, à qui il avoit donné Guillelmette, sa fille naturelle', en mariage, & qui avec quatre cens routiers qu'il avoit pris à sa solde résolut de se détendre jusqu'à la dernière extrémité.

Simon, avant que de commencer le siège de Penne, laissa son armée devant cette place Si alla à Agen, suivi de quelques chevaliers, pour recevoir la soumission des habitans qui lui prêtèrent serment de fidélité 8c lui remirent leur ville dont il prit possession. On peut observer à cette occasion que le zèle de la religion régloit bien moins les pas de ce général que l'envie de s'agrandir au dépens d'autruij car il est certain qu'il n'y avoit alors ^ aucun hérétique manifeste à Agen. Or nous avons vu ailleurs que le pape ne regardoit pas encore le comte de Toulouse comme convaincu des crimes dont on l'accusoit, &t qu'il convenoit qu'on ne pouvoit lui ôter ses Etats. C'est donc uniquement dans le dessein de les envahir Se de s'enrichir des dépouilles de ce prince que Simon lui faisoit la guerre.

Ce général étant de^ retour à Penne, le dimanche troisième de juin, il en commença le siège durant lequel l'évêque de Carcassonne, qui s'y trouva, fit les fonctions de vice-légat, à cause de l'absence d'Arnaud, archevêque de Narbonne, qui étoit alors en Espagne. Hugues d'Alfar, gouverneur de la place, fit mettre aussitôt le feu au faubourg d'en bas 8< se renferma dans le château avec sa garnison. Les croisés se saisirent ensuite du faubourg abandonné 8t y dressèrent des pierriers pour abattre les murailles; mais les assiégés les démontèrent bientôt, Si ils harcelèrent tellement les croisés par leurs fréquentes sorties que ces derniers n'avoient encore fait aucun progrès à la Saint-Jean. Simon reçut cependant l'hommage de presque toute la noblesse de l'Agenois, qui vint le reconnoître pour son seigneur. Enfin, voulant avancer les travaux du siège Se remplacer plusieurs croisés qui, après avoir fini leur quarantaine, demandoient à se retirer, il manda à Gui, son frère, de le venir joindre.

Gui agissoit alors d'un autre côté avec un corps d'armée Se avançoit beau-

' Voyez tome VII, î/oie X, n, 4, pp. 26, 17. 'Pierre de Vaiix-Cernay, c. (53. — Voyez

" Innocent. III 1. iz,Ep',st. 172. — [Pottliast, tome VIII, ce. 84, 85. — [Guillem de Tudèle, vers 11 339D.] 240J-2443.]

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coup les affaires de la croisade. Il étoit parti de Caicassonne, suivi de Robert, archevêque de Rouen, Robert, élu évêque de Laon, Guillaiime, archidiacre de Paris, Enguerrand de Bove, à qui Simon avoit donné depuis longtemps une partie du pays de Foix, 8c de plusieurs autres chevaliers. 11 s'étoit étendu dans le même pays, où il avoit pris d'assaut le château d'Ananclet", dont il avoit fait passer la garnison par le fil de l'épée. Cette prise avoit jeté la terreur dans tout le voisinage, £c les habitans de plusieurs châteaux, les avoient abandonnés après y avoir mis le feu. Gui, après avoir achevé de les ruiner, s'étoit avancé vers Toulouse, où ses approches avoient produit le même effet, & il assiégeoit actuellement le château de Penne, en Albigeois, quand Simon, son frère, lui manda devenir à son secours. Gui abandonna aussitôt le siège de ce château S<, ayant fait le dégât aux environs, il se mit en marche £< arriva enfin au siège de Penne, en Agenois. t'^i'îi"' '*'.'','■ Simon chargea Gui, son frère, de l'attaque du côté du levant, & il continua lui-même celle qu'il avoit commencée vers le couchant. Comme les machines qu'il avoit employées jusqu'alors étoient presque inutiles, il en fit construire une beaucoup plus grande dont il espéroit un meilleur succès; mais il sévit abandonné bientôt de l'archevêque de Rouen, de l'évêque de Laon &. de la plupart des autres pèlerins françois, qui, ayant fini leur quarantaine, & étant d'ailleurs fawgués de la longueur du siège, se disposèrent à partir. Simon fit tout son possible pour les retenir encore pendant quelque temps : le seul archevêque de Rouen consentit de demeurer jusqu'à l'arrivée d'une troupe de nouveaux croisés qui venoient de Carcassonne, & qui avoient à leur tête l'abbé de Saint-Rémi de Reims, un abbé de Soissons, l'archidiacre de Châlons-sur-Marne & le doyen d'Auxerre, lequel mourut peu de temps après. Simon, aidé de ces nouveaux croisés, pressa la place de plus près : les assiégés continuèrent de leur côté à se défendre avec beaucoup de courage; & craignant de n'avoir pas assez de vivres, ils firent sortir de la ville toutes les bouches inutiles; mais Simon fit rentrer ces exilés, & on ^ le loue beaucoup de n'avoir pas daigné les faire mourir. Enfin, les machines ayant ruirîé la plupart des maisons & fait une brèche considérable aux murailles, les assiégés qui manquoient d'eau Se mouroient de soif, à cause de la chaleur excessive de la saison, 8<. qui n'avoient d'ailleurs aucune nouvelle du comte de Toulouse, demandèrent à capituler. Ils obtinrent la liberté de se retirer avec la vie & les bagues sauves, & le gouverneur livra la place à Simon le 25 de juillet ii\2. Le lendemain l'archevêque &. le chantre de Reims arrivèrent au camp avec un nouveau renfort de croisés.

■ 11 faii< évidemment corriger Avelanetum, La- ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 6.';

velanet (Arlége) , .-irrondissement de Foix. Pierre de Vaux-Cernay porte j4nc/anfium [A. M.J

XXVI. — Montfort prend Marmaiide £< Bîron, punit la déjection de Martin d'Algais, 6- traite avec le vicomte de Béarn.

Durant le sîége de Penne, Simon détacha Robert de Mauvoisîn pour prendre possession en son nom de Marmande sur la Garonne, qui étoit du domaine direct du comte de Toulouse. Robert fut reçu favorablement des bourgeois, qui lui remirent la ville; mais la garnison se retira dans le château Si se mit en état de défense. Robert ayant tait dresser un mangonneau, il n'eut pas plutôt commencé à le faire jouer que cette forteresse se soumit. Simon récompensa les services de ce chevalier par la donation' qu'il lui fit, le 17 de juillet de l'an 121 2, au siège de Penne en Agenois, des biens qui avoient appartenu à Guillaume de Durfort de Fanjeauxj Robert les donna au monastère de Prouille.

Montfort assiégea ensuite le^ château de Biron, dans le dessein de punir la défection de Martin d'Algais, qui en éloit gouverneur 81 qui avoit quitté son parti pour embrasser celui du comte de Toulouse. Il emporta le bourg de Biron d'emblée, & somma la garnison qui s'étoit retirée dans le château de se rendre. Comme elle étoit hors d'étal de résister, elle offrit de remettre la place, à condition qu'elle sortiroit la vie sauve. Simon lui accorda cet article; mais il voulut qu'on lui livrât Martin d'Algais, ce qui fut fait. Il permit a ce chevalier de se confesser; & l'ayant ensuite fait attacher à la queue d'un cheval, 8i promener ainsi dans tout le camp, il le £t pendre. II disposa du gouvernement de Biron en faveur d'un chevalier nommé Arnaud de Montaigu. Gaston, vicomte de Béarn, vint alors traiter avec lui touchant la vicomte de Brulhois^, qui dépendoit du comté d'Agenois. Ils convinrent de se trouver à Agen un certain jour pour conclure leur traité; mais le vicomte manqua au rendez-vous. La comtesse de Montfort joignit le comte Simon, son mari, dans ce pays accompagnée de l'évêque de Carcassonne"*. Elle se saisit, en passant dans le Querci, de quelques châteaux, que les habitans avoient abandonnés à ses approches.

XXVII. — Mont/brt assiège Moissac, le prend, &> soumet diverses places

des environs.

Montfort, après avoir soumis l'Agenois"', se rendit dans le Querci, 8c arriva le 14 d'août de l'an 1212 devant Moissac, ville située sur le Tarn & les frontières du Toulousain, au pied d'une colline, dans une très-belle campagne. Il

' Archives de Prouille. [Voir notre Catniogue, compngiiait In comtesse de Montfort pendant ce

n" 02-53.] Yoyage. Giiillcm de Tudèle dit (vers 2464), qu'elle

'Pierre de Vaux-Cernny, c. 63. — Voyez amenait à son vnari quinze mille hommes de ren-

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