XXXIX. — Evêques du Puy. — Vicomtes de Polignac
Robert de Mehun ne survécut pas longtemps : un chevalier ^ du pays, nommé Bertrand de Cares, qu'il avoit excommunié pour les dommages qu'il avoit causés à son église, conjura sa perte Se, s'étant associé avec une troupe de scélérats, il l'assassina, le 21 de décembre de l'an 12 19, au village de Saint- Germain de la Prade, auprès de l'abbaye de Doé, oîi ce prélat fut inhumé'^. Cet attentat fît une peine extrême aux habitans du Puy, qui s'armèrent pour en tirer vengeance Se regrettèrent fort leur évêque, également recommandable par les qualités du corps, par sa naissance & par ses mœurs. Ils fîrent la guerre aux parens de Bertrand 8t détruisirent leurs châteaux. Ce chevalier Se ses complices obtinrent toutefois leur absolution à Rome, après s'être soumis à une pénitence des plus rigoureuses''. Un historien^ du temps marque que Bernard de Montaigu, auvergnat, neveu par son père d'Eustorge, archevêque '-.^j°''g'"de Nicosie, de Pierre, maître des templiers, de Guérin, maître des hospitaliers. Sec, succéda à Robert; mais ce Bernard, qu'on a omis dans le catalogue des évêques du Puy, ou ne fut pas sacré ou ne jouit pas longtemps de cette dignité, car Etienne de Chalançon étoit déjà élu"^ évêque du Puy au mois d'août de l'an 1220. Le pape Honoré III l'ordonna diacre, prêtre 8c évêque, au mois de juillet de l'an 1222, 6c lui donna le pallium-. Ce prélat établit dans sa ville épiscopale des couvens pour les dominicains Se les franciscains, Se eut de nouveaux différends avec Pons de Montlaur qu'il prit les armes à la main Se qu'il renferma dans les prisons de l'évêché. Ces différends furent accommodés, au mois d'août de l'an 1222, par l'entremise de Gui,
■ Manuscrits de Coliert, n"' 2669 & i6yo, — Cf. ' Robertus Altissiodorensis, Continuation année Delisle, Catalogue, n°' içSS, 1934, 1935, pp. 427, 1220. — Voyez Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, 428. — Par la première de ces chartes, le roi règle c. 709 & suiv. — Raynaldi, an. 1220, n. 28. le partage des pé.nges entre l'évèqiie & le seigneur ' Voyez dans F. Mandet, Histoire du Vêlai, t. 4, de Montlaur, & ordonne à ce dernier de protéger pp. 23 à 62, le résumé des principaux auteurs qui les marchands dans un rayon déterminé. Cet ac- ont parlé de l'épiscopat de Robert de Mehun. cord fut ensuite approuvé par l'évêque Robert de [A. M.] Mehun, puis par Pons de Montlaur, dont nous 'Par une lettre du 10 juillet 1220, le pape publions la charte au tome ^'III de la présente enjoignit aux évêques de Viviers & de Saint-Paulédition (voir plus haut). [A. M.] Trois-Châteaux de contraindre les assassins 3 ac-
' C'est soit Saint-Alban d'Ay (Ardèche), arron- complir la pénitence à laquelle ils s'étaient soumis
dissement de Tournon, soit Saint-Alban en Mon- (Potthast, n. 6298). [A. M.]
tagne (Ardèche), arrondissement de Largentière. * Albéric, CAronicon, an. 1219.
[A. M.] ' Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, c. 709 & seq.
An I2lr
comte de Forez, qui condamna Pons à un dédommagement de quatre cents marcs d'argent en faveur de l'église du Puy &(. à faire hommage à l'évêque. Etienne de Chalançon', plusieurs autres prélats 8c divers barons Si gentilshommes furent présens, à la fin du mois d'octobre de l'an 1228, lorsque Pons V, vicomte de Polignac, épousa Adélaïde, fille de Guarin, seigneur de Traîne). Les noces furent célébrées à Saint-Haond, en Vêlai, & Pons assigna pour le douaire d'Adélaïde les châteaux de la Mote, de Cucé & de Salesuit, avec deux cents marcs d'argent sur le reste de ses domaines. Pons fit hommage lige à ce prélat l'année suivante^ pour la vicomte de Polignac. Il étoit alors fort jeune, car en 1229 il n'avoit pas encore^ vingt-cinq ans, mais il avoit atteint cet âge en i23i.
XL. — Le prince Louis marche au secours d'Amauri, qui assiège
Marmande.
Louis, fils aine du roi Philippe-Auguste, se disposa, au commencement du printemps de l'an 12 19, à se mettre en marche pour l'Aquitaine St à venir ensuite dans la Province au secours d'Amauri de Montforf*. Les deux comtes de Toulouse père & fils, jugeant que l'armement de ce prince les regardoit, employèrent toute sorte de moyens pour le détourner & pour engager le roi à révoquer l'investiture qu'il avoit donnée de leurs domaines à Simon de Montfort Si à Amauri, son fils. C'est ce que nous apprenons d'une lettre^ que le pape Honoré écrivit au roi, le i5 de mai de cette année, par laquelle il l'exhorte à persévérer dans le dessein qu'il avoit formé en faveur des affaires de la foi dans les pays de Toulouse, 81 à ne pas se laisser surprendre par les Toulousains 8c leurs complices, qui le pressoient de faire une nouvelle disposition du comté de Toulouse 8c des pays voisins, u Ce seroit, ajoute le pape, K aller directement contre les statuts que l'Eglise a dressés depuis longtemps « Si contre votre honneur, ayant déjà accordé toutes ces choses à Simon de (c Montfort d'illustre mémoire, 8c ensuite à notre cher fils Amauri, comte de « Toulouse. Votre excellence voit assez que le but des Toulousains 81 de leurs « associés est de rendre inutiles, ce qu'à Dieu ne plaise, tous les préparatifs « que vous avez faits pour cette affaire. » Le pape marque ensuite qu'il est persuadé que le roi ne se laissera pas séduire jusqu'au point de faire une nouvelle concession de ce pays aux dépens de son salut 8c de sa réputation, 81 de différer l'expédition projetée. Sic. Les mouvemens que les comtes de Toulouse se donnèrent pour empêcher le roi de tourner ses armes contre eux
' D'Achéiy, Spicilegium, t. 12, p. 167. dans le Languedoc, prenait ses dernières disposi-
* Gallia Chnstiana, nov. éd. t. 2, c. 712. lions avant de partir. A cette date, le roi Phi-
' Chabron, Histoire manuscrite de lu maison Je lippe Auguste confirma deux chartes données par
Polignac, 1. 7, c. i3. lui, au moment de son départ pour l'Albigeois.
■* L'expédition de Louis de France devait être Cf. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Au-
décidée en principe depuis déjà quelque temps; guste, n°' 1884 & i885, p. 415. [A. M.]
car, en mars 1218, nous voyons que Guillaume ' Duchesne, ^cr/pJoreJ, t. J, p. 85î Çt seq. [Pot-i
d«î Roçh?5, 5^n<;«h{ll d'Anjou, (|ui raccompagna thajt, n. 6066.]
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII. 5^o
' An III y
n'eurent aucun etVet, Se le prince' Louis se mit en marche à la tête d'une grande armée S<. s'avança vers l'Aquitaine^. Amauri de Montfort se rendit de son côté en Agenois à la tête de ses troupes, tant pour aller à la rencontre de ce prince que pour tâcher de reprendre la partie de ce pays qui s'étoit soumise au comte de Toulouse depuis la mort de Simon, son père. Il assiégea bientôt après Marmande, où commandoit pour le comte Raimond, Centulle, comte d'Astarac, S<. dont la garnison étoit composée de plusieurs vaillans chevaliers, entre lesquels étoient Guiraud de Samatan, Arnaud de Blanquetbrt gt Guillaume-Arnaud de Tantalon^.