de son fils
RAIMOND VI, comte de Toulouse, & le jeune comte Raimond , son liJ-origm. fils, n'eurent pas plutôt débarqué à Marseille qu'ils songèrent à recouvrer les domaines dont ils avoient été dépouillés. Comme le décret di. \a 1216 concile de L/atran n'avoit adjugé à Simon de Montfort que les conquêtes faites par les croisés, lesquelles s'étendoicnt seulement depuis le diocèse de Béziers jusque vers la Gascogne; que les villes de Beaucaire, de Nimes St les autres domaines de la maison de Toulouse, situés aux environs du Rhône, bien loin d'être compris dans le décret, étoient réservés nommément au jeune Raimond, 8c que par conséquent Simon n'avoit aucun droit, même apparent, sur ces dernières places, dont il s'étoit emparé; les deux comtes de Toulouse résolurent de commencer par là.
L'accueil que leur firent les' Marseillois les encouragea beaucoup; & ces peuples, qui se donnèrent entièrement à eux, promirent de les secourir de toutes leurs forces. Quelques jours après les habitans d'Avifiinon leur envoyé- l'j.oiigin.
. ^ ' ' ^ . ^.. . .•' I III. n.2S.v
rent une dépuration solennelle pour leur faire les mêmes oHres & les inviter à venir prendre possession de leur ville. Raimond VI & le comte, son fils, profitèrent d'une conjoncture si favorable; s'étant rendus à Avignon, tout le peuple accourut en foule au-devant d'eux & les reçut avec les plus grandes démonstrations de joie. Arnaud d'Anguyers*, l'un des principaux, les harangua à la porte de la ville, au nom des habitans, Se ils furent ensuite intro-
' Voyez tome VIII, c. i i3 & suiv. [Gnillem de ' [Corn'^fj Arnaud Aiidegier. Cf. le poëme, vers
TuaèU,vers3738-3783.] — Pierre de Vaux-Cernay, SySi.] c. 83. — Guillaume de Piiylaurens, c, 17 8t suiv.
III, p.2Sij.
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duits clans Avignon aux cris redoublés de Fire Toulouse, le comte Ra'imond 6- son fils ! que le peuple taisoit retentir de toutes parts. Le comte de Toulouse, après avoir reçu l'hommage & le serment de fidélité des Avignonois & donné ses ordres, s'assura de Tarascon, qui lui fit les mêmes promesses. Il retourna ensuite à Marseille Se laissa son fils à Avignon, où plusieurs seigneurs du pays vinrent joindre ce jeune prince 8<. lui offrirent à l'envi de le servir pour l'aider à rentrer dans le patrimoine de ses ancêtres. Raimond VI étant revenu quelque temps après à Avignon, y assembla son conseil, auquel les principaux de la ville furent admis. On y résolut de reprendre les places que ce prince avoit perdues & de déclarer la guerre à tous ceux qui les détenoient, nommément à Simon de Montfort. On conclut aussi qu'avant que de se mettre en campagne, le jeune Raimond iroit prendre possession du comté Venaissin 8c y établiroit de bonnes garnisons. Ce jeune prince partit aussitôt à la tête d'un corps de troupes, 8c fut parfaitement bien reçu par tous les peuples, qui lui firent hommage Se lui prêtèrent serment de fidélité, 8c après avoir pourvu à la sûreté du pays, il rejoignit le comte, son père, à Avignon. Ce dernier, qui avoit appelé ses vassaux 8c ses alliés à son secours, fut joint bientôt après par Raimbaud de Calm, Raimond Pelet, Lambert de Monteil, Bertrand Porcellet, Raimond de Montauban, Pons de Montdragon 8c plusieurs autres seigneurs de distinction , qui , joints aux communes d'Orange, de Courtheson, de Marseille, d'Avignon 8c des autres villes de Provence 8c du comté Venaissin, que le jeune comte avoit rassemblés, formèrent un corps considérable'.
IL — Le comte de Toulouse assemble une armée à Avignon, en confie le commandement à son fils, i- part pour V Aragon.
Raimond VI confia le commandement de ce corps au jeune comte, son fils, à qui il donna pour conseil les principaux barons du pays 5 il partit ensuite pour l'Aragon^, dans le dessein d'y lever d'autres troupes pour s'en servira assiéger la ville de Toulouse, dont les habitans, las de la domination de Simon de Montfort, ne souhaitoient rien tant que de se remettre sous la sienne; ainsi tout conspiroit en sa faveur, 8c il avoit lieu d'espérer de reprendre bientôt toutes les conquêtes des croisés. Un ancien historien ^ admire, à cette occasion, la profondeur des jugemens de Dieu. « Tant que les croisés, dit cet
' Ici dom Vaissete a commis plusieurs erreurs en les villes de Marseille, Tarascon, Lisle & Pierresuivant l'Anonyme de trop près (voyez tome VIII, latte. Gui de Cavaillon, Adémar de Poitiers, Elc. I 16) ; ce dernier, ayant mal compris le passage zéar d'Uzès, Mondragon, Bertrand Porcellet, Pons de Guillem de Tudéle, a confondu les amis & les de Saint-Just, &c. (vers 3846-3867). Sur tous ces ennemis des comtes de Toulouse. Parmi ces der- personnages, conférez l'édition de M. Meyer, niers, le poëie nomme le prince de Baux, R. Pelet, t. 2, pp. 204-208. [A. M.J
les habitants de Nimes , Orange & Courtheson, ' [Guillem de Tudèle, vers 3867-3912) sépara- Raimbaud de La Calm, Jean de Semic le Bon, tion des deux comtes; recommandations de Rai- Lambert de Montélimart & Lambert de Limoux. mond le Vieux à son fils.] Les alliés des deux Raimond, au contraire, sont ' Guillaume de Puyiaurens, c. 27.
' ' An 121Û
I' auteur, ne combattirent que pour le rétablissement de la foi catholique Se 'I pour l'extirpation de l'hérésie, ils réussirent partout; mais dès que le comte « Simon, personnage digne de toute louange, eut achevé la conquête du " pays & qu'il l'eut partagé à ses barons 8t à ses chevaliers, ils commençoient « à peine à en jouir; que, se gouvernant par une autre fin pour laquelle ils « l'avoient acquis, ils cherchèrent leurs propres intérêts plutôt que ceux de « Jésus-Christ, lâchèrent la bride à la cupidité 8c à leurs désirs déréglés, attri- « huèrent la victoire à leurs propres forces & non à Dieu, 8c ne se donnèrent « presque aucun soin de rechercher ou de punir les hérétiques, c'est pour- « ((uoi le Seigneur leur fit boire le calice de sa colère, comme il paroîtra par « la suite. » On peut ajouter à cette réflexion que l'affaire de la croisade contre les albigeois, ayant été terminée en quelque manière au concile de Latran, Simon ne reçut plus depuis ces nombreux secours des croisés qui lui venoient auparavant de toutes parts. Se qui, excités par un zèle de religion, s'exposoient aux plus grands périls. Il fut donc obligé, pour se maintenir dans la possession des domaines qu'il avoit envahis, de se servir de stipendiaires St de soldats mercenaires qui, n'étant pas animés du même esprit, ne combattirent pas avec la même ardeur". D'ailleurs, les anciens sujets du comte de Toulouse, indignés de la manière dont ce prince avoit été traité, mais surtout de voir que son fils, qui n'étoit pas coupable, avoit été privé du patrimoine de ses ancêtres pour en revêtir un étranger, qui usoit d'une extrême dureté à leur égard, firent à l'envi tous les efforts imaginables pour secouer le joug de la domination de la maison de Montfort, &i pour se t. iii,°p'/"s.j. remettre sous l'autorité de leurs anciens seigneurs.
III. — Beauca'ire se soumet au jeune comte Raimond, qui j'alt le siège
du château.
Le jeune Raimond étoit prêt à passer le Rhône à Avignon, à la tête de son armée, lorsque les habitans de Beaucaire l'invitèrent à se rendre dans leur ville, avec offre de la lui livrer, nonobstant la garnison que Simon de Montfort avoit mise dans le château. Ce prince se mit en marche trois jours après 81 entra dans Beaucaire, aux acclamations du peuple qui lui prêta serment de fidélité. Il reçut dans cette ville de nouveaux renforts qui lui vinrent du côté de Tarascon, St se mit en état d'assiéger le château de Beaucaire, place très-
' Il ne faudrait pas croire, quoi qu'«n dise ici force des Montfort, ce fut le petit noyau de cliedom Vaissete, que les comtes de Montfort aient valiers & d'hommes d'armes français qu'ils avaient jamais tiré grand service des bandes mal discipli- amenés avec eux dt leur pays natal. C'est avec cette nées, que leur envoyaient chaque année les pré- troupe, siire & aguerrie, que Simon écrasa les dications des légats. Il est certain, en effet, que chevaliers aragonais & catalans, & les alliés de des soldats improvisés, venant faire un service de Raimond VI. Tant qu'il eut de l'argent &. des quarante jours dans le Midi, sans chefs militaires, terres pour solder ces mercenaires, il fut le maître tans discipline, ne devaient pas être d'une grande du Midi. Le jour où ces deux choses lui manqueutilité dans des affaires comine les batailles de rent, il perdit la partie inégale qu'il avait si cou- Muret ou de Castelnaudary. Ce qui fit toujours lu rageusement disputée pendant neuf ans, [A. M.J
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forte & très-bien munie, située sur les bords du Rhône, dont Simon de Montfort avoit confié le gouvernement à Lambert de Limoux, brave chevalier, son sénéchal dans le pays. Lambert n'attendit pas les premières attaques; il iit aussitôt une sortie à la tête d'une partie de sa garnison ; mais les troupes du comte, aidées des habitans de Beaucaire, l'obligèrent à rentrer avec précipitation dans le château, St lui tuèrent bien du monde. Le jeune comte attaqua la place par terre 8c par eau du côté du Rhône, après avoir entouré son camp de retranchemens 8c de fortes barrières. 11 tenta ensuite l'assaut, tandis que ses soldats ayant ramassé une grande quantité de bois autour des portes du château s'efforçoient de les brûler. Le gouverneur, se voyant extrêmement pressé &c n'ayant aucune espérance de secours, demanda alors à capituler Se offrit de remettre la place, pourvu qu'on lui accordât la vie sauve 8c à toute la garnison. Le comte, du conseil de ses barons, rejeta sa demande 8c ne voulut le recevoir qu'à discrétion. Sur cette réponse, le gouverneur résolut de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, repoussa l'attaque 8c obligea le jeune R.aimond à se retirer. Ce prince fit ensuite élever des pierriers pour battre les quatre portes du château auquel il fit donner un nouvel assaut quelques jours après; mais il fut encore repoussé; il trouva moyen cependant d'empêcher les assiégés de puiser de l'eau dans le Rhône, ce qui, joint au défaut de vivres qui commençoient à leur manquer, les incommoda beaucoup '.
IV. — Simon de Montfort marche au secours du château de Beaucaire.
Gui 8c Amauri de Montfort% qui étoient dans le Toulousain, où ils commandoient pendant l'absence de Simon, avertis du péril où se trouvoit le château de Beaucaire, ramassent aussitôt le plus de troupes qu'il leur est possible 8c marchent au secours de cette place suivis de Gui, évêque de Carcassonne. Ils dépêchent en même temps divers courriers à Simon, qui étoit parti de^ France, au mois de mai de cette année, à la'' tête de cent vingt chevaliers qu'il avoit pris à sa solde, pour le presser de hâter sa marche. Étant arrivés à Nimes, à quatre lieues de Beaucaire, ils se disposent au combat par la confes-
' Guillem de Tiidèle, v. 3913-4059; commen- de manière à rendre l'investissement à peu prés
cément du siège de Beaucaire. — Le poème donne définitif & le ravitaillement de la place très-dif-
de grands détails sur cette première partie du ficile. Tout ceci a été fort abrégé & mal abrégé par
siège. Le château ne put être pris par les Proven- l'Anonyme, cjui a commis plusieurs confusions
çaux dans leur première attaque, mais une seconde (voyez tome VllI, ce. iipà I21). Seule la chro-
ies rendit maîtres d'une fortification moins impor- nique en prose parle de la tentative de Lambert de
tante, appelée la Redorte , & située au nord-est Limoux pour conclure une capitulation. [A. M.l de la citadelle. Aus'itôt après, par le conseil de ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 83, & tome VIII,
R. Gaucelin, habitant deTarascon, les assaillants c. 122 & suiv.
élevèrent un mur de pierres sèches, pour rendre ' Kobertus Altissiodorensis, Chronicon. Chro-
les sorties impossibles. Ce mur fut construit en nicon Turonensc, ap.Man'ene, Amplisiima coUcctio,
peu de temps, chacun mettant la main à l'œuvre; t. 5, c. icju.
des machines de guerre furent dressées & Tinter- ■* Pierre de Vaux-Cernay, c. 83, & tome VIII,
vall» entre la place & le Rhône fortement occupé, ut supra.
sion Se la communion, 8c marchent le lendemain en oalie de bataille. On leur donne avis en chemin que le jeune Raimond s'étoit assuré du château de Béllegarde qui est sur la route, &, jugeant qu'il étoit important de reprendre cette place, ils l'assiègent Se s'en rendent maîtres le jour même. Le lendemain ils partagent leurs troupes en trois corps Se s'avancent jusqu'aux portes de Beaucaire sans que le jeune Raimond daignât sortir de ses retranchemens. A^ant appris que Simon s'avançoit à grandes journées, ils vont à sa rencontre à Béllegarde S<. retournent ensuite tous ensemble à Beaucaire dans le dessein d'attaquer le jeune Raimond qui les attendoit dans la résolution de les bien recevoir. Deux chevaliers de ce prince, nommés Raimond de Belaros 8t Aymeri de Caire', s'étant détachés, donnent sur les avant-coureurs de l'armée de Simon 8c engagent le combat qui dura jusqu'à la nuit avec beaucoup d'opiniâtreté de part &c d'autre; mais enfin Simon fut obligé de reculer Se de se retirer à Béllegarde*.