LIVRE VINGT-Q.UATRIÈME
I. — La réconciliation de Raimond avec l'Église est traversée.
ES ambassadeurs' que Raimond VII, comte de Toulouse, envoya au Éj.ongin.
pape Honoré III, après le concile de Montpellier, arrivèrent à Rome,
au mois d'octobre de l'an 1224; ils furent admis aisément à l'audience An 1224 ]
d'Honoré, qui traita de l'affaire de ce prince pendant plusieurs jours avec le j
sacré collège; mais il n'y eut rien de déterminé, & ces envoyés n'avoient 1 encore reçu aucune réponse positive à la fin du mois de décembre, parce que
le roi de France traversa leur négociation par les ambassadeurs qu'il avoit \
envoyés de son côté, St dont l'un des principaux étoit Gui^ de Montfort; en (
sorte que ceux du comte de Toulouse, après avoir attendu longtemps inuti- ;
lement, furent enfin obligés de s'en retourner sans avoir pu rien^ obtenir en !
faveur de ce prince, quoiqu'il fût appuyé de tout le crédit de ceux que le roi î
d'Angleterre avoit alors à la cour romaine & qui prirent'* extrêmement cette ]
affaire à cœur. i
Quelques prélats, qui durant les troubles avoient profité des dépouilles du \
comte de Toulouse, dans la crainte d'être obligés de lui rendre ses domaines, (."jn °p'*''<"*(i :
mirent obstacle d'un autre côté à sa réconciliation avec Rome Si firent \
entendre au pape qu'il n'étoit pas sincèrement catholique, puisqu'il détenoit i toujours les biens qu'ils prétendoient qu'il avoit usurpés sur leurs églises au lieu de les restituer comme il l'avoit promis. De ce nombre fut l'évêque de
Viviers, qui s'étoit emparé du château de Largentière que le comte avoit remis ■
■ Rymer, t. i, p. 274. ' Rayiinldi, ann. 1226, n. 33 8c suiv, '
' Ihii. p. 273. * Rymer, t. 1, p. 281. ;
~ 5go HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV.
An 1224 /
au légat pour la sûreté de ses promesses, & que ce prélat avoit confisqué à son profit. Le pape écrivit là-dessus', le 25 du mois d'août de l'an 12:4, durant l'assemblée ou le concile de Montpellier, au doyen & au chantre de l'église de Valence, & au sacristain de Romans. « Le noble homme Rai- « mond, fils de Raimond, autrefois comte de Toulouse, dit-il dans sa lettre, « notis a fait souvent proposer qu'il souhaitoit de faire satisfaction à Dieu 8c « à l'Église pour ses crimes, & de rentrer dans l'unité ecclésiastique dont il a « été séparé à cause de ses excès; mais ses œuvres démentent ses paroles. Il a « offensé si grièvement Dieu 8c l'Eglise que quand il donneroit même tout « son bien, il ne sauroit faire une satisfaction convenable; il ajoute excès « sur excès 8c opprime les églises, en sorte qu'il vexe actuellement, comme « nous l'avons appris, celle de Viviers, pour ne pas parler des autres, 8c qu'il « s'est emparé de la ville de Largentière, qui est un des principaux domaines « de cette église, sous prétexte que son père en a possédé autrefois une partie; « il commet cette vexation après que le siège apostolique ayant privé entière- « ment son père de tous ses États pour crime d'hérésie, a confirmé cette ville « à l'église de Viviers qui l'avoit unie à son domaine par droit de commise. « C'est pourquoi nous vous ordonnons d'avertir ce noble d'être attentif à ne V pas commettre de nouveaux excès, mais plutôt à réparer les anciens 8c à « discontinuer de persécuter cette église, nommément dans ce domaine 8c « dans tous les autres, 8c de lui déclarer que, s'il ne se rend pas à nos remonte trances 8c s'il persiste à inquiéter l'église de Viviers, c'est vainement qu'il « se flatte d'obtenir sa réconciliation. Enfin, s'il ne se corrige, vous n'avez « qvi'à user de censures envers lui &c envers ses complices, nonobstant tout « appel ; car celui qui est déjà lié peut l'être encore davantage^. « A„ . ~ Honoré renouvela ces plaintes ^ à la fin du mois de février de l'année suivante, 8c nous comprenons encore par là que l'ambassade que Raimond avoit envoyée à Rome, de concert avec le concile de Montpellier, pour y terminer sa réconciliation avec l'Eglise, n'eut pas le succès qu'il en attendoit. On affecta, en effet, de répandre dans le public 8c d'insinuer à la cour
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CXLVII, c. 778. tous ceux qui aTaient été créés depuis le précé- ' Le 8 octobre de l'an 1224 fut conclu un nou- dent traité entre Gênes & Narbonne, du temps de veau traité de commerce entre le podestat de Gè- la vicomtesse Ermengarde, furent abolis. — Cernes & la ville de Harhonne (^Inventaire de Nar- taines marchandises, fer, acier, futaines, achetées ionne, série AA, annexe, pp. i3à 1 5). Les députés à Gênes, ne peuvent être vendues à Marseille, des consuls, de l'archevêque & du vicomte de Nar- Montpellier ou à Saint-Gilles, ni même à un tiers bonne allèrent à Gênes. On y décida d'accorder des commissionné par un négociant de ces trois villes. saufs-conduits à tous les habitants, négociants & — Ce traité avec Gênes fut suivi d'un autre semnavigateurs, tant de l'une que de l'autre ville. Les blable entre Narbonne & Pise, conclu le 19 sepcauses portées par des Génois par-d ant les con- tembre 1226 {ut supra, pp. 16, 17). Il a pour objet, suis de Narbonne durent être réglées dans les outre un contrat de protection mutuelle, de fixer vingt jours qui suivraient la plainte. Le podestat un délai pour l'expédition des procès portés par de Gênes accorda de son côté une indemnité de les Narbonnais devant les tribunaux de Pise (ce cinq sous à chaque plaideur qui viendrait à Gênes délai est de trente jours), & de modérer les droits soutenir son procès & qui le perdrait. — Les levés dans le port de cette dernière ville. Ce traité deux républiques s'engagèrent à ne point créer de fut conclu pour quarante-neuf ans. [A. M.J nouveaux droits & à ne pas augmenter les anciensj ' Voyez tome VIII, Chartes, n, CXLVII, c. 799,
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romaine' que, malgré les marques de soumission que le comte &L ses associés avoient données, ils ne professoient pas moins l'erreur, soit publiquement, soit en secret; qu'ils retenoient divers domaines qui dévoient être rendus aux églises, 8<. que, s'ils avoient fait quelques restitutions, c'étoit par la crainte des armes du roi Louis VIII, qui étoit alors dans le Poitou Si l'Aquitaine, &c non par un mouvement de piété 8c de repentir. Enfin on taxoit l'archevêque d'Arles, chef de l'ambassade de Raimond à Rome, d'une partialité outrée envers ce prince, &C on ne l'accusoit de rien moins que d'avoir trahi à vil prix en sa faveur, au concile de Montpellier, les intérêts de son église. Un auteur* moderne prétend même « qu'on fit connoître au pape que Raimond « avoit récemment eu la hardiesse de demander que le concile de Montpel- « lier autorisât la liberté de conscience dans le Languedoc; sans quoi il avoit « protesté qu'il ne donneroit jamais son consentement pour la paix de « l'Église. » Calomnie atroce, supposé qu'on l'ait avancée; mais on a tout lieu d'en douter, nonobstant l'air de confiance avec lequel cet écrivain la débite ; car il est certain, par les actes du concile^ même, que Raimond offrit alors de chasser tous les hérétiques de ses Etats & de les punir sévèrement; 8< nous verrons plus bas qu'il ne se départit jamais de cette offre.
II. — Légation de Romain, cardinal de Saint-Ange. — Ligue du roi d'Angleterre avec le comte Raimond.
Le pape, prévenu par les intrigues des ennemis de Raimond, résolut d'envoyer un nouveau légat en France pour y terminer sur les lieux l'affaire du comte & de ses associés. Il choisit pour cette fonction Romain, cardinaldiacre du'^ titre de Saint-Ange, personnage adroit & rusé, qu'il recommanda ,'';']•, ""^j":. au roi, aux grands, à tous les prélats & aux villes de France, par des lettres datées du i5 de février de l'an iiiS. Le pape, après avoir représenté l'étal déplorable de la province de Narbonne & des pays voisins, déclare par ces lettres qu'il envoie pour son légat le cardinal Romain, afin de remédier aux maux qui affligeoient ce pays; lui donnant un plein pouvoir de détruire, d'arracher, de planter, d'édifier, &C., tant dans le royaume de France que dans la Provence & dans les provinces de Tarentaise, Besançon, Embrun, Aix, Arles & Vienne. Dans les instructions qu'il lui donna il le chargea entre autres d'avertir le comte Raimond de cesser à l'avenir de vexer l'Église dont il recherchoit l'amitié. « Qu'il sache, ajoute le pape, que sans cela il « ne sauroit obtenir du Saint-Sicge l'absolution qu'il lui demande. » Il lui
' Albéric, Chronlcon, aux communautés de France & des terres d'Em-
' Langlois, Histoire des croisades contre Us aUi' pire. Elle est du i3 février (Potthast, n. 7358).
gcois, 1. 8, p. 418. Elle fut suivie, le i5, de deux lettres, différentes
' Balaze, Concilia Galliae Narbonetsls. dans les termes, identiques au fond, adressées
' Raynaldi, année I225, n. 28 & suiv. — Tré- aux évoques & clercs de France & au roi [li'd,
sor des chartes, Albigeois, n. 3. [J. 428, vidimus.] n"* ■jiôo, ySôi). [A. M]
.— La première lettre est adressée aux seigneurs &
An 1220
recommanda de plus les intérêts d'Amauri de Montfort à qui il écrivit une lettre particulière pleine d'affection, accompagnée d'une somme considérable pour le rétablissement de ses affaires. Il lui recommanda aussi l'évêque d'Agen, qui se plaignoit du comte de Toulouse', 8c lui ordonna d'engager le roi Louis VIII à conclure une trêve avec le roi d'Angleterre, afin de pouvoir ensuite tourner librement ses armes contre les hérétiques^. Enfin il écrivit au roi deux lettres pour l'exhorter à la conclusion de cette trêve 3. Le cardinal Romain, étant arrivé à Paris, assista à une'* grande assemblée ou parlement que le roi y avoit convoqué le jour de l'octave de l'Ascension 8<. dans lequel on délibéra entre autres sur l'affaire d'Albigeois. Il se rendit ensuite à Tours, vers la fin de juin, d'où il alla, trois jours après, joindre le roi à Chinon pour conférer avec lui sur la même affaire. Le roi tint cette année divers autres parlemens auxquels le légat assista. Se où on agita cette affaire, mais sans prendre aucune résolution. Enfin on convint de tenir pour cela, à la fête de Saint-André une assemblée ou concile à Bourges; le comte Raimond 81 Amauri de Montfort, son compétiteur, y furent appelés.
Raimond, persuadé que le cardinal de Saint-Ange ne lui étoit pas favorable, chercha à se faire des alliés pour se soutenir, en cas qu'il eût une nouvelle guerre à essuyer 5. Il eut recours à Henri III, roi d'Angleterre, son cousin germain, qui, de son côté, ne demandoit pas mieux que de trouver un appui contre le roi de France, qui s'étoit emparé sur lui de divers pays. Henri 8c Raimond firent donc ensemble un traité de ligue, comme nous l'apprenons de la lettre suivante du roi d'Angleterre, datée du 14 d'août de l'an 12 25. « Le roi '5, à son cousin Raimond, duc de Narbonne, comte « de Toulouse 8c marquis de Provence, salut avec la plénitude du plus sin- « cère attachement. Vous pouvez avoir appris des ambassadeurs que vous « avez envoyés à Rome 8c de ceux que vous avez en France, auprès du roi « 8c du légat, avec quelle ardeur les nôtres ont pris vos intérêts dans ces « deux cours. Vous n'ignorez pas non plus la vivacité avec laquelle les Fran- « çois ont cherché à nous chagriner 8c à nous déprimer, ainsi que nos prête décesseurs 8c les vôtres. Cela doit vous rendre attentif à ne pas vous laisser <( surprendre par les artifices qu'ils pourroient employer pour rompre notre « union que les liens du sang doivent rendre encore plus étroite. Pour la « fortifier davantage, nous avons mandé à nos chers 8c féaux Richard, comte a de Poitiers, notre frère, Guillaume, comte de Salisbury, 8c Philippe d'Au-
' Cette lettre pour l'évêque d'Agen est du 1 3 no- * Chronicon Turonense, ap. Martine, CoUettlo
vembre 1225. Cf. Potthast, n. 7496. [A. M.) amplis, t. 5, c. 1066. — Gesta Ludovici FUI.
' Le 26 février, il engageait de nouveau le légat ' Il avait, à cette époque, des démêlés avec l'em-
à presser le roi de prendre une décision (Potthast, pereur Frédéric II, qui lui écrivit de Palerme, le
n. 7372) & lui ordonnait de donner à Amauri de 3i mars 1225, une lettre assez vive pour lui re-
Montfort des subsides pour son entretien, sur le procher l'aliénation des terres de l'Empire, lui
produit du vingtième (Potthast, n. 7371). [A. M.] inféodées. (Voir Teulet, t. 2, p. 5o.) [A. M.j
' On peut voir une de ces lettres, que Potthast ' Rymer, t. i , p. 241 81 seq. place à tort vers décembre 1226, dans les Regesta, n. ySio. [A. M.]
IRIM.
t. III, p. 348.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIV, 5q3 ~ T
' An 122J
« hignac, ou du moins à ce dernier, en cas que l'éloignement ou quelque « autre obstacle ne permettent pas aux deux autres de vous aller trouver avec « les piésens ambassadeurs, Alexandre de Bassingburn & maître Guillaume <i de Tornour, pour vous remettre le traité de ligue & de confédération que « nous avons projeté Si, qu'ils avoient devers eux depuis longtemps, 8c recevoir <c de votre part une semblable obligation. 11 sera bon, cependant, de mettre « ces deux actes en dépôt dans quelque maison religieuse, pour plus grande « sûreté, afin d'y avoir recours quand il sera temps, parce que s'ils venoient « présentement à être publiés, il pourroit nous en arriver du préjudice sans « qu'il nous en revînt aucune utilité. Mais si vous souhaitez qu'on tasse actuel- (( lement l'échange des deux actes, il en sera ce qu'il vous plaira. Nous vous « conseillons de bonne foi de travailler efficacement & de toutes vos forces à « obtenir la paix avec l'Eglise; 8t par la grâce de Dieu nous nous armerons, , ■j'jj"''^' « autant qu'il sera possible, pour venir à votre secours 8t défendre votre hon- « neur. Les dangers des chemins sont cause que nous ne vous envoyons pas « une ambassade plus solennelle pour terminer cette négociation. » Dans les instructions que le roi d'Angleterre envoya en même temps à Philippe d'Aubignac, il lui recommande de se garder des ruses des François, qui faisoient tous leurs efforts pour mettre la division entre lui & le comte Raimond. Au reste, nous n'avons pas le traité même de ligue dont ces deux princes convinrent sans doute alors j mais il fut très-peu utile à Raimond par les raisons que nous dirons bientôt.
III. — Concile de Bourges : le légat élude la réconciliation de Raimond
avec l'Eglise,
Raimond étoit sans doute en chemin pour se rendre à Bourges, lorsque passant auprès de' Caliors, le 10 d'octobre de cette année, les consuls de cette ville, qui'étoient en diftérend avec leur évêque St son chapitre au sujet d'une cloche que les premiers prétendoient être en droit de faire sonner sans la permission des autres, lui demandèrent sa protection. Raimond la leur accorda volontiers 8c exerça par là son autorité dans une ville que l'évêque tâchoit de soustraire à la domination que ses ancêtres avoient toujours eue sur elle jusqu'au temps des troubles.
Raimond se trouva à l'ouverture du concile de Bourges qui se fit^ le jour indique, 29 de novembre de l'an 12 25-^. Six archevêques, savoir : ceux de Lyon, Reims, Rouen, Tours, Bourges 6c Auch s'y trouvèrent en personne.
■ Lacroix, Du episcop'is Ca.lurcensitus, p. 90 C; Dans ces lettres, Louis VIII qualifie le comte de
Siiiv. soi-dîsant comte de Toulouse & le met sous la pro-
' Chronicon Turoneme, ut supra. — Miiitliieu i:ctioii du comte de Cliamp^igne, dont un vassal
Piris, ann. 1226. — Albéric, Chronicon, — Ray- dut aller le prendre, le 2') novembre, à la Souter-
naHi, an, 1227, n, 56 8< suiv. raine, sur les frontières du Limousin. Ces détails
' Pour Yenir au concile, Raimond VII avait du sont fournis par Lenain de TiUemont, Fie Je
demander un sauf-conduit au roi, qui le lui ac- saint Louis, t. 1, p. j8o. [A. M.J corda par lettres datées de Melun, novembre 1 223,
Vî, - 38
An 1225
Un historien ' du temps observe que l'archevêque de Bordeaux ne put s'y rendre à cause qu'il étoit malade. Il ajoute que le siège de Narbonne étoit alors vacant; que les évêques de neuf provinces y assistèrent au nombre de cent avec les abbés, les prieurs & les députés des chapitres, Si que les disputes qui s'élevèrent pour la préséance que l'archevêque de Lyon prétendoit sur celui de Sens, 8c l'archevêque de Rouen sur les provinces de Bourges, d'Auch & de Narbonne, firent que, pour empêcher la division entre les prélats, ils ne siégèrent pas comme dans un concile réglé, mais seulement comme dans une simple assemblée. On ne comprend pas sur quel fondement les archevêques de Rouen pouvoient prétendre la primatie dans les trois provinces dont on vient de parler. Suivant une ancienne chronique^, il se trouva un plus grand nombre de prélats au concile de Bourges, & il y assista quatorze archevêques, cent treize évêques &t cent cinquante abbés de toutes les provinces des Gaules, sans compter les procureurs des absens. Il est certain, en effet, que le légat convoqua^ à Bourges tous les archevêques, évêques 6autres prélats, les personnes religieuses 6- les députés des chapitres de sa léga~ tion; or, comme elle s'étendoit dans toutes les Gaules, ce fut par conséquent un concile national de toute la France.
On commença"^ par la lecture des lettres de la légation du cardinal de Saint-Ange. On délibéra ensuite sur l'affaire du comte de Toulouse qui, ayant comparu dans l'assemblée, demanda avec humilité d'être absous 8< reçu dans le sein de l'Eglise, avec oftre de se purger de tous les griefs dont on pourroit l'accuser, de se corriger s'il étoit coupable, de faire une justice rigoureuse, suivant son pouvoir, de tous les hérétiques avérés ou convaincus qui se trouveroient dans ses terres, & de travailler efficacement pour en extirper l'hérésie. Il promit de plus que tous ses sujets obéiroient parfaitement à l'avenir à l'Eglise; qu'il entretiendroit la paix 8< la sûreté publique dans le pays; qu'il restitueroit en entier tous les revenus ecclésiastiques. Se qu'enfin il répareroit tous les dommages qu'il avoit causés aux églises. Amauri de Montfort s'étant présenté à son tour au concile, demanda d'être rétabli dans la possession des domaines du comte Raimond : domaines dont il prétendoit que le pape Innocent Se le feu roi Philippe avoient disposé en faveur de Simon, son père. Il produisit les lettres du pontife Se celles du roi, suivant lesquelles le comte de Toulouse étoit condamné, «S- les pays des Albigeois étoient adjugés à Simon. Il ajouta que le feu comte Raimond avoit été privé au concile général de Latran,du moins de la plus grande partie des domaines qu'il possédoit alors, à cause de l'hérésie qu'on appelle l'hérésie des albigeois. ^ÊJ. origm. Le comte de Toulouse répliqua qu'il étoit prêt de rendre au roi Se à l'Eglise romaine tous les devoirs auxquels il étoit tenu pour ces domaines dont il
' Matthieu Paris. siastiques de sa légation, ni surtout qu'ils aient
^ Voyez tome VIII, Chartes, n. CLX, ce. 8i5, assisté au concile en personne ou par procu-