XXXII. — Seigneurs de Sauve £• d'Ându-:^e
La femme de Pierre-Bermond s'appeloit' Constance, comme son aïeule paternelle. Elle étoit fille de Raimond VI, comte de Toulouse, Se de Béatrix de Béziers, sa seconde femme, que quelques auteurs ont^ confondue avec elle. Constance de Toulouse avoit épousé en premières noces Sanche VI, dit le Vaillant, roi de Navarre, qui la répudia, Se ensuite, dès l'an 1208, Pierre- Bermond : on prétend 3 qu'après la mort de ce seigneur, elle se maria en troisièmes noces avec Déodat de Séverac; mais on n'en donne aucune preuve. On blâme beaucoup le roi Sanche, qui mourut en 1234, après quarante ans de règne, sans enfans légitimes, d'avoir répudié cette princesse, qui étant trèsféconde l'auroit empêché de laisser éteindre sa race. Se dont il auroit pu mieux soutenir les droits sur le comté de Toulouse que Pierre-Bermond; car Simon de Montfort n'auroit pas eu vraisemblablement si bon marché de la dépouille du comte Pv.aimond, si ce prince eût été soutenu par un roi aussi vaillant que Sanche.
Pierre-Bermond fut le sixième seigneur de Sauve de son nom : il étoit fils aine de Bernard VII, seigneur d'Anduze, qui confirma avec lui, au mois de février"* de l'an 1214, une donation de treize métairies [mansos), qu'il avoit faite trente ans auparavant à l'abbaye de Bonneval en Rouergue, pour le salut de son âme, de ses parens. Se spécialement de son Jrère Pierre-Bermond. Bernard VII mourut vers l'an iiiS, Se laissa"' entre autres enfans de sa femme, dont on ignore le nom : 1° le même Pierre-Bermond qui fit la branche de Sauve, Se qui eut pour son partage les seigneuries de Sauve, Sommières Se .\nduze, avec une partie de celles d'Alais Se de Largentière. 2° Bernard VIII, chet de la branche d'Anduze, seigneur de Portes, au diocèse d'Uzès, Se en partie d'Alais Se de Largentière. Il épousa Vierne, dame du Luc, Pradelles, Joyeuse Se en partie de Genouillac. Il étoit déjà mort au commencement de
' Guillaume de Puylaurens, c. .'>. — Le Laboii- ' Andoqiié, LangueJoc, p. 292.
reur, Généalogies manuscrites Je la maison royale ^ Arthives de l'abbaye de Bonneval.
de Navarre &■ de la maison d'Anduze, — Voyez ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XLVI, ce. 769.
tome VII, Note X, n. 2, p. 24. -~ Le Laboureur, Généalogies ntanuscritcs de la
' Voyez tome VII, ihidi maison royale di: Navarre & de la maison d'Andu'^e.
An 1212
An 1212
I96 MISTOIRE GÉNÉRAI,E DE LANGUEDOC. I,!V. XXIÎ.
iÎJ|Onsm. l'an 1222. 3° Bermond, élu évêque de Viviers en 1222, 4° Bernard, religieux de l'abbaye de Masan, de l'ordre de Cîteaux, au diocèse de Viviers. 5° Adélaïde, qui épousa le seigneur de Mercœur.
Pierre-fîermond VI mourut à Rome, en i2i5; il eut de Constance de Toulouse, sa femme : 1° Pierre-Bermond VII, qui hérita des seigneuries de Sauve, Anduze, Lèques, Saint-Bonnet, Montpesat, Madières, Poussin, Largentièrc, d'une partie de celles d'Alais & de Sommières, &c. 2° Pvaimond, qui eut pour son partage la quatrième partie d'Anduze 8t tut la tige des barons de Horac. 3° Bermond, qui fit la branche des barons du Cayla, au diocèse de Nimes. 4° N., dame en partie du château de Sauve, qui épousa Hugues de Mirabel. ;")" Béatrix, promise en mariage, en 1227, à Arnaud de Roquet'éuil, avec mille marcs d'argent de dot. 6" Sybillcj qui épousa Barrai, seigneur de Baux.
XXXIII. — Le comte de Foix continue la guerre contre les croisés.
Le comte de Toulouse, en partant pour l'Aragon, laissa le soin de ses affaires aux deux comtes de Foix, père Se fils. Le dernier', pour faire diversion, étendit ses courses vers Carcassonne & Narbonne, Se fit prisonniers plusieurs croisés ou pèlerins qui venoient de France; il les conduisit au château de Foix, S< là il leur fit souffrir divers tourmens par droit de représailles; mais il ne put empêcher que Simon de Monttort n'ajoutât enfin à ses conquêtes la plupart des domaines qui restoient au comte de Toulouse.
XXXIV. — Simon convoque une assemblée générale à Pamiers & y établit des coutumes pour le gouvernement du pays conquis.
Simon, se voyant maître d'un si vaste pays, songea à le policer. Dans celte vue^, il convoqua une grande assemblée ou parlement à Pamiers, à la fin de novembre de l'an 1212, & y appela les évêques, les nobles Si les principaux bourgeois, en sorte qu'elle fut composée des trois états d'une grande partie de la Province 8<. des pays voisins. L'archevêque de Bordeaux, les évêques de Toulouse, Carcassonne, Agen, Périgueux, Conserans, Comminges S<. Bigorre 5 assistèrent, & Simon y fit dresser des statuts pour le gouvernement du pays qui lui étoit soumis. L'assemblée choisit pour les rédiger douze personnages des plus habiles, savoir : les évêques de Toulouse 8<. de Conserans, un templier Se un hospitalier entre les ecclésiastiques; quatre chevaliers françois Se quatre habitans du pays, dont deux étoient chevaliers Se les deux autres bourgeois. Ces commissaires convinrent de quarante-six articles Se les proposèrent à l'assemblée qui les approuva; après quoi Simon de Montfort Se tous
' Pierre de Vaiix-Ccnlny, c. 64. Histoire lîcs comtes Je Tolose, p. i^.") & siiiv. —
' Pierre de Vaiix-Cernay, c. (>'>. — Voyez Martène, Thésaurus anccjotorum, t. 1, c. 8.>i &
tome VIII, c. 91. [Guillem de Tiidèle, vers 26).'- scq. — \'oycz tome VIII, Charte?, ce. 6zj j 635.
2663.1 — Rcgistrum curiae Franciac. • — CiHel,
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les chevaliers firent serment de les garder. Ces articles roulent en général sur le rétablissement de la paix 8c de la justice dans le pays, l'extirpation de l'hérésie, la liberté ecclésiastique, la police, la levée des tailles 8c des autres impositions sur les peuples, le service militaire, la perception des droits dus à Simon 8< aux autres seigneurs, les devoirs des vassaux envers leurs seigneurs & des seigneurs envers leurs vassaux, Sec. Le quatrième article exempte de taille les clercs, à moins qu'ils ne soient mariés 8c qu'ils n'exercent la marchandise, 8c les pauvres veuves. Le septième confirme l'imposition du cens annuel de trois deniers melgoriens en faveur de l'Église romaine sur chaque maison habitée dans le pays conquis. Il est marqué dans le huitième ' que les chevaliers trançois qui doivent le service militaire au comte Simon ne pourront le rendre pendant vingt ans qu'avec des François 8c non avec des gens du pays. Par le trente-quatrième les chevaliers 8c les seigneurs catholiques du pays sont tenus envers Simon de Montfort ou leurs autres nouveaux seigneurs, au même service auquel ils etoient obligés avant la croisade. Il est détendu par le trente-sixième, à peine de confiscation de biens, de porter des vivres aux Toulousains sans la permission du comte Simon. Le quarante-troisième règle les successions, tant entre les barons 8c les chevaliers qu'entre les bourgeois 8c les paysans, selon qu'il étoit en usage en France, aux environs de Paris. Il est ordonné par le quarante-cinquième à toutes les femmes, quoique catholiques, dont les maris étoient ennemis de Simon, de sortir incessamment des terres de sa domination. Enfin le quarante-sixième défend à toutes les veuves 8c héritières nobles qui avoient des forteresses ou des châteaux dans leurs domaines de se marier, pendant l'espace de dix ans, à d'autres qu'à des François, sans la permission du comte de Montfort^.
A ces quarante- six articles on en ajouta trois autres qui dévoient être observés par le comte Simon envers les barons de France 8c les autres étrangers à qui il avoit donné quelques domaines dans le pays. Le premier règle t.^u""''"^de nouveau les successions entre les barons 8c les chevaliers, 8c entre les bourgeois Se les paysans, suivant la coutume observée en France, aux environs de Paris. Le second défend à tous les seigneurs d'ordonner le duel dans leur cour de justice, excepté pour les crimes de trahison, de vol 8c de rapine. Le troisième marque que le comte Simon sera tenu de garder envers les
' [Corrije^ le dix- huitième.] ticles IV & VIII , exemptant de la taille non- ' Nous ne pouvons donner une analyse détnillée seulement les clercs, mais leurs hommes j l'art. X, de ces statuts de 1212, qui n'ont pour nous qu'un pour la construction de nouvelles églises; l'arintérêt tout à fait secondaire, puisqu'ils ne furent ticle III, relatif au payement des dîmes & prêen usage que pendant tout au plus sept ou huit mices; II, affranchissement des églises & destrucans. On peut les voir au tome VIII, & nous nous tion des fortifications qu'y avaient élevées des contenterons d'indiquer brièvement leur caractère. laïques. La plupart des articles, qui n'ont pas Cet acte est le prix de l'appui constant prêté par rapport à cette suprématie de l'Église, ont trait l'Eglise à Simon de Montfort; aussi toutes les au service militaire, que le conquérant régla avec questions, tant controversées au douzième siècle, le plus grand soin & dans tous ses détails; on si longtemps débattues entre les prélats & les sent que c'était pour lui le point important, le princes méridionaux, y sont-elles résolues à l'avnn- seul moyen de rendre définitive la conquête qu'il tage de l'Kglise; nous citerons notamment les ar- avait entreprise. |A. M.|
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barons de Fiance & les autres, à qui il avoit donné des terres dans le pays, l'usage Se la coutume qui s'ojjserve en France, autour de Paris, touchant les plaids, les jugemens, les dots, les fiefs & les devoirs féodaux. L'acte est daté de Pamiers, dans le palais de Simon, le i" de décembre de l'an 12 12.
XXXV. — Terres inféodées à divers chevaliers français. — Evèques
de Béliers.
On voit par ces statuts que Simon de Montfort avoit disposé dès lors, en faveur de divers chevaliers trançois, des terres qui avoient été confisquées sur la noblesse du pays qui avoit eu le malheur d'embrasser ou de favoriser l'hérésie ou de se déclarer contre ce général; c'est ce qui donna lieu dans le commencement du treizième siècle à l'établissement de plusieurs gentilshommes de France dans une partie de la Province. Entre les maisons de ces gentilshommes, dont les descendans possèdent encore dans le pays, en tout ou en partie, les terres que Simon leur inféoda, les principales sont celles de Lévis & de Voisins'.
Au reste, quoiqu'il paroisse que Simon ait voulu peut-être établir dans tous les pays conquis par les croisés, les coutumes de la ville 81 de la vicomte de Paris; il est certain toutefois que ces coutumes n'eurent^ lieu que pour les droits féodaux, & seulement dans les terres qu'il avoit ôtées à leurs anciens seigneurs & inféodées à des chevaliers françois. Aussi laissa-t-il, suivant l'article trente-quatre des statuts de Pamiers, les seigneurs des autres terres dans l'usage & la liberté du service auquel ils étoient tenus avant la conquête.
Montfort se rendit^ à Carcassonne après l'assemblée de Pamiers & alla ensuite à Béziers pour y conférer avec Arnaud, archevêque de Narbonne, sur les affaires de la croisade. Le siège épiscopal de Béziers étant venu alors à vaquer, le chapitre élut pour évêque Guillaume, archidiacre de Paris, qui refusa généreusement cette dignité. On fit une nouvelle élection & le choix tomba sur Bertrand. Simon étant retourné à Carcassonne, y établit sa résidence pendant l'hiver, durant lequel il ne se passa rien de considérable que quelques escarmouches'* entre la garnison de Montauban, commandée par le fils du comte de Foix, & celle de Castelsarrasin.
' La plupart de ces donations à des chevaliers milieu du quatorzième siècle. On trouvera plus
français, — donations dont il serait intéressant de détails à ce sujet, avec les preuves de ce que
de dresser une liste un peu complète, — furent nous avançons, dans notre note du tome VII sur
révoquées plus tard en bloc, lors de la paix de l'administration royale dans le Midi sous saint
Melun 8s. des accords qui suivirent ce traité ce- Louis. [A. M.]
lèbre. Toutefois, plusieurs de ces seigneurs ou leurs " Cnzeneuve, Franc-alleu, 1. j, c. 4 & suiv.
descendants ayant servi efficacement le roi saint ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 65.
Louis pendant les guerres qui suivirent, obtinrent ''Voyez tome VIII, ce. 91, 92. — Guillem de
des assises & firent ainsi souche de familles nou- Tudèle, vers 2664-2739. Le poëte raconte successi-
velles; leurs descendants furent les terriers de rement avec de grands détails trois combats diffé-
Carcassonne, 8c quelques-unes de ces seigneuries rents entre les croisés, commandés par Gulllavime
gardèrent l'usage de la coutume de Paris jusqu'au d'Encontre, §i la garnison ds Montflubnn. Le
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXII. 3nn -— T"
' ) An I2i3
XXXVI. — Le pape écoute les plaintes du roi d'Aragon en faveur des comtes de Toulouse, de Foix £• de Comminges, 6- du vicomte de Béarn.
Cependant l'évêque de Segorve 8c maître Columbi, que Pierre, roi d'Aragon, avoit envoyés à Rome pour se plaindre des vexations que les légats 8c Simon' de Montfort exerçoient dans la Province, & y soutenir les intérêts des deux comtes de Toulouse, ses beaux-frères, eurent audience d'Innocent III, vers le commencement de janvier de l'an i2i3. Le pape les écouta favorablement 8c écrivit, le i8 de ce mois, la lettre^ suivante à l'archevêque e Narbonne, à l'évêque de Riez Se à maître Thédise, chanoine de Gênes ; Notre cher fils, Pierre, roi d'Aragon, nous a fait savoir qu'il avoit refusé de secourir le vicomte de Béziers, son vassal, qui imploroit son assistance, après la publication de la croisade contre les hérétiques provençaux, lorsque les croisés turent entrés sur les terres de ce vicomte. Se que., pour ne pas retarder l'exécution des desseins de l'Église, il avoit mieux aimé manquer aux catholiques que de protéger les hérétiques mêlés avec eux; en sorte que le vicomte, se trouvant sans protection, a perdu tous ses domaines 6a été enfin tué misérablement. Vous, archevêque de Narbonne, Se Simon de Montfort, ayant conduit ensuite l'armée des croisés dans les domaines du comte de Toulouse, vous ne vous êtes pas contentés d'envahir tous les lieux où il y avoit des hérétiques; mais vous vous êtes encore emparés de ceux dans lesquels il n'y avoit aucun soupçon d'hérésie; car ayant exigé le serment des peuples du pays, 8c leur ayant permis d'y demeurer, il n'est nullement vraisemblable qu'ils soient hérétiques. Les mêmes ambassadeurs nous ont remontré que vous avez usurpé le bien d'autrui avec tant d'avidité Se si peu de ménagement, qu'à peine de tous les domaines du comte de Toulouse lui reste-t-il la ville de ce nom avec le château de Montauban. Entre ces domaines usurpés, le roi d'Aragon marque le pays que , ^,^1 "''^"ji Pv.ichard, roi d'Angleterre, avoit donné à sa sœur en la mariant avec ce comte, les terres das comtes de Foix Se de Comminges, 8c celles de Gaston de Béarn. Ce prince se plaint, de plus, de ce que vous, archevêque de Narbonne, Se Simon, avez obligé les sujets de ces trois comtes, quoiqu'ils soient ses vassaux, à prêter serment de fidélité à un autre, dans les domaines que vous avez envahis. Il ajoute qu'à son retour de la guerre contre les Sarrasins, le comte de Toulouse l'ayant été trouver Se lui ayant exposé ce qu'il avoit souffert de la part des croisés, il avoit attribué à ses péchés le refus que l'Eglise faisoit de recevoir la satisfaction qu'il offroit, étant disposé d'exécuter tous nos ordres autant qu'il seroit possible; que ce comte lui avoit dit ensuite que, pour n'être pas le seul à souffrir une pareille confusion, il lui remcttoit ses domaines, son fils 8c sa femme, sœur de ce
même auteur mentionne quelques escarmouches ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 70.
du côté de la Gascogne, escarmouches dont parle ' Innocent. III 1. ij, Ep'ut. 212. — [Potthast,
aussi Pierre de Vaux-Cernay (c. 65). [A. M.] n. 4655.]
An 121 J
prince, afin qu'il prît leur défense ou qu'il l'abandonnât comme il jugcroit à propos. Le roi marque ensuite qu'étant sur le point d'essuyer un afhont pour ce sujet, Si que n'étant pas juste que la peine soit plus grande que le délit, il nous supplie humblement de conserver le comté de Toulouse pour le fils de ce comte, c|ui n'a jamais été imbu de l'erreur Se qui ne le sera jamais, avec la grâce de Dieu. Il a promis de garder en son pouvoir, tant le fils du comte de Toulouse que le comte lui-même, tout le temps qu'il nous plaira, afin de faire instruire le premier dans la foi & avoir soin de son éducation, Jk d'apporter toute son attention pour extirper l'hérésie du royaume d'Aragon 8i pour y iaire fleurir la foi catholique, avec oftre dt donner pour l'observation de toutes ces choses, telle caution que le Saint- Siège demandera. Enfin il a déclaré que le comte de Toulouse est prêt à faire pour le passé la pénitence que nous voudrons lui imposer 8< d'aller servir contre les infidèles, soit dans les pays d'outre-mer, soit en Espagne, sur les frontières des Sarrasins. Au reste, comme l'affaire est difficile 81 qu'elle a été conduite à une fin assez heureuse, on doit y procéder avec iieaucoup d'attention pour ne pas détruire légèrement ce qui a été exécuté avec tant de peine. C'est pourquoi nous vous ordonnons d'assembler un concile dans un lieu commode &c assuré, d'y convoquer tous les archevêques, évêques, abbés, comtes, barons, consuls & recteurs que vous jugerez à propos; 8c après leur avoir proposé les demandes & les désirs du roi d'Aragon, sans aucune considération humaine, de nous envoyer leur avis, afin de statuer ensuite tout ce qui sera convenable. »
Le pape écrivit en même temps à Simon de Montfort en ces termes : L'illustre' roi d'Aragon nous a fait remontrer par ses ambassadeurs, que non content de vous être élevé contre les hérétiques, vous avez tourné les armes des croisés contre les peuples catholiques; que vous avez répandu le sang des innocens ik envahi, à son préjudice, les terres des comtes de Foix 8c de Gomminges, 8c de Gaston de Béarn, ses vassaux, quoique les peuples de ces terres ne fussent nullement suspects d'hérésie. Ces ambassadeurs nous ont assuré que, puisque vous avez exigé le serment de fidélité des mêmes peuples 8c que vous permettez qu'ils habitent dans le pays, vous faites un aveu tacite qu'ils sont catholiques; à moins que vous ne voulussiez passer vous-même pour fauteur des hérétiques. Ils se plaignent principalement de ce que tandis que le roi, leur maître, faisoit la guerre contre les Sarrasins, vous avez usurpé les biens de ses vassaux, 8c que c'étoit alors que vous agissiez plus fortement contre eux, parce que vous saviez qu'il étoit hors d'état de les secourir; 8c comme le roi est dans la résolution de continuer cette guerre, il demande, pour être plus en état de s'v donner tout entier, que ses vassaux soient rétablis dans leurs domaines. Ne voulant donc pas le priver de ses droits, ni le détourner de ses louables desseins nous vous ordonnons de lui restituer, 8c à ses vassaux, tous les domaines
Innocent, III ]. i',, Epist- 2i3. — fPottlinst, n, 46 j3 ; la lettre est du 17 janvier i2i3.]
An I2i3
« que vous avez envahis sur eux; de crainte qu'en les retenant injustement, « on ne dise que vous avez travaillé pour votre propre avantage & non pour « la cause de la ici. »
Pierre, roi d'Aragon, se plaignit encore de ce qu'ayant donné en fief à Simon de Montfort la ville de Carcassonne, ce comte ne lui rendoit pas les t.'ni,°p'.'^^"û. devoirs auxquels les vicomtes de cette ville étoient tenus envers ses prédécesseurs. Sur cette nouvelle plainte, le pape écrivit à' Simon, le i5 de janvier de cette année, 8c lui ordonna de rendre à ce prince, en qualité de son vassal, tout ce qui lui étoit dû. Quant aux comtes de Foix & de Comminges, 6< au vicomte de Béarn, ils n'étoient vassaux du roi d'Aragon que pour quelques portions de leurs domaines^. Un illustre historien ^ prétend que le vasselage des deux premiers dépendoit du comté de Carcassonne uni à celui de Barcelone, & possédé en propriété par le roi d'Aragon, duquel, pour cette raison, une partie des comtés de Foix Se de Comminges relevoit; mais cet auteur se trompe, car nous avons prouvé ailleurs'* que lorsque les comtes de Barcelone, prédécesseurs du roi d'Aragon, acquirent le comté de Carcassonne, toutes les terres possédées par le comte de Foix étoient indépendantes du comté de Carcassonne; qu'elles étoient soumises à la suzeraineté des comtes de Toulouse, Se que ce ne fut que longtemps après que les comtes de Barcelone engagèrent les comtes de Foix à reconnoître leur suzeraineté pour la partie du comté de Foix située au delà du pas de la Barre.