XVI. — Simon porte la guerre aux environs du Rhône
Montfort résolut^* ensuite de porter la guerre aux environs du Rhône pour s'opposer aux progrès du jeune comte Raimond que les habitans de Saint- Gilles, entre autres, avoient appelé & reçu chez eux, malgré l'abbé 8c les religieux qui, ne pouvant l'empêcher, étoient sortis nu-pieds avec le saint sacrement, après avoir jeté l'interdit 8<. l'excommunication sur la ville. Ce jeune prince avoit soumis ensuite fout le pays voisin 8c établi sa principale résidence à Avignon, oii il donna"' en fief, au commencement de janvier de cette année, à Raimond de Roqueteuil, les châteaux de Breissac 8c de Ganges, dans le diocèse de Maguelonne. Il se qualifie dans l'acte : Raimond, par la grâce de Dieu jeune comte de Toulouse, fils de Raimond, comte de Toulouse, (y de la reine Jeanne. Dans une autre charte, qu'il donna aussi à Avignon, le I I de mai suivant, en faveur du monastère des filles de Valsave, il prend le titre de Raimond, fils du seigneur Raimond, par la grâce de Dieu duc de Narbonne, comte de Toulouse &■ marquis de Provence. Il paroît que le comte de Toulouse étoit lui-même du côté du Rhône 5 car il accorda^ divers privilèges aux consuls 8c habitans de Beaucaire par une charte datée de cette ville, le 28 de mars de l'an 12 17. On prétend même que par reconnoissance il établit'' alors en leur faveur la fameuse foire qu'on y tient tous les ans 5 mais nous ne trouvons aucune preuve de cette concession. Il témoigna aussi, vers
■ Au même mois de l'année 1217 appartient le ' Pierre de Vaiix-Cernay, c. 83.
seiil acte judiciaire qui nous reste de l'adminis- ' Tome V'III, Chartes, n. CXXV, c. 702, 7o3.
tra:ion de Simon de Montfort dans le Languedoc. ■• Pierre de Vaux-Cernay, c. 83.
C'est un jugement rendu par son sénéchal de Tou- * Tome VIII, Chartes, n. CXXIII, ce. 695, 697,
louse, le 21 mai 1217, dans une cause intéressant ' Recherches sur la ville de Beaucaire, p. 98 &
l'abbaye de Boulbonne & R. de Chauderon, l'un suiv.
des défenseurs de Beaucaire (tome VIII, ce. 701, ' "Puité historique sur la foire de Beaucaire. —
702'. Il s'agissait de plusieurs métairies de Puivert, On peut voir la pièce du 28 mars 12 17 dans les
que ce chevalier avait enlevées au« moines; ces registres des Enquêteurs royaux (tome VII, reg. £>,
derniers soutenaient les avoir jadis acquises de f" 33 h). Ce qui a peut-être donné lieu à cette
l'abbaye de Cuxa & produisaient les actes d'acqui- assertion touchant la foire de Beaucaire eit une
sinon, actes dont leur adversaire contestait l'au- charte du 2 mai 1217, qu'on peut voir au incir.e
thenticité. Après enquête, les propriétés en litige endroit, par laquelle le comte de Toulouse vend
furent rendues à l'abbaye, dont R. de Chauderon aux consuls de Beaucaire le poids public de cette
reconnut pleinement le bon droit. [A. M.J rille. [A. M.]
An 1217
le même temps, sa gratitude envers les Marseillois : il les aftranchit' de toute sorte de droits dans ses terres, leur accorda une entière liberté d'y commercer, Se leur donna deux maisons dans Beaucaire.
Simon, à son arrivée- aux environs du Rhône, se présenta devant Saint- Gilles; mais les habitans lui en refusèrent l'entrée S< appelèrent de tout ce ,.^ih'p';!,""8. qu'il pourroit entreprendre contre eux au cardinal f'ertrand, légat, qui étoit alors à Orange. Gérard, archevêque de Bourges, 5< Robert, évêque de Clermont, qui avoient pris la croix, ayant joint Simon avec un renfort considérable de croisés, il les employa au siège du château de Posquières, nommé aujourd'hui Vauvert, dans le diocèse de Nimes, qu'il eut bientôt soumis. Il assiégea ensuite le château de Bernis, l'emporta, fit pendre la plupart des habitans 8<, par cette exécution, il jeta la terreur dans tous les environs; en sorte que les peuples ayant pris la fuite, il remit en fort peu de temps sous son obéissance tout le pays situé à la droite du Rhône, à la réserve des villes de Beaucaire & de Saint-Gilles & de quelques châteaux. Il se rendit enfin à Saint-Saturnin du Port, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit, pour conférer avec le cardinal Bertrand, qui fut obligé dépasser le P\.hône à Viviers, à cause que les habitans de Marseille, d'Avignon, de Saint-Gilles, de Beaucaire Si de Tarascon refusoient non-seulement d'obéir à ses ordres, mais le tenoient comme bloc|ué dans Orange; ils le poursuivirent même jusqu'à Saint-Saturnin, S<. tirèrent sur lui du port de cette ville dont ils étoient les maitres-^.
L'archevêque de Bourges Se l'évêque de Clermont s'en retournèrent après avoir fini leur quarantaine de service. Quant à Simon, il se remit en campagne aussitôt après la conférence de Saint-Saturnin, prit 5c renversa de tond en comble la tour de Dragonet, située sur le Rhône, S<. mit dans les fers tous ceux cpui l'avoient défendue, sous prétexte que leur seigneur s'en servoit pour rançonner tous ceux qui montoient ou qui descendoient ce fleuve. Simon se saisit aussi du cliâteau de la Bastide & de tous les autres domaines de Dragonet, qui se remit peu de temps après dans son parti, auquel il avoit renoncé depuis un an. Se abandonna lâchement celui du jeune Raimond dont il étoit gouverneur Se l'un des principaux conseillers. Ce seigneur n'est pas sans doute différent de Dragonet de Montdodon, qui est nommé le premier"' entre les principaux barons qui furent présens à l'hommage que Raimond de Roqueteuil rendit à ce jeune prince au commencement de cette année"'.
' Ruffi, Histoire Je Marseille, i'' éd. 1. 4, c. 6. tre M. Meyer, t. i, pp. 292, ip.T, soit La B.istitte
' Pierre de Vaux-Cernay, c. 84. — Tome VIII, d'Engras (Gard), arr. d'Uzès, cant. de Lussan, soit
c. 100. La Bastide d'Ognols, comm. de Goiidargiies, canton
' L'entrevue du Pont-Saint-Esprit eut lieu dans du Pont-Saint-Esprit. Le poëme, au moins dans
la première quinzaine de juillet 1217; Simon de son état actuel, ne parle pas de la prise du châ-
Montfort était auprès de cette ville le 14 de ce teau de Dragonet, qui, M. Meyer le fait rem.ir-
mois, date de l'honimagc que lui rendit Raimond quer {ut supri , p. 29.'!;, devait être sur la rive
Pelet, seigneur d'Alais. (Voyez notre Catalogue, droite du Rhône. La suite des événements "ar..ît
n. 140.) [A. M.] un peu confuse dans cette p;;r;ie de son récit, ik
■• Voyez tome VIII, Chartes, c. 696. les causes de la trahison de Dragonet y sont r.ul
'■• Le château de La Bastide, que dom Vaissete indiquées. [A. M.] mentionne un peu plus haut, est, ainsi que le mon-
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII. 5o5
An 1217
XVII. — Simon attaque le comte de Valent'viois ^ fait la paix avec lui.
Simon de Montfort ayant pris l'avis du cardinal Bertrand, légat du Saint- Siège, sur la suite de son expédition, forma le dessein d'aller attaquer ' au delà du R.hône le jeune Raimond Si Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, allié de ce prince. Il lit préparer un grand nombre de bateaux à Viviers pour le passage du fleuve, &., s'étant joint à un corps considérable de croisés conduits par l'évêque de Nevers, que le jeune comte de Toulouse n'osa attaquer, quelque envie qu'il en eût, il se mit en marche & traversa le Rhône à la vue de ses ennemis, nonobstant tous les efforts qu'ils firent pour s'y opposer. Un coup si hardi jeta l'épouvante parmi les peuples qui abandonnèrent les villes
6 les campagnes pour prendre la fuite. Simon 8< le légat, qui le suivoit, se présentèrent aussitôt devant Montélimar dont le principal seigneur, nommé Guitard d'Adhémar, étoit dans le parti du jeune Raimond, quoiqu'il se tùt rendu homme lige du pape. Ce seigneur offrit alors de remettre la place au cardinal-légat j mais les habitans aimèrent mieux se soumettre à Simon luimême, à la persuasion d'un cousin de Guitard c[ui possédoit l'autre portion de la seigneurie de Montélimar ik qui avoit toujours été attaché à ce général ^.
Simon entreprit quelques jours après le siège de Crest, château très-tort £< très-bien muni, dans le Valentinois, dont un brave chevalier, nommé Arnaud Dcidie, étoit gouverneur au nom du comte Aymar de Poitiers, à qui il appartenoit. Plusieurs évèques du pays Se environ cent chevaliers françois, que le roi Philippe-Auguste envoya à Simon pour servir sous ses ordres pendant six mois, l'aidèrent à cette expédition. On négocia cependant la paix entre ce général & Aymar, & ils convinrent enfin d'un traité. Simon promit de donner sa fille en mariage à ce comte qui promit, de son côté, de vivre en bonne amitié avec lui 8c lui livra plusieurs de ses châteaux pour la sûreté de sa promesse. Le comte de Valentinois conclut en même temps la paix avec Humbert de Mirabel, évêque de Valence, avec lequel il avoit de grands différends. Ce prélat, qui avoit été chartreux 8c qui est honoré 3 comme bienheureux, eut d'autres démêlés avec les habitans de Valence 81 divers seigneurs du pays 5 il appela à son secours, pour les soumettre, Bertrand, évêque du Puy, Gui, sei- , ''j^j'"^,'f, gneur de Tournon, 8c Géraud Bastet : il donna en reconnoissance le pa\sde
'Pierre de Vaux- Ceriiny, c. 84. — Voyez (ilii.l. n. 5491) lui ordonne en même temps de
tome VIII, Chartes, c. i5o. veiller à ce que r.'irchevéqiie puisse librement
' Une dts premières iifTiiires dont le nouveau relever les fortifications de son château de Calégat eut i s'occuper fut celle de Narbonne, dont brières, détruites malgré lui. Le 23 octobre d; la le duché était toujours disputé par l'archevêque même année, le pape, revenant sur cette j ri- Arnaud à Simon de Montfort. Par une bulle du mière décision, manda à Arnaud de Narbonne de
7 mars 1117 (Pofihast, n. 5490), le légat fut chargé se rendre à Rome dans les vingt jours, sans tîde remettre le prélat en possession du duché & de nir compte des décisions du légat (n. 53 r 1 ), tous les droits en dépendant, & de confirmer la [A. M.] sentence d'excommunication prononcée par lui ' Colnmh'i, Je Episcopis yah'ntincnsiius. — Galcontre Montfort. Une autre bulle du même jour Ha Chrntiandt t. 3, c. 11 i3.
A II r 2 1 7
5o6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII.
Diunstal au second, Se le lieu de Charmes au troisième. La paix étant conclue entre Simon de Montfort 8c le comte de Valentinois, le gouverneur de Crest se rendit volontairement au premier'.
XVIII. — Les Toulousains rappellent le comte RaimoncL &• le reçoivent
dans leur ville.
Montfort s'applaudissoit^ de la prospérité de ses armes & du succès de ses négociations lorsqu'il apprit que la ville de Toulouse & plusieurs places des environs s'étoient soulevées contre lui. Durant son absence, les Toulousains, outrés de l'extrême rigueur dont il avoit usé à leur égard, appelèrent secrètement.le comte Raimond, leur ancien maître, & promirent de lui livrer la ville. Ce prince, qui étoit alors au delà des Pyrénées, rassemble au plus tôt un corps d'Aragonois & de Catalans, qu'il avoit déjà engagés à son service, &, suivi du comte de Pailhas^, il va joindre dans le Comminges Bernard, son neveu, comte de ce pays. Roger-Bernard, fils du comte de Foix, ayant accouru d'un autre côté à son secours avec divers seigneurs, il marche vers Toulouse. En chemin faisant, le comte de Comminges, qui conduisoit l'avant-garde, rencontre à la Salvetat, à quatre lieues de Toulouse, un corps de troupes de Simon de Montfort qui, sans se douter de rien, étoient venues faire des courses dans le pays j il les charge & les pousse vivement; mais il est repoussé à son tour. Il commençoit à plier lorsque Roger de Montant, Roger d'Aspel & Roger-Bernard de Foix, étant arrivés à propos, ils rétablissent le combat 8t défont entièrement ce corps de troupes qui avoit soumis le château de Mazères, dans le pays de Foix. Le comte Raimond, ne trouvant plus d'obstacle à son passage, arrive au voisinage de Toulouse 8t fait avertir ceux des habitans qui lui étoient dévoués ; il s'avance ensuite, le matin du i3 du"*, mois de septembre, à la faveur d'un brouillard épais, traverse la Garonne au gué qui est sous le moulin du Bazacle & entre dans Toulouse sans être aperçu. Au bruit de son arrivée, le peuple se partage : les uns se déclarent hautement en sa faveur & lui donnent les plus grandes démonstrations d'amitié; les autres, plus timides & sachant par expérience jusqu'à quel point Simon de Monttort portoit la vengeance, n'osent embrasser son parti Si se retirent partie avec les François dans le château Narbonnois, partie dans le palais épiscopal ou dans le cloître de Saint-Etienne Si partie dans le monastère de Saint- Saturnin. Pvaimond tâche de ramener ceux-ci 8c les gagne bientôt, les uns par caresses Se les autres par menaces. Enfin les Toulousains réunis prennent les armes, se joignent à ses troupes, font main basse sur tous les François ou les autres partisans déclarés de Simon qu'ils rencontrent 8c s'assurent de la
' Cette expédition de Montfort en Provence l'oc- ^ C'est-à-dire de Roger de Comminges, qui venait
cupa pendant le mois d'août 1217. [A. M.] d'abandonner le parti de Montfort, auquel il avait
' Pierre de Vaux-Cernay, c. 84 & suiv. — prêté hommage en 1211, pendant le siège de La- Guillaume de Puylaurens, c. 3o. — Voyez vaur. [A. M.] tome Vin, ce. i5o à t53. * Voyez tome V, Chroniques, ce, 44, 5l & 221 1,
An 1217
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC, LIV. XXIII. 5oj
ville. Comme elle étoit démantelée, Raimond s'occupa nuit &. jour à la fortifier. Il fit creuser de larges fossés tout autour, les garnit de palissades Se de bons retranchemens qu'il affermit avec des poutres, & fit élever à la hâte des bastions Se des redoutes'.
XIX. — Vains ejjbrts des seigneurs de la maison de Montfirt pour chasser
de Toulouse le comte Raimond.
La comtesse de Montfort*, qui se trouvoit dans le château Narbonnois avec ses deux brus, la femme de Gui de Monttort, sa belle-sœur. Se leurs enfans, envoya aussitôt à ce dernier Se au comte Simon, son mari, leur faire part de ce qui venoit d'arriver. Sur cet avis Gui de Montfort, frère de Simon, Se Gui, son neveu, comte de Bigorre, qui étoient du côté de Carcassonne, se mettent en marche à la tête de plusieurs chevaliers. Se, comptant d'emporter la ville de Toulouse d'emblée, ils y donnent l'assaut du côté du plan de Montolieu. Les Toulousains, encouragés par la présence de leur seigneur Se du comte de Comminges, les repoussent Se les obligent à se retirer après leur avoir tué beaucoup de monde. Ce mauvais succès ne rebute pas les deux Montfort r ils tentent une seconde attaque du côté tlu jardin de Saint-Jacques; mais ils y sont encore plus mal reçus que dans la première, Se sont contraints de se réfugier dans les maisons voisines du château Narbonnois. Enfin, ne pouvant espérer de forcer les Toulousains, ils implorent le secours de l'archevêque d'Auch 8e du comte d'Armagnac. Raimond, de son côté, ne négligea rien pour se soutenir Se donna ordre au jeune comte, son fils, de le venir joindre incessamment. Divers seigneurs de Gascogne, de Querci, d'Albigeois, du Carcasses, Sec, entre autres Gaspard de la Barthe, Roger de Comminges, Bertrand-Jourdain de l'Isle, Géraud de Gourdon, seigneur de Caraman, Bertrand de Montaigu Se son frère Gaillard, Bertrand Se Guitard de Marmande, Etienne de la Valette Se Aymar, son frère, Gérard de la Mothe, Bertrand de '^,<i-, «""'bj»-
, . . . 1 . t- III, p. 3oo.
Pestillac Se Géraud dAmanieu, tous chevaliers braves Se aguerris, lui amenèrent des renforts 8e entrèrent dans Toulouse au bruit des trompettes Se enseignes déployées^.
Simon de Montfort, ayant appris cette révolution aux environs du Rhône, eut grand soin de ne pas l'ébruiter Se se pressa de conclure une trêve avec le
' Guillem deTudèle, vers 5709 à 5907. — Beau- ronne, canton de Légiievin). Là, ils rencontrent
coup plus de détails que dans Pierre de Vaux- Jori, chevalier du parti de Montfort ; le combat se
Cernay. Le comte de Pailhas a recueilli le comte termine par la fuite des Français. Le letidemain,
Raimond, qui lui expose que les habitants de le comte entre dans Toulouse, en traversant le
Toulouse l'invitent en secret à rentrer dans leur fleuve à gué, à la faveur d'un épais brouillardj
ville. Les comtes de Comminges & de Pailhas, le que le poète qualifie de miraculeux. [A. M.| fils du comte de Foix , Roger de Moniaut & ' Pierre de Vaux- Cernay, c. 84 & suiv. — ^
Guillem Unaut de Lanta l'engagent à partir 8c Guillaume de Puylaurens, c. 3o. — ■ Voyei
promettent de le soutenir. Ils entrent en Com- tome VIII, c. lâi;
minges, passent la Garonne (probablement vers ' Guillem de Tudèle, vers 5909-6138. — Beau- Muret ou peut-être a Martres) & arrivent à la coup plus développé que la chronique en proséj Salvetat (au), la Salvetat Sainte-Foix, Ha»te-Ga- mais aucun fait important de plus. [A. M.]
An 1217
5oB HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIIL
jeune comte Raiinond. Dès que le traité fut signé, il passe ce fleuve S<. marche vers le Toulousain suivi du cardinal-légat 5 mais il a le chagrin de se voir abandonne en chemin par une partie de ses troupes. En arrivant à Baziége il se met en ordre de bataille, parce que tout le pays s étant déclaré pour son adversaire, il craignoit quelque embuscade. Le comte Gui, son frère, qui étoit allé à sa rencontre l'avant joint bientôt après, ils prennent la résolution, de l'avis du légat, de brusquer de nouveau l'attaque de Toulouse & de donner l'assaut, & dans ce dessein ils font provision d'échelles. Les comtes de Toulouse & de Comminges les laissent avancer jusqu'au bord du fossé 8<. font alors une si rude décharge sur leurs escadrons qu'ils les mettent en désordre & les obligent de reculer. Le comte de Comminges prend en même temps une arbalète S<. décoche un trait avec tant de force contre Gui, frère de Simon, quil lui perce les deux cuisses de part en part & le renverse dans le fossé. Le jeune Gui, comte de Bigorre, est en même temps dangereusement blessé. Les comtes de Toulouse & de Comminges sortent ensuite des retranchemens, donnent avec furie sur les François &. les forcent enfin de prendre la fuite. Simon, déconcerté, abandonna son entreprise & prit le parti de faire le siège de Toulouse dans les formes. Pour comble de malheur, il apprit bientôt après que, sur la nouvelle de l'échec qu'il venoit d'essuyer, le renfort que l'archevêque d'Auch lui envoyoit s'étoit entièrement débandé aux environs de Toulouse '.
XX. — Simon envole demander du secours en France, £» assiège Toulouse.
Cependant le cardinal Bertrand fit partir Foulques, évêque de Toulouse, pour aller chercher du secours en France. Foulques associa à sa mission divers prédicateurs, entre autres le fameux Jacques de Vitry, & ne négligea rien pour persuader aux peuples de se croiser en faveur de Montfort. Ce général envoya de son ^ côté la comtesse, sa femme, à la Cour pour solliciter le roi de le soutenir; le comte Pv.aimond s'en inquiéta fort peu,8t ayant reçu •* un corps de Navarrois & de Catalans, que le comte de Foix lui amena &. qui entra dans Toulouse aux acclamations de tout le peuple, il se mit en état de faire une longue 8<. vigoureuse défense.
Simon entreprit le siège de Toulouse vers la fin de septembre^ de l'an 12 17. Il attaqua d'abord la ville du côté du château Narbonnois £<. de la porte de
' GuiUem de Tiidèle, vers 6140 à 6i>6y. — Le rives, pour en rendre le ravitaillement plus diffi-
poc;ne donne beaucoup de détails sur le retour de cile. [A. M.]
Simon de Montfort de Provence, le premier com- ' Robertus Altissiodorensis , Continuatlo , an.
bat jous Toulouse & les conseils tenus par les 1217.
barons croisés, après leur premier échec. On y ' Pierre de Vaux-Cernay, c, 84. — Voyeg
remarque notamment (6287 à 6304) l'excommu- tome VIII, ce. i56, 167.
nication lancée contre Toulouse par le cardinal ■• Au plus tôt dans le courant d'octobre, si l'on
légat, qui voue la ville à la destruction & décrète considère le temps qu'il lui fallut pour être in-
le massacre de tous ses habitants. Simon de Mont- formé de la révolte, faire sa paix avec le i.-une
fort se décide ensuite i bloquer la ville sur les deux comte & revenir du bas Languedoc. [A. M.j
An 1217
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIIL Soç
Montolieu ; mais, voyant que cet endroit étoit très-fort, il résolut de tenter une seconde attaque à la porte du faubourg de San-Subra, qui est situé de l'autre coté de la Garonne & qui étoit joint à la ville par deux ponts dont les assiégés étoient les maîtres. Dans ce dessein, il partagea ses forces &, laissant à Amauri, son fils, le soin de continuer les travaux de la première attaque, il passa la rivière avec une partie de ses troupes St dressa ses batteries contre cette porte; mais il se vit aussitôt assailli par les Toulousains qui, par leurs sorties, ne lui donnèrent pas un moment de relâche & lui tuèrent beaucoup de monde. Cela lui fit prendre la résolution de retourner dans son premier quartier ; il s'y disposoit lorsque le comte de Foix, ayant fait une nouvelle sortie, l'attaqua, le mit en fuite St le poursuivit jusqu'à Muret, où Simon repassa la Garonne sur les mêmes bateaux dont il s'étoit servi pour la passer. Ce général en entrant dans la barque eut le malheur de tomber à cheval dans un endroit très-profond, St, comme il était pesamment armé, il fut sur le point de se noyer; mais ajant été promptement secouru il en fut quitte poiu" perdre son cheval. 11 ramena enfin ses troupes au camp devant le château Narbonnois & la porte de Montolieu, St redoubla ses efforts pour avancer le siège".
Le comte Pvaimond, après avoir chassé Simon de l'attaque du faubourg San-Subra, assembla les habitans de Toulouse pour délibérer avec eux sur leur commune défense. Ils lui renouvelèrent to.us les protestations d'une fidélité inviolable, & lui ofhirent leurs corps, leurs vies & leurs biens. On résolut de dresser divers trébuchets, pierriers Se mangonneaux pour attaquera, battre le Kd.origin. château Narbonnois, de relever les murailles de la ville & de les renforcer surtout du coté de ce château. On mit aussitôt la main à l'œuvre, Se tous les Toulousains, tant hommes que femmes, s'employèrent à ce travail jour £< nuit avec la plus vive ardeur.
XXI. — Montauban tente Inutilement de secouer le joug de Simon.
Sur ces entrefaites, Montfort, pour s'assurer de la fidélité des habitans de Montauban, qui lui étoit fort suspecte, leur fit demander des otages, qu'ils furent obligés de lui donner. Quelques jours après il envoya dans cette ville son sénéchal d'Agenois St l'évèque de Lectoure pour les tenir en bride. Les habitans firent alors avertir secrètement le comte de Toulouse qu'il leur étoit aisé de s'assurer de la personne de ce prélat 61 de ce chevalier 8c de les lui livrer, s'il vouloit leur envoyer un renfort. Sur cet avis Raimond fait partir cinq cents hommes d'armes qui, ayant marché toute la nuit, arrivent à la pointe du jour à Montauban^ 8c y sont introduits par les conjurés; ceux-ci,
' Guillem de Tiidele, vers 6568-6723. Tentative retrouveauciin dansPierre deVaux-Cernay. [A. M.]
du comte de Monifort sur la rive gauche de la ' Le fait est possible, quoique entre les deux
Garonne. En signe de défi, les croisés commencent villes il y ait près de cinquante kilomètres. Les
la construction d'une ville neuve sous les murs nuits étant assez longues au mois d'octobre, on
mêmes de Toulouse, & Simon accorde de grands peut supposer la troupe partie le soir vers huit
privilèges à ceux qui viendront l'habiter (6627- heures & arrivant le lendemain matin vers sepç
0/3.^,-. Ces dît'V-ls panisscnt 5u'-p;ct5, Ç\ on \\\r\ hçiires, soit onjî heures ài marche- [A. M.J
t. m, p,3oi.
An 1217
qui étoient au nombre de plus de trois mille, s'étant joints à ces troupes, s'assurent des places publiques, les barricadent, posent des. sentinelles aux portes des maisons où le sénéchal d'Agenois & l'évêque de Lectoure étoient logés, & apportent une grande quantité de bois pour y mettre le feu, en cas qu'ils ne pussent se saisir de leurs personnes. Les François qui étoient dispersés dans la ville entendant du bruit, se lèvent, courent aux armes, attaquent les conjurés, les mettent en fuite, délivrent le sénéchal 81 l'évêque 8c mettent enfin la ville au feu & au pillage'.