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An izzli
~T ~ 564 .ilSTOIKE GÉNÉRALK DE LANGUEDOC. LIV. XXIII.
An 1223 ^
bonne, où il avoit été reçu depuis longtemps pour frère, 8<. laissa mille cinq cents sols de rente annuelle à ce monastère pour la nourriture des pauvres. 11 confirma la donation qu'il avoit faite de divers domaines en faveur de l'abbaye de Pamiers pour la dédommager des pertes qu'il lui avoit causées, Se lui accorda divers privilèges. Tel est le testament de Raimond-Pvoger qui, suivant la remarque d'un savant historien', prouve : 1° Qu'il avoit recouvré tous ses domaines avant sa mort. 2° Qu'il mourut dans le sein de l'Eglise, dont il n'avoit jamais abandonné la foi. Il avoit restitué^ au monastère de Prouille, le jour qu'il recouvra le château de Poncian ', au mois de juin de l'an 1221, les biens que ce monastère avoit à Prouille, à Fanjeaux & à Limoux.
Quelques modernes'* prétendent que Raimond-Roger laissa plusieurs autres entans, 8c on prétend qu'il épousa en secondes noces Ermengarde de Narbonne; mais on la confond avec la seconde femme de son fils; il est t.1n°p.^33'i. certain, en effet, qu'il n'eut d'autre femme que Philippe, qui étoit morte sans doute dans le temps de son testament, puisqu'il n'en fait aucune mention dans cet acte : cette comtesse eut le malheur "' d'embrasser l'hérésie; mais il paroît qu'elle abjura l'erreur avant sa mort. Quant aux enfans qu'on donne à ce comte il n'y a aucune preuve qu'il en ait eu d'autres que ceux qu'il nomme dans son testament, excepté Loup & Esclarmonde, à laquelle Roger-Bernard, son frère, donna <5 dix mille sols melgoriens de dot, lorsqu'il la maria, au mois de janvier de l'an 1 235, avec Bernard d'Alion, seigneur de Son, de Quérigut, &c. On doute'^ si Loup, duquel on fait descendre les seigneurs de Rabat, étoit légitime ; Pvaimond-Pvoger peut l'avoir eu de quelque maîtresse, car on a déjà vu qu'il ne fut pas insensible ^ à l'amour. On pourroit mettre aussi au nombre de ses enfans naturels un fils appelé Raimond; en effet, suivant un acte des archives du château de Foix'- « Rai- « mond de Foix, chevalier, fils de feu Raimond de Foix & de Gaillarde, sa « femme, confirma, le 28 de décembre de l'an 1247, la donation qu'il avoit « faite de tous ses biens, il y avoit plus de vingt ans, k l'abbaye de Boul- « bonne, lorsqu'il avoit pris l'habit religieux dans ce monastère'". « On a déjà dit que Raimond-Roger cultiva la poésie provençale & qu'il fut mis au nombre des plus célèbres poètes de son temps.
' De Maïca, Histoire île Béarn, 1. 8. ' Voyez tome VU, ut supra.
' Archives du château de Foix. ' Voyez ci -dessus, ch. i.xv, p. 5Ô6.
^ Peut-être est-ce le château de Pieusse, arron- " Château de Foix, crusse 6.
dissement de Limoux, qui se disait Poncianum en '° Il est bien probable que ce personnage n'ap-
latin. [A. M.] partenait nullement à la famille des comtes de
* Voyez tome VII, Note XXIII , n. ii, pp. 68 Foix. Le nom seul de sa mère le prouve, puisque
& 69. dom \"ai5Seie vient de dire que Raiinond-Roger
' Voyez tome VIII, Chartes, n, CCXXIX, c. iok"! n'eut jamais d'autre femme que Philippe, & que
81 suiv. l'acte qu'il cite nomme Gaillarde, fcmrne de Rai-
« Ibid. n. CCVIl, c. </,<). mond-Roger. [A. M.)
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LXXI. — Le comte de Toulouse assiège Penne, en à génois, £,■ Verdun
sur la Garonne.
Roger-Bernard II, rils &. successeur de Raimond-Roger, demeura toujours étroitement uni avec Raimond, comte de Toulouse, &c ils résolurent de concert de chasser entièrement Amauri de Montfort du pajs. Dans ce dessein Raimond, s'éiant mis en campagne vers la fin de l'hiver, attaqua le' château de Penne, en Agenois, tandis qu'un autre corps de ses troupes assiégea Verdun sur la Garonne. Il paroît toutefois que le cardinal Conrad, légat du Saint-Siège, nègocioit alors quelque traité, & qu'il se proposoit de tenir à Clermont, en Auvergne, vers la fin du mois d'avril de l'an 12 23, une conférence k laquelle ce prince devoit se trouver. C'est ce que nous avons lieu d'inférer d'une lettre^ que Jacques, roi d'Aragon, écrivit d'Huesca aux consuls & aux habitans de Millau, en Rouergue, qui l'avoient prié d'envoyer ((uelque personne de confiance à la cour de Clermont pour demander au cardinal légat la restitution du comté de Millau, c'est-à-dire des vicomtes de iMillau 8c de Gévaudan que le roi Pierre, son père, avoit engagées au feu comte de Toulouse, St pour s'opposer aux prétentions du comte de Toulouse. Jacques répondit qu'il s'en rapportoit à leur sollicitation S<. k leurs lumières Si à celles de Guillatnne, évèque de Mende, son cousin.
LXXIl. — Evéques de Mende. — fondation de l'ahbaye de Mercoire,
Guillaume étoit^ de la maison de Pe\ re Si avoit succédé, en 1187, k Aldebert de Tournel. 11 favorisa la fondation de l'abbaye de Mercoire qui fut construite dans son diocèse, vers le commencement du treizième siècle, pour des filles de l'ordre de Cîteaux, sous la dépendance de celle de Mazan, en Vivarais. Ce monastère, qui est situé dans les montagnes du Gévaudan, au milieu d'une torêt, vers les sources de l'Allier, ne fut d'abord gouverné que par des prieures, jusqu'au milieu du même siècle qu'il y eut des abbesses. C'est la seule abbaye de ce diocèse. Les seigneurs de la maison de Randon en sont les principaux bienfaiteurs, s'ils n'en sont les fondateurs; elle a été ruinée plusieurs tois par les calvinistes. Guillaume de Pevre se démit en 12 23 de l'évêché de Mende entre les mains du cardinal Conrad, & entreprit ensuite le voyage de la Terre-Sainte. Le chapitre élut à sa place, la même année, Etienne de Brioude, homme de mérite, mais dont la naissance étoit vicieuse. Etienne alla à Rome, où le pape lui donna toutes les dispenses nécessaires, 61 où il tut sacré par l'évêque de Chartres, k cause que l'archevêque de Bourges, son métropolitain, qui étoit aussi alors k Rome, n'avoit pas encore reçu le pallium. Etienne, étant de retour dans son diocèse, fut
' Guillaume de Pli y In uren s, c. 34. '' Gallia Chrtstiana, wo^f . eà. t. i , p. 90 & suiv.;
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXLIII, te. ■j6j p. 112 & suiv. — Archives de l'jibbciye de Merà 76.). coirc.
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obligé d'assembler un corps d'armée pour réprimer les violences que les seigneurs du pays exerçoient envers les paysans, leurs vassaux. Il soumit entre autres Randon de Châteauneuf, 8< prit sur lui & rasa dix-huit de ses châteaux. Jacques, roi d'Aragon, écrivit', au mois d'octobre de l'an l'iiS, à ce prélat; il lui marqua qu'ayant appris, sur le rapport que lui en avoient fait frère E. de Tourne], maître de l'Hôpital en Aragon, &i Hugues Carboneril, son chevalier, qu'il devoit tenir le château de Grèzes ik la terre de Gévaudan ,''„i°p"j"2. de l'église de Mende ; il se soumettoit à faire cette reconnoissance &. le prioit de prendre la défense de ces domaines, il s'ensuit de là que les vicomtes de Millau & de Gévaudan avoient été alors restituées au roi d'Aragon; mais nous ignorons si ce fut dans la conférence de Clermont qui, vraisemblablement n'eut pas lieu ^.
LXXIIl. — Trêve entre le comte de Toulouse &■ Amaurî de Montjbrt.
Tandis que le comte de Toulouse assiégeoit sur Amauri de Montfort Penne, en Agenois, le cardinal Conrad ^ écrivit de Béziers, le i" de mai, au roi Philippe-Auguste, conjointement avec les évêques de Nimes, d'Agde & de Lodève qui s'étoient réfugiés avec lui dans cette ville. Ils lui marquent qu'ils attendent tous les jours la mort, à cause qu'ils étoient environnés des ennemis de la foi & de la paix. « A^ais, ajoutent-ils, nous avons été consolés par l'ar- (( rivée d'un courrier qui nous a appris que vous avez assemblé les prélats & (( les barons de votre royaume, à Melun, pour délibérer avec eux sur le (' secours dont le pays d'Albigeois a besoin. » Ils exhortent ensuite le roi à venir au plus tôt dans le pays rétablir les affaires de l'Eglise dont ils lui font une triste peinture. Ils lui apprennent à la fin que les ennemis assiégeoient actuellement Penne, en Agenois, 8c Verdun, & que les villes 8< les châteaux les recevoient à l'envi de toutes parts.
Il !ie paroît pas que le roi se soit beaucoup empressé d'envoyer au légat le secours qu'il demandoit. Ainsi Amauri de Montfort se détermina à marcher, suivi'* du même cardinal-légat, de l'évêque de Limoges Si de divers autres prélats qui lui avoient amené des troupes, pour faire lever le siège de Penne d'Agenois. Il prit sa route par le diocèse d'Albi, se saisit en passant du château de Lescure & le rasa. Ce château appartenoit^ alors à Saisse, veuve de Guillaume-Bernard de Lescure, en qualité de tutrice de ses deux fils Guillaume-Bernard & Bertrand. Amauri prit^ aussi le lieu de la Bastide, dans le même pays, que Déodat d'Alaman avoit fait construire Si fortifier. Ce comte étant arrivé enfin à Penne, en Agenois, tenta de faire lever le sié^e de cette place ; mais ne pouvant réussir Si voyant qu'il n'étoit pas en état de tenir tête au comte de Toulouse, il conclut une trêve avec lui & ils con-
' Archives de l'évêclié de Mende. — Gallta Chris- ^ Guillaume de Puylnurens, c. 3^.
tiaaa, nov. éd. t. i, Instrum. c. 2;j. ' archives de la cathédrale d'AJbi,
' Voyez plus haut, p. 5i3, note 8. ^ Guillaume de Puylaurens, c. 3.j, 3 Tome VIII, Chartes, n. CXLIV, ce. yôj, 766.
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vinrent de s'assembler dans un certain temps à Saint-Flour, en Auvergne, pour y jurer une paix durable 8c perpétuelle. Ils arrêtèrent par provision que cette paix seroit cimentée par le mariage d'une des sœurs d'Amauri avec Raimond, comte de Toulouse. Nous inférons de là que ce dernier avoit résolu dès lors de répudier Sancie d'Aragon, sa femme. Nous savons', en eHet, qu'il y avoit beaucoup de refroidissement entre eux vers ce temps-là, qu'ils vivoient séparés & qu'enfin le pape Grégoire IX lui ordonna de la reprendre.
Après la conclusion de cette trêve ^, les deux armées se retirèrent St Amauri, étant allé dans son palais de Carcassonne, Raimond lui rendit visite 8c coucha une nuit dans le château de cette ville. Comme ce dernier étoit fort jovial, pour se divertir, il fît courir le bruit parmi ses gens, qui étoient logés hors du château, que le comte Amauri l'avoit fait arrêter. Aussitôt les Toulousains prirent la fuite 8c ne cessèrent de courir jusqu'à ce que s'étant aperçus que ce n'étoit qu'un jeu, ils revinrent auprès de leur maître, qui rit beaucoup avec Montfort à leurs dépens. Durant la trêve, le pape écrivit^ au cardinal Conrad, son légat, le i8 de juin, pour lui recommander les intérêts de l'évêque de Viviers, en cas que la paix se conclût entre Raimond Se Amauri, 8c pour l'engager à faire en sorte que dans le traité on laissât entièrement à ce prélat le château de Fanjeaux ou de Largentière que le Saint- Siège lui avoit adjugé.
LXXIV. — Conférences de Saint-Flour (y de Sens. — Evêques des hérétiques
albigeois.
Raimond 8c Amauri n'ayant pu convenir de la paix"* dans la conférence de Saint-Flour, en indiquèrent une nouvelle à Sens, où le cardinal Conrad devoit tenir en même temps un concile, qu'il convoqua pour le commencement du mois de juillet. En attendant, H.aimond retourna à Toulouse 8c y reçut"', le 26 de juin, pour le château d'Albin, en Rouergue, l'hommage de Déodat d'Estaing, qui promit que si on venoit à découvrir des mines d'argent dans le territoire de ce château, il céderoit la moitié du pro£t à ce prince.
Le cardinal Conrad, dans la lettre'' qu'il adressa à l'archevêque de Rouen, à ses suffragans, à tous les autres prélats 8c aux chapitres de cette province, le 2 de juin de l'an I223, pour les inviter au concile de Sens, se plaint amè- [','îi'"''^J3J rement de l'élection que les hérétiques avoient faite d'un antipape sur les frontières de la Bulgarie, de la Croatie, de la Dalmatie 6c de la Hongrie.
' Grégoire IX, Ep'ut. |8, apud Labbe, Concilia, y rester encore. Lettre du lo septembre I2J.'>,
t. II, c. .■>,")8. Potthnst, n. 7079. Le légal se décida pour le dé-
' Guillaume de Puyiaurens, c. 34. part. (Voir plus bas,} [A. M.]
= Voyez tome VIII, Chartes, n. CXLVII, c. 774. ' Guillaume de Puylaurens, c. 84.
— Vn peu plus tard, ces négociations ayant sans ' Manuscrits de Colbert, n. 1067. [Latin 6009,]
doute subi un temps d'arrêt, le p.ipc laissa le lé- " Concilia, t. ii, c. 288 & suiv. — Martine,
gat libre de juger s'il devait quitter le pays ou Thésaurus anecdotorum , t. 1, c. pco.
Kn izi'i
(( Les albigeois, dit-il, se rendent auprès de lui en foule & le consultent « comme un oracle. Cet antipape a établi un de ses vicaires en France, « nommé Barthélémy de Caicassonne, parce qu'il est natif de cette ville : ce « dernier exerce son autorité sur l'Agenois, dont il a cédé le siège à un « èvêque de la secte, nommé Vigoureux de Bathone, &. il s'est transféré dans « le Toulousain. Ce Barthélémy se qualifie serviteur des serviteurs de La « sainte foi 8<. s'immisce dans le gouvernement ecclésiastique jusqu'à ordonner t( des évêques. Nous vous enjoignons donc, par l'autorité du pape, de vous <( rendre à Sens avec les autres prélats de France, le jour de l'octave des <i apôtres saint Pierre 8<. saint Paul pour nous donner conseil sur l'affaire des « albigeois 8< tâcher d'y apporter quelque remède. » L'antipape des hérétiques mourut peu de temps après.
LXXV. — Mort du roi Philippe-Auguste . — Le cardinal Conrad sollicite Louis Vm, son fils 6- son successeur, de faire la guerre aux albigeois.
Il se trouva au concile de Sens six archevêques £c vingt évêques, entre lesquels Foulques de Toulouse fut le seul de la Province qui y assista. A peine étoit-il commencé que le roi Philippe-Auguste', qui vouloit y être présent, demanda qu'on le transférât à Paris. S'étant mis en chemin pour se rendre dans cette ville, la mort l'enleva à Mantes, le 14 de juillet de l'an I223. Ce prince, l'un des plus grands rois qui aient occupé le trône des François, favorisa la croisade contre les albigeois; mais quelques sollicitations^ que lui fissent les papes ou leurs légats, il ne voulut jamais se charger de cette expédition par lui-même, 8t il retusa constamment les offres qu'Amauri de Montfort lui faisoit de lui céder ses droits sur les pays conquis par les croisés. Il se contenta de contribuera l'extirpation de l'hérésie, soit par les grandes sommes qu'il employa de son vivant ou cju'il destina pour cela après sa mort, soit en permettant que les seigneurs de son royaume prissent les armes & allassent servir dans le pays, soit enfin en y envoyant deux diverses fois le prince Louis, son fils. Philippe, prévoyant ce qui arriva en effet dans la suite, disoit sur la fin de ses jours : « Je sais qu'après ma mort les ecclésiastiques ne man- <( queront pas de solliciter mon fils de se charger en personne de l'expédition « contre les albigeois-, &, comme il est délicat, il ne pourra en supporter les « fatigues; il succombera & mourra bientôt, & le royaume demeurant ainsi « entre les mains d'une femme 81 d'un enfant sera exposé au dernier péril. » Philippe légua entre autres par son testament vingt mille livres parisis (d'autres^ disent trente mille) à Amauri de Monttort pour le délivrer, lui, sa femme, ses enfans & les siens des mains de leurs ennemis dans le pays d'Albigeois'^. Après sa mort, le cardinal Conrad "' sollicita le roi Ijouis VIII, son
■ Guillaume le Breton, Philipp'ule, 1. 12. * ^'o)■ez tome VIU, Chiirtes, ut supra, ce. ypj
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CLV, c. 79^. — & -ji/i.
Guillaume de Puylaurens, t. 34. * Il ser.iit plus exact de dire que cette somme
' Albéric, Chronicon, (ut prise par le roi Louis A'III, à la demande du
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII. 56q