XCVIII. — Décret touchant les comtes de Faix &• de Commmges
On trouve une^ autre clause de ce décret, laquelle ne paroît pas dans les éditions qui en ont été données. Elle regarde le comte de Foix & suit immédiatement l'article du comte de Toulouse dans une bulle que le pape Innocent III adressa à tous les fidèles, le i5 de décembre de l'an I2i5, quinze jours après la clôture du concile. « Quant à l'affaire du comte de Foix, est-il (( marqué, on en informera plus amplement, & l'on décidera ce qui sera juste ; « en sorte que le château de Foix, qui nous a été délivré, sera gardé suivant « l'ordre de l'Église, jusqu'à ce que l'affaire soit terminée. Comme il pourra « s'élever des doutes St. des difficultés sur cette matière, le tout sera rapporté « au jugement du siège apostolique, de crainte que ce qui a été déjà exécuté i( à grands frais ne vienne à ôtre anéanti par l'insolence ou la malice de « quelqu'un. » Il y a lieu de croire que le concile ordonna la même chose touchant le comte de CommingesS.
XCIX. — Départ du comte de Toulouse de Rome. — Le comte de Foix obtient des commissaires pour la restitution de ses domaines.
Le comte de Toulouse, après avoir attendu la'* fin du concile, dans l'espérance d'obtenir la justice qu'il demandoit, informé du décret dont on vient de parler, fit prier Innocent de lui donner audience. Ce pape la lui accorda & lui déclara qu'on ne pouvoit faire autre chose en sa faveur pour le présent
' LafaiUe, Annales de Toulouse, t. i, p. 121. Simon de Montfort, Pottliast, n. 5oi5. [A. M.] ' Voyez tone VIII, Chartes, n. CXIX, ce. 681, < Voyez tome VIII, c. 1 12. — [Giiillem de Tu-
C%i. — [Potthajt, n. 6009.] dèle, yers 35ij9-3654.] ' Lettre du même jour pour le même objet à
An 1
476 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXlI.
que ce qui avoit été statué. Il lui donna sa bénédiction Se lui dit en le congédiant que Raimond, son fils, pouvoit encore demeurer quelque temps a Rome. Le comte partit bientôt après avec une partie de sa suite, laissa 1 autre à son fils Se s'avança jusqu'à Viterbe.
Raimond-Roger, comte de Foix, demeura à Rome avec le jeune Raimond; il obtint enfin, le 21 décembre, une bulle' que le pape adressa à l'evêque de Nimes Se à Guillaume-Jourdain, archidiacre de Gonflent, dans 1 église d'Elne. « Ayant envoyé, dit Innocent III dans cette bulle, Pierre, cardinal- « diacre du titre de Sainte-Marie en Acquire, en qualité de légat du siège « apostolique dans les pays de la Provence, pour régler les affaires du pays, « le comte de Foix, afin d'obtenir l'absolution, lui a fait serment d obéir à « nos ordres & lui a remis le château de Foix, que ce cardinal a fait garder « pendant quelque temps par l'abbé de Saint-Thibéry, lequel devant quitter nit'^'Sl. « le pavs, en a commis la garde à Simon, comte de Montfort, jusqu'après le ' ' « concile général. Durant ce concile, le comte de Foix &. les autres nobles « du pays s'étant rendus auprès du siège apostolique, ce comte s'est plaint à « nous de ce qu'après s'être soumis à nos ordres Se avoir fait serment d'ob- « server la trêve, le comte de Montfort Se les siens l'ont dépouillé injustece ment de plusieurs châteaux Se villages, ajoutant que les croisés avoient « envahi auparavant, encore plus injustement, la plus grande partie de ses « domaines, dans lesquels il demandoit d'être rétabli, soit par justice, soit « par grâce. Cependant, comme on a avancé en notre présence, tant en faveur « de ce prince que contre lui, diverses choses qui ont besoin d'éclaircisse- « ment, nous vous ordonnons d'en informer, dans l'espace de trois mois « depuis la réception des présentes. Se de terminer cette affaire ou par accord « ou par sentence, ou enfin de nous la renvoyer toute instruite, en assi- « gnant aux parties un terme suffisant pour pouvoir comparoître devant « nous. Vous tâcherez de découvrir néanmoins pour quelle cause ce comte a « perdu ses domaines avant qu'il se fût soumis à l'Eglise, Se vous aurez soin « de nous le faire savoir. Nous voulons, en attendant, qu'on remette le châ- « teau de Foix à l'abbé de Saint-Thibéry, qui le gardera sous notre autorité « pour le comte, auquel on le restituera quand nous l'ordonnerons. Car c'est « notre intention, que nous voulons être connue de tous, qu'après que « l'affaire sera terminée, on rende le château de Foix au comte; que cepen- « dant le comte de Montfort Se les siens ne lui fassent point la guerre, ni àr « Roger de Comminges, son neveu ; mais qu'ils vivent en paix Se en sûreté, c( pourvu qu'ils se tiennent eux-mêmes en repos, suivant les statuts de la « paix qui ont été dressés dans le pays. » Le comte de Foix, satisfait^ d'avoir obtenu cette commission qui lui faisoit espérer une prompte restitution de ses domaines, alla joindre le comte de Toulouse à Viterbe, Se se rendit avec lui à Gênes, où ils attendirent le jeune comte Raimond. Il ne rentra pas
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXIX, ce. 682, dèle, vers 3655-36(56. Le poëte fait aller le comte 684. — [Potthast, n. 5014.] de Toulouse à Saint-Marc, c'est-à-dire à Venise,
' Voyez tome VIII, c. 112. — [Guillem de Tu- avant de retourner à Gènes.]
cependant aussitôt qu'il le croyoit dans la possession de ses États, car l'archidiacre d'Elne, l'un de ses commissaires, étant venu à mourir peu de temps après, l'affaire traîna en longueur, à cause qu'il fut obligé de demander' un nouveau commissaire.
C. — Le jeune Raïmond part de Rome &• va Joindre à Gènes le comte
de Toulouse, son père.
Le jeune Raimond*, après avoir demeuré à Rome environ six semaines, demanda enfin son audience de congé. Le pape le reçut favorablement, 8<. l'ayant fait asseoir auprès de lui, lui dit, selon le témoignage d'un ancien auteur : « Mon fils, écoutez-moi; si vous suivez les conseils que je m'en vais « vous donner, vous ne manquerez jamais. Aimez Dieu sur toutes choses & « a)ez soin de le servir. Ne prenez jamais le bien d'autrui; mais défendez le « vôtre, si quelqu'un veut vous l'ôter. En vous conduisant ainsi vous ne « manquerez pas de domaines, & afin que vous ne demeuriez pas sans terres V 8c sans seigneuries, je vous donne le comté Venaissin avec toutes ses dépen- « dances, la Provence & Beaucaire, pour pourvoir à votre entretien jusqu'à « ce que l'Église se soit assemblée en concile : alors vous pourrez venir, 8t on « vous fera raison sur vos demandes contre le comte de Montfort. » Le jeune prince, ajoute cet auteur, après avoir témoigné sa reconnoissance au pape, lui répondit : « Saint père, si je puis recouvrer mes domaines sur le comte de « Montfort & sur ceux qui les détiennent, n'en soyez pas fâché. Quoi que « vous fassiez, lui répliqua le pape. Dieu vous fasse la grâce de bien com- « mencer S<. de mieux finir. » Le pape lui donna ensuite sa bénédiction, & lui ayant remis les lettres par lesquelles il lui réservoit le comté Venaissin 8< les autres pays, il le congédia. Ce jeune prince alla ensuite joindre à Gênes le comte, son père, & s'étant embarqués ils arbordèrent ensemble" à Marseille.
CL — Simon de Montfort prend possession du duché de Narhonne, malgré l'archevêque qui l'excommunie. — Evêques de Bé-^iers.
Gui de Montfort 8c les autres^ députés que Simon avoit envoyés au concile de Latran pour y soutenir ses intérêts, étant de retour de leur côté dans la Province, les évêques 8< les barons du pays attachés à ce général s'assemblèrent 8c lui conseillèrent de se rendre incessamment à la Cour pour demander au roi l'investiture des domaines que le concile lui avoit adjugés. Simon se disposa en effet à partir; mais il voulut auparavant prendre possession du duché de Narbonne, qu'il prétendoit faire partie de ses domaines, quoique
■ Voyez tome VIII, Chartes, n. CXIX, c. 684. lui de l'Anonyme. Il ne contient d'ailleurs aucun
' Voyez tome VIII, ce. 112, ii3. — [Giiillem fait de plus. [A. M.] de Tudèle, vers Siôâ-SySy.] — Le récit du poète ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 83.
est plus détaillé & surtout mieux composé que ce-
An
An i2iâ
«. m, p. aSj.
An 121Û T/ "
Éd.origin. le concile n'en eût fait aucune mention. Dans cette vue il s'approcha de cette ville; mais il rencontra de grandes difficultés de la part de larchevèque Arnaud.
Ce prélat, à son retour de Rome', vers la fin de janvier de l'an 1216, fit son entrée dans Narbonne en qualité de duc de cette ville. Il ordonna en même temps au vicomte Aymeri de renoncer à l'hommage qu'il avoit rendu à Simon de Montfort, protesta contre, le déclara nul, défendit au même vicomte d'y avoir jamais aucun égard, &. publia qu'il étoit allé à Rome £< qu'il en étoit revenu duc de Narbonne. Il ordonna ensuite aux habitans de construire à leurs dépens deux châteaux, l'un dans le bourg & l'autre dans la cité, 61 de relever les murs de la ville.
Montfort, informé de toutes ces choses, en interjeta appel au pape, le 3o de janvier. Il mit par cet acte sa personne, ses alliés, ses domaines & spécialement la ville, le duché & tous les habitans de Narbonne & du diocèse sous la protection de Dieu 8c du pape, 8c ajourna Arnaud à Rome, à la Pentecôte. Ce prélat^ étoit à l'abbaye de Fontfroide lorsque Simon lui fit signifier cet appel, la veille de la Purification. Il lui répondit de la manière suivante : « Si le comte de Montfort entreprend d'usurper le duché de Nar- « bonne ou quelque chose du duché, 8c s'il apporte le moindre obstacle (i pour empêcher que les murs de la ville soient rétablis, je l'excommunie « avec ses fauteurs 8c tous ceux qui lui prêteront secours Se conseil à ce « sujet. 1) Arnaud 8c Simon étant ainsi extrêmement aigris l'un contre l'autre, l'évêque élu de Béziers 8c l'archidiacre de Narbonne s'entremirent pour les réconcilier 8c firent prier Simon, qui s'étoit rendu à Lésignan, de ne pas entrer dans Narbonne, de s'abstenir de prendre possession du duché, 8c surtout de ne pas recevoir, en qualité de duc, l'albergue du vicomte, parce que, s'il le faisoit, l'archevêque l'excommunieroit infailliblement. Le lendemain , l'archevêque d'Embrun , l'évêque élu de Béziers 8c l'archidiacje de Narbonne allèrent à Canet pour négocier avec Montfort, qui leur promit de s'en rapportera leur jugement. Arnaud accepta de son côté leur médiation, sauf les ordres du pape; mais il refusa de mettre l'affaire du duché en compromis, en sorte qu'il ne put convenir avec Simon des articles qui dévoient être mis en arbitrage. Arnaud offrit aux trois médiateurs 8c aux évêques de Maguelonne, de Lodève, de Toulouse, Comminges, Tarbes 8c Gap, qui étoient présens, de satisfaire Montfort sur toutes ses demandes, soit devant le pape ou ses délégués, soit devant des arbitres s'il le falloit; mais à condition que ce général n'entreroit pas dans Narbonne, 8c qu'il n'entreprendroit rien sur le duché, à moins qu'il ne voulût être excommunié sur-le-champ. Il fit cette déclaration devant les agens de Simon. Alors l'évêque de Toulouse appela au nom de Simon, dont il étoit zélé partisan, 8c Arnaud excommunia de nouveau ce comte avec tous ses adhérens, s'ils usurpoient la moindre chose
■ Besse, Histoire des dues, marquis & comtes <fc ' Bîss-, Hhio'irc Acs Jua, marqit'is & comtes de
Narbonne, p. 463 & suiv. Narbonne, p. 566 & suiv.
An 1216
du duché. L'archevêque envoya le lendemain 1 evêque de Nîmes & le précenteur de Narbonne à Lésignan pour avertir Simon, de sa part, qu'il se donnât bien de garde d'entrer dans Narbonne pour prendre possession du duché; mais le comte ne fit aucun cas de cette défense, &, s'étant mis en chemin le jour suivant, il se prépara à faire son entrée dans la ville. L'archevêque envoya à sa rencontre l'évêque élu de Béziers & les archidiacres de Carcassonne & de Pvazès, avec ordre de lui réitérer la même défense & de lui déclarer, supposé qu'il voulût passer outre, qu'il lui feroit fermer les portes de la ville Si qu'il l'excommunieroit.
Toutes ces menaces n'empêchèrent pas Montfort de se présenter devant Narbonne. L'archevêque l'attendit à la porte du Bourg, laquelle est proprement du domaine de l'évêché, & aussitôt qu'il le vit venir il voulut la faire fermer; mais les gens d'armes de la langue françoise {linguae Gallicae) le repoussèrent, &, ayant tiré leur épée, se jetèrent sur lui. Montfort entra ainsi dans Narbonne, malgré l'archevêque, reçut l'albergue du vicomte 8<. fit arborer son étendard sur la tour du palais vicomtal. Arnaud punit sur-le-champ l'excessive ambition du comte, comme il s'exprime lui-même par un nouvel anathème, 81 il le dénonça excommunié, en présence de son chapitre, de tout le clergé 8c des plus notables de la ville. Il jeta en même temps l'interdit sur toutes les églises de Narbonne, spécialement sur la chapelle du ^%\°''' château, tant que Simon demeureroit dans la ville. Ce comte, si ardent à poursuivre les excommuniés, même après qu'ils avoient reçu leur absolution, lorsqu'il y trouvoit son intérêt, n'eut aucun égard à cette excommunication 8c"fit hardiment célébrer le service divin dans cette chapelle dont il fit sonner les cloches, tandis que celles de toutes les autres églises de Narbonne gardoient exactement l'interdit. L'archevêque, outré de ce procédé, défendit aux clercs de Simon de célébrer davantage l'office divin dans la chapelle interdite; mais ils continuèrent toujours, même en présence de Simon qui, ayant reçu une nouvelle défense de la part du prélat d'entrer dans la chapelle du château & d'y faire célébrer l'office divin, méprisa cette monition 6c n'y répondit que par des railleries. Enfin l'archevêque ne pouvant plus supporter tant d'insultes, aggrava l'anathème 8c excommunia de nouveau Simon dans le vestibule de son palais, en présence de l'archevêque d'Embrun, de plusieurs évêques 8t du peuple, pour être entré, en dépit des censures, dans une chapelle interdite, y avoir assisté à l'office divin 8c l'y avoir fait célébrer. Ces divers anathèmes, au lieu d'intimider Montfort, ne firent que l'irriter de plus en plus. La nuit suivante, les François qui étoient à sa suite jetèrent plusieurs fois des pierres contre le palais épiscopal 8c s'emparèrent, durant son séjour à Narbonne, de tous les étaux de la ville 8c de la leude qui appartenoient à l'archevêque.
Ces faits sont rapportés dans la plainte qu'Arnaud envoya quelque temps après au pape contre les entreprises de Simon. Celui-ci, de son côté, écrivit'
■ Ecsse, Histoire des ducs, marquis & comtes de Narionne, p. 474.
de Narbonne, k 27 de février, à 1 evêque, au doyen & au chapitre d'Uzès |
pour leur déclarer qu'il avoit proposé à l'archevêque de Narbonne de s'en !
rapporter à leur jugement & à celui des autres évêques de la Province, j
ses suftragans, ou du chapitre de Narbonne, ou enfin de deux ou de plu- | sieurs de leurs amis communs, ou bien de s'en remettre à la décision du
pape ou de son légat : « Offres, ajoute-t-il, que ce prélat a refusées & que i
H nous faisons encore ; c'est pourquoi , pour nous mettre à l'abri de ses j « menaces, nous avons appelé il y a longtemps au Saint-Siège, & nous
« renouvelons notre appel. Nous vous supplions, en cas qu'il jette l'interdit :
0 sur nos domaines, de ne pas exécuter sa sentence} car nous avons mis \
« notre personne, nos vassaux, nos terres 61 nos chapelles sous la protection |
« du pape, & nous l'avons ajourné pour poursuivre l'appel à l'octave de la j « Pentecôte. » Simon, ayant enfin quitté Narbonne Si étant retourné à Car-
cassonne, quelques personnes d'autorité l'engagèrent à écouter des propo- j
sitions d'accommodement. Il déclara alors publiquement, par un acte du \ 5 mars, que voulant bien vivre avec l'archevêque de Narbonne, il avoit compromis des différends qu'il avoit avec lui, entre les mains de l'évêque de
Nimes Si du camérier de l'église de Béziers, avec promesse de s'en rapporter '. à leur jugement, à peine de mille marcs d'argent, supposé que ce prélat
voulût se soumettre de son côté à un semblable dédit: mais ces arbitres ne :
purent les mettre d'accord; ainsi le pape prit connoissance de cette affaire. 1
Arnaud demanda' au pape la confirmation de la sentence d'excommunication qu'il avoit portée contre Simon. Ayant appris ensuite la mort d'Innocent III, arrivée le 16 de juillet de cette année, il adressa un mémorial*, au mois de septembre suivant, à Honoré III, son successeur, lui porta les mêmes plaintes contre ce comte Si en ajouta de nouvelles. Il se plaignit, entre autres, de ce que Simon lui avoit enlevé, vers la fête de Pâques, les châteaux de Quillan Si de Fontes, sans vouloir les rendre, quoiqu'il en eût été requis; de 1 ce qu'il l'avoit aussi dépouillé des châteaux d'Argens Si de Saint-Marcel, de la ■ moitié de celui de Ventenac 61 d'une grande partie de ses revenus; de ce \ que ce comte s'étoit opposé à la construction des murs d'argile, dont il faisoit " entourer par provision la ville de Narbonne pour la mettre à l'abri des incursions des brigands, &l de ce qu'il les avoit fait détruire. Arnaud se plaignit ! enfin de plusieurs autres excès de Simon; il pria le pape de "confirmer la sentence d'excommunication qu'il avoit rendue contre ce comte, 61 de lui t5i'[r,°p'^2Si. o'''lo""e'' '^^ réparer les maux qu'il avoit causés à l'église de Narbonne, Si de , le laisser paisible possesseur du duché de cette ville.
Honoré écrivit en conséquence, le 7 de mars de l'an 1217, au cardinal Bertrand, légat en Provence, en faveur de l'archevêque de Narbonne, « dont ' <; Simon de Montfort, dit-il, est vassal, Si à qui le bourg Si la moitié de la
« cité de Narbonne appartiennent, ou plutôt qui appartiennent à l'Église |
■ Besse, Histoire Jes ducs, marquis & comtes de ' Besse, Histoire des ducs, marjuls & comtes Je !
Narbonne, p. 469 81 suiy. Narbonne, p. 462 & siiiv. I
« romaine, à cause de l'arclievêché, 8c l'autre moitié pounoit appartenir aussi « k la même église, à cause du duché. « Il ordonne au légat de rétablir l'archevêque dans la possession des biens dont il avoit été dépouillé, de confirmer ou d'infirmer la sentence d'excommunication qu'il avoit rendue contre Simon, suivant que la justice le demandera, &c enfin de terminer ce différend ou de lui en renvoyer la décision, après avoir tait les informations nécessaires. Nous ignorons la suite de cette affaire, dont le pape évoqua la connoissance à son tribunal par un bref' du 23 octobre suivant. Mais on ne voit pas qu'il l'ait jamais jugée; il est certain d'ailleurs que Simon continua d'agir comme duc de Narbonne, appuyé sans doute de l'autorité du roi, qui reçut son hommage pour ce duché. En effet, les habitans de Narbonne le reconnoissoient |)our leur seigneur lorsqu'ils lui promirent^, au commencement de l'année suivante, de détruire à sa volonté les murailles de leur ville, qu'il leur avoit permis de relever. Si de chasser du pays les routiers 81 ses autres ennemis. Il paroît qu'Aymeri, vicomte de Narbonne, était alors dans les intérêts de l'archevêque^, avec lequel il se réconcilia 8< i^artagea, en iiij, le droit de battre monnoie, en réparation des dommages qu'il lui avoit causés &t en reconnoissance de ce que ce prélat lui avoit bien voulu rendre son amitié, à condition que la monnoie seroit fabriquée au nom de l'un 8t de l'autre, Se qu'ils en partageroient le profit. Aymeri consentit de plus que les criées se fissent dans Narbonne au nom de l'archevêque, qui seroit nommé le premier, Si au sien.
Au reste, l'évêque élu de Béziers, dont il est parlé dans les actes des différends qui survinrent entre l'archevêque Arnaud 8c Simon de Montfort, touchant le duché de Narbonne, se nommoif* Bernard de Cuxac. Il avoit succédé, dès l'an 1214, à Bertrand de Saint-Gervais, qui n'avoit été qu'environ un an en place. Bernard de Béziers, l'un des vassaux de l'évêché, renonça en faveur de ce dernier au droit qu'il prétendoit avoir sur le cheval, la chape Si les ornemens épiscopaux de l'évêque, lorsque ce prélat entroit pour la première fois dans son palais épiscopal-"'. Nous ignorons la raison pour laquelle Bernard de Cuxac fut si longtemps sans se faire sacrer.
Cil. — Simon de Montjbrt prend une nouvelle possession du comté de Toulouse (S- tâche de se conserver la possession de cette ville,
Simon de Montforf^, après avoir pris possession du duché de Narbonne, malgré les oppositions de l'archevêque Arnaud, se rendit à Toulouse. Aussitôt après son arrivée, il convoqua dans le château Narbonnois, le 7 de mars de
' Mss. Je Balu\e, n, 065. tome IV, p. 720, note. Il est du i" janvier 1214
' Biiluze, Concilia Provinciae Narionensis, app. (11. st.), & n'est pas donné en faveur de l'évêque
n. XI. Bernard, mais de son prédécesseur Bertrand, qu'il
' Besse, Hiitoire des dua, marijuîs & comtes Je qualifie de nouvellement consacré. [A. M.] Narkonne, p. 369. ° Guillaume de Puylaurens, c. 26 & stiiv. —
^ Gdllia Christian^, nov. éd. t. (i. Lafaille, Annales Je Toulouse, t. 1, Preuves,
S Cet «cte est public dan? la présente édition, p. 12.^.
An 1 2i6
An < 2 1 6
Tan 12 16, tous les habitans de la ville & du faubourg, qui lui firent hommage & lui prêtèrent serment de fidélité, de même qu'à Amauri, son fils, qui étoit présent. Ces peuples les reconnurent tous deux &i leurs successeurs pour leurs seigneurs, & les notaires datèrent, depuis, leurs actes, Simon étant comte de Toulouse. Le lendemain mardi 8 de mars, le nouveau comte ayant convoqué les consuls., le commun concile & le peuple de Toulouse, il leur rit à son tour le serment suivant, en présence du vénérable 6- très-saint père Bernard, archevêque d'Embrun, des vénérables pères les évêques de Toulouse, de Lectoure, de Gap, de Bigorre (ou de Tarbes) & de Comminges, 81 de pAisieurs autres personnes déconsidération. « Je, Simon de Montfort, par la « grâce de Dieu duc de Narbonne, comte de Toulouse 81 de Leycestre, « vicomte de Béziers 8c de Carcassonne, je jure de bonne foi, S<. je promets « que je serai bon seigneur 8c fidèle, à l'honneur de Dieu 8c de la sainte « Église, envers tous les hommes 8c toutes les temmes de Toulouse &c du « faubourg; 8c je conservciai de bonne toi 8c défendrai l'église de Toulouse K 8c tous les citoyens, dans leurs personnes Se dans leurs biens, sauf la justice « en toutes choses : 8c si je manque en qvielques-uns de ces articles, je me « corrigerai après en avoir été averti 8c avoir connu la vérité par le conseil « des prud'hommes, pour ne pas encourir le crime de parjure, ce qu'à Dieu « ne plaise. » Amaury, son fils, prêta le même serment. Il rit ensuite raser , 'in"'*^"' entièrement les murs de, la cité 8c du bourg de Toulouse, aplanir les fossés, abattre toutes les tours des maisons, qui étoient en grand nombre, Se enlever toutes les chaînes des rues pour ôter toute occasion de révoltes; il fit fortifier, dans la même vue, le château Narbonnois, Se retirer la terre dont il étoit xempli jusqu'au faîte. Il fit ouvrir en même temps une porte du côté du levant pour entrer 8c sortir à l'insu des habitans 8c malgré eux; il fit de plus creuser un large fossé entre ce château 8c la ville, 8c l'entoura de fortes palissades.
On croit que le château Narbonnois' de Toulouse, qui servoit de palais aux comtes Se de citadelle à la ville, avoit été bâti par les Romains, La raison qu'on en donne, c'est : 1° Que sa structure étoit romaine; ce qui paroissoit plus particulièrement au frontispice, bâti de gros quartiers de pierre de taille, cramponés avec des lames de fer Se de plomb. 2° Parce qu'on en tira, au commencement du dernier siècle, diverses statues romaines parfaitement belles. Ce château avoit quatre portes, deux au midi Se deux au septentrion, Se étoit flanqué de deux grosses tours couvertes en plate-forme. Il fut détruit au milieu du seizième siècle. Le parlement y fut établi dès son origine, &c il occupe encore aujourd'hui son emplacement.
' Catsl, Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. : i / & suiv.
cm. — Simon va à la cour du roi Philippe-Auguste, qui reçoit son hommage pour le duché de Narhonne, le comté de Toulouse, &c.
Montfort, après avoir pris toutes' ses sûretés, permit aux douze consuls de Toulouse, qui étoient en otage à Arles, de revenir chez eux; il nomma un sénéchal pour exercer la justice & gouverner la ville de Toulouse en son nom. Nous trouvons, en etfet, un G. de Chameniac, sénéchal de Toulouse pour ce comte, dans un acte de l'abbaye de Boulbonne, du 21 de mai de l'an 12 17. Il se mit bientôt après en chemin pour la Cour, 8c fut reçu^ partout avec des honneurs infinis. On alloit au-devant de lui en procession, 8<. on s'estimoit heureux de pouvoir toucher le bord de sesvêtemens. En passant à Chartres il y confirma-*, au mois d'avril, une fondation qu'Amicie, comtesse de Leycestre, sa mère, avoir fait en 1206, dans la cathédrale de cette ville. I,e roi Philippe-Auguste lui fit un accueil très-favorable 8c lui donna l'investiture qu'il demandoit, par un acte"* conçu en ces termes : « Au nom de <( la sainte 8c indivisible Trinité. Philippe, par la grâce de Dieu roi des « François, sachent tous présens 8c à venir, que nous avons reçu notre cher « vassal, Simon de Montfort, pour notre homme lige, pour les fiefs 8c terres « qui ont été conquis sur les hérétiques 8c ennemis de Jésus-Christ, dans le « ciuché de Narbonne, le comté de Toulouse 8c la vicomte de Béziers 8c de a Carcassonne j dans les fiefs que Raimond, autrefois comte de Toulouse, i( tenoit de nous, 8c pour les terres qui soiit de notre fief; sauf le droit u d'autrui 8c celui de nos vassaux. Donné au pont de l'Arche, l'année 1216, (( la trente-septième de notre règne. »
Quelques jours après, Philippe accorda en faveur de Montfort un autre diplôme dont voici la teneur : « Philippe, par la grâce de Dieu roi des Il François, à tous ses amis, vassaux 8c autres, auxquels les présentes par- « viendront ; salut 8c dilection. Sachez que nous avons reçu pour notre <i homme lige, notre cher 8c féal Simon, comte de Montfort, pour le duché « de Narbonne, le comté de Toulouse, les vicomtes de Béziers 8; de Carcas- <( sonne, savoir : pour les fiefs 8c terres que Raimond, autrefois comte de <i Toulouse, tenoit de nous, 8c qui ont été acquis sur les hérétiques Se les « ennemis de l'Église de Jésus-Christ; sauf le droit d'autrui 8c celui de nos « vassaux, pourvu qu'ils professent la foi chrétienne; c'est pourquoi nous « vous défendons expressément de vous mêler de nos fiefs ou de les saisir, '( sinon en faveur dudit Simon, auquel vous donnerez aide 8c conseil lorsque i( vous en serez requis par lui. Fait à Melun, le 10 d'avril de l'an 1216. »
C'est ainsi que Raimond VI, comte de Toulouse, fut dépouillé de tous ses États, 8c que ce prince, le plus grand terrien qui fût alors dans le royaume,
' Gjjillaume de Puylaurens, c. 26 & suiv. 685. [Sur les différentes rédactions de cet acte
» Pierre de Vaux-Cernay, c. 83. important, qui fut donné entre le lo & le 3o
' DAchéry, Spicilegium, t. i3, p. 333. avril 1216, cf. Delisl:;, Catalogue, n"' i6jç-|fi(5i,
♦Voyez tome VIII, Chartes, n, CXX , ce. 684, p. "ÎJi-l
An I 2 1 f)
— : T 484 flISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIL
sans en excepter le roi même, se vit enfin réduit à ne posséder plus un pouce de terre} sans que les liens du sang qui rattachaient à presque tous les sou^ verains de l'Europe, fussent capables de le mettre à l'abri des entreprises de ceux qui en vouloient plus à ses domaines qu'à sa cro)ance. Philippe-Auguste, roi de France, son cousin germain & son principal souverain, auroit dû naturellement prendre sa défense, surtout depuis que Raimond, ayant reçu l'absolution, étoit réputé catholique; mais le roi, soit par foiblesse, soit Êdorigin pa,- mécontentement, l'abandonna entièrement à la merci de ses ennemis,