‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 185 sur 342 · VI · texte numérisé non relu

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7" 4o: HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXII.

An i;i J '

prouvent qu'Innocent III, qui aimoit l'équité &. la justice, se seroit fort radouci envers Raimond, comte de Toulouse, si ses légats, d'intelligence avec Simon de Montfort, auxquels il s'en rapportoit entièrement Si qui avoient juré la perte de ce prince, ne l'en eussent détourné; ainsi toutes les démarches du roi d'Aragon pour porter le pape à la douceur & à la charité chrétienne envers le comte, furent absolument inutiles.

XXXVIII. — Pierre, roi d'Aragon, se rend à Toulouse i- négocie avec les évêques assemblés au concile de Lavaur en faveur des comtes, ses alliés.

Le roi Pierre faisoit agir par ses ambassadeurs auprès d'Innocent, en ' faveur de Raimond, lorsque, s'étant rendu à Toulouse vers l'Epiphanie de l'an I2i3, il créa dans cette ville divers chevaliers, sans s'embarrasser de communiquer avec les habitans que le légat avoit excommuniés. Il fit proposer cependant une conférence à l'archevêque de Narbonne & à Simon de Montfort pour moyenner quelque accord. L'évêque de Riez & le docteur Thédise^ avoient ordre du pape de terminer l'affaire du comte de Toulouse Se d'admettre ce prince à la purgation canonique. Dans cette vue ils avoient convoqué un concile à Avignon, pour la fin de l'an iiii ; mais Thédise étant tombé dangereusement malade 8c plusieurs des prélats qui dévoient ;y assister, craignant la corruption de l'air qui régnoit alors dans cette ville, avoient jugé à propos de différer de s'y rendre. Enfin le concile ayant été indiqué à Lavaur pour la mi-janvier de l'an i2i3, les légats prirent de là occasion d'assigner cette ville au roi d'Aragon pour la conférence qu'il demandoit.

Les archevêques de-* Narbonne 8c de Bordeaux assistèrent au concile de Lavaur avec plusieurs évêques 8c abbés. Le roi d'Aragon se trouva à l'ouverture 8c pria les évêques de restituer aux comtes de Toulouse, de Foix £< de Comminges, 8c au vicomte de Béarn les domaines qu'on leur avoit enlevés. Les évêques lui répondirent qu'il n'avoit qu'à mettre ses demandes par écrit Se les envoyer cachetées au concile, avec promesse d'y faire toute l'attention possible. Le roi demanda alors une trêve de huit jours pour pouvoir traiter ; Simon y acquiesça; mais on prétend qu'elle fut mal observée de la part des alliés de ce prince. Quoi qu'il en soit, le roi Pierre étant retourné ensuite à Toulouse envoya, trois jours après au concile le mémoire suivant, daté du i6 de janvier (de l'an i2i3).

i.''ai,''p."^"7. " Comme l'Eglise notre sainte mère a non -seulement des verges pour « frapper, mais encore des mamelles pour allaiter, je, Pierre, par la grâce de « Dieu roi d'Aragon, demande humblement Se avec instance à Votre Sain- « teté, pour le comte de Toulouse, qui désire ardemment de rentrer dans le <c sein de l'Église, en faisant la satisfaction personnelle que vous jugerez à « propos de lui prescrire pour les excès qu'il a commis 8c pour les dommages

■ Pierre de Vaiix-Cernay, c. 66. 3 Pj"" de Vaiix-Cern.iy, c. 66,

' Innocent. III 1. irt, Epist, 3g,

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(• qu'il a causés, soit aux églises, soit aux prélats, d'en agir à son égard avec (1 clémence & miséricorde 8c de lui rendre les domaines qu'il a perdus^ Que 0 si l'Église ne croit pas devoir écouter la prière que je lui fais pour la per- 0 sonne de ce comte, je demande qu'on accorde du moins grâce à son fils; à (i condition que le père satisfera personnellement pour ses excès, en allant 0 servir avec ses chevaliei-s, soit en Espagne sur les frontières des Sarrasins, (. soit dans les parties d'outre-mer, ainsi qu'on le jugera plus convenable. On (( observera soigneusement les démarches du fils, en sorte qu'il se comporte « comme il faut, tant pour l'honneur de Dieu que pour celui de l'Eglise, £1 « on ne lui laissera l'administration de ses Etats que lorsqu'il aura donné « des preuves manifestes de sa bonne conduite. » C'est donc pour le comte de Toulouse lui-même, & non pour son fils, comme quelques modernes ' l'ont mal entendu, que le roi d'Aragon promettoit que ce prince iroit servir contre les infidèles si on vouloit lui faire grâce.

(i Parce que le comte de Comminges, continue le roi d'Aragon dans son « mémoire, n'a jamais été ni hérétique, ni fauteur des hérétiques; qu'il s'est ri au contraire élevé contre eux, 61 qu'il assure qu'on ne lui a ôté ses domaines o qu'à cause -qu'il a secouru le comte de Toulouse, son cousin (y son se'i- « gneur, le roi prie pour lui comme pour son vassal, & demande qu'on lui a restitue ses domaines, à condition qu'il satisfera aussi à l'Eglise de la u manière qu'on l'ordonnera, s'il paroît qu'il ait failli en quelque chose. Le I. comte de Foix n'étant pas non plus hérétique, & ne l'ayant jamais été, le « roi prie pour lui comme pour son très-cher cousin & son vassal, qu'il ne «1 peut abandonner sans honte. Il demande qu'à sa considération on lui u rende les domaines qu'on lui a pris; à condition qu'il satisfera à l'Eglise « de la manière qu'on le jugera à propos, sur tout ce qu'on trouvera qu'il a u manqué. Le roi prie encore avec instance qu'on remette à Gaston de (i Béarn, son vassal, 8c aux vassaux de ce vicomte, les domaines qu'on leur a « enlevés, étant prêt d'obéir fidèlement aux ordres de l'Église 8c de s'en tenir « à la décision de juges non suspects, si vous n'avez pas le temps de finir son « affaire. Enfin le roi, en toutes ces choses, implore plutôt votre miséricorde « que votre justice, par ses évêques, ses clercs 8c ses barons qu'il vous envoie, « promettant de ratifier tout ce que vous réglerez avec eux, 8c vous priant de « les expédier promptement, afin de pouvoir se servir au plus tôt du secours (i de ces barons, 8c de celui du comte de Montfort pour la défense de la reliii gion en Espagne. »

XXXIX. — Le concile de Lavaur rejette les propositions du roi d'Aragon 0 refuse de recevoir le comte de Toulouse à se justifier,

L'évêque de Riez^ Se maître Thédise, commissaires nommés par le pape ppur recevoir la purgation canonique du comte de Toulouse, ayant lu le

' Lafaillc, Annales i!c Touloase, t. i, p. 117. ' Innocent. III 1. 16, Epist. iç.

r~ Dnniel, Histoire de France, t. 1, p. lïç'i.

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