XLV. — Accord entre Amauri de Montfort i- l'évêque d'Agde
Amauri de Montfort, depuis la levée du siège de Toulouse, ne songea plus à de nouvelles conquêtes; il tâcha seulement de conserver celles qui lui restoient. Il se rendit à Castelnaudary, 8c là, en présence de la comtesse Alice de Montmorency, sa mère, du cardinal Bertrand, de l'évêque de Carcassonne, du comte Gui de Montfort, son frère, de Lambert de Turey, seigneur de Lombers, &c., il passa un^ accord, le 3 de septembre de l'an 1219, avec Thédise, évêque d'Agde. Par cet acte : 1° Il reçoit en fief de ce prélat les châteaux de Florensac Ik de Pomeiroh, dans la vicomte d'Agde, St ceux de Bessan Si de Torolle, dans celle de Béziers. 2° L'évêque, de son côté, en qualité de comte Se de vicomte d'Agde, reçoit en fief d'Amauri , comte de Toulouse, tout ce qu'il possédoit à Agde, dans ses dépendances Si dans plusieurs châteaux du diocèse, & lui en fait hommage. 3° Amauri promet que s'il peut recouvrer le château de Montagnac il le rendra à Thédise, qui le tiendra en fief de lui, avec pouvoir à ce prélat de s'en saisir sur ceux qui le possédoient, Se qui n'étoient pas sans doute différens des comtes de Toulouse ou de leurs partisans. 4" Amauri cède à Thédise les albergues qu'il exigeoit dans quelques châteaux en qualité de vicomte de Béziers; ce prélat lui cède à son tour 8c à ses héritiers, tant en son nom qu'au nom des évêques d'Agde, ses successeurs, la chancellerie^ du comte de Toulouse 6" le droit qu'il y avoit. 5° Enfin Thédise renonce à tous les actes où il éfoit porté que le vicomte de Béziers étoit vassal de l'évêque d'Agde en fief honoré.
XLVI. — Désordres des croisés. — Amauri dispose d'Alais, — Maison
d'Andu-^e,
L'hiver suivant^ les deux frères Folcaud 8c Jean de Brigicr, suivis de plusieurs autres partisans d'Amauri, entreprirent de faire des courses dans le Toulousain. Le jeune Raimond, pour arrêter leurs brigandages, se mit ausjÉlorigin. gitôt en campagne Se, les ayant rencontrés, il les combattit, les fit prisonniers
' Arcti'ivcs cle l'hôtel de ville Je Nimes. — Doin ' GalVu C/trist'i:tna, rtôv. ei. t. 6, Instruni. c. 314
Vaissete commet ici une petite erreur. L'acte est du Se suiv. [Voyez au tome VIII , ce. 725 à 728, où
to des kalertdes de juin (zS mai) de l'année 1219. nous republiorts cet acte d'après l'original.!
Il a été publié par Mena rd, Iliit. de Nimes, t. 1, 'Voyez tome VII , Note XLV, n. 3, pp. 128
pr. 84. Voyez tbid. texte, p. 284. (A. M.| £t 129.
• Tome VIII, Chartes, n. CXXIII, ce. 698, Û99. ' Guillaume de Puyhuirsns, c. 33*
Al 1220
& leur fit couper k tête qu'on promena clans Toulouse au bout d'une perche. On regarda la mort de ces deux chevaliers François comme une juste punition des crimes qu'ils avoient commis : le premier usoit entre autres d'une cruauté extrême envers ceux qu'il prenoit à la guerre; il taisoit périr de faim, dans le fond d'un cachot, ceux qui n'avoient pas cent sols à lui donner pour se racheter, 8c jeter ensuite leurs corps, même lorsqu'ils n'étoient encore qu'à demi-morts, dans des cloaques où ils achevoient de mourir. Peu de temps avant cette expédition Folcaud avoit fait pendre deux prisonniers & avoit obligé l'un des deux de servir de bourreau à l'autre, qui étoit son propre fils. Enfin les deux frères étoient plongés dans des débauches infâmes : ils entretenoient publiquement des concubines S«. ne faisoient aucun scrupule d'enlever les femmes mariées. Ces excès, qui n'avoient que trop d'imitateurs parmi les chevaliers françois établis dans la Province, indisposèrent de plus en plus les peuples contre leur domination, & tout le pays cherchoit à l'envi l'occasion de se remettre sous l'obéissance de ses anciens maîtres; en sorte qu'Amauri faisoit tous les jours de nouvelles pertes. Le château de Servian ', au diocèse de Béziers, entre autres, secoua le joug de son autorité peu de temps après Pâques de l'an i2;o. Ce comte étoit alors dans le bas Languedoc où il tâchoit de conserver le peu de places qui lui restoient. Il confisqua les domaines de Pierre-Bermond, seigneur de Sauve, qui, comme on l'a déjà vu, étoit rentré dans le parti du comte de Toulouse, son aïeul; il en disposa, le i5 d'avril de cette année, en faveur de Bernard d'Anduze, qui lui étoit demeuré fidèle 8c qui lui fit^ hommage, dans l'église de Saint-Jean d'Alais, pour la moitié de la tour 8c de la ville d'Alais, qui avoit appartenu à Pierre-Bermond, Raimond Pelet fit en même temps hommage, pour l'autre moitié d'Alais, à Amauri, qui obtint peu de temps après, du pape Honoré, une nouvelle confirmation^ de la donation que le pape Innocent III avoit faite à Simon, son père, des villes de Béziers, Carcassonne, Albi, Toulouse, Montauban'', 8cc.
XLVIÎ. — Naissance de Jeanne, fille de Raimond le Jeune, qui soumet Lavaur, Puylaurem, Montauban 6* Castelnaudary.
Le jeune comte' Raimond continua cependant de profiter des circonstances, & après les couches de la comtesse Sancie, sa femme, qui accoucha
' Albéric, C/irott'eoti. Awniiri s'engn»e:i à faire rendre cette place nii
• Tome VIII, Chartes, ti. CXXXt, cC. 72J, 714. vicomte après la Pâques de l'an 1221, & à lui ' Baluzc, Miscellanea, t. 2, p. 2.54. payer en attendant une rente de trois cents livres
* Amauri de Montfort resta dans 1< bas Lan- de Melgueil, représentant sans doute les revenus gucdoc nu moins jusqu'au 17 juin. A cette der- de cette ville. Ce fait prouve une fois de plus con;nière date, il était à Béziers, & termina un dilTc- bien les assertions de Guilliume de Puylaurens rend qu'il avait Bvec le vicomte de Narbonne, sur les désordres & les usurpations des croisés sont Amauri, dont un chiteau important, celui de fondées. [A. M.]
Lézignart, avait été occupé par Gui, frère de Si- ^Guillaume de r'uyljurenj, c. 33, — PrciecUri
mon de Montfort (tome VIII, ce. 73j, 73;). Framorum facuiorj, ^. \i(>.
An 1220
An 1220
l'J. origin.
t. Iil. p. 3i.\
536 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC, LlV. XXIIL
cette année d'une fille nommée Jeanne, il se mit en campagne & prit diverses' places sur Amauri, entre autres Lavaur dont il fit passer la garnison au fil de l'épée, à la réserve de quelques-uns qui se sauvèrent à la nage dans les domaines de Sicard, vicomte de Lautrec, dont la femme les reçut sous sa protection'. Il prit ensuite par capitulation le château de Puylaurens & accorda la vie sauve avec une entière sûreté à Ermengarde, veuve de Folcaud de Brigier, dont on a déjà parlé & à qui Simon de Montfort avoit donné ce château. Il accorda la même grâce aux en fans de cette dame Si à tous ceux qui composoient la garnison jusqu'à ce qu'ils fussent sortis du pays. Le vieux comte de Toulouse ayant remis d'un autre côté sous son obéissance la ville de Montauban, il la donna en fief avec quelques places voisines, à R.aimond- Roger, comte de Foix, en reconnolssance de ses services. Le jeune Raimond confirma cette donation ^ en faveur de Raimond-Roger & de ses descendans, par un acte daté de Gaillac, en Albigeois, le jour de Saint-Jean-Eaptiste de l'an 12 20, 81 non de l'an 12 10, comme on le ^ prétend. Il donna quelques jours après à R.oger-Bernard, fils du comte de Foix, tous les biens qui avoient appartenu à Castelnaudary & aux environs, aux deux frères Pierre èi Guillaume de Martin, lesquels s'étoient retirés de cette ville. L'acte est daté dedans Castelnau, le lundi i3 de juillet de l'an 1220.
XLVIII. — Siège de Castelnaudary par Amauri de Montfort. — Mort
du comte Guif son frère.
I,e jeune Raimond avoit alors'^ repris cette dernière place; maïs à peine s'en étoit-il mis en possession qu'Amauri de Montfort, au désespoir de l'avoir perdue, mit sur pied tout ce qu'il put ramasser de troupes Se vint l'assiéger avec Gui, comte de Bigorre, son frère. On vient de voir, en effet, que ce siège étoit déjà commencé dès le i3 de juillet de l'an 1220. Le jeune Raimond en prit la défense avec Roger-Bernard, fils du comte de Foix, & comme il avoit eu soin de la bien munir Se d'v établir une bonne o;arnison, Amauri trouva dans cette entreprise plus de difficulté qu'il n'avoit cru. Raiir.ond s'appliqua surtout à fatiguer les assiégeans par de fréquentes sorties. Il en fit une entre autres, le 27 de juillet'', durant laquelle le jeune Gui, comte de Bigorre, fut blessé à mort Se fait prisonnier par les assiégés, entre les mains desquels il expira bientôt après. P<.aimond le fit ensevelir décemment dans une bière. Si l'ayant fait couvrir d'un drap de pourpre il le renvoya à son frère Amauri. On dépeint^ Gui de Montfort, comte de Bigorre, comme un jeune seigneur brave, bien fait, pieux Si qui donnoit de grandes espérances;
• Cette vicomtesse de Lautrec étnit, en effet, pa- ' Marcn, WiAo'irc âc Liam, p. "!,- S,,
fente de Bouchard de Marly, l'un des plus dévoués ■* Guillaume de Puylaurens, c. jj. — RobertiiS
défenseurs d'Amauri de Montfort. Voir au livre Altissiodorensis, Continuatio. — Voyez tome N'II,
précédent, p. 4^8. [A. M.] Note XXI, n. 1, pp. 63, 65.
' Tome VIII, Chartes, n. CXXXIII, ce. -jjji & ^ Voyez tome VU, u: supra.
y35. ' Robeitus Alti::iodorensi5, Contliiunùo,
aussi fut-il fort regrette des François & principalement du comte Amauri, son frère. 11 ne laissa que' deux filles de Pétronille de Comminges, comtesse de Bigorre, sa femme. La première, nommée Alice, qui hérita de ce comté, épousa en premières noces Eschivat de Chabanois, & en secondes Raoul de Courtenay. Pétronille, dame de Rambouillet, la seconde, fut mariée à Raoul de la Roche-Tesson, en Normandie.
Amauri de Montfort^, irrité de la mort du comte de Bigorre, son frère, résolut dès ce jour de ne pas quitter le siège de Castelnaudary qu'il ne l'eût vengée par la prise de cette place, & il s'opiniâtra tellement à la poursuite de son entreprise qu'il y employa inutilement plus de huit mois 6c jusqu'à la fin de l'hiver suivant. Nous avons divers monumens^qui fojit mention de ce siège, qui en fixent l'époque Se la durée 8< qui prouvent que Gui, évêque de Carcassonne, Arnaud, évêque de Nimes, l'abbé de Montolieu, Gui de Lévis, maréchal du seigneur comte (Amauri), Pierre de Sainte-Colombe, chevalier. Sec, s'y trouvèrent.
XLIX. — Conrad, évêque de Porto, nouveau légat dans la Province, chassé de Bé-^iers, — Il réjorme les écoles de médecine de Montpellier.
Le cardinal Bertrand, légat dans la Province, étoit alors à la cour, où Honoré III l'avoit envoyé pour négocier quelques affaires. Le pape nomma pour le remplacer, dès la fin de l'an 1219'*, le cardinal Conrad, évêque de Porto-^, auparavant abbé de Cîteaux, à qui il donna pouvoir'^ d'imposer pénitence aux réguliers qui s'étoient écartés de leur devoir dans les terres de sa légation. Le pape adressa, vers le même temps, une^ lettre à tous les fidèles, tant clercs que laïques des pays de Provence, confiés aux soins de Conrad, & les exhorta à l'aider à faire des collectes pour les affaires de la foi. Ce légat arriva^ dans la Province vers la Pentecôte de l'année suivante & la parcourut sans obstacle jusqu'à Béziers; mais, étant arrivé dans cette ville les habitans le chassèrent'^. Il fut obligé de s'aller embarquer sur la côte voisine & de se rendre par mer à Narbonnc, où il se réfugia, ]iarco que tout le pays s'étoit soulevé contre Amauri de Montfort S\ sctoit soumis au jeune vicomte Trencavel ou plutôt à Raimond-Roger, comte de Foix, son tuteur, qui reprit sur Amauri la ville 8(. la vicomte de Béziers. Conrad fut très-bien accueilli par l'archevêque Sv le chapitre de'"' Narbonne, qui firent tout leur possible pour lui faire oublier les mauvais traitemens qu'il avoit
' Histoire gcnèxloglijac Jcs grinjs of/îcicrs, t. 6, l;s réguliers qu'il jugerait coupables. — Pouhast,
'Guillaume de Puylaurens, c. 3r. — Robertui ' AlLiric, C/ira/i/ron, ann. lîio,
Altissiodorensis, Continuatiu. ' GaîVui Cfiristhna, nov. eî. t. 6, c. 112.
» Voyez tome VIII, Charles, n. C.XXXII, c. ylj ' Tome VIII, Chartes, n. CXXXIV, ce. 733, 7I,;.
à 734, & tome VII, Ncte XXI, pp. 63 i 6.5. » Voyez ton.e VU, Wol^ XXII, p. 66.
* Voyez tome VII, Note XXII, p. 66. — [C; '' G ailla C'irisiicna, nor. cl. t. 6, c, 110. —
nouveau légat paraît déjà dans une bulle du Voyez tome VU, Note Wl\, p. 66.
l3 décembre 1219, lui donnant tous pouvoirs sur '" Gallia Christianaj net. cJ. t. 6, c. 110.
An 1220
An 1220
reçus à Béziers. Comme il manquoit d'argent pour soutenir les frais de sa légation, il engagea à ce' chapitre une couronne d'or & le reste de son trésor pour la somme de trois mille livres melgoriennes. Il conserva une vive rçconnoissance de ce prêt &, étant sorti quelque temps après de la Province il écrivit au chapitre de Narbonne deux lettres, l'une de Troyes, en Champagne, le i5, &. l'autre de Châlons-sur-Saône, le 3o du mois d'août de l'an 12 20, pour le remercier des services qu'il en avoit reçus en cette occasion Se lui donner des assurances du payement. Il revint ensuite dans la Province & fit des règlemens à^ Montpellier, au mois de septembre suivant, pour la réforme des écoles de médecine, de l'avis des évêques de Maguelonne, Agde, Lodève & Avignon. Il les rétablit dans leur ancienne splendeur Se ordonna qu'à l'avenir personne n'entreprendroit d'enseigner cette science qu'il n'eût donné des preuves de sa capacité devant l'évêque St les professeurs de médecine 3.
L. — Le pape exhorte le jeune Ralmond £,• ses partisans à mettre ha!
les armes.
Entre divers ordres'' que le pape Honoré III donna à ce légat, il lui enjoignit : 1° D'exhorter le seigneur d'Orartge, qui avoit pris les armes contre les habitans d'Avignon, partisans du jeune Pvaimond, comte de Toulouse, à presser son expédition contre eux, de les engager à abandonner le parti de ce comte &c d'employer pour cela le secours de l'archevêque de Rouen. 2° De défendre aux chapitres des églises cathédrales de Provence, dont les évêques étoient favorables au même prince où à ses alliés, d'en élire de nouveaux, i.ni,''p."3"6- ^^ siège vacant, pendant tout le temps de sa légation, sans son consentement; de déclarer nul tout ce qui seroit fait au contraire, S<. d'arrêter les entreprises de ces prélats. 3° D'engager tous les clercs & les laïques du pays à payer un certain cens annuel pour les affaires de la foi. Honoré écrivit vers le même temps aux consuls Se au peviple des villes de Toulouse, Nimes 8c Avignon pour leur fixer un temps après lequel, s'ils ne s'étoient fait relever de l'excommunication dont ils avoient été frappés & ne promettoient entre les mains du cardinal Conrad, son légat, d'obéir entièrement à ses ordres, il les menace d'exécuter la résolution qu'il avoit prise de supprimer les évêchés de ces villes, de les réunir aux diocèses voisins 8i de confisquer tous leurs biens, comme étant désobéissans au décret que le concile général avoit dressé contre les hérésies.
' MarCa, De côitcarJantîa saceriotll & impeni, ronileinent de Frédéric II comme empereur. Le