‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 213 sur 342 · XXVIII. — Mort de Simon de Montfort · texte numérisé non relu

XXVIII. — Mort de Simon de Montfort

Simon, impatient de' reprendre la ville de Toulouse, fit élever vers ce temps-là une grande machine de charpente, nommée cate, tant pour s'en servir à combler le fossé que pour battre les retranchemens dont les Toulousains avoient ceint leur ville, & tenter ensuite l'assaut. Cette machine n'ayant pas réussi à son gré, il commença à se décourager. Il étoit d'ailleurs extrêmement rebuté, soit par la longueur £<. les fatigues du siège, soit par les grandes dépenses où il s'étoit engagé. Enfin il étoit sensiblement piqué des fréquens reproches que lui faisoit le cardinal légat qui ne cessoit de le presser d'avancer les travaux 8c qui attribuoit à un défaut de courage & à son peu d'expérience dans l'art militaire la lenteur du siège; en sorte que la vie lui étant ennuyeuse, il prioit Dieu de le retirer du monde. Il fut bientôt exaucé, car étant entré le lendemain de Saint-Jean-Baptiste, iS de juin de l'an 1218, t'^ui°""<'o <^l3"s la machine dont on vient de parler, une pierre lancée d'un mangonneau des assiégés l'atteignit à la tête & l'étendit roide mort.

C'est ainsi que rapporte, en peu de mots, les circonstances de la mort du célèbre Simon de Montfort, un ancien^ historien. Elles sont décrites un peu différemment & dans un plus grand détail par un auteur contemporain^, son zélé partisan. « Le comte Simon, dit ce dernier historien, tenoit la ville « de Toulouse assiégée depuis neuf mois, lorsque les assiégés se disposèrent « de grand matin à faire une sortie, le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste, « dans l'espérance de trouver une partie des François endormis. Ils se parta- <i gèrent en deux corps dont l'un eut ordre d'attaquer les machines, tandis Il que l'autre feroit une irruption dans le camp des croisés, afin de les obliger Il à diviser leurs forces. Simon assistoit actuellement à matines lorsqu'on vint « l'avertir que ses ennemis se préparoient à faire cette sortie. Il ordonne qu'on Il lui apporte ses armes, 8<., les ayant prises, il va entendre la messe. A peine « est-elle commencée que les Toulousains défilent dans le fossé, enseignes Il déployées 81 en ordre de bataille. Ils se séparent ensuite comme ils l'avoient « projeté : une partie attaque ceux qui gardoient les machines & l'autre « marche droit au camp. On vient dire aussitôt à Simon de courir prompte- « ment au secours de ses troupes que les Toulousains poussoient vivement. « Ce général répond qu'il marchera dès que la messe sera finie; dans l'instant <i un nouvel exprès lui annonce que ses soldats ne peuvent plus soutenir le « choc, qu'ils commencent à plier 8c qu'il y en avoit déjà un grand nombre « de tués ou de blessés. Je n'irai pas, répliqua Simon, que je n'aie vu aupa- « ravant mon Rédempteur. Enfin le prêtre a\ant levé la sainte hostie, il <i récite le Niinc dimittis, part 8v s'avance dans la mêlée. Son courage ranime « celui des croisés, 8c ayant rétabli le combat, il fait reculer les Toulousains

' Guillaume de Puylaurens, c. 3o. ' pierre de Vaux-C«rnay, c. ?ô.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII. Siy

i( jusque clans leur fossé. Ces peuples continuent cependant de taire pleuvoir « sur les assiégeans une grêle de pierres & de traits de leurs mangonneaux 8c <i de leurs autres machines. Simon, pour se parer de leurs coups, se retire « alors devant les siennes, à l'abri des claies qui les couvroient, & se tient là « pour s'opposer aux assiégés, supposé qu'ils revinssent à la charge ; mais à « peine s'étoit-il posté dans cet endroit qu'une pierre, partie d'un mangon- « neau, l'atteint à la tête, le blesse mortellement 8c ne lui laisse que le temps « de recommander son âme à Dieu, après quoi il expire &. reçoit encore cinq « coups de flèches dans le corps. » Tel est le récit de Pierre de Vaux-Cernay qui, étant sur les lieux, pouvoitêtre bien informé. Quelques modernes' prétendent que ce fut une femme qui lança la pierre du mangonneau dont il fut atteint. D'autres' disent que ce fut un nain; mais nous ne trouvons rien de ces circonstances dans les anciens. Après ^ sa mort, un de ses chevaliers couvrit son corps afin qu'on ne s'aperçût pas du malheur qui venoit d'arriver. Gui, son frère, le fit emporter ensuite dans la tente du cardinal-légat. Ce prélat 8c l'évêque de Toulouse qui s'y trouvoit, furent également consternés d'une si grande perte''.

XXIX. — Eloge de Simon de Montfort. — 15*0/1 fils aîné Amaiirï lui succède

&• continue le siège.

Ainsi mourut, les armes à la main, Simon de Montfort, après avoir rempli la chrétienté du bruit de ses exploits 8c de ses victoires. Ce fameux capitaine, dont les anciens historiens, qui sont presque tous ses panégyristes, font les plus grands éloges, fut, suivant les uns, le Judas Machabée de son siècle, 8c, si on en croit les autres-', il doit être vegardé comme un véritable martyr. Nous n'avons garde de vouloir rien diminuer de la gloire qu'il s'acquit, à si juste titre, par ses excellentes qualités; mais on ne sauroit disconvenir qu'il n'ait mêlé quelques défauts à un plus grand nombre de vertus, 8c il est aisé de reconnoître, en lisant dans les auteurs du temps le récit de ses actions, qu'avec beaucoup de piété, un zèle ardent pour la religion, un courage invincible, une extrême valeur, une science consommée dans l'art militaire, 8c un cœur généreux, bienfaisant 8c libéral, il avoit une passion démesurée de s'agrandir Se d'élever sa famille au faîte des grandeurs; qu'il étoit dur, fier, inflexible, colère, vindicatif, cruel 8c sanguinaire. Enfin divers auteurs"^ très-

' Zsnoix., Histoire des alh'igcii\s,\. à. de cette chronique (voir tome VIII, c. I79)> 1«

' Histoire généalogique des grands officiers, t. 6, poëie toulousain attribue à des femmes l'honneur

p. -j't. d'avoir tué le chef de la croisade (vers 8449-8450).

• Voyez tome VIII, c. 179. Son témoignage donne une plus grande valeur à

' Le poète place la mort de Montfort dans une une version que dom Vaissete avait raison, en

sortie des assiégés qu'il venait de repousser, comme l'absence de toute preuve sérieuse, de considérer

le dit Pierre de Vaux Cernay, sortie qui avait comme une tradition sans valeur. [A. M.]

pour objet de détruire la chatte, qui gênait fort ' Pierre de Vaux-Cernay, Guillaume le Bre-

le» défenseurs de la ville. Comme l'Anonyme, dont ton, &c.

notre auteur n'a pu connaître le pabs.ige puisqu'il * Guillaume de Puylaurens, ce. 27 & 3o. — ■

navait à sa disposition qu'un manuscrit mutilé Raynaldi, ad ann. Iîi7) n. ô.;.

An 1218

An 1218

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pieux, entre les anciens & les modernes, sont persuadés que Dieu, par sa mort, voulut punir son ambition &. sa négligence à corriger les désordres des croisés.

t.in,°p.'^îS?. Simon laissa' d'Alix de Montmorenci , sa femme, quatre fils : Amauri, Gui, Robert Se Simon, & trois filles. Amauri lui succéda dans ses dignités St se qualifia comme lui duc de Narbonne, comte de Toulouse, vicomte de Béziers Si de Carcassonne, Sic. Gui fut comte de Bigorre par sa femme; ainsi qu'on l'a déjà dit : Robert mourut sans alliance. Enfin Simon fut comte de Leycestre, en Angleterre, Si forma la branche des comtes de ce nom Si de Noie. Des trois filles de Simon, les deux aînées, Amicie Si Laure, furent mariées, la première à Gaucher de Joigny, Si l'autre à Géraud de Pecquigny. La troisième se fit religieuse à Saint-Antoine-des-Champs lès-Panis.

Autant la mort de Simon jeta la consternation dans le camp des croisés, autant causa-t-elle de joie dans la ville de Toulouse dont les habitans se virent délivrés d'un ennemi extrêmement dangereux. Les Toulousains^ étoient, en effet, presque réduifj aux abois par les fatigues qu'ils avoient essuyées durant un si long siège S<. par la disette qui commcnçoit déjà à se faire sentir dans là ville, sans espérance de la ravitailler Si de pouvoir faire leur moisson. A la première nouvelle de cette mort, ils s'arment^ Si font une vigoureuse sortie sur ceux qui avoient attaqué le faubourg Si l'hôpital de San-Subra, attaque que Simon de Montfort avoit reprise au commencement du printemps, après ' avoir reçu les renforts qui lui étoient venus de France. Les croisés, ne pouvant ^ tenir contre l'effort des Toulousains, prirent la fuite après avoir eu un grand nombre des leurs tués sur la place, Si laissèrent leurs tentes &. leurs équipages à leurs ennemis.

Le cardinal-légat,-de l'avis des évêques Se des principaux chefs de l'armée, fit prêter cependant serment de fidélité 8< rendre hommage à Amauri de Montfort par tous les barons, les chevaliers 81 les autres seigneurs à qui Simon avoit inféodé les terres du pays. Amauri, voulant ensuite tirer vengeance de la mort de son père, assemble un grand nombre de chariots, les fait remplir de paille, de sarmens Si d'autres matières combustibles, Si, après les arvoir fait conduire le plus près qu'il étoit possible des portes de la ville, il y fait mettre le feu. Les assiégés accourent aussitôt pour l'éteindre, 81 donnant en même temps sur ceux qui conduisoient les chariots, les font passer au fil de l'épée, s'avancent vers le camp, y mettent le désordre Si rentrent enfin dans la ville chargés des dépouilles des croisés'^.

■ Histoire généaîdgi^tte des grands officiers, t. 6, * Le poei?, après avoir raconté le conseil tertii

p. 74 8c siiiv. par les chefs croisés, parle aussi de cette tentative

' Guillaume de Pujflaurens, c. 3:>. d'Amaiiri. Elle dut lieii pendant une grande tem-

' Pierre de Vau5t-Cernay, c. 86. — Voyez pête, qui arriva le dimanche après la mort d*

torrie VIII, ce. lyp, l&o. — Guillem de Tudèle, Simon, c'est-à-dire le premier juillet. Les Frari-

Vers 8483-8490. Suit, dans le poëme, vers 8491- çais comptaient sur l'aide du vent (vers 85c3-

8,5o2, la description de la joie du peuple de Tou- 8633). Le courage des assiégés & leur résistance

louse, en apprenant la mort du comte de Mont- opiniâtre les força à rentrer dans leur camp sans -

fort. [A. M.] avoir réussi. fA. M.]

An 1218

XXX. — Amaiiri de Montfort lève le siège de Toulouse 6- emporte à Carcassonne le corps de son père,

Amauri, le cardinal-légat 8c les principaux seigneurs de l'armée se rendirent quelques jours après à Pamiers, où l'abbé & les cbanoines du monastère de Saint-Antonin de Frédélas appelèrent le premier' en pariage de la seigneurie de cette ville, comme ils avoient fait à l'égard de Simon de Montfort, son père. Amauri leur prêta serment de fidélité le même jour, 8 de juillet, dans l'église du monastère, & ayant pris possession de la ville & du château de Pamiers, il retourna au camp devant Toulouse 8t continua encore pendant quelque temps le siège, sans oser toutefois rien entreprendre de considérable; voyant enfin qu'il n'étoit pas assez fort pour se rendre maître de la ville, soit par la désertion des gens du pays qu'il avoit pris à sa solde 8c qui se déclaroient contre lui, soit par le défaut de vivres, par l'épuisement de ses finances &c l'empressement qu'avoient les croisés de s'en retourner, il se détermina à décamper, quoique avec beaucoup de peine, à la persuasion de Gui, son oncle 8c son principal conseiller, dans l'espérance de venir reprendre le siège au printemps suivant avec de plus grandes forces. Il fit mettre le feu à toutes les baraques que ses troupes avoient faites pour se loger 8t se mit en marche^, le jour de Saint-Jacques, iS de juillet. Il fit aussi mettre le feu au château Narbonnois qu'il abandonna; mais les assiégés l'eurent bientôt éteint. Amauri, suivi du cardinal-légat, de l'évêque de Toulouse 8c du débris de son armée, se rendit à Carcassonne 8c emporta avec lui le co'rps de Simon, son père, qu'il avoit fait ensevelir à la manière de France {more Gallico) 8c qu'il mit en dépôt dans la chapelle de Sainte-Croix de la cathédrale de cette ville. Il lui fit faire ensuite des obsèques magnifiques; on prétend qu'il le fit inhumer dans cette même chapelle 8c on ajoute^ qu'une grande pierre, qu'on voit

■ Voytz tcmeVlIl, Chartes, n. XCIII, ce. SyS, J79.

"Catel, H'ntdire ie Toulouse, p. 3i5. — Cf. Giiillem de Tiidèle, vers 8634 Sa siiiv. Cette retraite avait i\é précédée d'un long intervalle d'inaction 8c de loisirs forcés. Voir vers 8634. [A. M.]

' Besse, Histoire des comtes de Carcassonne, p. i.^o 8t suivantes, [Voyez l'épitaphe ironique du poète, Vers 8681-8700.] Quant au tombeau de Simon de Montfort, cjue Besse dit avoir vu, il a sans doute fait confusion ; du moins on n'a jamais retrouvé la pierre dont il parle, & l'épitaphe qu'il invente bu transcrit n'est pat autre chose que tout un long passage du récit de la mort de Simon par Pierre de Vaux-Cernay. Des recherches faites dans ce siècle-ci, à Carcassonne, par M. Dumège, amenèrent la découverte d'un bas-relief grossièrement sculpté & représentant plusieurs scènes, dans lesquelles ce savant paraît assez disposé à voir la représentation de la mort du chef de la croisade

devant Toulouse. M. Dumège ne présente d'ailleurs •on opinion qu'avec une grande réserve. Sans vouloir nous prononcer à ce sujet, nous ferons remarquer que le bas-relief en question, à le bien examiner, ne présente peut-être pas tous les détails caractéristiques qu'on a voulu y voir. C'est un siège de ville assez grossièrement représenté} dans l'intérieur de la ville a lieu une scène de meurtre : un homme est étranglé par deux autres personnages, tandis qu'un troisième le poignarde. Les costumes sont du commencement du treizième siècle; mais le fait est tellement rare d'un artiste de cette époque représentant ainsi un fait tout contemporain, qu'il est plus prudent de ne point conclure, sous peine peut-être de prendre pour la représentation du siège de 1218 un épisode de l'histoire biblique. Ce bas- relief a été reproduit plusieurs fois 8c notamment dans l'édition de M. Dumège, t. 5, aux Additions. Voir aussi Mahul, t. 5, pp. 294, 295, d'après M. Cros-

encore au devant de la cathédrale de Carcassonne, où Simon est représenté armé, avoit été préparée pour être mise sur son tombeau ; mais qu'elle ne fut t1u°'^'^3o6 P^^ posée, à cause qu'ayant été enfin achevée, Amauri fut assiégé dans Carcassonne & obligé de sortir de cette ville : on rapporte même l'épitaphe de Simon; mais c'est une pièce fabriquée de nos jours, sur les propres paroles du dernier chapitre de l'histoire de Pierre de Vaux-Cernay. Ce qu'il y a de vrai ', c'est que le corps de Simon de Montfort fut apporté en France avec celui de Giii, son fils, & inhumé dans le monastère de Hautes-Bruyères de l'ordre de Fontevrault, situé à une lieue de Montfort-l'Amaury. On l'enterra au milieu de l'église de ce prieuré, devant le grand autel, sous une pierre plate, avec sa femme. Sa figure est sur un pilier, proche la grande grille, la face tournée vers cet autel & les mains jointes^.

XXXI. — Amauri de Montjbrt se tient sur la défensive 6- se fait reconnaître

dans ses nouveaux domaines.

Amauri •'', après avoir rendu les derniers devoirs au comte, son père, assembla les principaux des croisés qui l'avoient suivi & les pria instamment de demeurer encore quelque temps avec lui pour l'aider à défendre ses domaines & tenir la campagne; mais la plupart s'excusèrent. Le cardinal Bertrand lui conseilla alors de se contenter de mettre de bonnes garnisons dans les places, en attendant qu'il pût lui procurer un secours suffisant pour assiéger de nouveau Toulouse. Il renvoya cependant Foulques, évêque de cette ville, à la Cour pour prier le roi d'envoyer de nouveaux renforts. Se demanda à Rome des bulles pour faire prêcher partout la croisade contre les Toulousains. Le comte de Saxe, qui s'étoit trouvé au siège de Toulouse, partit bientôt après pour s'en retourner dans ses États : avant son départ il conseilla à Amauri de conclure quelque traité avec le comte Raimond; mais le légat rejeta bien loin ce conseil & déclara qu'il aimeroit mieux être écorché tout vif, que de ne pas tirer vengeance de la mort de Simon de Montfort. Plusievirs villes, qui avoient été soumises à ce dernier, entre autres celle de

ÎAaytiy'ieWe, La monuments de Carcassonne, fp. ~i, quels dix livres par an pour le chapelain &

175, 177. [A. M.] trois livres pour le luminaire. Cette charte fut

'Histoire de Philippe de Mouskes, inss. de la confirmée par saint Louis en lîSp. (Cf. notre Ca-

Bibliothèque du roi, p. 160. [Edit. Reiffenberg, talogue, n. 176.) Un peu avant sa mort, proba-

t. 3, pp. 383, 384.] — Histoire généalogique des blement vers 1217, Simon de Montfort avait en

grands officiers, t. 6, p. 74 & suiv. outre donné au chapitre cathédral de Carcassonne

' Dom Vaissete ne parle pas des fondations le lieu de Villalier, dans le Carcasses. L'acte de

pieuses, faites peu après ces funérailles de Simon cette donation ne nous est pas parvenu; mais

de Montfort dans l'église cathédrale de Carcas- elle est mentionnée dans une enquête du treizième

sonne, par sa femme & ses enfants. Par acte d'oc- siècle. (Cf. notre Catalogue, n. 149.) Sur le sort de

tobre rïip, Alice de Montfort & ses fils Amauri ces fondations, qui subirent plus tard plusieurs

& Gui confirmèrent la fondation jadis faite par transformations, voyez Mahul, t. 5, pp. 290 &

leur époux & père d'un chapelain dans l'église 549. [A. M.]

Saint-Nazaire. A cette fondation fut attaché un ' Voyez tome VIII, c. i83. — [Guiilem de Turevenu hebdomadaire de cinq sous de Melgueil, dèle, vers 870 1-8780.] payable par le salin de Carcassonne, sur les-

Limoux', écrivirent à Amauri pour lui donner des marques de leur fidélité. On assure^ que ce comte, en reconnoissance de l'affection que Limoux lui témoigna en cette occasion, l'érigea en ville, de simple château qu'il étoit auparavant; que depuis ce temps-là elle devint la capitale du Razès ; qu'il y fonda le couvent des religieux de la Trinité 8c qu'il y fit d'autres fondations pour l'âme de Simon, son père^.

XXXII. — Raîmond FI, comte de Toulouse, fait ses dernières dispositions.

Le comte de Toulouse, durant le siège de cette ville, y fit ■* un testament, le 3o de mai de l'an 1218, en présence de son cher cousin Bernard, comte de Comminges, de Dalmace de Creixel, de Roger-Bernard (de Foix) & de Raimond de Recald-^, l'un de ses principaux officiers. Il déclare dans cet acte qu'il s'est déterminé à le faire par la crainte des jugemens de Dieu, 8c ordonne que tous les revenus qu'on retireroit de ses métairies du Toulousain seroient remis aux hospitaliers 8c aux templiers de Toulouse pour être distribués aux pauvres par les frères de ces deux milices, par le comte de Comminges, par les trois autres témoins déjà nommés Se les consuls de Toulouse. Il dispose ensuite de tous ses biens meubles 8c immeubles en faveur de son fils Raimond, à la miséricorde duquel il laisse Bertrand, son fils. Enfin il révoque tous ses autres testamens. Le jeudi 5 de juillet il déclare, par un acte^ authentique, qu'il se donne pour le salut de son âme Se la rémission de ses péchés à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, comme il l'avoit déjà fait longtemps auparavant, 8c promet solennellement à Aymar de Cabanes, commandeur des hospitaliers de Toulouse, de ne prendre leur habit ailleurs que dans leur hôpital, où il veut être inhumé, en cas qu'il vînt à décéder avant cette cérémonie. Aymar de Cabanes le reçut ensuite, au nom de Bertrand, prieur de Saint-Gilles, pour frère de cet hôpital, le fit participant de tous les biens spirituels 8c temporels de l'ordre en deçà 8c au delà de la mer Se lui promit, au nom du même prieur de Saint-Gilles, de lui donner l'habit des hospitaliers, ([uand il jugeroit à propos de le prendre. Ce sont les dernières dispositions de Raimond VI, comte de Toulouse. Il paroît qu'il pourvut en même temps au payement de ses dettes, car nous avons un acte'', du mois de juillet de l'an 12 18, par lequel le jeune Raimond donne à Jourdain de Sapiac la forteresse de l'île Amade pour la sûreté des sommes que le comte, son père, lui devoit.

' V'oy«2 tome VIII, Chartes, n. CXXVI, c. 711. accords passés entre l'abbaye & Simon de Mont-

' Besse, Histoire Jei comtes de Carcassonne. [Cette fort. C'était l'exécution de l'accord ménagé en

assertion de Besse ne repose sur aucun texte con- m 5, entre l'abbé & le comte, par Thédise, évêqne

temporain & paraît sans fondement.] d'Agde, & plusieurs autres arbitres. Voyez plus

' Le 22 février 1219 (tome VIII, ce. 721, 722}, haut, pp. 46^) & 466. [A. M.]

l'abbé de La Grasse, Guillaume, déclara avoir * Lah\\[e, Jnnales Je Toulouse, t. 1, preiiv.;,

reçu l'hommage d'Amauri de Montfort pour les p. 124 & suiv.

châteaux tenus jadis du monastère par les vicom- ' [Corrige-^ Ricaud.|

tes de Carcassonne & par certains chevaliers, châ- ' Catcl, Histoire des comtes de Tolose, p. 3i8.

teaux dont les noms étaient rapportés dans les ' Tome VIII, Chartes, n. CXXIII, ce. 697, 698.

Ail 121 S

"" r~ 02 2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LlV. XXIII.

XXXIII. — Le jeune Raïmond recouvre une partie de Vylgenois, 6* le comte

de Comm'mges ses domaines.

Ce jeune prince, voulant profiter de la déroute des croisés, partit pour l'Agenois à la tête d'un corps de troupes, dans le dessein de remettre le pays sous son obéissance. Il se rendit d'abord à Condom & ensuite à Marmande Se Éd.origm. à Aiguillon; il fut reçu ' partout avec une extrême joie, & les peuples firent main basse sur les garnisons que Simon de Montfort avoit établies chez eux. Le comte de Comminges se mit aussi en campagne, recouvra tous les domaines que Simon de Montfort lui avoit enlevés Si fit mourir Joris, que ce général avoit établi pour gouverneur dans le pays, St la plupart des autres François qui s'y trouvèrent.

XXXIV. — Le pape s'intéresse en faveur d'Amaurï. — Les Avignonois font

mourir Guillaume de Baux, prince d'Orange.

Le pape Honoré, informé de cette révolution, en témoigna beaucoup de chagrin. Il ordonna^, le 11 d'août, à tous les évêques de France d'engager les peuples de leurs diocèses, qui ne s'étoient pas encore croisés pour la Terre- Sainte, à s'armer & à marcher incessamment au secours d'Amauri de Montfort pour l'aider à venger la mort du comte, son père, 8c celle de Guillaume de Baux, prince d'Orange, que les Avignonois avoient tué 8t mis en pièces. Un historien^ du temps fait mention de la mort tragique de ce dernier, qui fut pris par les Avignonois dans le temps qu'il leur faisoit la guerre, qu'ils écorchèrent tout vif Se qu'ils coupèrent en petits morceaux. Nous avons encore un bref** du pape Honoré, daté de la troisième année de son pontificat) par lequel « il ordonne à tous les fidèles de courir sus aux Toulousains Si aux « Avignonois, k Pvaimond, comte de Toulouse, à son fils, aux comtes de Foix « 81 de Comminges, 81 à leurs enfans, pour avoir tué 81 mis en pièces Guil- « laume de Baux, prince d'Orange, n

Dans d'autres lettres que le pape adressa, le i3 d'août de l'an î2i8, au^ roi Philippe-Auguste 81 au prince Louis, son fils, il déplore la perte de Simon de Montfort, exhorte le roi à envoyer son fils à la tête d'une puissante armée

■ Voyez tome VIIl, c. 184. "- [GuilUnl it Tu- Haute-Garonile, arr. de Saint-Gaudens) ; après \in

dèle, vers 8781-8789.] — Le combat du comte de rude combat, Jori est fait prisonnier & toute sa

Comminges contre Jori est raconté par l'Anonyme troupe rest* sur le champ de bataille. [A. M.]

en quelques lignes; il occupe dam le poëme les ' Raynaldi, année 1218^ n. 55.

vers 879:) à 8940. Voici le résumé de cette affaire : ' Nicolas de Braye, GestA Ludovici VllI, ap;

Jori, maître de Saint-Gaudens, ravageait le paysj Duchesne, t. 5, p. 317.

le comte de Coraraiiiges rassemble l'élite de ses * Tréiot àei ch&ru%. Bulles contre lei hérétiques,

chevaliers & se met à sa poursuite. Il passe à n. i5. [J. 43o; Teulet, t. I, p. 466; Potthast;

Martres ajSrès lui, arrive à Saint-Elix à force de n. 5888.]

thevaux, & s'engage ensuite dans les montagnes 'Duchesne, Scriptores i t. 5, p. 85i & suiv.

qui séparent la Haute-Garonne & le Gers. Il [Potthast, n. 5889; autre lettre pour le même

l'atteint enfin vers Palmiers (La Bastide-Paumèsi' objet au prince Louis, iHd. n. 5890.]

au secours d'Amauri, & leur accorde une indulgence plénière, de même qu'à ceux qui prendroient part à cette expédition. Il confirma ' quelques jours après Amauri, à la demande de ce seigneur, dans la possession des villes de Béziers, Carcassonne, Albi, Toulouse Se Montauban, Si de tous les autres pays conquis sur les hérétiques dont le pape Innocent III & le concile de Latran avoient disposé en faveur de Simon, son père, & de ses héritiers; à la charge que chaque maison de la conquête payeroit trois deniers par an au Saint-Siège. Le pape ayant appris^ depuis que le roi se disposoit, avant même que d'avoir reçu sa lettre, à envoyer des troupes au secours d'Amauri contre les Toulousains, lui écrivit, le 5 de septembre, pour le prendre sous sa protection avec tout son royaume, & comme le roi avoit demandé la permission de lever le vingtième sur tout le clergé de France pour fournir aux frais de l'armement. Honoré la lui accorda en déclarant par une autre lettre à tout le clergé que le vingtième qui avoit été déjà imposé pour le secours de la Terre-Sainte, seroit partagé 8c employé, la moitié à cette expédition 8t l'autre moitié contre les Toulousains. Le pape changea de disposition deux jours après Se destina contre ces peuples, par un bref au roi, tout ce qui proviendroit du vingtième dans les provinces d'Arles, Vienne, Narbonne, Auch, Embrun 8c Aix avec quelques autres secours^. Le prince Louis ne vint cependant que l'année suivante dans la Province.

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