‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 186 sur 342 · V.i. origin · texte numérisé non relu

V.i. origin

mémoire du roi Pierre, consultèrent le concile 8c voulurent que chacun donnât son avis par écrit. L'archevêque de Narbonne Se les évêques d'Albi, de Toulouse 8c de Comminges répondirent au nom de tous les autres 8<. déclarèrent qu'on ne pouvoit recevoir ce comte à se purger du crime d'hérésie Se de la mort du légat Pierre de Castelnau, pour les raisons suivantes : 1° disent-ils dans leur réponse, le comte Raiinond a fait plusieurs sermens de chasser les hérétiques Se les routiers de ses Etats, Se il n'en a gardé aucun. 2° Après son retour de Rome, où il a trouvé auprès du Saint-Siège plus d'accès qu'il ne méritoit, il a augmenté les péages, vexé l'Eglise a la tête des hérétiques 8<. des routiers, 8c recelé 8c favorisé les premiers, qu'il défend de tout son pouvoir. 3° Ses routiers Se ses complices ont fait périr plus de mille croisés, soit ecclésiastiques, soit séculiers. 4° 11 a retenu en prison, pendant plus d'un an, l'abbé de Montauban, fait prisonnier celui de Moissac, chassé, à la tête des routiers, l'évêque d'Agen de son siège 8c de sa ville 5 il a dépouillé ce prélat de tous ses domaines, 8c lui a causé du dommage pour plus de quinze mille sols. 5° Enfin il y a si longtemps qu'il est suspect d'hérésie, qu'il en résulte contre lui une présomption invincible. Pour toutes ces raisons Se pour plusieurs autres, qu'il seroit trop long de détailler, il est indigne d'être réconcilié à l'Église, Se son excommunication est d'une nature qu'il ne peut être absous que par un ordre spécial du pape.

Le concile de Lavaur répondit' ensuite en corps, le 18 de janvier, au mémoire du roi d'Aragon. La réponse commence par un grand éloge de ce prince sur son attachement à l'Eglise. Les évêques, lui adressant la parole, ajoutent : « Quant à ce que vous demandez pour le comte de Toulouse 8c « pour son fils, la cause de ce dernier est la même que celle de son père^ & <i elle en dépend; ainsi la connoissance nous en est interdite par une auto- « rite supérieure, le comte ayant fait nommer par le pape pour commissaires «c dans cette affaire, l'évêque de Riez 8c maître Thédise. Nous n'ignorons pas V. les grâces que le pape lui a accordées après tous ses excès. Se que l'arche- « vêque de Narbonne, légat du Saint-Siège, alors abbé de Citeaux, lui a « fait des offres avantageuses, à votre prière, il y a deux ans, tant à Nar- « bonne qu'à Montpellier. Le comte, au mépris de toutes ces choses, ajou- « tant iniquité sur iniquité, a persécuté l'Église avec plus de violence, à la <( tête des hérétiques 8c des routiers, en sorte qu'il s'est rendu indigne de i< toute grâce.

« Le comte de Comminges, pour lequel vous vous intéressez, a commis (( plusieurs excès 8c s'est associé, malgré son serment, avec les hérétiques Se c< leurs fauteurs, comme s'il avoit été lésé en quelque chose; on l'a averti de « revenir à lui-même; mais, au lieu de travailler à sa réconciliation avec (. l'Eglise, il a persisté dans sa méchanceté, 8c il est encore excommunié. « D'ailleurs le comte de Toulouse assure que c'est ce comte qui l'a poussé à « faire la guerre. Le comte de Comminges est par conséquent l'auteur de

■ Pierre de Viiiix- Ccrnny, c. f,!i.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXII. 4o5

«i tous les maux qui s'en sont ensuivis; cependant, s'il se montre digne de « recevoir l'absolution, lorsqu'il aura été absous & qu'il aura nommé quel- « qu'un pour agir en son nom, l'Eglise ne refusera pas de lui rendre justice « si on lui cherche querelle.

« Votre altesse ro}ale nous a priés encore pour le comte de Foix. Ce comte « est depuis longtemps le protecteur des hérétiques St il est encore aujour- « d'hui leur plus zélé défenseur; car il n'y a pas lieu de douter qu'on ne « doive réputer pour hérétiques leurs croyans. Le comte de Foix est coupable « d'ailleurs d'une infinité d'excès. Après avoir détruit & dépouillé les églises, « faussé divers sermens, porté les mains sur ^ies clercs S<. les avoir empri- (' sonnés, il a été enfin excommunié. Le légat lui avoit à peine fait grâce, à « votre prière, qu'il a massacré les croisés, tant ecclésiastiques que laïques, « qui marchoient avec simplicité contre les hérétiques de Lavaur. Elle se « souvient sans cloute combien grande étoit cette grâce, que le légat voulut « bien lui accorder à votre recommandation; Si c'est la faute du comte si elle « n'eut pas son effet, car on a encore vos lettres adressées au comte de Mont- « fort & scellées de votre sceau royal, dans lesquelles on lit cette clause : « fious accordons encore que, si le comte de Foix ne veut pas tenir cet accord Il iS- que vous ne voulie-^ pas écouter les prières que nous pourrons faire dans Il la suite en sa faveur, la paix n'en subsiste pas moins. Toutefois, pourvu « que ce comte se mette en état de recevoir l'absolution, si quelqu'un lui « suscite des querelles, après ([u'il aura été absous, l'Eglise ne refusera pas « de lui rendre la justice qui lui sera due.

« Enfin vous nous priez de restituer à Gaston de Béarn ses domaines Se « les fiefs de ses vassaux. Pour passer sous silence un grand nombre d'accu- « sations qu'on forme contre lui, il suffit de remarquer qu'il s'est ligué avec « les hérétiques St leurs défenseurs contre l'Eglise Se les croisés. Il est de plus « un persécuteur déclaré des églises S<. des ecclésiastiques, & il est venu au « siège de Castelnaudary au secours des comtes de Toulouse Si de Foix « contre ceux qui poursuivoient les hérétiques 6c leurs fauteurs. 11 a gardé « chez lui le meurtrier du légat Pierre de Castelnau; l'année passée il a « introduit les routiers dans la cathédrale d'Oléron, où ils ont commis plu- « sieurs impiétés, S<. il a fait violence à des clercs. 11 a été excommunié pour « tous ces délits; cependant s'il satisfait à l'Eglise, comme il le doit, on écou- « tera ses demandes, après qu'il aura été absous ; autrement il ne convien- ^x]\i{°^^f'^l\^, « droit pas à votre majesté ro)ale d'intercéder pour de tels excommuniés, 6c « nous n'oserions répondre d'une autre manière après de pareils excès, 6cc. » Les évêques du concile de Lavaur rappellent au roi d'Aragon, à la fin de leur réponse, l'honneur que le siège apostolique lui avoit fait autrefois 6c celui qu'il faisoit actuellement au roi de Sicile, son beau-frère (qui avoit été élu empereur par le crédit du pape); ce qu'il avoit promis lorsqu'il avoit été couronné à Rome par les mains du même pontife, 6c enfin les ordres qu'il avoit reçus de sa sainteté. Ces prélats dressèrent en même temps une protestation qu'ils envoyèrent au comte de Toulouse, dans laquelle ils lui décla-

An è ; 1 ;

icnt' que c'étoit par sa faute, Se. par les obstacles qu'il avoit apportes luimême, qu'ils n'avoient pu terminer son affaire sans une permission spéciale du pape.

XL. — Le roï d'Aragon appelle au pape du refus du concile de Lavaur, 6" se déclare ouvertement pour le comte de Toulouse.

Pierre, voyant que sa négociation ne prenoit pas un bon train, fit prier le concile^ par ses ambassadeurs d'engager Simon de Montfort à accorder au comte de Toulouse & à ses associés une trêve jusqu'à la Pentecôte ou du moins jusqu'à Pâques. Il espéroit recevoir dans cet intervalle une réponse favorable de Pv.ome, Se il comptoit que le bruit de la trêve empêcheroit les peuples de France de se croiser 81 de venir au secours de Montfort; mais les évêques rejetèrent sa demande. Enfin ce prince, ne pouvant rien gagner, se déclara publiquement le protecteur du comte de Toulouse & de ses alliés, 8< appela au Saint-Sicge du refus que les évêques du concile de Lavaur faisoient d'écouter ses propositions. Ces prélats ne firent aucun cas de cet appel & passèrent outre. L'archevêque de Narbonne lui écrivit^ en même temps une lettre fort vive pour le détourner & lui défendre de prendre cette protection. II lui fait entendre qu'il ne peut manquer de tomber dans l'excommunication, en embrassant le parti des excommuniés & des hérétiques, Se le menace de dénoncer excommuniés tous ceux de ses sujets qui s'employeroient à la défense du pays.

Ces menaces n'ébranlèrent pas le roi d'Aragon; il se lia au contraire plus étroitement avec les comtes de Toulouse, de Foix Se de Comminges, le vicomte de Béarn, les chevaliers de Toulouse, ceux de Carcassonne qui s'étoient réfugiés dans cette ville, & enfin avec les Toulousains en général, qui lui firent'* tous serment à Toulouse, le dimanche 27 de janvier de l'an i2i3. Le comte de Toulouse Si son fils, par le leur, mettent leurs personnes, la ville Se le faubourg de Toulouse, celle de Montauban avec leurs dépendances, tous leurs domaines, leurs vassaux Se sujets, à la disposition Se dans la possession réelle Se actuelle de Pierre Se de ses lieutenans, avec pouvoir, tant de promettre au pape, en leur nom, de faire entièrement ce qu'il ordonneroit, que de les y contraindre s'ils refusoient d'obéir. Ils enjoignirent au chapitre (c'est-à-dire à l'assemblée des consuls ou magistrats municipaux) Se à tous les habitans de Toulouse de faire serment qu'ils obéiroient fidèlement à ce prince pour l'exécution de toutes ces choses. Vingt-trois consuls de Toulouse prêtèrent ensuite ce serment entre les mains du roi, au nom de toiite la ville Se de tout le peuple de Toulouse. Raimond-Roger, comte de Foix, Roger-Bernard, son fils, Bernard, comte de Comminges, Bernard, son fils. Se enfin Gaston, vicomte de Béarn, lui firent un semblable serment^.

' Innocent. III I. i6, Ep!st. Sg, < tnnOMrtt. Ill 1. i6, Epist. 47 & seq.

' Pierre de Vaiix-Cernny, c. 66. ' H „e faut pas attribuée à Pierre d'Aragon éei

» liid. — Innocent, III 1. 16, Eplst, .(3. vues trop désintéressées; il était sans doute foist

IliSTOIUE GÉNÉRALE DE lANGUEDOC. LIV. XXlî. jov ~~ :~

' ' Au lii j

XLî. — Le concile de Lavaur dipiite an pape pour /aire l'apologie de sa conduite à l'égard du comte de Toulouse £■ ses alliés.

Les prélats du concile de Lavaur, avant que de se séparer, écrivirent en commun une longue lettre' au pape, Se lui rendirent compte de ce qui s'éloit asséj ils commencent par remercier le pontife des soins qu'il s'étoit donnés pour déraciner l'hérésie de la Province. « On trouve encore, ajoutent-t-ils, des restes de cette peste dans la ville de Toulouse & dans quelques châteaux des environs dont le prince, savoir le comte de Toulouse, connu depuis longtemps pour fauteur 8c défenseur des hérétiques, attaque l'Eglise avec les forces c[ui lui restent 8<. s'unit aux ennemis de la foi pour s'opposer à ceux qui la professent. Depuis son retour d'auprès de votre sainteté il n'a exécuté aucune de ses promesses; il a augmenté les péages auxquels il avoit renoncé si souvent & a favorisé de tout son pouvoir vos ennemis 8c ceux de l'Eglise de Dieu; appuvé de la protection de (l'empereur) Othon, ennemi de Dieu & de l'Eglise; il a menacé, comme on l'assure, de chasser entièrement de ses Etats 8c l'Eorlise 8c le clergé, 8c il s'est lié dès lors plus l'MonRîn. étroitement avec les hérétiques 8c les routiers. Dans le temps que 1 armée catholique attaquoit Lavaur, où étoit le siège de Satan £c la primatie de l'erreur, il a envoyé des chevaliers 8c des soldats au secours des assiégés. Les croisés ont fait brûler vifs plus de cinquante hérétiques revêtus (ou parfaits) qu'ils ont trouvés dans son château de Casser, outre un grand nombre de cro)ans. Il a appelé contre l'armée de Dieu Savaric, sénéchal du roi d'Angleterre, ennemi de l'Eglise, avec lequel il a eu la témérité d'assiéger le comte de Montfort dans Castelnaudary : le Seigneur a puni bientôt sa présomption, 8c une poignée de catholiques a mis en fuite un nombre infini d'ariens. Se voyant sans espérance de la part d'Othon 8c du roi d'Angleterre, il a envoyé des ambassadeurs au roi de Maroc pour implorer son secours, à la honte du christianisme; mais Dieu a mis des obstacles à ses mauvais desseins. Il a chassé révêc[ue d'Agen de son siège 8c l'a dépouillé de tous ses biens; il a fait prisonnier l'abbé de Moissac, 8< il a détenu captif, pendant plus d'un an, l'abbé de Montauban. Ses routiers 8c ses complices ont fait souffrir le martyre à une infinité de pèlerins, dont ils retiennent encore quelques-uns dans les fers : sa fureur n'a fait

de secourir les princes méridiortaux & ne pouvait haute politique & s'assurait à tout jamais cette *-^

*oir d'un hon teil les agrandissements de Simon suprématie. Du reste, il ne semble p;is qu'il y ait

de Montfort; mais s'il se jeta ainsi à corps perdu eu longtemps tort accord entre les confédérés; on

dans une affaire aussi dangereuse, ce fut dans des verra plus bas que le comte & le roi se disputèrent

Vues d'intérêt personnel. Il ne faut pas oublier assez aigrement avant la bataille de Muret, & il

que pendant tout le douzième siècle Us deuK mai- est bien certain que dans cette déplorable affaire,

tons d'Aragon & de Toulouse avaient été en guerre Raimond VI ne fit pas tout ce qu'il aurait pu

pour 1» suprématie du Midi. En se posant comme pour sauver le roi des suites de son imprudenc»

p-ytecteur de Raimond VI, alors humilié & près- militaire, [A. M.]

qut dépouillé, Pierre d'Aragon faisait un acte do ' Innocent. III 1, i6, Ej>iit. 41.

An I :

« que prendre de nouvelles forces, en sorte qu'il empire tous les jours 8c qu'il « tait tout le mal qu'il peut contre l'Église, soit par lui-même 8c par son fils, « soit par les comtes de Foix &. de Comminges 8c par Gaston de Béarn, ses « confédérés, hommes scélérats 8c pervers. Le comte Simon de Montfort « ayant occupé presque toutes leurs terres, à cause qu'ils sont ennemis de « Dieu Se de l'Église, ils ont eu recours en dernier lieu au roi d'Aragon, par <i le moyen duquel ils tâchent de surprendre votre clémence : ils l'ont amené (( à Toulouse, avec nous, qui étions assemblés à Lavaur par ordre de votre « léo-at 8c de vos délégués pour y entrer en conférence. Vous verrez ce que « le roi a proposé, 8c ce que nous lui avons répondu par nos lettres scellées. « Nous envoyons aussi à votre sainteté le conseil que nous avons donné à » vos délégués, après en avoir été requis, sur le fait du comte de Toulouse. » Ces prélats finissent leur lettre par prier le pape de terminer une affaire qui avoit si heureusement commencé, de mettre la cognée à la racine de l'arbre 8c de le couper pour toujours, afin de l'empêcher de nuire. « Soyez certain, « disent-ils, que si on restitue à ces tyrans ou à leurs héritiers les domaines « qu'on leur a enlevés avec tant de peine 8c par l'effusion du sang de tant « de chrétiens, outre le scandale qui en arrivera, l'Eglise 8i le clergé seront (i dans un péril éminent. Au reste nous nous abstiendrons de rapporter les '( énormités, les blasphèmes, les abominations Se les autres crimes dont ils « sont coupables, de crainte que nous ne paroissiens faire un livre : nos « envoyés pourront vous en raconter une partie de vive voix. »

XLII. — Le comte de Toulouse fait de nouveaux ejjbvts, maïs en vain, pour être reçu à se justifier.

Ces envoyés furent' l'évêque de Comminges, l'abbé de Clairac, Guillaume, archidiacre de Paris, maître Thédise, chanoine de Gênes 8c commissaire dans l'affaire du comte de Toulouse, c'est-à-dire sa plus forte partie, 8c enfin Pierre Marc ou de Marc (Marci), correcteur des lettres apostoliques. Avant leur départ le comte de Toulouse fit^ encore une tentative auprès de l'évêque de Riez 8c de maître Thédise pour tâcher de les fléchir : il leur envoya un de ses chevaliers, nommé Cambon, accompagné d'un notaire, 8c leur fit signifier l'offre qu'il faisoit d'obéir absolument à tous leurs ordres, les suppliant humblement d'agir à son égard avec miséricorde 8c non dans la rigueur de la justice, 8c de venir le trouver à Toulouse ou de lui marquer un lieu où ils pussent s'assembler 8c conférer ensemble. Les deux commissaires répondirent par écrit au comte qu'ils ne pouvoicnt traiter avec lui pour les raisons (|u'on a déjà dites. Ils lui reprochent, dans leur réponse, le refus qu'il avoit fait d'exécuter, conformément au rescrit qui étoit venu de Pvome, les ordres qu'ils lui avoient donnés au concile de Saint- Gilles, Se ceux qu'il avoit ensuite reçus de la part des légats à Narbonne 8c à Montpellier; d'avoir

' pierre do Viuix-Cernay, c. 66. ' Innocent. III 1. i6, Epist. Sr, & ^^.

An izi'i

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augmenté les péages au lieu de les supprimer; d'avoir violé les sermens qu'il avoit faits aux légats; £t enfin tous les autres griefs dont les évêques du concile de Lavaur tout mention dans leur lettre au pape, « Vous avez de plus « négligé, ajoutent-ils, de comparoître quand nous vous avons cité de la part t.'iïi°pl'l'4;, (I du pape, 8c vous ne nous avez jamais requis de travailler à votre affaire « pour laquelle vous nous avez tait nommer commissaires par le pape. (1 Quoique vous ayez su que nous avons été depuis peu, pendant huit jours, (' au concile de Lavaur, vous ne nous avez pas écrit, 8c vous n'y avez pas « envoyé un ambassadeur. Pour ces raisons 8c pour plusieurs autres, vous ne « méritez pas que nous vous recevions à vous justifier, suivant l'ordre du <' pape, ainsi qu'il a été défini par tout le concile; c'est pourquoi nous pro- « testons par les présentes, que nous aurons soin d'informer le pape de toutes (( ces choses, afîn qu'il procède dans votre affaire comme il le jugera à « propos. »

XLIII. — Plusieurs évêques écrivent au pape contre le comte iS- les habïtans

de Toulouse.

Les deux délégués ne manquèrent' pas, en effet, d'écrire au pape en particulier pour lui faire le détail de leur conduite à l'égard du comte de Toulouse; ils chargèrent de leur lettre les députés que le concile de Lavaur envoyoit à Rome. Plusieurs évêques se servirent de la même voie pour écrire conjointement ou séparément au pape contre ce prince. Entre ces prélats, furent : 1° Michel, archevêque d'Arles, 8c les évêques Guillaume de Maguelonne, Guillaume de Carpentras, Guillaume d'Orange, Gaufrid de Saint- Paul-trois-Châteaux, Bertrand de Cavaillon, Raimbaud, élu de Vaison, &c Pons, abbé de Saint-Gilles. Leur lettre^ est datée d'Orange le 20 de février. Après avoir loué le pape Innocent III d'avoir déraciné l'hérésie de leurs diocèses 8c de presque toute la province de Narbonne, ils lui marquent la crainte qu'ils ont c|ue la ville de Toulouse, si on la laisse subsister, 8c si on ne la détruit pas entièrement comme un membre pourri, n'infecte tout le voisinage, 8c ne fasse revivre l'erreur dans tous les endroits d'où on l'a chassée. Ils le prient avec instance de s'armer du zèle de Phinées, 8c d'anéantir entièrement cette ville (qu'ils comparent à Sodome 8c à Gomorrhe) avec tous les scélérats qui s'y étoient rcfugics. « Autrement, ajoutent-ils, nous vous « disons dans la vérité, qui est Dieu même, que si pour nos péchés, ce tyran, « ou plutôt cet hérétique toulousain (ils désignent ainsi le comte Raimond), « ou même son fils, pouvoit élever la tête qu'on lui a déjà écrasée. Se qu'il t( faut lui écraser encore plus fortement; il feroit des ravages affreux 8c ren- Il verseroit tout comme un lion rugissant, n Enfin ils prient le pape de s'en rapporter entièrement sur les besoins de la province à maître Thédise, porteur de leur lettre, lequel, disent-ils, est pleinement informé de tout.

^ ' Innocent. TU 1. i5, E^y,:t. 3;. " Innocent. III 1. i6, Ep'tst. ^'>.

— — 4'0 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIl.

Ail I ;i J '

2° L'archevêque de Bordeaux Si les évêques de Bazas Si de Pèrigueux remercient' le pape du bien qu'il avoit fait dans les provinces de Narbonne 8i d'Aucli Se dans leurs diocèses, & d'avoir exterminé l'hérésie Si les routiers par les soins de Simon de Alontfort Se des croisés. Ils le supplient, à la fin de leur lettre, d'achever ce qu'il avoit commencé.

3° Bertrand, évêque de Béziers, prie^ le pape de détruire de fond en comble la ville de Toulouse avec les lieux voisins, où le reste des hérétiques s'étoit réfugié. Si d'empêcher que le comte Raimond Se son fils ne pussent nuire davantage à l'Église. « Que Votre Sainteté prenne garde surtout, dit « ce prélat, que le roi d'Aragon ne vous surprenne, & que ce prince qui, sai:s « blesser le respect qui est dû à l'onction qu'il a reçue, paroît être devenu un et enfant rebelle, Si qui se vante présomptueusement d'obtenir la restitution tt des terres saisies Si les bonnes grâces de Votre Sainteté en faveur de ce « comte Si de ses complices, ne les amène en votre présence, car ils sont tous <i hérétiques, routiers, sacrilèges, homicides Si chargés de toute sortes de « crimes. En effet, si la vills de Toulouse, qui est l'asile des hérétiques, « comme elle l'étoit anciennement (car on lit qu'elle fut autrefois entièrc- (i ment renversée. Si que la charrue passa par dessus pour une semblable (( cause), demeure à ces hommes perfides, il en sortira une flamme qui dévc- « rera nos cantons avec tous les pays voisins. » On ne sait dans quelle source ce bon évêque avoit puisé la fable que la ville de Toulouse avoit été autrefois entièrement renversée pour crime d'hérésie.

4° Enfin Bernard J, archevêque d'Aix, écrivit au pape k peu près dans les mêmes termes, avec plusieurs abbés, tant contre la ville de Toulouse que contre le comte Raimond.

XLIV. — Le roi d'Aragon tâche de gagner le pape i- le roi Philippc-Aiigustc

en faveur du comte de Toulouse.

t.'in,"?;']"^. Pierre, roi d'Aragon 4, ayant appris par ses ambassadeurs à R.onie que le pape, sur leurs remontrances, avoit ordonné à Simon de Montfort de restituer aux comtes de Foix Si de Comminges Si au vicomte de Béarn les terres qu'il avoit envahies sur eux, & que ce pontife avoit mandé vers le même temps à l'archevêque de Narbonne de révoquer la croisade contre les hérétiques, se flatta de le gagner entièrement. Pour le prévenir sur ce qui s'étoit passé au concile de Lavaur, Se lui faire entendre l'injustice du procédé des évêques c[ui s'y étoient trouvés, il lui envoya les actes par lesquels le comte de Toulouse Se son fils, les consuls Si les habitans de cette ville, les comtes de Comminges Si de Foix avec leurs fils, Si Gaston, vicomte de Béarn, remettoient leurs personnes Si leurs biens entre ses mains, avec promesse d'exécuter fidèlement tout ce qu'il plairoit au pape de leur ordonner j il fit authentiquer les

' Innocent. III 1. 16, Epist. 4:;. « Piene de Vaux-Cernay, c; 6(1. — Innocent. III

' Ihid. Epist. ^,.^. . 1. 16, Epist. .)7i

» liul. Epiit. 4.0i

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copies de ces actes, dont il garda les originaux, par l'archevêque de Tarragone Si les évêques & les abbés de ses Etats, qui l'avoient accompagné à Toulouse, & qu'il avoit envoyés au même concile pour négocier la paix. Ces prélats étoient à Perpignan lorsqu'ils vidimèrent ces actes, le 6 du mois de mars de l'an i2i3.

Pierre songea d'un autre côté à se rendre le roi Philippe-Auguste favorable. II n'ignoroit pas que ce prince, alors extrêmement refroidi envers le comte de Toulouse, appuyoit la croisade, 8c qu'il avoit' même consenti, quoique avec peine, que Louis, son fils, prît la croix au mois de février de cette année, pour marcher au printemps suivant contre les hérétiques de la Province, démarche qui avoit engagé une grande partie de la noblesse françoise à se croiser par complaisance pour le jeune prince. Le roi d'Aragon, voulant détourner ce coup, envoya l'évêque de Barcelone & quelques chevaliers de sa cour en ambassade à Philippe, & les chargea de publier en France c|ue le pape, par sa lettre à l'archevêque de Narbonne, avoit révoqué la croisade contre les hérétiques. Il avoit en vue d'empêcher par là que Simon de Montfort ne reçût de nouveaux secours; 61 c'est pour le même motif qu'il envova des copies de cette lettre, scellées des sceaux des évêques de ses États, au roi Philippe, à la comtesse de Champagne £<. à tous les grands du royaume.

XLV. — Le roi d'Aragon donne la ville de Montpellier à CnilLiiimc, son beau-frère. — Le pape confirme le mariage de ce prince avec Marie. — Sort des frères de cette princesse du second lit.

Pierre chargea ses ambassadeurs à la cour de France d'une autre négociation très-importante; c'étoit de demander pour lui en mariage la fille du roi. On a déjà remarc(ué que le roi d'Aragon, dégoûté depuis longtemps de la reine Marie de Montpellier, sa femme, faisoit tous ses eftorts pour la répudier; & il espéroit si bien que les ambassadeurs qu'il avoit chargés de poursuivre la dissolution de son mariage auprès du pape ne manqueroient pas de réussir, c[u'il se regardoit déjà comme libre. Les intérêts de Marie, de laquelle il étoit séparé de corps depuis longtemps, lui tenoient d'ailleurs fort peu au coeur, comme il paroît par un acte^ suivant lequel, étant à Toulouse le 14 de janvier de cette année, sans aucun égard pour les droits de cette reine, Se de Jacques leur fils unique sur la baronnie de Montpellier, il reconnut ceux de Guillaume, son beau-frère, fils de Guillaume VIII, sei-* gneur de Montpellier, Se d'Agnès, sa seconde femme. En effet, il lui donna en fief la ville de Montpellier, les châteaux de Lates, de Paulhan S< d'Omelas &VCC leurs dépendances, c'est-à-dire tous les domaines de la maison de Montpellier^ excepté ce que le comte de Toulouse possédoit en qualité de comte de Meigueil, avec promesse de l'aider à recouvrer tous ces domaines des

' Pierre de Vjvix-Ceniry, c. 63. ' D'Achcry, Spicilcj^Um, t. 10, p. 178 & 5:q.

An 121 3

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mains de ceux qui les détenoient contre sa volonté. Raimond, comte de Toulouse; Pvaimond-Roger, comte de Foix; Bernard, comte de Comminges; Nugnez Sanche, rils du comte de Roussillon, & plusieurs grands seigneurs du royaume d'Aragon &. de la principauté de Catalogne, qui avoient suivi le roi Pierre à Toulouse, furent présens à cette donation. Les ambassadeurs d'Aragon n'osèrent' cependant taire au roi Philippe la proposition du mariage de sa Hlle avec le roi leur maître, parce qu'ils trouvèrent en arrivant qu'on savait déjà à la cour le jugement que le pape venoit de rendre au sujet de la dissolution du mariage de Marie, qu'il avoit déclaré indissoluble^.

Innocent IIP avoit commis depuis longtemps l'examen de cette affaire à l'évêque de Pampelune & à ses deux légats frère Pierre de Castelnau S<. frère Raoul; avec ordre de faire les informations sur les lieux. La mort des deux derniers'^ 8c les grandes occupations de l'évêque de Pampelune ayant interrompu le cours de la procédure, le pape nomma pour nouveaux commissaires Arnaud, abbé de Cîteaux, Se les évêques d'Uzès & de Riez ses légats. Après divers actes faits devant ces prélats durant plusieurs années par le roi & la reine d'Aragon, pour prouver de la part de ce prince l'invalidité de son mariage, sous les divers prétextes dont on a parlé ailleurs, & de la part de Marie pour en soutenir la validité, la reine en appela au pape, 8c se rendit en personne à Rome pour y défendre sa cause. Le roi y envoya de son côté xin procureur, & l'affaire ayant été plaidée en plein consistoire, le pape déclara le mariage légitime 8t indissoluble le 19 de février de l'an I2i3'. Innocent écrivit en même temps au roi d'Aragon pour l'exhorter à reprendre la reine sa femme, S<. à la traiter avec toute l'affection d'un mari; surtout, ajoute-t-il, puisque vous en avez eu un fils, 8i que c'est une dame qui craint Dieu 8c. qui a beaucoup de mérite. Il lui marque à la fin que s'il refuse d'obéir, il avoit ordonné aux évêques de Carcassonne, d'Avignon 81 d'Orange de l'y contraindre par les censures ecclésiastiques.

Un autre motif engagea encore la reine Marie à faire le voyage de Rome. Ses frères du second lit, qu'elle prétendoit être adultérins, lui disputoient la succession de leur père, 8<. elle obtint alors du pape une sentence contre eux ; c'est ce que nous trouvons dans les mémoires que Jacques I, roi d'Aragon, leur neveu, nous a laissés de sa vie. « Guillaume^, seigneur de Montpellier, K dit ce prince, épousa du vivant de la princesse de Constantinople, sa

' Pierre de Vaiix-Cernay, c. 68. la daie d'environ 1200, qui le rend inexpllctble.

' Ces ambassadeurs obtinrent tout au moins de [A. M.] Philippe-Auguste une sentence en faveur de Guil- = Voyez plus haut, livre XXI, ch. xxv, p. 248, lem de Montpellier contre Marie; du moins un ■• Innocent. III 1. i,5, Epîst. 221. acte sans date, mais d'environ !2i.3, indiqué par ' Corrigez le iç janvier, date de deuH lettres dit M. Delisle {Catalogue- ie$ actes de Philippe-Au' pape au roi ; ef. Potthast, rt. ^Cbô. Le meule jour, guste,n. 1472 A, p. 33.')), semble le prouver) par le pape notifia la sentence à Marie de Montcet acte, l'évêque de Magiielonne, Guillaume, pellier (Potthast, n. 4607). [A. M.] s'engage à observer la sentence rendue en faveur « Chronica 0 commentari del rey en Jacmo, c. 3. de ce Guillem par le roi. Cet acte a été publié par [Nouv. édit. de Barcelone, p. 1 i.l dom Vaissete (tome VIII, ce. 462, 463], mais avec

« femme, une dame de Castille, du nom du père de laquelle je ne me souviens « pas; mais elle s'appeloit Agnès. Il en eut plusieurs fils, savoir : Guillaume (I de Montpellier, qui posséda Péoylba jusqu'à sa mort; Burgundion, Rer- « nard-Guillaume à qui j'ai donné ditTérens domaines, & à qui j'ai fait « épouser Miliane', fille de Pons-Hugues, frère de Hugues, comte d'Ampuu rias, Se d'une dame de la maison d'En-Tença, & enfin un quatrième fils Il nommé Tortoseta, que mon père éleva. Guillaume, fils aîné de Guillaume, « seigneur de Montpellier, prétendit succéder comme mâle à la seigneurie « de cette ville. Se il porta l'affaire devant le pape. Cette demande engagea (I la reine Marie, ma mère, d'aller à la cour de Rome pour maintenir ses <■ droits. Se pour faire passer la seigneurie de Montpellier à moi, qui étois u son héritier. Le pape déclara par sentence que les fils de Guillaume, sei- <■ gneur de Montpellier, Se d'Agnès étoient adultérins. Se jugea que Mont- (> pellier devoit appartenir à la reine Marie Se à moi qui étois son fils. » Bernard-Guillaume, que Guillaume VHI, seigneur de Montpellier, son père, avoit destiné dans son testament à être chanoine de Girone Se de Lodève, s'établit donc en Espagne, ainsi que la plupart de ses frères. Il prit le nom d'En-Tença, 8e^ suivit le roi Jacques son neveu à la conquête du royaume de Valence, où il se distingua beaucoup. Se où il mourut en iiSS. Le roi Jacques qui avoit beaucoup d'amitié Se d'estime pour lui, à cause de sa valeur, de ses excellentes qualités Se de ses services, le combla de bienfaits. Il laissa un fils nommé Guillaume, âgé de dix à douze ans, qui hérita de tous les domaines qu'il avoit en Espagne, Se que le roi Jacques, son cousin, fit chevalier 3.

XLVI. — Marie porte ses plaintes au pape contre les hahltans de Montpellier.

Marie porta ses^ plaintes au pape de ce que les habitans de Montpellier lui détenoient injustement. Se refusoient de lui rendre les revenus de cette ville Se de ses dépendances, qui lui appartenoient de droit. Se que le roi, son mari, leur avoit engagés. Elle prétendoit que ces revenus, faisant partie de sa dot, son mari n'avoit pu les donner en engagement; que d'ailleurs les habitans de Montpellier en jouissoient depuis si longtemps, qu'ils doivent être payés de leur capital, Se qu'ils lui étoient par conséquent redevables. Elle se plaignoit de plus de ce qu'ils avoient détruit le château ou palais qu'elle avoit à Montpellier, qu'ils s'en étoient approprié les matériaux. Se que, s'érigeant en seigneurs de cette ville, ils y usurpoient toute l'autorité, créoient les notaires Se les consuls, ou magistrats municipaux, sans sa participation Se contre sa volonté. Se régloient en leur propre nom les affaires de la police. Elle ajoutoit qu'ils avoient pris Se brûlé le château de Lates, aupa-

■ [Carngei Julienne {JuViana).'] ' Voir plus bas, ch. i.wiii, pp. 440, 441.

" Chronica. 0 commentari del rey Jacmc. De l(t * Innocent. III 1. 16, Epist. li. — GaUz conu-

coitpicsta del re^no dt Valencia, ce. 18, 20, "•4, 67, tum Barc'inonemium, c. 24, 71 & suiv.

An 1 2 1 J

An i2i3

414 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. yXII.

Éd orisin. lavant fort peuplé, S< qu'ils avoient fait mourir la plupart de ceux qui l'IiaLîtoient. Ces dommages montoient, suivant son calcul, à plusieurs milliers de marcs d'argent. Enfin elle se plaignoit de ce que pour entretenir la discorde entre elle Se son mari, ils l'avoient chassée d'un château dont elle avoit la seigneurie, 8<. qu'ils avoient fait jurer à ce prince de ne pas entrer de deux ans dans la ville de Montpellier. Sur ces plaintes le pape enjoignit, le 12 avril de l'an 1.2 13, à l'archevêque & à l'abbé de Saint-Paul de Narbonne, 8c au prieur de l'abbaye de Fontfroide, de citer devant eux les parties, de les juger, de faire exécuter leur sentence par les censures ecclésiastiques, 8< de contraindre en attendant les habitans de Montpellier à payer les dépens ([ue la reine avoit faits, & à lui donner la moitié des revenus de son patrimoine '.

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