XXII. — Suite du siège de Toulouse par Simon de Montfort
Raimond, ayant achevé de construire toutes les machines nécessaires pour l'attaque du château Narbonnois, les fit jouer contre cette forteresse, qu'il ne cessa de battre pendant tout l'hiver, tandis que Simon continuoit le siège de la ville, mais sans succès. Entre les divers chevaliers qui marchèrent au secours de ce dernier, furent Géraud, comte d'Armagnac St de Fezensac, Roger, son frère, Anissand de Caumont 8<. Oton de Montaut qui, par un acte daté^ du siège devant Toulouse, au-dessus du château Narbonnois, le 18 de décembre de l'an 1217, lui répondirent de la fidélité de Bernard-Jourdain de l'Isle. Nous avons aussi une charte par laquelle Rostaing, seigneur de Posquières, ' au diocèse de Nimes, étant au siége^ de Toulouse, le 3 de février suivant, fit hommage lige à Simon de Montfort, avec promesse de le servir, tant pour le château de Posquières, que ce comte lui avoit rendu à la recommandation d'Héracle de Montlaur, que pour celui de Marguerittes. Le seigneur de Montlaur se rendit en même temps caution de Rostaing de Posquières, dont il devait hériter après sa mort, 8t fit en conséquence hommage lige à Simon pour les châteaux de Posquières 81 de Marguerittes, en présence du cardinal Bertrand, légat du Saint-Siège, des évêques d'Agde 81 de Lodève, de Guillaume d'Ailac, commandeur de la milice du Temple en Provence &« dans le Toulousain, 8c de divers seigneurs. Raimond Pelet rendit"* aussi hommage vers le même temps à Simon de Montfort pour la seigneurie d'Alais. Ces actes prouvent que Simon continua le siège pendant l'hiver, quoiqu'on prétende i' qu'il le changea en blocus à l'approche de cette saison, à cause qu'il n'avoit pas des forces suffisantes, 8c qu'ayant reçu au printemps suivant un nouveau renfort de croisés, il le reprit seulement alors. On voit d'ailleurs un autre acte'' donné au siège de Toulouse , le i3 de décembre de Van 121 7, par lequel Montfort recommande les intérêts de saint Dominique 8c de ses couvens aux sénéchaux de Carcassonne 8c d'Agen''.
■ En revanche, les princes méridionaux recoii- ^ Baliize, Histoire généalogique de la maison
vrèrent à cette époque (février izi8) le château d'Auvergne, t. 2, p. 86. [Catalogue, n. i5i.]
de Foix, qui fut remis au comte de Toulouse par ^ Catel, Mém. de l'histoire du Languedoc, p. 341.
l'abbé de Saint-Thibéry, Bérenger, auquel le pape ^ Marca, Histoire de Béarn, 1. 8, c. 20.
en avait confié la garde. (Cf. Guillem de Tudèle, '^ Pierre de Vaux-Cernay, édition Camuzat,
vers 6869-6871.) [A. M.] p. 326. [Catalogue, n. 147.)
' Tome VIII, Chartes, n. CXXV, ce. 703, 704. ' On peut se demander comment U ville Js
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII. 5ii
An U17
XXIII. — Le pape, à la sollicitation de Simon, tâche de détacher Jacques, roi d'Aragon, de son alliance avec le comte de Toulouse,
Simon, pour aftbiblir le parti du comte de Toulouse & lui ôter les secours qu'il tiroit d'Aragon 8c de Catalogne, se plaignit à Honoré III des liaisons du jeune Jacques, roi d'Aragon, avec ce prince. Sur ces plaintes, le pape ' ordonna, le 23 d'octobre de l'an 1217, au cardinal Bertrand, son légat, de détourner Jacques 8c ses sujets de faire aucune entreprise contre Simon de Montfort; de leur détendre de violer la trêve établie par le concile général de I-atran ; de leur déclarer que s'ils avoient quelque différend avec Simon ils eussent à s'en rapporter à la décision du Saint-Siège, 8c enfin de les excommunier 8c de jeter l'interdit sur le pays, s'ils avoient recours aux armes. Dans une autre lettre qu'Honoré écrivit au roi d'Aragon lui-même, le 28 décembre x!^\\\^affo2 suivant^; il rappelle à ce prince le souvenir des obligations qu'il avoit au Saint- Siège, Il qui vous a tiré, ajoute-t-il, des mains de ceux que vous appelé-^ vos <( ennemis pour vous rendre à vos sujets. « Il se plaint ensuite à Jacques de ce qu'il avoit envoyé du secours aux Toulousains, 8c de ce qu'il s'opposoit aux desseins du légat. Il lui enjoint de rappeler incessamment ce secours &c lui défend d'en envoyer davantage, 8c d'attaquer directement ou indirectement • les domaines possédés dans les pays au nom de l'Eglise romaine. « Autrement, «dit-il, vous pourriez tellement nous indisposer 8c l'Église romaine, que « nous serions obligés d'employer les nations étrangères pour punir votre « royaume. » Comme le roi d'Aragon n'avoit pas beaucoup de part au gouvernement, à cause de sa jeunesse, le pape écrivit à Sanclie, comte de Roussillon, grand-oncle de ce prince, pour se plaindre de ce que le roi avoit
Toulouse, assiégée pour la deuxième fois depuis puisés comme partisans de Montfort; que plusix ans, put résister si longtemps aux efforts des sieurs autres, en quittant la ville sous prétexte de croisés. Il faut croire qu'instruits par leurs dé- pèlerinage ou d'affaires commerciales, avaient faites répétées, les chevaliers méridionaux se don- trouvé moyen de se soustraire aux lourdes charges lièrent quelques-unes des qualités de leurs pru- qui pesaient sur tous les bourgeois; que d'autres dents & tenaces ennemis. En outre, les renforts enfin refusaient de payer leur quote-part, en allétrès-nombreux que le comte Raimond avait ame- guant leur prétendue pauvreté. Ils demandaient à nés d'Espagne vinrent fort heureusement augmen- Raimond VI l'autorisation de faire vendre à l'enter le nombre des défenseurs de la ville. Enfin, la can les biens meubles & immeubles de tous ces connaissance certaine du sort qui les attendait, bourgeois. Cette autorisation leur fut immédiates'ils ne résistaient pas jusqu'à la dernière extré- ment accordée par le comte, & le jeune Raimond mité, put donner aux habitants le courage du dé- la renouvela en son nom personnel, le 7 juin suisespoir. Aucun moyen ne fut épargné par les con- vant.
suis pour rendre la défense plus efficace. Le poète En exécution de cette ordonnance; le 28 ocanonyme nous les montre allant exciter le peuple tobre 1220, les consuls vendirent les biens d'un à l'approche des combats, dirigeant la défense, certain Pons Paumade, qui n'avait pas pris part à veillant aux approvisionnements, &c. Une charte la défense de Toulouse. (Cf. tome VIII, ce. 736 de janvier 1218, que nous publions au tome VIII à 738.) [A. M.]
de la présente édition, c. 706 & suiv., indique ' Raynaldi, an. 1217, n. 55 & suiv. [Potthast,
comment ils parvinrent à se procurer des res- n. 56io.J
sources pécuniaires. Ils vinrent exposer au comte ' Corrigez le 27. [Potthast, n. 5643.]
que nombre de Toulousains avaient été ex-
An IZI7
embrassé par son conseil Se celui des autres grands d'Aragon, le parti des Toulousains'.
XXIV. — La ville de Montpellier se remet sous l'obéissance de Jacques.
Jacques I, roi d'Aragon, n'étoit sorti ^ alors que depuis l'année précédente du château de Monçon, où il avoit été renfermé pendant^ deux ans & demi, 8<. il n'étoit que dans la dixième année de son âge"*. Il marque lui-même qu'il n'avoit pas encore atteint l'âge de puberté dans une charte qu'il donna à la fin^ de l'an 1218, à Lérida, où il avoit convoqué les Etats de son royaume, £< par laquelle il pardonne aux douze consuls & aux habitans de Montpellier, ses sujets, tous les griels qu'il avoit contre eux, leur accorde son amitié Se. confirme leurs privilèges. Bernard, évêque de Maguelonne, assista, à ce qu'il paroît, à ces Etats, car il céda alors ^ à ce prince, pour la somme de vingt mille sols melgoriens : 1° Quatre deniers pour livre sur la monnoie de Melgueil. 2° Ses droits sur les châteaux de Pignan 8c de Saussan. 3" Enfin tout ce que le même prince lui devoit à cause des châteaux de Frontignan, Castries, Caste! nau &t Centrairargues, 8c qui consistoit dans le droit de guidage, pour lequel le seigneur de Montpellier payoit tous les ans à l'évêque un marabotin d'or. Les habitans de Montpellier s'étant réconciliés avec le roi Jacques', par l'entremise du pape Innocent III, l'avoient enfin reconnu pour leur seigneur Se lui avoient prêté serment de fidélité dès le commencement de l'an 1216. Il s'étoit élevé depuis quelque nouvelle brouillerie entre eux, que le pape Honoré III apaisa vers la fin de l'an 12 18, 8c c'est ce qui donna lieu à la charte du roi Jacques dont nous venons de parler. Ce prince demeura depuis paisible possesseur de la seigneurie de Montpellier, malgré les nouveaux troubles que l'esprit républicain dont les habitans étoient animés, y excita de temps en temps ^,
' [Potthast, n. 5644; la lettte est du 29 décembre.]
' Voyez tome Vil, Vote IV, pp. 10 & 11.
3 Chronica 0 commentar'i del rey en Jacme^ c. 12.
* On peut voir sur cette détention du jeune roi à Monzon & sur les troubles qui agitaient la Catalogne à ce moment 1 ouvr..ge de M. de Tourtoulon, Jacmc /'', t. 1, pp. 147 à 1 j3. Le pays étant profondément troublé par les luttes entre les infants Sanche & Fernand, qui se disputaient la régence du royaume & la tutelle du prince, un parti royal finit par se former, & grâce à son secours, Jacme I" put quitter le château de Monzon, où il était détenu par le maître du Temple, Guillem de Montredon. La date exacte de cette évasion n'est pas connue; elle eut lieu après le 19 juin 1217 (voir tit supra, p. ij3, note). Dom Vaissete, en l'absence de tout document diplomatique, l'avait fixée à la fin de l'an 1216 pu au çommçncement dç ijiy (voir tonie VII,
Note XIV, pp. 38 à 42). Une fois sorti de prison, Jacme eut bientôt ramené à lui les populations aragonaises &. catalanes, & les deux infants durent renoncera leurs prétentions. [A. M.]
^ Zurita, Anales de la corona de Aragon, 1. 2, c. 7 1 .
^ G3r\e\, Séries praesulum Magalonensium,-p. 3zo & seq.
' liid. p. 3 14 & 329.
* Le 6 juin 1217, le pape avait rendu au jeune roi d'Aragon le comté de Millau, engagé en 1204, par son père, à Raimond, comte de Toulouse. L'évêque d'Uzès avait occupé ce pays depuis la condamnation de ce dernier prince & l'avait confié à la garde de Guillaume, évèque de Mende. Honorius ordonna à celui-ci de le rendre à Jacques d'Aragon, annulant ainsi les conventions passées entre Raimond VI & Pierre d'Aragon.
Dl.
An 1217
XXV, — Saint Pierre Nolasque
On prétend que le roi Jacques fonda à Barcelone, le 10 du mois d'août de l'an 12 18, l'ordre de la Merci pour la rédemption des captifs dont saint Pierre Nolasque fut l'instituteur Se le premier général. D'autres reculent cette fondation de quelques années. Comme nous n'avons aucune ' vie originale de ce saint, nous ne saurions dire rien de certain là-dessus. Tout ce qu'il y a de vrai est que saint Pierre Nolasque naquit ou au Mas-Saintes-Puelles ou à Saint-Papoul , dans le Lauragaisj qu'il fonda cet ordre à Barcelone^, vers l'an 12 18, pour la rédemption des captits retonus entre les mains des infidèles; qu'il y admit des prêtres & des chevaliers laïques; que tous les généraux furent pri" du nombre de ces derniers, depuis saint Pierre Nolasque lui-même, jusqu'en i3i7; que, par conséquent, ce saint étoit laïque; qu'il mourut en i256 & qu'il fut canonisé en 1628. Du reste, cet ordre s'étendit dans la Province bientôt après sa fondation; il possède des couvens à Toulouse, à Montpellier, à Carcassonne, 8cc.
XXVI. — Le pape écrit diverses lettres en faveur de Simon de Mont/ort, entre autres au jeune Raimond.
Le pape Honoré III écrivit, à la fin du mois de décembre de l'an 1217, diverses lettres ^ qui concernent les affaires de la Province :
1° Aux consuls 8c aux habitans de Toulouse, d'Avignon, de Marseille, de Tarascon, de Beaucaire & de Saint-Gilles pour leur ordonner de rompre leur ligue contre Simon de Montlort 8<. de cesser de lui faire la guerre, avec promesse, s'ils lui obéissoient, de lever la sentence d'excommunication, d'interdit & d'abandon de leurs biens au premier occupant, que le cardinal Bertrand, son légat, avoit lancée contre eux, & de les réconciliera l'Eglise.
2° Au jeune comte Raimond auquel il parle en ces termes : « A Raimond, rîci. oHiiin. (i fils de noble homme Raimond, autrefois comte de Toulouse, l'esprit d'un ' p- " ■ « conseil plus sage. Quoique votre père se soit attiré par ses énormes forfaits <( une sentence d'exhérédation, non-seulement pour lui-même, mais encore <( pour toute sa postérité; le Saint-Siège, plein de bonté, 8c, par compassion « pour votre jeunesse, a toutefois réservé en son pouvoir une partie des « domaines que votre père possédoit en deçà du Rhône, pour vous les donner H comme il conviendroit, supposé que vous ne marchassiez pas sur ses traces. « Mais vous imitez sa malice 8c vous faites tous vos efforts, ainsi que nous (1 l'avons appris avec douleur, pour détruire dans le pays l'affaire de la paix •1 Se de la foi, affaire qui a coûté tant de peines 8c tant de travaux. Vous avez « porté le trouble au delà de ce fleuve, au mépris du siège apostolique, tandis
' Voyez tome VU, Note XX, p. 60 à 63. » Raynaldl, année 1217, n. 58 & suiv.
' Hétiot, Histoire Acs ordres monastiques, t. î, thnst, n°' 56.^2 & 6647. 1 C. J4 & suiv. — Voyez tome VII, Note XX, p. 6z,