‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 222 sur 342 · LXV. — Poètes provençaux · texte numérisé non relu

LXV. — Poètes provençaux

1. « Raimond de Miraval, chevalier du Carcasses & seigneur pour un quatrième du château de ce nom, dans le Cabardez. Quoique la naissance l'eût assez mal partagé des biens de la fortune, dit l'auteur de sa Vie, il trouva moyen de se rendre recommandable 8t de s'attirer la faveur & la protection de Raimond, comte de Toulouse, qui l'appeloit ordinairement Audiars, nom qu'il se donnoit à lui-même dans ses vers. Ce prince l'honora de son amitié 8c eut soin de son entretien, à cause de la vivacité de son esprit & de son habileté dans la poésie vulgaire. Miraval fut aussi fort chéri de Pierre, roi d'Aragon, du vicomte de Béziers, de Bertrand de Saissac Se de tous les principaux barons du pays. 11 étoit si galant Se si poli que toutes les dames cherchoient à le connoître avec empressement Se qu'elles ne se croyoient estimables qu'autant qu'elles avoient quelque part à sa bienveillance. Il en aima une entre autres, nommée la Loube de Penautier, femme d'un riche chevalier, seigneur en partie du château de Cabaret. Cette dame, qui étoit très-belle, spirituelle 8<. savante, étoit aimée de divers seigneurs du pays, mais surtout du comte de Foix, d'Olivier de Saissac, de Pierre-Roger de Mirepoix S<. d'Aymeri de Montréal. Raimond de Miraval fit des chansons en son honneur, de même que Pierre Vidal, autre poète du temps; elle ne souttrit les assiduités du premier qu'à cause de la réputation qu'elle s'attiroit par-là, car elle n'avoit aucun penchant pour lui, 8c elle préféroit le comte de Foix à tous ses autres amans; préférence qui donna lieu à de mauvais bruits 8<. fit tort à sa réputation. Raimond de Miraval, pour se consoler, s'attacha à la marquise de Minerve, Jèmme du comte (ou plutôt du vicomte) de Minerve, qui étoit jeune 8c belle. Il la célébra dans ses chansons, 8c en composa d'autres en l'honneur d'Adélaïde de Boisesson, du château de Lombers, en Albigeois, femme de Bernard de Boisesson. Cette dernière, qui étoit jeune 8c d'une rare beauté, se sentit fort flattée de ce qu'un poète aussi célèbre lui faisoit la cour; honneur que les dames ambitionnoient alors extrêmement, parce qu'il les faisoit estimer 8c leur attiroit une foule d'amans. En effet, le comte de Toulouse, le vicomte de Béziers 8c tous les principaux seigneurs du pays cultivèrent aussitôt l'amitié d'Adélaïde, 8c Pierre, roi d'Aragon, en devint si éperdument amoureux, sans l'avoir jamais vue, sur le simple récit que Miraval

cher l'assassinnt de son frère Daudoiiiii, qu'il plus grandes qualités, tant politiques que inili-

autorisa tout au moins, s'il n'y prit pas une taires. [A. M.]

part directe. Son fils Raimond VII avait un ca- ' Mss. n"' 7223 & 7698. — [Auj. fonds fran-

ractère beaucoup plus sympathique & de bien çais Sj^ & '749-]

' Ali 1 ïSi

« lui fit de ses charmes, qu'il fit présent à cette dame de plusieurs bijoux de

■t prix, lui écrivit souvent & fit un voyage exprès à Lombers pour la voir.

Il Pierre eut, dit-on, sujet d'être content de son voyage, au grand regret de

tt Miraval qui, de dépit, quitta la cour de ce prince. Comme Adélaïde de

M Boisesson n'aimoit ce poëte que par vanité, elle ne fit aucun scrupule de

« lui jouer un tour, qui lui causa un extrême chagrin. Elle étoit intime amie

«1 d'Ermengarde de Castres, qu'on appeloit la belle Albigeoise, 8c qui avoit

« épousé un Vavasseur ou gentilhomme de cette ville, où elle étoit née, fort

u avancé en âge, dont elle cherchoit à se débarrasser. Ermengarde, à l'insti-

« gation d'Adélaïde, envoya dire à Miraval qu'elle étoit résolue de l'épouser,

« s'il vouloit répudier sa femme, nommée Dona Caudairenca. Miraval accepta

« la proposition avec joie & renvoya sa femme sous prétexte qu'il n'en vou-

« luit pas qui sût trouver, & qu'il sutfisoit qu'il y eût un troubadour dans sa

« maison. Caudairenca avoit pour amant un chevalier, nommé Guillaume

« Bremon, pour qui elle faisoit des chansons : elle fit semblant d'être fâchée

« de se voir répudiée, mais elle en profita aussitôt pour épouser cet amant.

« Miraval, comptant de son côté d'épouser Ermengarde de Castres, fut la

« dupe de cette dame qui se maria avec Olivier de Saissac, qu'elle aimoit

« beaucoup. Miraval, au désespoir d'être devenu la fable du public, demeura

« deux ans entiers sans vouloir faire de chansons. Enfin Brunissende, femme ^j'.-°f'g"'

« de Pierre-Roger de Cabaret, l'ayant pris pour son chevalier, il recom-

« mença à faire des vers. Il interrompit encore dans la suite ses poésies par

« le chagrin qu'il eut de voir que les croisés avoient enlevé au comte de Tou-

«( louse, son protecteur, Argence, Beaucaire, Saint-Gilles, l'Albigeois, 8cc.,

« que le vicomte de Béziers étoit mort après avoir perdu les vicomtes de Car-

« cassonne & de Béziers; que la principale noblesse du pays ou avoit péri

H ou avoit été obligée de se réfugier à Toulouse, après avoir été dépouillée

« de ses domaines; qu'il avoit perdu sa femme; que sa maîtresse l'avoit trahi,

« & qu'enfin on l'avoit chassé de S(Wi château. Il reprit toutefois courage

« lorsqu'il sut que Pierre, roi d'Aragon, étant venu à Toulouse pour conférer

« avec le comte & consoler [ses sœurs Eléonore 8c Sancie, il avoit promis à ce

<( prince 8c au jeune comte, son fils, de reprendre Beaucaire 8c Carcassonne,

« avec le château de Miraval, 8c de tirer le peuple de la profonde tristesse où

« il étoit plongé, à cause des malheurs passés. Miraval, flatté d'un espoir plus

« heureux, rompit la résolution qu'il avoit faite de ne plus composer de

« chansons jusqu'à ce qu'il eût recouvré son château, 8c il en fit une en

« l'honneur d'Eléonore, femme du comte de Toulouse, princesse, dit l'au-

« teur de la Vie de ce poëte, aussi distinguée par sa rare beauté que par la

« bonté de son cœur. Miraval, qui avoit conçu une forte passion pour elle,

« sans oser la lui déclarer, lui adressa cette chanson qui commence par ces

<' mots : Bel mes qui eu chant, 8c l'eiwoya ensuite au roi d'Aragon. Ce

<< prince arriva quelque temps après avec mille chevaliers au secours du comte

« de Toulouse; mais il eut le malheur d'être tué devant Muret. » Nous avons

cru devoir nous étendre sur la vie de ce poëte, parce qu'on y trouve diverses

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circonstances qui ont rapport à l'histoire du temps'. On voit vingt-quatre de ses chansons ou poëmes dans l'un des manuscrits de la Bibliothèque du roi*. Nostradamus parle ^ d'un de ses tensons ou dialogues en vers, entre lui & Bertrand d'AUamanon, autre poëte provençal ; on y agite la question si on devoit donner la préférence à la nation provençale ou à la lombarde; Miraval soutient les intérêts de la première. Nostradamus lui attribue encore un traité intitulé : Las lau-^ours de Proensa ou les Louanges de la Provence. 11 ajoute qu'il mourut fort âgé S<. fort pauvre, en 1218.

2. Il Raimond-Jourdain, vicomte de Saint-Antonin, en Pvouergue, sur les « frontières du Querci &i de l'Albigeois, fut aussi habile trohaire (ou poëte) « que bon chevalier. Il aima la femme du seigneur de Penne, en Albigeois, (( qui ne fut pas insensible à son amour. S'étant trouvé à une bataille, il y « fut blessé £< passa pour mort; cette nouvelle causa tant de chagrin à la <( dame de Penne qu'elle sortit du pays & se rendit de l'ordre des hérétiques. (c Raimond-Jourdain, apprenant le sort de cette dame, en fut accablé de dou- « leur, renonça à la poésie, ne parut plus en public £< passa un an entier « dans le deuil & la tristesse. Enfin Alice de Montfort, lîlle du vicomte de « Turenne & femme de Guillaume de Gourdon, qui étoit jeune 8< belle, « l'ayant pris pour son chevalier, l'engagea à reprendre sa gaieté naturelle, «1 8c il recommença à faire des chansons'*. » On en trouve sept de sa façon dans les manuscrits de la Bibliothèque du roi. Nostradamus-' prétend que ce vicomte se retira, vers l'an 1:06, à la cour de Raimond-Bérenger, comte de Provence, fils d'Alphonse II, roi d'Aragon; mais il n'en est rien dit dans les manuscrits, non plus que des autres circonstances qu'il rapporté de la vie de ce poëte.

3. Guillaume Fip'ueire, fils d'un tailleur d'habits de Toulouse S<. tailleur lui-même, Se non pas gentilhomme avignonois, comme le dit Nostradamus^, qui le fait vivre dans le temps que les papes transférèrent leur résidence à Avignon, à moins que ce ne soient deux, différens poëtes de même nom. Le Toulousain « (|uitta sa patrie lorsque les croisés s'en rendirent inaîtres & se « retira en Lombardie, oli il se fit jongleur. Il savoit très-bien chanter, 8c il u fut accueilli des seigneurs 8c du peuple; mais il étoit tort libertin. » Il n'y a qu'une de ses chansons dans les manuscrits du roi 7.

t'ui,°p^'^3"'8. 4- " Cadenet, natif d'un château de ce nom, en Provence, sur la Durancc, « fils d'un pauvre chevalier. Il étoit encore enfant lorsque le comte de Tou- « louse ayant pris 8c pillé ce château, il fut amené dans le Toulousain par H un chevalier, nommé Guillaume de Lantar, qui prit soin de son éduca- « tion. U finit ses jours parmi les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. »

' [Ro.cliegLide, Parnasse occ'itanien, pp. 220 à suiv. Une pièce de hii à In suite, iliij. p. 200

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