‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 214 sur 342 · XXXV. — Amauri parcourt ses domaines · texte numérisé non relu

XXXV. — Amauri parcourt ses domaines

Amauri, pour affermir sa domination dans les pays dont il venoît d'hériter du comte, son père, les parcourut Se s'y ût reconnoître pour seigneur. Il alla entre autres à Albi, où il donna^ pour trois ans, le 21 de septembre de cette année, à Guillaume, évêque de cette ville, la ferme du château vieux 8c de tous les autres domaines qu'il avoit à Albi S< aux environs; il se réserva seulement le droit de chevauchée 8c tous les François qui possédoient quelques biens dans le pays'. De là il se rendit à Moissac, où il fit hommage'', quatre jours après, à Raimond, abbé du monastère, 8c confirma les accords que le comte, son père. Se l'abbé de Moissac avoient passés au sujet du domaine de cette ville. Le comte Gui, oncle d'Amauri, Bertrand de la Roque, comman-

' Raynaldi, année iîi8, rt. H^. — Duchesne, (Potthast, n. SçSo). Ert outre, le pape Manda au

t. 5, p. 853 & SUIT. [Potthast, n. SSpS; lettre du cardinal, deux jours plus tard, d'engager ce raême

17 août 1218.] évêque à se démettre de ses fonctions épiscOpales,

'Duchesne, t. 5, p. 804 & suiv. [Potthast, " qu'il remplit depuis longtemps d'une manière

h"' 5900, 6901, 5902, 5903.] indigne. » [Potthast, n. 5932.) Ce sont les termes

' [Potthast, n. ^904.] de la bulle; à moins d'y voir une allusion à ce

' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXXVII, ce. 712 fait de la remise de Lescure aux Toulousains,

8t 714. nous ignorons sur quoi se base ce jugement sévère

' Malgré cette concession du comte de Mont- & peu mérité. [A. M.] fort, Guillem Peire, évêque d'AIbi, parut suspect * Archives de l'abbaye & de l'hôtel de ville de au pape. Le 26 novembre 1218, Honorius III lui Moissac. — Gallia Christiana, nov. éd. t. 6, app. ordonne de restituer au lé^at le château de Les- p. 41. [Catalogue, n. 167J l'acte est du l6 sepcure, qu'il avait, paraît-il, livré aux Toulousains tembrc 1218.] /

An 1218

An iiiB '

deur du Temple du bailliage du Toulousain, £<. Pierre de Bart, maître de la commanderie de Ville-Dieu, furent présens à cet acte. Enfin nous en trouvons un ' d'Amauri, daté de Gontaud, en Périgord, le 8 d'octobre 1218, suivant lequel il donne le gouvernement du château de Montastruc à Etienne de Feriol, son vassal, en présence de Gui de Montfort, son oncle, de Gui, comte de Bigorre, son frère, de Begon & de Nompar de Caumont, Sic.

XXXVI. — Accord du comte de Toulouse avec le seigneur de Sauve, son petit-fils, auquel il cède ses droits sur les vicomtes de Millau 6- de Gévaudan.

Éd. oiigin. Le coiiite de Toulouse étoit alors à Perpignan, où il donna en fief, le 9 d'octobre^, à Pierre-Bennond de Sauve, son petit-fils par sa fille : 1° Le château de la Roque-Valsergue, en Rouergue, avec toutes ses dépendances, qu'il avoit acquis en échange tant de feu Pierre- Bermond, son gendre, père du même Pierre, que de Bernard d'Anduze, aïeul de ce dernier. 2° La somme de quatre mille marcs d'argent fin pour laquelle feu Pierre, roi d'Aragon, lui avoit engagé, en^ 1204, les comtés de Millau tS* de Gévaudan, avec les droits qu'il pouvoit avoir d'ailleurs sur ces deux comtés. 3° La suzeraineté & la domination qu'il avoit sur les terres de Raimond Pelet. 4° Le droit Se la domination qu'il avoit sur les terres de Bernard d'Anduze, oncle paternel du même Pierre, soit que Bernard les possédât en son nom, soit en celui de Vierne, sa femme, spécialement le château de Joyeuse, en Vivarais, avec promesse de l'aider à recouvrer tous ces domaines, à condition que Pierre n'tn pourroit disposer qu'en faveur de ses frères & de leurs descendans légitimes. Ce seigneur promit de son côté au comte de Toulouse, son aïeul, de le servir envers tous & contre tous, excepté contre le pape & le roi de France, à moins qu'ils refusassent de lui faire justice. Le comte Raimond se réconcilia ainsi avec la maison de Sauve, branche de celle d'Anduze, très-puissante dans le bas Languedoc. Pierre -Bermond, petit-fils de ce prince, renonça sans doute alors, moyennant cette donation, aux prétentions qu'il avoit sur les autres domaines de la maison de Toulouse, 8c dont on a parlé ailleurs. Pierre-Bermond, seigneur de Sauve, autorisa "* en 12:5, comme suzerain, en présence de Pierre d'Auliret, son connétable, &C., l'émancipation que Raimond de Ginestous, seigneur de Galargues, fit de son fils Bégon. Il paroît, par ce que nous venons de dire, que le comte de Toulouse ne jouissoit pas, en 12 18, des comtés ou plutôt des vicomtes "' de Millau & de Gévaudan, qui lui avoient été engagées parle feu roi d'Aragon. Les légats du pape s'en étoient saisis durant la guerre Si avoient confié la garde de la vicomte de Gévaudan à l'évêque de Mende. Quant à celle de Millau "5, le pape écrivit vers ce temps-là au cardinal Ber-

' Rcgistrum curiae Frrinciac. [Cninlogiie, n, r68.] ' Mss. i'Auhays, n. i5-2.

■Voyez tome Vin, Chnrtcs, n. CXXX, ce. 718 > Voy«z tome IV, 2Vo«c XXVI, p. .Jy.

gl 721 . ' Raynaldi, an. 1 1 iS, n. 7 1 . [Potthast, n. jpiS j

> Ibid. n. LXXX, ce. 018 à J2l. lettre dii 3i octobre 1218. J

An 1218

trand, légat dans la Province, de permettre à Jacques, roi d'Aragon, d'en donner le gouvernement â sa tante, pourvu qu'il n'en arrivât aucun mal à l'Eglise romaine. Cette tante du roi d'Aragon n'est pas différente d'Eléonor, femme du vieux comte de Toulouse Si sœur de Sancie, femme du jeune comte.

XXXVII, — La ville de Nimes ^ une partie du Rouergue &■ du Querci rentrent sous l'obéissance des comtes de Toulouse.

Sancie, tandis que le comte de Toulouse, son beau-père, 8c le jeune comte, son mari, travailloient à rétablir leur autorité dans leurs anciens domaines 81 à recouvrer les pays que la maison de Monttort leur avoit enlevés, se rendit à Nimes' au mois de novembre de^ l'an 12 18. Elle fut reçue dans cette ville par les habitans, qui secouèrent le joug d'Amaviri de Montfort 8c rentrèrent sous l'obéissance du comte de Toulouse, leur seigneur naturel. Sancie, en reconnoissance, confirma leurs privilèges, tant au nom du comte, son beau-père, qu'en celui de son mari, avec promesse que ces deux princes ratiheroient eux-mêmes cette concession. Elle approuva en même temps, au nom des deux comtes, tous les jugemens qui avoient été rendus à Nimes, à la cour du comte de Montfort, pendant tout le temps qu'il avoit été maître de cette ville 8c accorda enfin aux habitans le pardon entier du passé. Elle donna pour cautions de ses promesses les consuls 8c les conseillers d'Avignon, de Tarascon, Beaucaire 8c Valabrègue. Le jeune Raimond remit cependant la plus grande partie du Rouergue 8c du Querci sous son autorité, 8c donna en fief^, étant à Najac, le dimanche jour de l'Epiphanie de l'an 1218 (1219), le ~T château de Loupian Se de Balaruc Se l'église de Palais, dans le diocèse d'Agde, à Pierre de Mèze 8c à Pons de Cauce"*, qui promirent de le servir pour ces domaines, comme de fidèles chevaliers, envers tous 8c contre tous, en présence de CentuUe, comte d'Astarac, Se de plusieurs seigneurs. Centulle avoit donc quitté alors le parti d'Amauri de Montfort. Quant au vieux comte de Toulouse, il se rendit à Nimes, au mois de mars suivant, Se il y ratifia sans doute alors la charte de la comtesse Sancie, sa bru.

XXXVIII. — DiJJérend entre l'évêque & les habitans du Puy &• quelques

seigneurs du Vêlai.

Le Vêlai n'étoit pas moins agité par la guerre civile que le reste de la Province à l'occasion des différends qui s'étoient élevés entre Robert de Mehun,

■ Voyez tome VIII, Chartes, n. CXXIX, ce. yij défense, dut se soumettre à la décision des consuls

à 718. & fournir caution. Voyez Ménard, t. i, texte,

' Nimes obéissait encore à Simon de Montfort p. 280, 81 preuves, p. 62 h. |A. M.] en mars 1218 (n. st.), & il était alors défendu à ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXXIII c. 698.

tous les habitants d'aller dans les terres des par- [L'acte est de la nuit du 6 au 7 janvier 1219.] lisans du jeune comte Raimond. Un bourgeois, * [Corrige^ de Caut (Hérault], canton d« ?i- '

du nom de Bertrand Durîtnd, ayant enfreint cens zinas ]

An 1219

i:6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXlil.

Éj.origin. évÊque du Puv, & les habitans de cette ville. Robert', étant de retour du concile de Latran, se rendit au Puy suivi de Gui, comte de Forez, 8<. signifia aux. habitans un bref par lequel le pape Innocent III leur ordonnoit de se soumettre entièrement aux volontés de ce prélat. Cet ordre ne fit qu'irriter le peuple ; on courut aux armes, & Robert fut obligé de se réfugier en Forez, d'où il lança une sentence d'excommunication contre les mutins, après quoi il se retira dans l'abbaye de Pontigni. Le pape Honoré III, successeur d'Innocent, informé de ces désordres, ordonna aux évêques de Mende & de Mâcon de travailler k ramener les habitans du Puy à leur devoir; mais les deux prélats n'ayant pu rien gagner, il confirma la sentence d'excommunication; il chargea néanmoins les évêques d'Auxerre Si de Troyes de se rendre à la cour du roi Philippe-Auguste pour moyenner la paix entre l'évêque & les habitans du Puy par l'autorité de ce prince. Philippe, ayant écouté les parties, les fit convenir des articles suivans, contenus dans une charte^ qu'il fit expédier à Vernon, au mois de mars de l'an 1218 (1219) : 1° Les habitans du Puy, quand ils voudront faire quelque collecte ou imposition de taille, seront obligés de notifier au roi, en la personne de son bailli d'Auvergne ou à l'évêque, la somme qu'ils voudront lever, à condition que cette collecte ne pourra être employée ni contre l'un, ni contre l'autre. 2° Il leur est permis d'avoir un sceau povir sceller leur lettre. 3° Ils sont confirmés dans la possession des biens dont ils jouissoient depuis quarante ans. 4° Ils sont tenus aux chevauchées ou au service militaire en faveur de l'évêque, qui sera obligé de les protéger. 5° Les habitans détruiront toutes les fortifications qu'ils avoient faites entre le cloître ik la ville à l'occasion de la guerre. 6° Ils seront obligés de plaider devant l'évêque, sauf l'appel au roi. 7° Quand quelque malfaiteur se réfugiera dans le cloître du Puy, les habitans pourront le dénoncer à l'évêque ou à son bailli, qui le feront prendre 8t punir après qu'il sera sorti de cet endroit ou de tout autre lieu saint. 8° Enfin la commune du Puy ne pourra s'armer que pour le roi 6c pour l'évêque. Il sera permis toutefois aux particuliers de marcher en armes au secours de leurs amis, pourvu que ce ne soit ni contre le roi, ni contre l'évêque, ni contre l'église du Puy. On voit à la fin de cette charte le nom de dix des principaux habitans de cette ville qui se rendirent garans du traité pour la somme de 700 marcs d'argent. Le roi confirma^ en même temps les privilèges que le roi Louis le Gros, son aïeul, & le roi Louis le Jeune, son père, avoient accordés à l'église du Puy. L'évêque de Senlis conduisit ensuite l'évêque Pvobert au Puy; les habitans, après avoir demandé pardon à ce dernier, se réconcilièrent entièrement avec lui. Robert avoit aussi alors avec Pons de Montlaur de grands démêlés que Philippe-Auguste termina par un accord qu'il leur fit passer"* à Paris, au mois de novembre suivant. Pons déclara entre autres tenir du roi le château de

' Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, c. 709 & ' Gallin Ckrlstiana, nov, éd. t. 2, p. 709 & seq.

seq. [Delisle, ut supra, n. iSpS.]

" Baluze, Miscellanea, t. 7, p. 336. [Cf. Delisle, ■* Baltize, Histoire d'Auvergne, t. 2, p. 86 &. seq.

Catalogue de Philippc-Juguste, n. 1892.] [Cf. tome VIIÎ, c. 72S, 729.]

' An IZ19

Montbonnet St cinq autres châteaux du Vêlai, dont il fît hommage à ce prince envers tous 8c contre tous. Le roi donna ensuite des lettres' par lesquelles il confirma les privilèges que les évêques du Puy avoient reçus des papes & des rois ses prédécesseurs pour que personne ne pût construire de nouvelles forteresses depuis le Rhône jusqu'à Aligne, depuis Alais jusqu'à Montbrison, £<. depuis Saint- Auban^ jusqu'au Puy, sans sa permission & celle de l'évêque du Puy.

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